Le réchauffement climatique dans les Alpes

Les stations de ski alpines, de l’Isère en particulier, attendent impatiemment la neige. Les températures sont très douces et les enneigeurs sont à l’arrêt. La limite pluie-neige est très haute, avec l’isotherme 0°C autour de 3000 mètres. En dessous, la pluie fait fondre la neige tombée en novembre. Le risque d’avalanche est élevé car la neige humide est lourde. On se retrouve dans le même contexte que les 26, 27 et 28 décembre 2021 avec une limite pluie neige qui était remontée jusqu’à 3000 mètres et qui avait occasionné beaucoup de dégâts, avec des épisodes de laves torrentielles en Isère.

Le redoux actuel est une preuve évidente du réchauffement climatique, deux mots restent tabou dans les Alpes. Au cous de mes différents séjours dans le massif, je me suis vite rendu compte qu’il règne un réel déni du phénomène. On essaye de se rassurer comme on peut. On rappelle que cette douceur ne bat pas des records pour un mois de décembre. Il avait fait jusqu’à 21,5°C à Grenoble en décembre 2000, 20,5°C à Bourgoin-Jallieu en décembre 1989. A la Mure, le record est de 18,6°C en décembre 1983. Aux Deux Alpes et à Chamrousse, les records de chaleur pour un mois de décembre sont respectivement de 11°C en 1995 et 17,5°C en décembre 1994. Certes, mais ces dates s’intègrent toutes dans le cadre du réchauffement climatique qui, selon les climatologues, a débuté dans les années 1970 dans les Alpes. Les photos que je possède du Glacier des Bossons depuis 1956 confirment d’ailleurs cette évolution climatique.

Il est bien évident que les stations de basse et moyenne altitude sont les plus impactées par la hausse des températures, quel que soit le massif. Certaines sont partiellement ouvertes et tentent de miser sur d’autres activités comme les randonnées ou encore la luge sur rails. Je l’ai dit et redit sur ce blog, ces stations doivent rapidement diversifier leurs activités si elles ne veulent pas se trouver confrontées à de graves difficultés.

Les conséquences du réchauffement climatique sont encore plus difficiles pour les domaines nordiques qui, pour la plupart, se trouvent en dessous de 1 500 mètres d’altitude. Quelques stations ont ouvert avec des petites boucles pour un peu animer leur site, parfois avec de la neige importée ou conservée sous la sciure depuis l’hiver précédent…

Redoux de fin d’année : sale coup pour les stations de ski

Après un coup de froid – loin d’être sibérien – début décembre, le redoux a envahi notre pays, y compris les zones de montagnes. On a déjà assisté à un tel phénomène ces derniers années. C’est, bien sûr, une conséquence du réchauffement et la tendance va s’accélérer dans les prochaines années avec le retour d’El Niño dans le Pacifique oriental.

Une conséquence de ce redoux, c’est que la neige va commencer à faire défaut dans les stations de ski de basse et moyenne altitude. La pluie risque fort de lessiver celle tombée ces dernières semaines.

Il suffit de regarder les titres de la presse pour se rendre compte de l’angoisse qui a envahi nos montagnes. « Avec le redoux, les stations de ski craignent de ne pas avoir assez de neige », ou encore « Grand redoux en altitude : une situation compliquée pour les stations de montagne ».

Lors de mes séjours dans les Alpes ces dernières années, j’ai été surpris par le déni du réchauffement climatique par les habitants qui paraissent surpris quand je leur explique que le ski a vécu ses belles heures et qu’il va falloir s’adapter à des conditions nouvelles. J’écris souvent sur ce blog que, faute de diversification de leurs activités hivernales, beaucoup de stations courent à la catastrophe.

Plus au sud, les Pyrénées qui ne possèdent guère de stations de ski de très haute altitude sont encore plus impactées par la hausse des températures. Trois stations pyrénéennes – Luchon-Superbagnères et Mourtis en Haute-Garonne, Guzet-Neige en Ariège – viennent d’annoncer le report de leur début de saison. Les températures étant trop élevées, les enneigeurs ne peuvent pas fonctionner.

Le plus gênent avec la hausse des températures, c’est que la neige va fondre et les zones d’accumulation des glaciers ne vont pas se régénérer. Ils vont donc continuer à reculer et s’amincir au cours du prochain été. C’est très inquiétant. Une disparition des glaciers serait catastrophique car ce sont des châteaux d’eau pour les régions qui les entourent, que ce soit dans les Alpes en Europe ou sur la chaîne himalayenne en Asie.

La station du Mont Dore (Puy de Dôme) en ce matin du 23 décembre 2022. Il pleut. Température de 10°C.

Glacier d’Aletsch dans les Alpes (Photo: C. Grandpey)

Météo et climat : ne pas confondre !

A en juger par les commentaires sur les réseaux sociaux – Facebook en particulier – beaucoup de gens ont encore des doutes sur l’existence du réchauffement climatique. Il suffit que notre pays traverse une période un peu froide pour que ces mêmes personnes se posent des questions sur la hausse des températures sur notre planète. Qu’elles aillent donc demander ce qu’en pensent les responsables des stations de sports d’hiver qui reculent leur date d’ouverture les uns après les autres. Et ce n’est pas fini au vu du redoux significatif prévu la semaine prochaine.

Il faudrait que ces négationnistes en herbe apprennent avant tout à faire la différence entre les mots « météo » et « climat ». La météo s’intéresse au temps qu’il va faire à court terme alors que le climat couvre des périodes beaucoup plus longues comme une décennie ou un siècle. Ainsi, on s’aperçoit qu’aujourd’hui, la température moyenne d’un mois de janvier en France est 1,34°C plus élevée qu’il y a 100 ans, malgré des périodes de froid exceptionnelles comme au mois de janvier 1985.

Voilà pourquoi la météo et le climat sont deux choses bien différentes. Dire que le réchauffement climatique n’existe pas simplement parce qu’il fait froid dehors n’est pas très futé !

Le réchauffement climatique est un phénomène progressif, même si les statistiques actuelles montent qu’il a tendance à s’accélérer – il faut le noter – parallèlement aux concentrations de gaz carbonique dans l’atmosphère. Il ne fait guère de doute que les banquises polaires et nos glaciers vont continuer à fondre. Les chutes de neige en montagne vont prendre de l’altitude. C’est pour cela que les stations de basse et moyenne altitude, les plus exposées au réchauffement climatique, ont intérêt à se diversifier rapidement si elles ne veulent pas connaître de graves difficultés.

J’ai indiqué sur ce blog le 7 décembre dernier que 2022 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France, malgré la fraîcheur de ce mois de décembre. La moyenne sera comprise entre 14,2°C et 14,6°C.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2022/12/07/2022-lannee-la-plus-chaude-en-france-2022-the-hottest-year-in-france/

Donc plus de doute à avoir, le réchauffement climatique est là et même bien là, peu importe le temps qu’il fait dehors !

La Mer de Glace et les autres glaciers vont continuer à reculer et s’amincir. Gare à l’alimentation en eau dans certaines régions du monde!

Mon livre « Glaciers en Péril » (15 euros sur commande; 10 euros lors de mes conférences) reste plus que jamais d’actualité!

L’Arctique se réchauffe et les populations souffrent // The Arctic is heating up and residents are suffering

La NOAA vient de publier un rapport indiquant qu’en 2022 la température de l’air dans l’Arctique a été la sixième plus chaude des relevés qui remontent à 1900. La couverture de neige a été la deuxième plus faible depuis 56 ans dans l’Arctique nord-américain et la troisième plus faible dans la partie eurasienne. La calotte glaciaire du Groenland a connu des conditions de fonte sur 36 % de sa surface: c’est la 25ème consécutive de perte de glace sur la masse terrestre de ce pays. En 2022, l’étendue de la glace de mer arctique a été de plus de 36 % inférieure aux moyennes de 1979 en septembre, une situation accentuée par la température de surface de la mer qui a été de 3 °C plus chaude que la moyenne de 1991 à 2020 au mois d’août. Le verdissement de la toundra augmente; la zone couverte par la vie végétale plutôt que par la neige et la glace se situe cette année au quatrième rang depuis 2000.
Le rapport de la NOAA explique que si la mauvaise santé environnementale de l’Arctique est un réel problème pour la planète dans son ensemble, ce sont surtout les peuples autochtones qui en font les frais. Ainsi, lors du typhon Merbok au mois de septembre 2022 – une tempête de catégorie 1 qui a frappé la région – des maisons ont été inondées, des pistes d’aéroport ont été submergées, des populations de villes et de villages ont été forcées de se réfugier dans des hébergements temporaires et les réservoirs de gas-oil qui alimentent en énergie de nombreuses maisons, sont devenus inutilisables. De plus, la tempête a frappé pendant la haute saison de chasse, lorsque de nombreux habitants comptent sur l’élan et le caribou pour remplir leurs congélateurs pour l’hiver. Les auteurs du rapport de la NOAA insistent sur le fait que le typhon Merbok « a démontré le lien inextricable entre les changements environnementaux et les impacts sur la sécurité humaine, la sécurité alimentaire et la santé ».
Cette tempête n’est pas le seul exemple montrant à quel point le réchauffement climatique met en péril les habitants. La chasse à la baleine boréale, par exemple, est un moyen de subsistance pour les habitants des communautés côtières de l’Alaska d’Utqiagvik, Nuiqsut et Kaktovik. La réduction de la glace de mer a doublé le nombre de jours possibles pour la chasse à la baleine, mais, selon une étude de 2021, cette fonte a augmenté le nombre de jours où la hauteur des vagues rend la chasse plus dangereuse et oblige certains villageois à se procurer des bateaux plus gros qu’ils n’ont pas forcément les moyens d’acheter.
La chasse au phoque et au morse a également été affectée. Le recul de la glace de mer oblige les chasseurs à parcourir jusqu’à 160 km dans de petites embarcations pour atteindre les zones de glace où se trouvent leurs proies. Dans beaucoup de secteur, la glace de mer s’amincit, rendant son accès plus dangereux.
Les schémas migratoires du caribou, des morses, des baleines boréales, des oies et des poissons ont également changé, rendant la chasse plus difficile et souvent moins productive. Tout cela, indique le rapport de la NOAA, affecte la disponibilité de la nourriture, mais les lois qui réglementent la chasse et la pêche n’ont pas suivi les changements intervenus dans l’environnement arctique.
Les incendies de forêt, autrefois rares en Alaska, présentent un autre risque. En mai, une sécheresse dans le sud-ouest de l’Alaska a provoqué des incendies de grande ampleur au début de l’été. La fumée des incendies pose des problèmes respiratoires, perturbe la chasse et cloue parfois les avions au sol. La hausse des températures estivales rend la vie difficilement supportable dans les maisons qui manquent généralement de climatisation, ce qui oblige les habitants à garder leurs fenêtres ouvertes et augmente leur exposition à la fumée des incendies de forêt.
L’accès à l’eau potable est également en déclin, souvent à cause des inondations côtières. L’eau de mer se mélange à celle des sources d’eau douce comme les lacs et les rivières. Le dégel du pergélisol conduit à un assèchement de plus en plus important. « En 2022 », écrivent les auteurs du rapport de la NOAA, « un lac dans la toundra près de Kotzebue, en Alaska, qui fournissait de l’eau douce à certains habitants, s’est brusquement vidé. »
Source : NOAA.

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NOAA has just published a report indicating that in 2022 Arctic air temperatures were the sixth warmest on records going back to 1900. Snow cover was the second lowest dating back 56 years across the North American Arctic and the third lowest across the Eurasian portion. The Greenland ice sheet experienced melt conditions across 36% of its surface, marking the 25th consecutive year of ice loss from the country’s land mass. The extent of Arctic sea ice was more than 36% below 1979 averages in September, a fact exacerbated by surface sea temperatures that were 3°C warmer than the 1991 to 2020 average in August. Greening of the tundra is increasing, with the area covered by plant life rather than snow and ice, coming in this year at the fourth most extensive since 2000.

The report stressed that while the poor environmental health of the Arctic is bad for the planet as a whole, it is the Indigenous people and other locals who are most immediately paying the price. During the September Typhoon Merbok, a Category One storm that struck the region, for example, homes were flooded, airport runways were underwater, populations of towns and villages were forced into public shelters and diesel fuel tanks, which power many homes, were upended. What’s more, the storm hit during peak hunting season, when many locals count on bagging moose and caribou to stock their freezers for the winter. The authors of the NOAA report insist that Typhoon Merbok “demonstrated the inextricable linkage of environmental change and impacts on human safety, food security and health.”

The great storm was by no means the only example of the ways climate change imperils the locals. Hunting for bowhead whales, for example, is a means of subsistence for the people of the coastal Alaskan communities of Utqiagvik, Nuiqsut, and Kaktovik. The decrease in sea ice has doubled the days available for whaling, but, according to one 2021 study, has increased the number of days on which wave heights make the hunt more dangerous and force some villagers to buy larger boats that they can often ill-afford.

Seal and walrus hunting has been affected too. The retreat of sea ice forces hunters to travel as much as 160 km in small skiffs to reach ice floes where their prey can be found. Many of the floes, however, are thinning, making setting foot on them yet another peril.

Migratory patterns of caribou, walruses, bowhead whales, geese, and fish have also changed, making hunts harder and often less productive. All of this, the report states, affects the availability of food, but laws and policies that regulate hunting and fishing have not kept up with the changes in the Arctic environment.

Wildfires, once a rarity in Alaska, pose yet another risk. In May, a drought in southwest Alaska teed up the region for extreme fires in early summer. The smoke from the fires poses respiratory risks, disrupts hunting, and makes aviation impossible at times. Rising summer temperatures make for sweltering homes, which typically lack air conditioning, forcing residents to keep their windows open and increasing their exposure to wildfire smoke.

Access to potable water is also on the decline, partly due to coastal flooding that mixes saltwater with freshwater sources like lakes and rivers. Loss of permafrost that was counted on to feed land basins has led to increasing drying. “In 2022,” the authors of the NOAA report write, “a tundra lake near Kotzebue, Alaska, supplying freshwater to some residents, abruptly drained.

Source: NOAA.

Evolution de la glace de mer arctique au mois de septembre (Source: NSIDC)