Le réchauffement climatique n’est pas une curiosité touristique // Global warming is not a curiosity for tourists

Au cours des dernières semaines, de nombreux touristes se sont précipités dans la Vallée de la Mort pour voir ce que l’on ressent quand les températures sont extrêmement chaudes. Il semble que ces personnes n’aient pas pris conscience de la triste réalité : la chaleur extrême que nous connaissons actuellement n’est pas une curiosité touristique. C’est une catastrophe et une tragédie
Ces touristes se rendent dans la Vallée de la Mort alors que les températures approchent des records absolus enregistrés dans le parc national. Au moment où cette chaleur difficilement supportable persiste, et où juillet est en passe d’être le mois le plus chaud jamais enregistré sur Terre, on peut se demander pourquoi certaines personnes désirent faire l’expérience de ces températures extrêmes (53,8°C pendant la journée, et autour de 48°C après minuit), sans oublier les sacro-saints selfies à côté d’un thermomètre proche du point de rupture.
Ces personnes ont, semble-t-il, envie de ressentir, pour de vrai, cet air très chaud et découvrir à travers de telles températures les limites de survie de l’espèce humaine. Elles ont pu constater qu’il s’agit bien de conditions potentiellement mortelles, comme cela a été malheureusement démontré dans le parc avec le décès récent d’un randonneur de 71 ans.
Comme je l’ai écrit plus haut, ces températures extrêmes ne doivent pas être considérées comme une curiosité touristique, mais comme une catastrophe et une tragédie. Parmi les dangers liés aux conditions météorologiques aggravés par le réchauffement climatique, la chaleur extrême arrive en premier. Elle a été responsable d’environ 3 900 décès en Californie de 2010 à 2019. La chaleur qui a étouffé le sud-ouest et d’autres régions des États-Unis pendant plus de deux semaines a infligé un lourd tribut, en particulier aux personnes âgées, aux travailleurs de plein air, et à ceux qui n’ont pas de climatisation dans leurs domiciles.
La chaleur extrême dans des endroits comme la Vallée de la Mort n’est pas une merveille naturelle comme une éclipse de soleil totale ou l’ascension de l’Everest. Ce phénomène climatique est une catastrophe humaine causée par nos propres émissions de gaz à effet de serre dans une atmosphère qui permet la vie sur cette planète.
L’été 2023 avec ses épisodes de chaleur extrême sera pourtant, probablement, l’un des plus frais des années à venir. Les impacts du réchauffement climatique se font sentir sous la forme d’événements météorologiques extrêmes, dangereux et sans précédent. La situation ne changera pas tant que nous continuerons à brûler des combustibles fossiles. D’ici là, nous serons dans l’obligation de nous habituer à une chaleur à la fois terriblement extrême et qui ne sera plus remarquable.
Source : The Los Angeles Times via Yahoo Actualités.

—————————————————–

During the past weeks, lots of tourists have rushed to Death Valley to see what is like to be in extremely hot temperatures. It looks as if these people have not realised the sad reality : deadly heat should not be a curiosity. It is a disaster and a tragedy

Visitors are making perilous trips to Death Valley as temperatures climb to within a few degrees of the highest on record. As this miserable heat persists, with July poised to be the hottest month ever recorded on Earth, one may wonder why some people are willing to experience these temperature extremes, often taling selfies next to a practically melting thermometer.

 These thrill-seekers want to feel the furnace-like blast of hot air firsthand and experience how it tests the limits of human survival. But these are life-threatening conditions, as was sadly demonstrated at the park with the recent death of a 71-year-old hiker.

Such extreme temperatures should be seen less as a curiosity than a disaster and a tragedy. Among the weather-related hazards made worse by climate change, extreme heat is the No. 1 killer, responsible for an estimated 3,900 deaths in California from 2010 to 2019. The heat that has suffocated the Southwest and other parts of the U.S. for more than two weeks has inflicted a widespread toll, especially on the elderly, outdoor workers and those without air conditioning

Climbing temperatures in places like Death Valley are not some kind of natural wonder like seeing a total solar eclipse or climbing Mt. Everest. They are part of a spiraling, unnatural human disaster caused by our own emissions of greenhouse gases in the atmosphere that sustains life on this planet.

This summer, even with extraordinary heat, is likely to be one of the coolest of the rest of our lives. The impacts of global warming are upon us in the form of unprecedented, dangerous extreme weather events. The situation will not change as long as we keep burning fossil fuels. Until then, we’ll have no choice but to get used to heat that is at once frighteningly extreme and no longer so remarkable.

Source : The Los Angeles Times through Yahoo News.

Badwater, le point le plus bas de la Vallée de la Mort (Photos: C. Grandpey)

Le dégel du pergélisol en Sibérie (suite) // The thawing of permafrost in Siberia (continued)

En raison du réchauffement climatique actuel, les températures dans l’Arctique augmentent plus rapidement qu’ailleurs dans le monde. De telles conditions météorologiques ont un impact sur le pergélisol – ou permafrost – le sol gelé toute l’année. En Sibérie, une structure géologique montre à quelle vitesse le pergélisol disparaît.
Le cratère Batagaika, une balafre d’un kilomètre de long dans l’Extrême-Orient russe, est le plus grand cratère de pergélisol au monde. C’est une vaste dépression dont le fond est constitué de surfaces irrégulières et de petites buttes ou hummocks. Le cratère a commencé à se former après l’exploitation et la disparition de la forêt environnante dans les années 1960. N’étant plus protégé, le pergélisol a commencé à dégeler, provoquant l’affaissement de la surface de la terre.

Source: Wikipedia

Le cratère Batagaïka est appelé « l’effondrement » ou la « porte d’entrée vers le monde souterrain » par les habitants de la région. Les scientifiques appellent ce phénomène géologique « un méga-affaissement de terrain ». Il est apparu dans les années 1970, avec l’aspect d’une simple ravine. Puis en dégelant avec la hausse des températures, la ravine a commencé à s’élargir.
Les scientifiques rappellent que la Russie se réchauffe au moins 2,5 fois plus vite que le reste du monde, ce qui fait fondre la toundra qui couvre environ 65% de la surface continentale du pays, et libère les gaz à effet de serre stockés dans le sol.
Bien qu’il soit susceptible d’attirer des touristes, les scientifiques préviennent que l’agrandissement du cratère est « un signe de danger ». À l’avenir, avec la hausse des températures et le renforcement du réchauffement d’origine anthropique, nous verrons de plus en plus de ces méga-affaissements de terrain, jusqu’au jour où tout le pergélisol aura disparu. Il ne faudrait pas oublier que des cratères d’explosion se sont formés dans toute la Sibérie. Ils sont dus à la libération soudaine de poches de méthane dans le sol (voir, entre autres, ma note du 3 juillet 2017 à ce sujet).

Crédit photo: Wikipedia

Le dégel du pergélisol menace déjà des villes et des villages du nord et du nord-est de la Russie. Les routes sont souvent déformées, des fissures apparaissent dans les murs des maisons et des immeubles qui doivent être construits sur pilotis pour éviter que le sol se réchauffe davantage. Les oléoducs et gazoducs se déforment, comme sur la péninsule de Yamal (voir ma note du 17 octobre 2022 à ce sujet).

Crédit photo: Total Energies

Route déformée par le dégel du permafrost en Alaska (Photo: C. Grandpey)

De vastes incendies de végétation, qui se sont intensifiés ces dernières années, aggravent le problème.
Les habitants de la République de Sakha sont conscients de la croissance rapide du cratère Batagaïka. Ils expliquent qu’il s’est agrandi d’environ 20 à 30 mètres en deux ans. Les scientifiques ne sont pas sûrs de la vitesse exacte à laquelle le cratère s’agrandit, mais ils avertissent que le sol sous le cratère – qui présente une profondeur d’une centaine de mètres par endroits – contient une énorme quantité de carbone organique qui se libérera dans l’atmosphère avec le dégel du pergélisol, accentuant encore davantage le réchauffement de la planète.
Avec la hausse de la température ambiante, les scientifiques s’attendent à ce que le cratère s’élargisse à un rythme plus élevé, ce qui conduira inévitablement à une accélération du réchauffement climatique dans les années à venir.
Source : Yahoo Actualités.

——————————————–

Because of the current global warming, temperatures in the Arctic are rising faster than elsewhere in the world. Such weather conditions have an impact on the permafrost, the ground that is known to be frozen all around the year. In Siberia, a geological feature shows how fas the permafrost is disappearing.

The Batagaika crater (see photo above), a one kilometre long gash in Russia’s Far East, forms the world’s biggest permafrost crater. It is a wide depression, whose bottom is marked by irregular surfaces and small hummocks. The crater began to form after the surrounding forest was cleared in the 1960s. The permafrost underground began to melt, causing the land to sink.

The crater has been dubbed ‘the cave-in’ or the ‘gateway to the underworld’ by local residents. Scientists call it ‘a mega-slump’. It developed in the 1970s, first as a ravine. Then by thawing in the heat of sunny days, it started to expand.

Scientists say Russia is warming at least 2.5 times faster than the rest of the world, melting the long-frozen tundra that covers about 65% of the country’s landmass and releasing greenhouse gases stored in the thawed soil.

While it may attract tourists, scientists warn that the slump’s expansion is « a sign of danger. » In the future, with increasing temperatures and with higher anthropogenic pressure, we will see more and more of those mega-slumps forming, until all the permafrost is gone. One should keep in mind that explosions craters (see photo above) have formed throughout Siberia. They are caused by the sudden release of methane pockets in the ground (see, among others, my post of July 3rd, 2017 about this topic).

Thawing permafrost has already threatened cities and towns across northern and northeastern Russia (see photo above) . Roadways are often distorted, fissures appear in the walls of houses and buildings, pipelines are disupted, like on the Yamal Peninsula (see my post of October 17th, 2022 about this topic).

Vast wildfires, which have become more intense in recent seasons, exacerbate the problem.

Locals in Sakha have taken note of the crater’s rapid growth, saying it has expanded about 20-30 metres in two years. Scientists are not sure of the exact rate at which the Batagaika crater is expanding, but they warn that the soil beneath the depression, which is about 100 metres deep in some areas, contains an enormous quantity of organic carbon that will release into the atmosphere as the permafrost thaws, further fuelling the planet’s warming.

With an increasing air temperature scientists expect the crater to expand at a higher rate. As a consequence, this will lead to more and more climate warming in the following years.

Source : Yahoo News.

Etats Unis : une vague de chaleur mortelle // United States : a deadly heat wave

Comme je l’ai écrit précédemment, une forte vague de chaleur touche certaines parties des États-Unis depuis plusieurs semaines, avec des conséquences sur la mortalité. Par exemple, sept décès ont été enregistrés dans des parcs nationaux en proie à cette chaleur extrême
Les circonstances de ces décès mettent en évidence les effets sur la santé que la chaleur accablante peut avoir sur les personnes de tout âge. Un garçon de 14 ans est mort fin juin à l’issue d’une randonnée dans le parc national de Big Bend au Texas alors que la température dépassait 43°C. Lorsque son beau-père de 31 ans a pris sa voiture pour trouver de l’aide, il a eu un accident et a lui aussi perdu la vie. Début juillet, une femme de 57 ans est décédée en randonnée dans le parc national du Grand Canyon en Arizona, où la température a atteint 38°C. Quelques semaines plus tard, un homme de 71 ans est décédé dans le parc national de la Vallée de la Mort, où la température a culminé à 49°C. Début juillet, un homme de 65 ans est décédé lui aussi dans la Vallée de la Mort à cause de la chaleur.
Le 23 juillet, deux randonneuses ont été découvertes mortes dans le parc de Valley of Fire au Nevada où la température a atteint 45°C ce jour-là.
Depuis le printemps, le sud-ouest des États-Unis fait face à une vague de chaleur, qui devrait se propager au centre et à l’est du pays au cours de la dernière semaine de juillet. Selon la NASA, juin 2023 a été le mois de juin le plus chaud de l’histoire et juillet sera probablement le mois le plus chaud jamais enregistré.
Cette canicule devrait se propager dans les deux tiers est des États-Unis cette semaine, en commençant par les États du centre-nord et les Grandes Plaines. De nombreuses villes des États-Unis ont battu des records de température pour cette période de l’année. Le service météorologique de Phoenix a déclaré que la ville avait atteint 45,5 ° C. Miami a atteint 36,6°C et Salt Lake City 40°C. Les scientifiques s’accordent à dire que la chaleur extrême est due aux effets du réchauffement climatique d’origine anthropique.
Source : médias d’information américains.

————————————————–

As I put it before, a severe heat wave has been affecting parts of the United States for several weeks, with consequences on mortality. For instance, seven deaths have been recorded at national parks amid extreme heat

The stories of those who died highlight the serious health impact that extreme heat can have on people of any age. A 14-year-old boy died at the end of June after hiking in Big Bend National Park in Texas when temperatures reached at least 43°C. When his 31-year-old stepfather drove to find help, he wrecked the car and also died. In early July, a 57-year-old woman died hiking in Grand Canyon National Park in Arizona, where temperatures reached 38°C. A few weeks later, a 71-year-old man collapsed and died in Death Valley National Park, where temperatures peaked at 49°C. In early July, a 65-year-old man died also at Death Valley, in another heat-related death.

On July 23rd, two female hikers were discovered dead in Valley of Fire State Park in Nevada where temperatures reached 45°C that day.

Since the spring, the Southwest U.S. has been facing a heat wave, which is expected to spread to the central and eastern parts of the country during the last week in July. According to NASA, June 2023 was the hottest June ever recorded and July is likely to be the hottest recorded month ever.

The hot weather is expected to build and expand across the Eastern two-thirds of the U.S. this week, starting in the north-central states and Plains. Numerous cities around the U.S. have broken temperature records for this time of year. The Phoenix weather service said the city hit 45.5°C. Miami hit 36.6°C, and Salt Lake City hit 40°C. Scientists agree to say that the extreme heat is due to the effects of huma- caused global warming.

Source : U.S. News media.

Bienvenue dans la fournaise de la Vallée de la Mort (Photo: C. Grandpey)

Prise de conscience du réchauffement climatique ? Pas si sûr !

On pouvait lire le 19 juillet 2023 sur le site web de la radio France Info le témoignage d’un glaciologue qui, comme l’auteur de ce blog, ne comprend pas que « les gens soient toujours dans le déni ou surpris » par le réchauffement climatique.

Les gens qui se trouvaient à l’Alpe d’Huez (1860 m) le 18 juillet devaient tout de même se poser des questions en voyant que la température atteignait 29,5°C à cette altitude ! Les températures très chaudes en altitude recensées ces derniers jours devraient rappeler à ces personnes que de nombreux glaciers – sources d’une eau précieuse – sont en train de fondre et disparaître. Il faudra peut-être qu’il n’y ait plus de neige pour skier pendant l’hiver à l’Alpe d’Huez et dans de nombreuses autres stations alpines – ce jour arrive à grand pas – pour que les gens prennent enfin conscience de la catastrophe climatique que nous vivons.

Pour la première fois le 18 juillet 2023 à Verdun (Ariège) à 550 mètres d’altitude, le thermomètre a affiché 40,6 °C. Même punition à Serralongue (Pyrénées-Orientales) avec 40,4 °C à 700 mètres d’altitude, ou encore à Avrieux (Savoie, 1 104 m) avec 36 °C.

Les scientifiques ont suffisamment alerté les populations et il ne faudra pas pleurer le jour où l’eau ne coulera plus au robinet. Quoi qu’en pensent et disent certains négationnistes, la hausse constante des températures est la conséquence de nos activités et des émissions de gaz à effet de serre. C’est quelque chose qui est totalement indéniable.

Le GIEC alerte en permanence sur le réchauffement climatique et il ne faudrait pas oublier que de nouvelles normales pour qualifier le climat en France sont entrées en vigueur le 28 juin 2022. Au lieu de faire la crêpe sur le littoral méditerranéen surchauffé, les gens feraient mieux de se rendre auprès de quelques glaciers alpins facilement accessibles, comme la Mer de Glace, le glacier de Bionnassay ou celui d’Argentière qui montrent une décroissance et une perte de volume extrêmes, amplifiées quasiment d’année en année. Comme l’a déclaré le glaciologue interviewé par France Info, « on s’achemine vers une disparition des glaciers à ce rythme-là. On va voir, nous-mêmes, à l’échelle d’une génération, les glaciers disparaître dans les Alpes. » En 2022, 4 à 8% du volume des glaciers alpins ont disparu en un seul été.

Comme je l’ai rappelé à plusieurs reprises, la disparition des glaciers aura des conséquences majeures sur l’alimentation en eau, que ce soit pour l’agriculture ou les populations. Sans oublier la multiplication des glissements de terrain et autres éboulements avec le dégel du permafrost de roche.

Source : France Info.

Le glacier d’Argentière, dans le massif du Mont-Blanc, a reculé de 850 m depuis 1990.La situation est aussi inquiétante pour le glacier de Bionnassay et la Mer de Glace ci-dessous.

(Photos : C. Grandpey)