Quelques nouvelles d’Islande // Some news from Iceland

En regardant la page web du Met Office dédiée à la sismicité, on constate que l’activité sismique a été réduite le 21 novembre 2023. Cela peut être dû à un réel déclin sur le terrain, mais le Met Office explique que les conditions météorologiques actuelles en Islande mettent à l’épreuve les instruments de surveillance. Les vents violents et les précipitations sont susceptibles de réduire la sensibilité des systèmes de surveillance sismique et les GPS en temps réel. De plus, la houle affecte les mesures basse fréquence et les vagues deviennent des éléments perturbateurs. Il faudra donc attendre un peu pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un déclin de l’activité au niveau de l’intrusion magmatique.

Les travaux d’édification des remparts de protection contre la lave autour de Svartsengi ont dû être interrompus en raison des mauvaises conditions météorologiques et aussi parce que le Met Office a indiqué il ne pouvait pas surveiller convenablement la qualité de l’air de la zone.
L’édification des digues s’effectue de jour comme de nuit, avec des équipes qui se relaient toutes les 12 heures. Plus de 50 personnes font leur maximum pour terminer le travail rapidement et efficacement. Il convient de rappeler que les digues de terre n’ont pas pour but d’arrêter la lave, mais de la détourner si elle venait à menacer les infrastructures.

Si de la lave perçait la surface, une autre idée, outre les digues de terre, serait d’utiliser de puissantes pompes qui pourraient éventuellement refroidir la lave afin de la ralentir et de la détourner des zones habitées et des infrastructures. Une stratégie similaire a été utilisée lors de l’éruption de 1973 à Heimaey (îles Vestmann) et s’est avérée efficace pour protéger le port. Un groupe d’experts devrait arriver en Islande pour voir si l’équipement de pompage disponible sur l’île est adapté à une telle situation. .

Sources : Met Office, Iceland Monitor.

NDLR : S’agissant de l’intrusion magmatique, il est très utile d’avoir les données sismiques et de déformation du sol. En revanche rien, ou très peu, n’est dit, sur la température et sur la chimie des émissions de surface. On a appris que du SO2 avait été détecté dans un puits de forage, donc en profondeur à proximité d’une langue de l’intrusion magmatique, peut-être en cours de refroidissement, ce qui n’est pas très significatif, et cela reste une mesure isolée. Apparemment aucune anomalie thermique n’a été détectée par les satellites. Je suppose que le Met Office en aurait fait état.

La sismicité et le tremor ont nettement faibli ces derniers jours. Attendons la suite…

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Looking at the Met Office’s web page dedicated to seismicity, one can see that earthquake activity was reduced on November 21st, 2023. This may be due to a real decline on the ground, but the Met Office warns that the current weather conditions in Iceland are presenting challenges to the monitoring efforts. Heavy winds and precipitation are expected to reduce the sensitivity of seismic and real-time GPS monitoring systems. Additionally, sea swells are affecting low-frequency measurements where waves appear as disturbances. We’ll need to wait some time to make sure that activity has really declined at the magma intrusion.

Work on the defense walls around Svartsengi had to be stopped because of the poor weather conditions and also because the Met Office issued a statement that it couldn’t monitor the area safely with air quality meters.

The construction is carried out day and night, with continious 12-hour shifts. The group, which numbers over 50 people, is working hard to finish the project quickly and efficiently. It should be remermerred that the earthern barriers are not meant to stop the lava, but divert it if it happened to threaten infrastructure.

Should lava pierce the surface, aother idea beside the earthern barriers would be to use powerful pumps that could possibly cool the lava inorder to slow it down and divert it from the settlements and infrastructure. A similar strategy was used during the 1973 eruption in Heimaey (Vestmann Islands) and proved successful to protect the harbour. A group of experts is expected to arrive in Iceland to evaluate whether the pump equipment is useful.

Sources : Met Office, Iceland Monitor.

Editor’s note : Regarding the magma intrusion, it is very useful to have seismic and ground deformation data. On the other hand, nothing, or very little, is said about the temperature and chemistry of surface emissions. We were told that SO2 had been detected in a borehole, therefore at depth, probably near a tongue of the intrusion in the process of cooling, which is not very significant, and it remains an isolated measurement. Apparently no thermal anomaly was detected by the satellites. I suppose the Met Office would have reported this.

Les volcans sur la Lune

Le Hors Série d’octobre-novembre du National Geographic consacré à la Lune nous apporte des informations intéressantes sur notre voisine. Tous les cratères visibles à la surface de la Lune attestent de son passé volcanique. Les images rapportées par les astronautes et celles fournies par les sondes lunaires nous montrent des coulées lave baptisées « mers », des dômes et des chenaux de lave longs de plusieurs kilomètres.

 

Mers et cratères sur la face visible de la Lune (Source : Peter Freiman / Wikipedia)

Il y a également des IMP – Irregular Mare Patches (Taches irrégulières de mers) – qui font référence à des dépôts de lave. On pense que ces IMP pourraient être la preuve d’un volcanisme plus récent qu’on ne le pensait. Il se pourrait qu’il remonte à une centaine de millions d’années, ce qui est peu à l’échelle astronomique. Si c’était vrai, cela bouleverserait nos connaissances de la Lune que l’on considère comme un astre froid et volcaniquement inactif depuis un milliard d’années.

 

IMP à la surface de la Lune (Source : NASA)

C’est au moment de sa naissance, lorsque notre satellite s’est refroidi, que la lave aurait émergé de fissures à sa surface. La lave aurait ensuite rempli des bassins d’impact formés par des collisions lorsque la surface de la Lune a été bombardée de météorites. La lave s’est ensuite solidifiée, formant les ‘mers’ que nous connaissons aujourd’hui. Ces volcans n’étaient pas gigantesques mais la faible gravité lunaire a permis à la lave de couvrir de longues distances. Les échantillons de basalte rapportés par les astronautes confirment cette période volcanique sur la Lune. Ils montrent des variations dans leur âge ; la plupart datent de 3-3,9 milliards d’années, ce qui laisse supposer que c’est à cette époque que le volcanisme a été le plus actif.

 

Coulée de lave refroidie dans la Mer des Pluies (Mare Imbrium) [Source : NASA]

A la surface de la Lune, les scientifiques ont également découvert des cavités dont la taille varie de 5 mètres à un kilomètre. Elles correspondraient à l’effondrement de la voûte de tunnels de lave, comme on en rencontre sur le Kilauea à Hawaii ou le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion). Ces cavités pourraient servir d’abris à de futures missions lunaires ; elles protégeraient les astronautes des radiations spatiales nocives et des micrométéorites.

Tunnel de lave à la Réunion (Photo: C. Grandpey)

Ces cavités me font inévitablement penser à la visite de la Lune par Tintin, Milou et leurs amis, et à l’épisode où Tintin et son chien pénètrent dans l’une de ces grottes et font une longue chute après avoir glissé sur une étendue de glace. Hergé n’était peut-être pas loin de la vérité….

 

Extrait de l’album « On a marché sur la Lune »

Islande : des protections contre la lave // Iceland : barriers against the lava

L’édification de protections contre la lave autour de la centrale électrique de Svartsengi et du Blue Lagoon a commencé. La protection de la centrale est essentielle car elle fournit de l’eau et de l’électricité à toute la région de Suðurnes. Les protections visent à protéger les infrastructures importantes de la péninsule de Reykjanes en cas d’éruption, considérée comme probable dans les jours ou semaines à venir. Juste avant minuit le 13 novembre 2023, le Parlement islandais a approuvé un projet de loi autorisant la construction de ces protections qui sera financée par la hausse des impôts que j’ai mentionnée dans une précédente note le 13 novembre. Certains habitants ont fait valoir que la centrale électrique de Svartsengi et le Blue Lagoon sont des sites privés qui ont réalisé des bénéfices importants ces dernières années,. Ils devraient donc participer au financement des protections.
Une fois terminées, les protections mesureront 6 à 8 mètres de haut et leur édification devrait prendre 30 à 40 jours. Les graviers et la terre utilisés pour leur construction sproviennent de la montagne voisine de Stapafell. .
Outre l’édification de ces protections, le gouvernement a exprimé le désir d’aider Grindavík à réparer les dégâts subis par la ville et de venir en aide aux habitants qui ont été évacués de leurs maisons et qui pourraient également se retrouver au chômage.
Près de 200 entreprises employant environ 2 000 personnes sont situées dans la zone évacuée et ne savent pas si et quand elles pourront poursuivre leurs activités. Les employés concernés auront droit à des allocations chômage rétroactives à partir du 13 novembre.
Source  :Iceland Review.

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The construction of lava barriers around Svartsengi Power Plant and the Blue Lagoon has begun. Protecting the power plant is critical as it provides water and electricity to the entire Suðurnes region. The barriers are meant to protect important infrastructure on the Reykjanes peninsula in case of an eruption, which is still considered likely in the coming days or weeks. Iceland’s Parliament approved a bill just before midnight on November 13th, 2023 to enable the building of lava barriers, which will be financed through the tax hike I mentuioned in a previous post on November 13th. Some locals have argued that the privately-owned Svartsengi Power Plant and Blue Lagoon, which have made significant profits in recent years, should partake in financing the barriers.

The barriers will be 6-8 metres high and are expected to take 30-40 days to complete. The gravel and soil used to build them are being mined from nearby Stapafell mountain. .

Beside the barriers, the government has expressed desire for assisting Grindavík in repairing the damage the town has sustained, and for supporting its residents who have been evacuated from their homes and who may also face unemployment.

Nearly 200 companies with around 2,000 employees operate within the evacuated area, and face uncertainty as to whether and when they may continue operations. Affected workers will be eligible for retroactive unemployment benefits from November 13th.

Source : Iceland Review.

L’édification de digues en terre contre la lave a déjà été eu lieu lors de l’éruption de 2021 (Photo: C. Grandpey)

L’énergie en Islande et la centrale de Svartsengi // Energy in Iceland and the Svartsengi power plant

Avec 85 % de ses besoins énergétiques satisfaits par ses propres ressources renouvelables, l’Islande est à l’avant-garde de la production d’énergie durable. 73 % de l’électricité sot fournis par des centrales hydroélectriques et 26,8 % par l’énergie géothermique, ce qui représente plus de 99 % de la consommation d’électricité en Islande.
Les chiffres fournis par le Statista Research Department nous montrent que l’hydroélectricité produit 14,2 térawattheures alors que la production d’électricité géothermique s’élevait à 5 916 gigawattheures en 2022.

Les Islandais sont des pionniers dans l’utilisation de l’énergie géothermique pour le chauffage de leurs locaux, puisque 90 % des foyers islandais sont chauffés à l’eau d’origine géothermique. De l’eau chaude propre et peu coûteuse est acheminée directement depuis les forages jusqu’aux maisons via des canalisations. Les autres bâtiments sont chauffés à l’électricité provenant de sources renouvelables.
Dans les centres d’accueil des centrales électriques, des panneaux informent sur le processus de conversion de l’énergie hydroélectrique ou géothermique en électricité et sur la manière dont l’eau géothermique est utilisée pour le chauffage des locaux. Au centre d’accueil de la centrale électrique de Krafla, dans le nord de l’Islande, on nous apprend qu’avec 33 forages, la centrale est capable de produire 500 GWh d’électricité par an, avec une capacité installée de 60 mégawatts.

Centrale électrique de Krafla (Photo: C. Grandpey)

A côté des énergies renouvelables, les combustibles fossiles importés sont encore utilisés en Islande dans les transports, car les navires, les avions et les voitures fonctionnent généralement avec les carburants traditionnels. Cependant, le nombre de propriétaires de véhicules électriques augmente rapidement et des investissements importants ont été récemment réalisés dans les infrastructures de recharge pour voitures électriques, avec des bornes de recharge désormais disponibles tout au long de la route qui fait le tour de l’île. Cela est conforme à la politique du gouvernement visant à réduire la dépendance du pays aux combustibles fossiles importés.

Comme je l’ai déjà écrit, les habitants du sud de l’Islande se demandent ce qui se passerait si la centrale géothermique de Svartsengi était menacée par une éruption. La sismicité et le soulèvement du sol montrent actuellement que de la lave pourrait émerger dans la région du mont Þorbjörn.
Les habitants de la péninsule de Reykjanes (plus de 21 000 foyers) reçoivent leur eau chaude, leur eau froide et leur électricité de la centrale géothermique de Svartsengi dont la capacité de production atteint désormais 150 MWth pour le chauffage urbain et la capacité nominale de 75 MW pour l’électricité.

Selon la société HS Orka qui gère la centrale, une éruption sur le site pourrait rendre difficile l’approvisionnement en eau chaude. Des représentants de HS Orka ont répondu aux questions des habitants lors d’une réunion publique à Grindavík le 2 novembre 2023, aux côtés des autorités et des scientifiques islandais. Les représentants de HS Orka ont déclaré que la société était prête prendre les mesures nécessaires si une éruption se produisait près de Svartsengi. « Nous sommes bien préparés en ce qui concerne ce qui peut être fait. Nous sommes en relation avec des groupes de travail au sein de la Protection Civile ; ils travailleront avec nous pour protéger la centrale électrique en cas de coulée de lave. Tous les efforts seront déployés pour protéger la centrale électrique si un tel événement devait se produire.»
Source  : Iceland Review.

Photo: C. Grandpey

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With 85% of its primary energy needs being met with indigenous renewable resources, Iceland is at the forefront of sustainable energy production. 73% of electricity is provided by hydropower plants and 26.8% from geothermal energy, accounting for over 99% of total electricity consumption in Iceland.

Figures provided by the Statista Research Department inform us that h ydropower produces14.2 terawatt-hours of electricity whereas the production of gothermal electricity amounted to 5 916 gigawatts_hours in 2022.

Schéma Energy Iceland

Icelanders are pioneers in the use of geothermal energy for space heating, with 90% of Icelandic households heated with geothermal water. Clean and affordable hot water is brought directly from boreholes to houses via pipelines. The remaining buildings are heated with electricity from renewable sources.

At visitor centres located at power stations in the countryside, you can learn about the process of converting either hydro- or geothermal energy into electricity and how geothermal water is used for space heating. At the visitor center of the Krafla power station in northern Iceland, we learn that with 33 boreholes, it is able to produce 500 GWh of electricity annually, with an installed capacity of 60 megawatts.

Imported fossil fuels are still used in transport in Iceland, as ships, planes and cars tend to run on conventional energy. Electric vehicle ownership is however growing quickly and recently there have been large investments in charging infrastructure for electric cars, with charging stations now available all around the ring-road. This is in line with the government’s policy of reducing the country’s reliance on imported fossil fuels.

As I put it before, residents in South Iceland are wondering what would happen if the Svartsengi Geothermal Power Plant was affected by an eruption. Seismicity and ground uplift are currently showing that lava might emerge in the Mount Þorbjörn area.

Reykjanes residents (more than 21,000 households) receive their hot water, cold water, and electricity from the Svartsengi Geothermal Power Plant whose generation capacity now reaches 150 MWth for the district heating and the nameplate capacity to 75 MW for electricity power. According to the power plant owners, an eruption at the site could make it difficult to supply residents with hot water. Representatives of HS Orka answered residents’ questions at a town hall meeting in Grindavík on November 2nd, 2023, along with Icelandic authorities and experts. HS Orka’s managers stated that the company is prepared to respond if an eruption does occur near Svartsengi. “We are well prepared as far as that goes, what can be done. We are very well connected with working groups within the Department of Civil Protection who will work with us to protect the power plant in the event of lava flow. And every effort will be made to protect the power plant, if such an event were to happen.”

Source : Iceland Review.