Vers un été caniculaire ?

Si l’été 2020 suit la tendance globale amorcée au cours de la dernière décennie, nous devrions encore transpirer cette année. C’est la conclusion des dernières prévisions saisonnières de Météo France qui rejoignent d’ailleurs celles des autres agences climatiques dans le monde.  Selon l’agence française, la façade Atlantique et le nord-ouest du pays devraient échapper à cette hausse des températures. En revanche, ce ne sera pas le cas du sud-est du pays et de la Corse qui devraient connaître des températures extrêmes.

Selon les prévisionnistes, s’il est trop tôt pour prédire une canicule, mais elle semble malgré tout très probable. Sur les neuf derniers étés, huit ont été caniculaires, avec deux épisodes extrêmes en 2019, et des températures qui ont atteint 46°C dans le Roussillon.

Ces annonces interviennent alors que les températures enregistrées ce mois de mai sont de plusieurs degrés au-dessus des normales saisonnières. Plus globalement, ce printemps  s’avère être le deuxième plus chaud de l’histoire en France, depuis le début des mesures, avec  +1,8°C en moyenne au-dessus de la normale.

La situation en France correspond à la tendance globale sur la planète. On s’attend à ce que 2020 soit l’année la plus chaude de l’histoire et devance 2016, la plus chaude jusqu’à présent, mais qui avait été favorisée par la phénomène de réchauffement El Niño dans l’est de l’Océan Pacifique.

Inutile de dire que si ces prévisions de chaleur se confirment cet été, ce ne sera pas une bonne nouvelle pour les univers glaciaires, que ce soit les glaciers ou la banquise. La couche de neige n’ayant pas été très épaisse cet hiver, il est fort à parier que nos glaciers alpins font beaucoup souffrir.

Des jours difficiles pour la Mer de Glace… (Photo : C. Grandpey)

Glaciers et grottes de glace sur les volcans // Glaciers and ice caves on volcanoes

Alors que la plupart des glaciers dans le monde reculent en raison du réchauffement de la planète, quelques autres parviennent à se développer grâce à des conditions locales très particulières. L’un d’eux est apparu dans le cratère du Mont St Helens. Ce glacier – tout simplement baptisé Crater Glacier – est probablement l’un des plus jeunes au monde.
Les glaciers du Mont St Helens n’ont rien d’extraordinaire. Avant 1980, le volcan était un cône orné d’une douzaine de petits glaciers. La plupart d’entre eux ont été détruits ou ont fondu au cours de l’éruption de mai 1980.
L’ouverture en forme de fer à cheval laissée par l’éruption a fourni un refuge parfait pour héberger un petit glacier. Son orientation vers le nord a permis de protéger la neige du soleil. Une épaisse couche de débris volcaniques s’est accumulée sur le fond du cratère, fournissant un bon isolant contre la chaleur volcanique en dessous.

La glace a, par endroits, une épaisseur d’environ 190 mètres. Mesuré en ligne droite de la source jusqu’à son front, le glacier a environ 2 kilomètres de longueur. Il convient de noter que sa progression a ralenti considérablement en 2014 et il avait commencé à régresser quand je l’ai observé en 2015. L’accès est interdit à l’intégralité du cratère sauf aux personnes disposant de permis de recherche. Il convient en effet de protéger cet environnement fragile et dangereux où les pièges sont nombreux.

Les grottes de glace du Mt St Helens ont fait l’objet d’un intéressant reportage bien illustré dans le National Geographic.

https://www.nationalgeographic.fr/sciences/2020/05/plongee-dans-les-grottes-de-glace-du-mont-saint-helens?fbclid=IwAR1DGCYiff_Q0CcfBZZ-gaLt86aNdQTg0STtuBsFOyWq5vFCh76VvrhrOWM

On trouve des grottes de glace sur d’autres volcans comme le Mont Hood ou le Mont Rainier. Voir ma note du 6 février 2016 sur les grottes de cette montagne.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/02/06/les-grottes-de-glace-du-mont-rainier-mount-rainier-ice-caves/

Il existe d’autres grottes sur la Mauna Loa (Hawaii) et sur l’Etna (Sicile). Je leur ai consacré une note le 9 janvier 2016 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/01/09/les-grottes-de-glace-du-mauna-loa-hawaii-et-de-letna-sicile-ice-caves-on-mauna-loa-hawaii-and-mt-etna-sicily/

A côté de ces glaciers et de leurs grottes, il est bon de rappeler que l’on trouve des trous de glace très surprenants sur certains volcans éteints comme ceux de l’Auvergne, en particulier dans la cheire du Puy de Côme. Les adhérents de l’association L.A.V.E. pourront relire un article que j’ai écrit à leur sujet dans le n°48 de la revue LAVE. Il est intitulé « Les trous de glace de la cheire du Puy de Côme. » La formation de ces caractéristiques géologiques est très bien expliquée et illustrée sur ce site web :

https://planet-terre.ens-lyon.fr/image-de-la-semaine/Img357-2011-06-27.xml

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While most of the world’s glaciers are retreating due to global warming, a few others are able to develop due to very specific local conditions. One of them appeared in the crater of Mount St Helens. This glacier – simply called Crater Glacier – is probably one of the youngest in the world.
The glaciers of Mount St Helens are nothing extraordinary. Before 1980, the volcano was a cone covered with a dozen small glaciers. Most of them were destroyed or melted down during the May 1980 eruption.
The horseshoe-shaped opening left by the eruption provided a perfect refuge for a small glacier. Its northward orientation made it possible to protect the snow from the sun. A thick layer of volcanic debris accumulated on the bottom of the crater, providing good insulation against the volcanic heat below.
The ice is, in places, about 190 metres thick. Measured in a straight line from the source to its front, the glacier is about 2 kilometres in length. It should be noted that its progress slowed down considerably in 2014 and it had started to retreat when I observed it in 2015. Access is prohibited to the entire crater except for people with research permits. It is indeed necessary to protect this fragile and dangerous environment where traps are numerous.
The ice caves of Mt St Helens have been the subject of an interesting report well illustrated in National Geographic.
https://www.nationalgeographic.fr/sciences/2020/05/plongee-dans-les-grottes-de-glace-du-mont-saint-helens?fbclid=IwAR1DGCYiff_Q0CcfBZZ-gaLt86aNdQTg0STtuBsFOyWq5vFCh76VvrhrOW

Ice caves are found on other volcanoes such as Mt Hood or Mount Rainier in the United States. See my post of 6 February 2016 about the caves on this mountain:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/02/06/les-grottes-de-glace-du-mont-rainier-mount-rainier-ice-caves/

More caves can be visited on Mauna Loa (Hawaii) and Mount Etna (Sicily). I wrote a post about them on 9 January 2016:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/01/09/les-grottes-de-glace-du-mauna-loa-hawaii-et-de-letna-sicile-ice-caves-on-mauna-loa-hawaii-and-mt-etna-sicily/

Beside these glaciers and their caves, it is worth remembering that there are very surprising ice holes on some extinct volcanoes like those of Auvergne, in particular in the cheire of Puy de Côme. Members of the L.A.V.E. association can reread an article I wrote (in French) about them in issue # 48 of the LAVE review. It is entitled « Les trous de glace de la cheire du Puy de Côme. »
The formation of these ice holes is very well explained and illustrated on this website:
https://planet-terre.ens-lyon.fr/image-de-la-semaine/Img357-2011-06-27.xml

Le « Crater Glacier » du St Helens en 2008 et 2015 (Photos : C. Grandpey)

Plusieurs glaciers ornent le sommet du Mt Rainier (Photo : C. Grandpey)

Stalactites de glace sur l’Etna (Photo : C. Grandpey)

Le recul glaciaire en Islande // Glacial retreat in Iceland

Le site Internet « Iceland Review » a publié le dernier numéro de la newsletter Melting Glaciers qui dresse un bilan de la situation glaciaire en Islande. Ce bulletin est le fruit d’une collaboration entre l’Icelandic Met Office, l’Institut des Sciences de la Terre de l’Université d’Islande, la Iceland Glaciological Society, le Southeast Iceland Nature Center et le parc national du Vatnajökull. Il est publié avec le soutien du Ministère Islandais de l’Environnement et des Ressources Naturelles.

Dans l’introduction de la newsletter, on peut lire que « les glaciers islandais reculent rapidement depuis un quart de siècle. Ce phénomène est l’une des conséquences les plus visibles du réchauffement climatique dans le pays. »

Voici quelques extraits de la newsletter:

Evolution des glaciers :
Depuis l’an 2000, la superficie des glaciers islandais a diminué d’environ. 800 km2 et elle a perdu près de 2200 km2 depuis la fin du 19ème siècle, époque les glaciers ont atteint leur extension maximale depuis la colonisation du pays au 9ème siècle. La surface des glaciers a en moyenne diminué d’environ. 40 km2 par an ces dernières années et les glaciers ont reculé de plusieurs dizaines de mètres en 2019. Le Hagafellsjökull, qui appartient à la calotte glaciaire du Langjökull, ainsi que le Síðujökull et le Tungnárjökull qui font partie de la calotte glaciaire du Vatnajökull, détiennent le record de recul pour 2019 avec 150 mètres de retrait au cours de cette seule année. Le glacier Breiðamerkurjökull, issu de la calotte glaciaire du Vatnajökull recule encore plus rapidement au moment de son vêlage dans le Jökulsárlón. Le recul du front de vêlage a atteint entre 150 et 400 mètres en 2019.

Lagon glaciaire du Jökulsárlón :
Le lagon glaciaire du Jökulsárlón montre à quel point le vêlage dans l’océan ou dans un lac peut être important pour le bilan massique des glaciers. Le Jökulsárlón a commencé à se former au milieu des années 1930. Les lagons situés devant le front des glaciers Breiðamerkurjökull, Jökulsárlón et Breiðárlón, ainsi que quelques lagons plus petits, présentent actuellement une superficie totale de plus de 30 km2. En moyenne, la surface de ces lagons glaciaires a augmenté de 0,5 à 1 km2 par an au cours des dernières années. Le glacier Breiðamerkurjökull recule et s’amincit en raison d’un bilan massique de surface négatif dû au réchauffement climatique, mais également en raison du vêlage dans le lagon du Jökulsárlón. Le vêlage représente actuellement environ un tiers de la perte de masse du Breiðamerkurjökull.

Rebond isostatique :
La fonte rapide des glaciers entraîne un soulèvement de la croûte terrestre en bordure de la glace en raison de la faible viscosité du manteau sous l’Islande. A Höfn, dans le Hornafjörður au sud-est de l’Islande, le sol se soulève actuellement d’environ 10 à 15 mm par an et la vitesse de soulèvement a considérablement varié au cours des deux dernières décennies en raison des fluctuations de perte de masse du glacier. La vitesse de soulèvement la plus importante a été observée sur la bordure ouest du Vatnajökull où elle atteint environ 40 mm par an.

Le Hoffellsjökull :
Le glacier Hoffellsjökull a reculé et s’est considérablement aminci depuis la fin du 19ème siècle, période où le glacier a atteint son extension maximale. La zone située à l’avant du Hoffellsjökull permet d’observer les effets géomorphologiques du retrait des glaciers. Le recul du glacier a conduit à la formation, devant sa partie frontale, d’un lac qui s’est agrandi rapidement depuis le début du 21ème siècle. La superficie du Hoffellsjökull a diminué d’environ. 40 km2 depuis la fin du 19ème siècle et de plus de 0,5 km2 par an au cours des dernières années.

Bilan massique des glaciers :
Le bilan massique des plus grands glaciers islandais est négatif depuis 1995, à l’exception de l’année 2015 où il est devenu positif pour la première fois en 20 ans. Le bilan massique en 2016 a de nouveau été négatif, avec une ampleur semblable à celle des années précédentes. Le bilan massique du Langjökull et de l’Hofsjökull a de nouveau été nouveau négatif en 2017, alors que le Vatnajökull a été pratiquement en équilibre. Ces trois calottes glaciaires ont été presque à l’équilibre en 2018. L’été 2019 a été chaud et le bilan massique des trois glaciers a été négatif. Ils ont perdu environ. 250 km3 de glace depuis 1995, ce qui correspond à environ 7% de leur volume total.

Bilan massique des glaciers islandais négatif en 2019 :
Les glaciers islandais ont reculé rapidement après le milieu des années 1990 en raison du réchauffement climatique. La perte de masse a été équivalente à environ 1 m d’eau par an en moyenne sur la période 1997-2010. Après 2010, certains étés ont été frais et humides, ce qui s’est reflété dans la perte de masse des glaciers. Pendant la période 2011-2018, elle se situait entre le tiers et la moitié de la moyenne des décennies précédentes. L’été 2019 a été chaud et ensoleillé. Par conséquent, l’ablation glaciaire a considérablement augmenté et la perte de masse a été équivalente à environ 1,5 m d’eau par an, ce qui est l’une des valeurs les plus élevées jamais enregistrées.

L’intégralité de la newsletter Melting Glaciers se trouve (en islandais et en anglais) à cette adresse:
https://www.vedur.is/media/loftslag/frettabref-joklar-newsletter-glaciers-iceland-2019-1-.pdf

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The “Iceland Review” website has released that latest issue of the newsletter Melting Glaciers which describes the situation of glaciers in Iceland. The newsletter is a collaborative effort between the Icelandic Met Office, the Institute of Earth Sciences at the University of Iceland, the Iceland Glaciological Society, the Southeast Iceland Nature Centre, and Vatnajökull National Park. It is published with support from the Icelandic Ministry for the Environment and Natural Resources.

In the introduction of the newsletter, one can read that “glaciers in Iceland have retreated rapidly for a quarter of a century, and glacier downwasting is one of the most obvious consequences of a warming climate in the country.”

Here are some excerpts from the newsletter :

Glacier changes.:

Since 2000, the area of Iceland’s glaciers has decreased by about. 800 km2 and by almost 2200 km2 since the end of the 19th century when the glaciers reached their maximum extent since the country’s settlement in the 9th century. The glacier area has on average shrunk by about. 40 km2 annually in recent years. Glaciers typically retreated by tens of metres in Hagafellsjökull in Langjökull ice cap and Síðujökull and Tungnárjökull in Vatnajökull ice cap hold the 2019 record, retreating by 150 m in this single year. The Breiða-merkurjökull outlet glacier of the Vatnajökull ice cap retreats even faster, where it calves into Jökulsárlón lagoon. The retreat of the calving front measured 150–400 m in 2019.

The Jökulsárlón glacier lagoon :

The Jökulsárlón glacier lagoon demonstrates how important calving into the ocean or terminal lakes can be for the mass balance of glaciers. Jökulsárlón lagoon started to form in the mid-1930s because of the retreat of the glacier. The lagoons by the terminus of Breiðamerkurjökull, Jökulsárlón and Breiðárlón, as well as some smaller lagoons, now have a combined area of over 30 km2. On average, the lagoons have grown by 0.5–1 km2 annually in recent years. The Breiðamerkurjökull glacier retreats and thins due to negative surface mass balance in a warming climate but also due to calving into Jökulsárlón lagoon. Calving currently causes about 1/3 of the mass loss of Breiðamerkurjökull.

Crustal movements :

Rapid melting of glaciers leads to crustal uplift near the ice margins because of the low viscosity of the mantle under Iceland. The land at Höfn in Hornafjörður in SE-Iceland currently rises by about 10–15 mm per year and the rate of uplift has varied substantially over the last two decades due to variations in the rate of mass loss of the glacier. The rate of uplift is even larger near the western margin of Vatnajökull where it has been measured at about 40 mm per year.

The Hoffellsjökull outlet glacier :

The Hoffellsjökull outlet glacier has retreated and thinned greatly since the end of the 19th century, when the glacier reached its maximum extent in recent times. The foreland of Hoffellsjökull provides unique opportunities to observe the geomorphological effects of glacier retreat. The retreat of the glacier has led to the formation of a terminus lake that has grown rapidly since the turn of the 21st century. The area of Hoffellsjökull has descreased by about 40 km2 since the end of the19th century and by more than 0.5 km2 annually in recent years.

Glacier mass balance :

The mass balance of the largest Icelandic glaciers has been negative since 1995, with the exception of the year 2015 when it became positive for the first time in 20 years. The mass balance in 2016 was again negative by a magnitude similar to that in previous years. The mass balance of Langjökull and Hofsjökull was again negative in 2017, whereas Vatnajökull was almost in balance. All three ice caps were near balance in 2018. The summer of 2019 was quite warm and the mass balance of all three ice caps was negative. The glaciers have lost about. 250 km3 of ice since 1995, which corresponds to about 7% of their total volume.

Mass balance of the Icelandic glaciers negative in 2019 :

Glaciers in Iceland retreated rapidly after the mid-1990s as a consequence of warming climate. The mass loss was about 1m water per year on average in the period 1997–2010. After 2010, some summers have been cool and wet and this is reflected in the glacier mass loss, which in the period 2011–2018 was on average only one-third to one-half of the average of the preceding one or two decades. The summer of 2019 was warm and sunny. Consequently, the glacier ablation increased substantially and the mass loss was measured as about 1.5 m water per year which is among the highest values on record.

The entire newsletter Melting Glaciers can be found (in Icelandic and in English) at this address :

https://www.vedur.is/media/loftslag/frettabref-joklar-newsletter-glaciers-iceland-2019-1-.pdf

Source : Wikipedia

Variations du  Breiðamerkurjökull au niveau du vêlage dans le lagon du Jökulsárlón

(Source : Glacier Melting)

Vêlage du Vatnajökull (Photo : C. Grandpey)

Catastrophes glaciaires // Glacial disasters

Le réchauffement climatique augmente le risque d’effondrements catastrophiques de glaciers. L’eau de fonte générée par des étés plus chauds constitue une réelle menace. Un exemple de ce phénomène est survenu en 2013 avec l’effondrement soudain d’un pan de 500 mètres de long sur le glacier de Flat Creek en Alaska. Les blocs de glace sont tombés en cascade dans une vallée heureusement déserte dans le Parc National de Wrangell-St Elias. Les sercices du Parc font remarquer qu’un événement semblable s’est produit au même endroit deux ans plus tard.
Personne n’a été blessé au cours de ces effondrements glaciaires en Alaska, mais des événements semblables ont été observés dans des régions moins isolées au cours des deux dernières décennies, avec des morts à la clé. Quelque 140 personnes ont été tuées et un village entier a été englouti en 2002 lorsque des masses de glace se sont détachées du glacier Kolka  dans la région d’Ossétie du Nord (Russie). En juillet 2016, un amas de glace et de roches s’est détaché du glacier Aru et a parcouru une vallée étroite du Tibet, tuant neuf bergers et des centaines de moutons et de yaks.
Une étude publiée par les chercheurs du l’Université de Colorado à Boulder dans la revue Geology a révélé que les deux effondrements glaciaires en Alaska se sont produits au plus fort de la saison de fonte estivale. Cela laisse penser que ces événements hautement destructeurs pourraient se produire plus fréquemment avec le réchauffement climatique.
Un projet de recherche a été lancé pour étudier ce qui s’est passé à Flat Creek. Pour ce faire, les scientifiques ont utilisé différents outils comme l’imagerie satellite, les mesures sur le terrain, les modèles numériques de variations de niveau et la modélisation des eaux de fonte. Les images satellitaires haute résolution collectées il y a dix ans montrent qu’un gonflement anormal de 70 mètres de hauteur était présent sur la langue du glacier avant le premier effondrement de 2013. La partie inférieure de la langue glaciaire était très mince et collée par le gel sur le soubassement du glacier. Cette langue gelée a probablement bloqué la glace en provenance de la partie supérieure du glacier, ce qui a provoqué le gonflement. Cela a également ralenti l’évacuation de l’eau de fonte qui s’est accumulée sous le glacier. L’augmentation de pression de cette eau accumulée sous le glacier a provoqué la rupture soudaine de la langue, avec deux très importantes masses de matériaux qui ont recouvert chacune environ trois kilomètres carrés de forêts vieilles de 400 ans.
La ressemblance entre les effondrements glaciaires en Alaska et au Tibet montre qu’ils sint dus une cause commune. D’autres effondrements ont été observés ailleurs dans le monde. Cela montre bien que de telles phénomènes pourraient se produire de plus en plus fréquemment à cause du réchauffement climatique.
Source: The Independent.

En France, au-dessus de Saint-Gervais (Haute-Savoie), le glacier de Tête Rousse fait partie de ces glaciers dont le comportement peut être catastrophique. En 2010, on a découvert une énorme poche d’eau sous la glace, à 3200 mètres d’altitude. Les autorités ont alors décidé de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand la rupture d’une poche glaciaire avait entraîné une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes qui avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes.

Depuis 2010, le glacier de Tête Rousse est placé sous haute surveillance. Avec le réchauffement climatique, on sait que la fonte de la glace s’est accélérée. On a récemment décelé la présence de deux nouvelles poches d’eau, à une profondeur plus grande que prévu. L’une aurait un volume de 20 à 25 000 mètres cubes, l’autre de près de 15 000, soit un volume total d’environ 40 000 mètres cubes.. C’est moins que les 65 000 mètres cubes de 2010, mais c’est suffisant pour que la menace soit prise très au sérieux. Le maire de St Gervais estime aujourd’hui que 2300 personnes pourraient mourir en cas de nouvelle déferlante provoquée par la vidange brutale de la poche d’eau glaciaire. En 2010, grâce aux opérations de pompage,, le volume d’eau présent dans la cavité avait été ramené à 10.000 m3. Aujourd’hui, de nouvelles mesures sont en train d’être prises pour éviter que l’eau continue de s’accumuler.

Si la fonte et le recul des glaciers vous intéressent, je vous conseille fortement de regarder l’émission très pédagogique de C’est pas sorcier réalisée en 2006 et consacrée à ce sujet. Jamy Gourmaud et Frédéric Courant y expliquent parfaitement cette libération de poches d’eau sous-glaciaires.

https://www.youtube.com/watch?v=7Oymnk-hPk0

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With global warming, there is an increasing the risk of catastrophic glacier detachments. Meltwater generated by warmer summers is posing a new threat. An example of this pnenomenon is the 500-metre-long slab of the Flat Creek glacier (Alaska) broke off suddenly in August 2013 and cascaded down a mountain valley in the remote Wrangell-St. Elias National Park and Preserve. A similar event was documented at the same location two years later by the National Park Service.

No one was hurt in either of the ice surges in Alaska, but similar glacier detachments in less remote areas in the last two decades have been deadly. Some 140 people were killed when masses of ice broke loose from the Kolka glacier and buried an entire village in Russia’s North Ossetia region in 2002. In July 2016, a wall of ice and rocks from the Aru glacier gushed down a narrow valley in Tibet, killing nine herders and hundreds of sheep and yaks.

A study published by the Colorado Boulder researchers in the journal Geology found both Alaskan detachments occurred at the height of the summer melt seasons and suggests these highly destructive events could occur more frequently with global warming.

A research project was launched to investigate what had happened at Flat Creek. Scientists used a variety of tools, including satellite imagery, field measurements, digital elevation models, and meltwater modelling, to piece together what happened. Ten-year-old, high-resolution satellite images showed that an unusual, 70-metre-high ice bulge existed on the glacier’s tongue prior to the first detachment in 2013. The lowermost part of the glacier tongue was very thin, stagnant, and firmly frozen to the glacier bed. This frozen tongue probably blocked ice flowing down from higher on the glacier, forcing it to bulge; it also slowed meltwater drainage, allowing the water to pool under the glacier. The resulting increase in water pressure under the glacier eventually caused the tongue to suddenly detach, resulting in two mass flows so large that they each buried about three square kilometres of 400-year-old forest.

The similarity of the glacier detachments in Alaska and Tibet suggest they shared a common cause. Other detachments elsewhere in the world have also been discovered, suggesting that large-scale glacier detachments may be exacerbated by global warming.

Source: The Independent.

In France, above Saint-Gervais (Haute-Savoie), the Tête Rousse glacier is one of this type of glacier. In 2010, a huge pocket of water was discovered under the ice, at an altitude of 3,200 meters. The authorities then decided to set up a spectacular pumping operation to avoid a disaster. Everyone had in mind the drama of July 12, 1892 when the rupture of a glacial pocket had led to a gigantic wave of 300,000 cubic meters which had buried the thermal baths of Saint-Gervais and claimed at least 175 victims.
Since 2010, the Tête Rousse glacier has been under close surveillance. With global warming, we know that the melting of the ice has accelerated. Two new pockets of water have recently been detected at a depth greater than expected. One would have a volume of 20 to 25,000 cubic meters, the other nearly 15,000, for a total volume of around 40,000 cubic meters. This is less than the 65,000 cubic meters of 2010, but it is enough for the threat to be taken very seriously. The mayor of St Gervais estimates today that 2300 people could die in the event of a new wave caused by the brutal emptying of the ice pack. In 2010, thanks to pumping operations, the volume of water present in the cavity was reduced to 10,000 m3. Today, new measures must be taken to prevent water from continuing to accumulate.

Schéma  expliquant le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892 à Saint Gervais (Source : Joseph Vallot).

Vues du front du glacier d’Argentière en 2018, à comparer avec les imagess proposées par C’est pas sorcier en 2006. (Photos : C. Grandpey)