Tignes (Savoie) : Des inquiétudes pour le glacier de la Grande Motte

Les exploitants du domaine skiable et la mairie de Tignes ont pris la décision, le mardi 24 septembre 2019, de reporter l’ouverture du domaine skiable de la Grande Motte initialement prévue le 28 de ce même mois. Ils évoquent une question de protection du glacier. Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les canicules enregistrées cet été ont particulièrement affecté le glacier de la Grande Motte. Le manteau neigeux ne permet pas d’offrir des conditions d’entraînement optimales en termes de qualité et de sécurité.
Suite à une commission de sécurité, le domaine skiable du glacier, situé à 2.600 mètres d’altitude, avait été fermé aux skieurs de façon anticipée en juillet en raison des fortes températures. Ses accès étaient cependant restés ouverts jusqu’au 30 août aux promeneurs qui ont pu s’y rendre en empruntant son téléphérique ou son funiculaire.
Cet été, plusieurs secteurs du domaine ont été bâchés pour freiner la fonte du glacier. L’ouverture automnale sera ajustée en fonction des précipitations neigeuses à venir.

La station de Tignes s’inquiète de voir le manque de neige retarder son ouverture aux skieurs. Elle a mandaté une étude pour prévoir son évolution jusqu’en 2100. Après avoir exprimé des doutes pour ne pas affoler sa clientèle, la direction ne peut faire autrement aujourd’hui que de tenir le réchauffement climatique responsable de cette dégradation du manteau neigeux. A plus long terme, la station des Alpes veut savoir ce qu’il adviendra de son glacier, une poule aux œufs d’or qui lui permet d’offrir du ski près de neuf mois par an.

Dans le cadre de cette étude, des glaciologues ont commencé à ausculter le glacier le jeudi 25 septembre 2019. Un glaciologue explique qu’« en certains endroits, il y a encore 60 mètres de glace, ce qui est assez important. Néanmoins, ce glacier diminue énormément. En l’espace de 20 ans, il a perdu entre 25 et 30 mètres d’épaisseur.» Les résultats de l’étude pourront donner des projections sur l’état de la montagne jusqu’en 2100 et devraient permettre de prendre les décisions qui s’imposent pour les années à venir.

L’étude rendra ses conclusions au printemps 2020, même si on sait déjà que la Grande Motte perd 1,5 mètre d’épaisseur par an. Alors que le GIEC a rendu un nouveau rapport inquiétant sur l’état des glaciers dans les Alpes, tout laisse à penser que cette fonte va s’accélérer dans les prochaines années. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, les stations de ski de basse et moyenne altitude vont d’ores et déjà devoir diversifier leurs activités, avec le risque d’être confrontées à de sérieuses difficultés si elles ne le font pas.

Source : France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Vue du glacier de la Grande Motte en août 2016 (Crédit photo: Wikipedia)

Quelques remarques sur la vague de chaleur de juin 2019

Alors que la France traverse un épisode de très forte chaleur, la chaîne de radio France Info a invité Sébastien Léas, prévisionniste à Météo France, pour répondre aux questions des internautes. Ces derniers ont demandé si les épisodes caniculaires vont être plus fréquents et si la canicule est liée au réchauffement climatique.
Selon le prévisionniste, les projections font état de périodes de chaleur plus intenses, mais aussi plus étendues dans les années à venir. La saison estivale sera de plus en plus longue. Si on prend l’exemple des trois derniers étés, ces projections se vérifient. En 2016, il y a ainsi eu une canicule très tardive, entre le 23 et 28 août. En 2017, nous avons enregistré la canicule la plus précoce de l’histoire. Et en 2018, nous avons eu un des étés les plus chauds, avec 2003. Ces propos confirment ceux d’autres agences comme la NASA, la NOAA ou encore NCEP-NCAR.
S’agissant du lien entre la canicule actuelle avec les réchauffement climatique, Sébastien Léas explique fort justement que relier tout événement ponctuel au réchauffement climatique serait un raccourci. En revanche, le réchauffement climatique a effectivement un impact sur les canicules, avec des vagues de chaleur plus intenses et plus longues. Ainsi, à la fin du siècle, les températures qu’on a observées pendant la canicule de l’été 2003 pourraient devenir la norme.
Rien ne dit aujourd’hui que nous n’aurons pas un été normal car Météo France n’a pas de projections à si longue échéance. L’épisode de forte chaleur actuel n’est pas forcément annonciateur d’un été qui sera très chaud en continu. En revanche, dans les prévisions saisonnières de la période juin-juillet-août, il y avait des signaux d’un été chaud. C’était déjà le cas en 2018.
Dans la dernière partie de son intervention Sébastien Léas aborde un point très important: la différence entre météorologie et climatologie, deux termes qui sont souvent source de confusion au sein de la population. La météorologie permet de faire des prévisions sur une semaine ou deux, probablement un peu plus dans les années à venir. Les projections à l’horizon 2050 prennent en compte d’autres paramètres et les échelles sont différentes. La climatologie s’intéresse au globe et à des tendances avec des interactions océan-atmosphère qui sont plus profondes et moins sujettes à des variations quotidiennes. On peut ajouter que la canicule observée en France au mois de juin n’aura pas forcément un impact majeur sur la température globale de la planète. Rien ne dit que juin 2019 sera globalement en tête des mois les plus chauds jamais observés.