Canada et Etats-Unis : hivers de moins en moins froids et étés de plus en plus chauds // US and Canada : less and less cold winters, hotter and hotter summers

Tout le monde s’en rend compte, sauf les climato-sceptiques. En Limousin, les étés sont de plus en plus chauds et secs et les hivers de moins en moins froids font oublier les chutes de neige de mon enfance creusoise. Le Limousin ne fait que confirmer la tendance observée ailleurs dans le monde.

Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Geophysical Research : Atmospheres montre que les épisodes de chaleur extrême en été et en hiver sont en augmentation aux Etats-Unis et au Canada, tandis que les épisodes de froid intense diminuent. Les chercheurs ont examiné les températures extrêmes en Amérique du Nord, aussi bien les températures absolues que les phénomènes relatifs. Par relatif, il faut entendre les extrêmes de température par rapport à la saison. C’est ainsi, par exemple, que l’on peut dire d’un jour d’hiver qu’il est particulièrement chaud.

Les scientifiques  montrent que les épisodes de chaleur extrême relatifs et absolus ont augmenté aux Etats-Unis comme au Canada depuis 1980. Cette tendance à la hausse est la plus marquée dans le sud des Etats-Unis et dans le nord du Québec. Cela signifie qu’il y a davantage de jours extrêmement chauds en été et de jours considérés comme chauds pour la période, en hiver notamment.

Pour les événements extrêmes absolus, on observe une augmentation à travers les Etats-Unis et le Canada dans leur ensemble, avec en moyenne de +0,19 jour/décennie, avec environ 79% des sites affichant une tendance à la hausse. Cette tendance est plus marquée dans le sud des Etats-Unis et dans l’extrême nord du Québec.

Malgré les vagues de froid des dernières années, les épisodes de froid extrême, relatif et absolu, sont en diminution presque partout, notamment en Alaska et dans le Nord canadien, ainsi que dans certaines zones de la côte atlantique américaine. Dans ces régions, les températures glaciales sont moins nombreuses en hiver. Les journées exceptionnellement froides d’été sont également moins fréquentes.

Les événements de froid extrême absolus ont globalement diminué (dans 86% des sites) et dans une plus grande mesure que l’augmentation des épisodes de chaleur. Cette diminution est plus prononcée dans le nord du Manitoba jusqu’aux hautes plaines, ainsi que dans certaines parties de l’archipel canadien.

L’Etat de New York ne fait pas exception, en dépit des vagues de froid des dernières années. Des descentes d’air arctique impressionnantes ont défrayé la chronique récemment, notamment dans la première semaine de janvier 2018. Ces épisodes n’ont pas empêché la région new-yorkaise d’enregistrer une diminution des coups de froid extrêmes sur la période 1980-2016. Même si la perte de glace de mer perturbe le jet stream et favorise la descente d’air froid, elle tend aussi à rendre les vents du nord plus chauds qu’auparavant.

Rappelons qu’en moyenne annuelle, les Etats-Unis connaissent une nette tendance au réchauffement depuis le début des relevés de la NOAA :

Source : global-climat.

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Everyone realizes it, except the climate-skeptics. In Limousin, summers are getting hotter and dryer and the winters are getting less and less cold, making me forget the snow of my childhood. Limousin only confirms the trend observed elsewhere in the world.

A new study published in the Journal of Geophysical Research: Atmospheres shows that extreme heat events in summer and winter are increasing in the United States and Canada, while episodes of severe cold are decreasing. The researchers examined extreme temperatures in North America, both absolute temperatures and relative phenomena. Relative refers to the extremes of temperature compared to the season. Thus, for example, one can say of a winter day that it is particularly hot.
Scientists show that absolute and relative extreme heat events have increased in both the United States and Canada since 1980. This upward trend is most marked in the southern United States and northern Quebec. This means that there are more extremely hot days in the summer and days considered hot for the period, especially in winter.
For absolute extreme events, there is an increase across the United States and Canada as a whole, with an average of +0.19 days / decade, with about 79% of sites showing an upward trend. This trend is more pronounced in the southern United States and in the extreme north of Quebec.
Despite the cold spells of recent years, episodes of extreme cold, both relative and absolute, are decreasing almost everywhere, especially in Alaska and northern Canada, as well as in some areas of the US Atlantic coast. In these areas, very cold temperatures are less frequent in winter. Exceptionally cold summer days are also less numerous.
Absolute extreme cold events decreased overall (in 86% of sites) and to a greater extent than the increase in heat events. This decrease is more pronounced in northern Manitoba and the high plains, as well as in parts of the Canadian archipelago.
New York State is no exception, despite recent cold spells. Impressive Arctic air periods have hit the headlines recently, especially in the first week of January 2018. These episodes did not stop the New York region from recording a decrease in extreme cold weather over the period 1980-2016. . Although the loss of sea ice disturbs the jet stream and encourages the descent of cold air, it also tends to make the north winds warmer than before.
It should be recalled that, on average, the United States has been experiencing a net warming trend since the beginning of the NOAA surveys:
Source: global-climat.

Température annuelle moyenne aux Etats-Unis entre 1925 et 2017 (Source : NOAA)

Les COP, 21, 22, 23, 24, etc. : une vaste fumisterie !

La COP 24 vient de se tenir à Katowice (Pologne) dans la plus grande discrétion. Elle a été largement éclipsée par les événements (gilets jaunes, attentat à Strasbourg) en France. Tout compte fait, elle ne méritait peut-être pas qu’on s’attarde sur l’événement. Comme pour les Conferences of the Parties précédentes, la COP 24 s’est terminée avec quelques déclarations de principe, histoire de se donner bonne conscience, mais il n’y a pas eu de décisions significatives susceptibles de modifier l’orientation environnementale des gouvernements. Pour la première fois depuis la COP21, la France a assuré le service minimum : le Président français n’est pas venu et le Premier Ministre a annulé sa venue à cause des mouvements des gilets jaunes. Après le 12 décembre, il n’y a plus eu de ministre français en Pologne, même pas celui de l’écologie. C’est tout dire!

La COP 24 se tenait au cœur du bassin houiller de Silésie dont le charbon alimente les centrales électriques du pays. Un comble pour une COP dont le but est de faire chuter les émissions de CO2 dans l’atmosphère ! Ce bassin houiller fait vivre des dizaines de milliers de personnes. Si on arrêtait la production de charbon elles se retrouveraient au chômage. Il n’est donc guère surprenant que la Pologne ait fait partie des états qui ont bloqué les négociations.

Les organisateurs de cette COP ont fait preuve d’une belle hypocrisie et, avec de tels choix, ce n’est pas demain que la température globale de la planète se stabilisera à une hausse de 2°C. On sait d’ores et déjà qu’elle avoisinera au minimum 3 degrés, mais probablement plus, à la fin du 21ème siècle. Autre preuve de l’hypocrisie de nos dirigeants : Quelques jours après la COP 21 de Paris qui était censée faire changer les mentalités, le président de l’Inde a annoncé que son pays allait augmenter sa production de charbon. Cherchez l’erreur !

Donald Trump s’est retiré de l’accord de Paris pour permettre aux mines de charbon américaines de produire davantage et donner ainsi du travail à la population des régions concernées. On peut se demander si le président américain n’a pas dit tout haut ce que d’autres souhaitent tout bas. Des pays comme les Etats-Unis ou la Russie ont tout intérêt à voir les températures grimper car cela fait fondre la glace des régions polaires. En disparaissant au nord des Etats-Unis et de la Russie, la glace de mer ouvre les célèbres passages du nord-est et du nord-ouest, ce qui permettra aux navires de ces deux pays, mais aussi à ceux en provenance du Japon et de Chine, d’économiser un temps considérable. On connaît les risques de pollution qu’engendrera cette nouvelle voie maritime, mais cela passe après les intérêts économiques.

En fondant, cette même glace découvrira des gisements de gaz et de pétrole intéressants dans l’Arctique et les protections environnementales ne pèseront pas lourd. De plus, la disparition de la calotte polaire permettra l’accès à des gisements de minéraux jusqu’alors inexploitables. Pourquoi croyez-vous que les Chinois investissent en Islande ? Sûrement pas pour la beauté des paysages. Le pays servira de base idéale pour aller prospecter plus au nord.

Et la France dans tout ça ? Quoi qu’on puisse en dire, notre pays ne fait pas partie des très gros pollueurs. Dans les années à venir le principal souci résidera dans la gestion des déchets radioactifs en provenance des centrales nucléaires qui fermeront leurs portes. On accuse souvent les véhicules routiers de trop polluer, mais les contrôles techniques en France sont beaucoup plus rigoureux qu’aux Etats-Unis où ils varient d’un Etat à un autre.

Un nouveau mode de déplacement est en train de naître avec les véhicules électriques qui ne sont pas aussi propres qu’on veut bien le dire. Les batteries incorporent du lithium dont l’extraction pose de graves problèmes environnementaux, en particulier en Amérique du sud. Et puis, pour recharger les batteries, il faut de l’électricité dont la production est loin d’être parfaitement propre.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le monde n’est pas l’affaire d’un seul pays. L’approche doit être globale et ce devrait être le rôle des COP (au demeurant fort coûteuses) d’assurer cette globalité, mais nous sommes très loin de comportements responsables.

Au train où vont les choses, le mercure va continuer à grimper dans le thermomètre ; la banquise et les glaciers vont continuer à fondre, avec des dommages collatéraux comme la hausse du niveau des océans et des problèmes d’alimentation en eau dans certains pays, ce qui ne manquera pas de causer des conflits. Une guerre de l’eau se déclenchera inévitablement, avec son lot de violence et de migrations de populations. S’il y a la guerre, il faudra des armes, mais les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la France seront là pour les fournir….

Les COP passent, la banquise et les glaciers fondent… Tout va bien! (Photo: C. Grandpey)

Les émissions de CO2 atteignent des sommets // CO2 emissions at the highest

La nouvelle est tombée alors que je rédigeais l’article sur la COP 24 et la production de charbon dans le monde. Selon un bilan annuel publié en marge de la Conférence sur le climat, les émissions de CO2 ont connu en 2018 une hausse inédite depuis sept ans. Elles devraient croître de 2,7% par rapport à 2017, après une hausse de 1,6% l’an dernier ayant suivi trois ans quasiment stables. Il faut remonter à 2011 et la sortie de la crise financière de 2008 pour trouver un taux encore pire.

Cela signifie que l’on est loin de la trajectoire de 1,5°C ou même 2°C de réchauffement de la planète préconisée par l’Accord de Paris en 2015.

La hausse de cette année s’explique notamment par une hausse rapide des émissions de CO2 en Chine (+4,7%), premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Comme je l’ai écrit dans ma note précédente, les efforts avaient pourtant permis des résultats encourageants les années précédentes.

Deuxième pays émetteur, les États-Unis en sont à +2,5% d’émissions en 2018.

L’Inde se situe à +6,5%.

Les émissions européennes en revanche reculent (-0,7%), avec des disparités nationales.

Côté pétrole, on pensait que le pic de consommation avait été atteint. Il n’en est rien, du fait des transports. En effet, le nombre de véhicules croît de 4% par an, dont une faible part d’électriques. Et le recours au carburant utilisé par l’aviation commerciale a bondi de 27% en 10 ans.

Au total les émissions de CO2 fossile devraient atteindre un record de 37,1 Gt en 2018. Soit les 3/4 des gaz à effet de serre. Auxquels s’ajoutent 5 Gt liées à la déforestation.

Les Etats sont réunis jusqu’au 14 décembre à Katowice pour la COP24. La conférence a jusqu’ici été l’occasion d’appels répétés de l’ONU et des pays les plus vulnérables à accélérer la réduction des émissions, mais il y a eu peu d’engagements fermes.

Source : Médias français.

A mes yeux, ces révélations de l’ONU en matière de CO2 ne sont absolument pas une surprise. Je suis régulièrement l’évolution de la Courbe de Keeling, tracée au vu des concentrations de CO2 sur le Mauna Loa à Hawaii. Cette courbe ne cesse de se diriger vers le haut et les concentrations sont en ce moment supérieures à 409 ppm, ce qui est considérable. A titre de comparaison, elles étaient de 405,8 ppm en décembre 2017.

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The piece of news came while I was writing the post on COP 24 and coal production around the world. According to an annual report published on the sidelines of the Climate Conference, CO2 emissions in 2018 have been unprecedented for seven years. They are likely to grow by 2.7% compared to 2017, after a rise of 1.6% last year after three years that were almost stable. We must go back to 2011 and the end of the 2008 financial crisis to find worse figures

This means that we are far from the 1.5°C or even 2°C global warming trajectory recommended by the Paris Agreement in 2015.
The increase this year can be explained by a rapid rise in CO2 emissions in China (+ 4.7%), the world’s largest emitter of greenhouse gases. As I wrote in my previous post, the country’s efforts had yielded encouraging results in previous years.
The second largest emitting country, the United States is + 2.5% in terms of emissions in 2018.
India is + 6.5%.
European emissions, on the other hand, are declining (-0.7%), with national disparities.
On the oil side, it was thought that the peak of consumption had been reached. It is not so because of transport. Indeed, the number of vehicles is growing by 4% per year, of which a small part is electric. And the volume of fuel used by commercial aviation has jumped 27% in 10 years.
In total, fossil CO2 emissions are expected to reach a record 37.1 Gt in 2018. That is three quarters of greenhouse gases. To which are added 5 Gt linked to deforestation.
States are meeting until December 14th in Katowice for COP24. The conference has so far seen repeated calls from the UN and the most vulnerable countries to accelerate emissions reductions, but there have been few firm commitments.
Source: French news media.
As far as I am concerned, these UN revelations about CO2 emissions are not at all a surprise. I am regularly controlling the Keeling Curve, drawn in view of the CO2 concentrations on Mauna Loa Volcano in Hawaii. This curve has never stopped moving upwards and concentrations are currently above 409 ppm, which is considerable. For comparison, they were 405.8 ppm in December 2017.

La COP 24 va au charbon // COP 24 and coal

La COP 24 ne pèse pas lourd en France en ce moment à côté des manifestations des ‘gilets jaunes’ et les médias n’en parlent guère. Elle continue pourtant à se dérouler en Pologne, en Silésie, région qui fournit le charbon aux centrales électriques du pays. La Pologne a signé l’Accord de Paris sur le climat en 2015, mais le pays continue à extraire le charbon comme si de rien n’était. Il est vrai que le président de l’Inde avait déclaré à l’issue de la COP 21 que son pays allait augmenter sa production de charbon. En Pologne, le secteur emploie 100 000 personnes et tout le monde est d’accord pour dire que s’il n’y avait pas le charbon, c’est toute l’économie qui s’effondrerait. Plus de 80% de l’électricité provient de cette énergie fossile bon marché. Une nouvelle centrale géante de 1 000 mégawatts est même en chantier.

L’Allemagne voisine a décidé de sortir du nucléaire en 2022. En attendant cette date, 40% de l’électricité allemande est produite grâce au charbon, contre 30% pour les énergies renouvelables.

L’Amérique non plus n’a pas l’intention de se passer du charbon. Donald Trump a fièrement annoncé qu’il allait « remettre ses mineurs au travail ».

La Chine avait promis de lever le pied sur le charbon et semble vouloir se tourner timidement vers les centrales nucléaires, mais le charbon reste largement majoritaire dans la production d’électricité. .

Après trois années de déclin, la consommation mondiale de charbon est repartie à la hausse. Cette énergie est responsable à elle seule de 45% des émissions mondiales de CO2.

La France n’est pas dépendante du charbon pour sa production d’électricité, mais le pays n’est pas un très bon élève non plus car ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2017.

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé du contrôle technique des véhicules. Dans ce domaine, la France est en avance sur d’autres pays comme les Etats-Unis où les contrôles dépendent des Etats. En Alaska, par exemple, il n’y a pas de contrôle technique. Dans d’autres Etats, le contrôle ne se fait qu’à l’occasion de la vente du véhicule. D’autres Etats enfin sont plus respectueux de l’environnement et procèdent aux contrôles comme en France.

Je ne me fais guère d’illusions sur l’issue de la COP 24. Il y aura de beaux discours pour se donner bonne conscience, mais les émissions de CO2 continueront à croître ; les événements climatiques extrêmes se multiplieront dans le monde ; la banquise et les glaciers continueront à fondre.

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COP 24 is not given a great importance in France these days compared with the demonstrations of the ‘yellow vests’ and the media do not talk much about it. It is still taking place in Poland, in Silesia, a region that supplies coal to the country’s power plants. Poland signed the Paris Climate Agreement in 2015, but the country continues to extract coal as if nothing had happened. It is true that the President of India declared at the end of COP 21 that his country was going to increase its coal production. In Poland, the coal industry employs 100,000 people and everyone agrees that if there were no coal, the whole economy would collapse. More than 80% of the electricity comes from this cheap fossil energy. A giant new 1,000-megawatt plant is even under construction.
The neighbouring Germany has decided to abandon nuclear power in 2022. Meanwhile, 40% of German electricity is produced by coal, against 30% for renewable energy.
America does not intend to do without coal either. Donald Trump proudly announced that he would « put his miners back to work ».
China has promised to turn its back on coal and seems to be turning shyly towards nuclear power plants, but coal remains largely in the production of electricity. .
After three years of decline, global coal consumption has started to rise again. This energy alone accounts for 45% of global CO2 emissions.
France is not a very good pupil either because its emissions of greenhouse gases increased in 2017.
In recent times, there has been a lot of talk about the technical control of vehicles. In this area, France is ahead of other countries like the United States where controls depend on the States. In Alaska, for example, there is no technical control. In other States, the check is made only when the vehicle is sold. Finally, other States are more respectful of the environment and carry out controls like in France.
I have no illusions about the outcome of COP 24. There will be some good speeches to raise awareness, but CO2 emissions will continue to grow; extreme events will multiply in the world; the ice sheet and the glaciers will continue to melt.