Agitation sismique et volcanique en Islande // Seismic and volcanic unrest in Iceland

Il semble que l’on assiste ces jours-ci à une hausse de l’activité dans la Péninsule de Reykjanes et au niveau du Grimsvötn, mais personne ne peut dire ce qui va se passer dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois.

L’Icelandic Met Office (IMO) indique que l’inflation a repris dans la Péninsule de Reykjanes, près de Grindavík. Il se peut que ce soulèvement du sol soit lié à une intrusion magmatique. L’IMO explique que ce serait le troisième événement de ce type depuis le début de l’année, à l’ouest du Mont Thorbjörn. L’intrusion a commencé vers la mi-mai mais l’activité sismique a commencé à augmenter seulement vers la fin de ce même mois. Quelque 2000 événements ont été détectés depuis cette époque et plusieurs d’entre eux ont été localisés à l’est du Mt Thorbjörn, à quelques kilomètres au nord de Grindavík. La secousse la plus significative s’est produite le samedi 13 juin 2020, avec une magnitude de M 3,5.
Depuis le début de l’activité en janvier 2020, le soulèvement du sol dans la région a atteint environ 12 cm. Entre les périodes d’inflation, une légère déflation a également été observée. Les volcanologues locaux pensent qu’elle est peut-être due au refroidissement du magma de l’intrusion ou à une interaction avec le système hydrothermal. Une modélisation numérique montre que cette troisième intrusion s’est produite pratiquement dans la même zone que les précédentes, à environ 1 km à l’ouest du M Thorbjörn, à une profondeur de 3-4 km, avec une largeur de quelques centaines de mètres et avec une orientation NE-SW sur une longueur d’environ 6 km. On estime que le volume de magma accumulé au cours de cette troisième intrusion est d’environ 1,2 million de mètres cubes. L’activité sismique se produit sur une zone plus grande que l’intrusion proprement dite. Cela serait dû à des variations de contrainte au niveau de la croûte terrestre sur la péninsule.
L’Iceland Geosurvey a effectué des mesures gravimétriques sur la zone de l’intrusion. Les résultats confirment la présence d’une intrusion magmatique en profondeur. De nouvelles mesures seront effectuées au milieu de l’été.
Des mesures hebdomadaires de gaz ont été effectuées sur deux sites proches de la zone d’intrusion mais «leur interprétation n’est pas encore claire. » Aucune modification chimique n’a été détectée dans la centrale géothermique de Svartsengi. Toutefois, les mesures révèlent une perméabilité et une augmentation des écoulements de fluides dans la roche environnante. Ce phénomène est peut-être lié à l’activité sismique, à l’inflation et au soulèvement du sol dans la région, avec l’ouverture de nouvelles fissures et la réactivation d’anciennes.
Comme je l’ai dit précédemment, la zone où la sismicité et le soulèvement du sol sont enregistrés est très complexe car elle comprend à la fois une activité tectonique et volcanique. Ce qui me surprend, c’est l’absence d’émission significative de gaz que l’on observe généralement lors d’une intrusion magmatique. Ce que je ne comprends pas non plus, c’est pourquoi l’intrusion – si intrusion il y a – n’a pas provoqué d’augmentation de température dans les champs fumerolliens de la Péninsule de Reykjanes.

Attendons pour voir ce qui se passera dans les jours et les semaines à venir, en espérant qu’une éruption n’aura pas lieu au cœur de l’été, avec fermeture de l’aéroport de Keflakik, maintenant que les touristes sont à nouveau autorisés à entrer en Islande.

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L’IMO nous informe également que certains signes montent que le Grímsvötn pourrait bientôt entrer en éruption. La dernière s’est produite en 2011. Entre les éruptions, les données de déformation révèlent l’accumulation de nouveau magma en profondeur et l’augmentation de la pression dans le système.
En mai et juin 2020, les scientifiques de l’IMO ont mesuré le SO2 dans la partie sud-ouest de la caldeira du Grimsvötn, près du site des dernières éruptions de 2004 et 2011. C’est la première fois qu’ils mesuraient de tels niveaux de SO2 sur un volcan en Islande en dehors d’une phase éruptive ; la présence de ce gaz indique du magma à faible profondeur. En plus du niveau élevé de SO2, la zone où l’activité géothermale peut être détectée a considérablement augmenté.
Une étude antérieure du Grimsvötn a laissé supposer une corrélation entre les jökulhlaup (inondations glaciaires) et les éruptions de ce volcan. Lorsque la pression augmente dans le système volcanique en raison de l’accumulation de magma, et lorsqu’un grand volume d’eau est stocké dans le lac glaciaire, la chute de pression suite à la vidange du lac lors d’un jökulhlaup  peut faciliter la remontée du magma à la surface et déclencher une éruption. Ce type de scénario a été observé en 2004, mais aussi en 1934 et 1922. [Cette hypothèse de rebond isostatique a été envisagée au niveau de l’Islande dans son ensemble. Certains scientifiques pensent que la fonte des glaciers pourrait alléger leur masse à la surface du sol et ainsi favoriser l’ascension du magma, avec un plus grand nombre d’éruptions sur l’île.]
De nos jours, le niveau de l’eau dans le lac est assez élevé et la pression dans la chambre magmatique en dessous de la caldeira a atteint des valeurs comparables à celles d’avant la dernière éruption. Par conséquent, les volcanologues locaux pensent que la possibilité d’une éruption déclenchée par une inondation glaciaire dans les semaines ou les mois à venir doit être envisagée. Il se peut aussi que ce ne soit pas le cas, et la prochaine inondation glaciaire pourrait ne pas se solder par une éruption. En bref, cela signifie que personne ne peut prédire si et quand une nouvelle éruption se produira!
Source: IMO

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It looks as if activity has been increasing in the Reykjanes peninsula and at Grimsvötn volcano, but nobody can tell what will happen next.

The Icelandic Met Office (IMO) indicates that inflation has started again on the Reykjanes peninsula, close to Grindavík. This ground uplift might suggest a magma intrusion. IMO says it would be the third event of this kind since the beginning of this year west of Mt Thorbjörn. The intrusion began around mid May but seismic activity started to increase toward the end of the month. A swarm of about 2000 earthquakes has been detected since then and several events are located east of Thorbjörn, few kilometres North of the town of Grindavík. The largest earthquake of this swarm occurred on Saturday June 13th, 2020 with a magnitude M 3.5.

Since the beginning of the volcanic unrest in January 2020, the total uplift measured in the area has reached about 12 cm. Between the inflation periods, slight deflation has been observed. Local volcanologists think it probably reflects the cooling of the intruded magma or the interaction with the geothermal system. Numerical modelling results show that this third intrusion is occurring roughly in the same area as the previous ones, about 1 km west of M Thorbjörn, at a depth of 3-4 km, with a width of few hundred metres and oriented NE-SW for about 6 km. The estimated volume of magma accumulated during this third intrusion episode is estimated to be 1.2 million cubic metres. The seismic activity is occurring over an area larger than the extension of the intrusion itself and this is probably due to the stress change induced to the crust which affects a wider sector of the peninsula.

Iceland Geosurvey performed micro-gravity measurements along some profiles in late January when the intrusion started near Thorbjörn and they repeated the measurements in late April. The results confirm the presence of intruded magma at depth. Therefore there is a reason to repeat the measurements again and it will be done in mid-summer.

Weekly gas measurements at two sites near the area of the intrusion but their interpretation is still unclear. No chemical changes have been detected at the geothermal power plant in Svartsengi. However, measurements of the geothermal system reveal an increased permeability and increased fluid flow in the surrounding rock, which can be linked to the earthquake activity, inflation and uplift in the area, which triggered the creation of new cracks and opening of older ones.

As I put it before, the area where seismicity and ground uplift are recorded is very complex as it includes both potential tectonic and volcanic activity. What surprises me is the absence of significant amount of gases that are usually produced during magma intrusion. What I also fail to understand is why the intrusion – if there was an intrusion – did not cause any increase in temperature in the fumarolic fields in the Reykjanes Peninsula. We’ll see what happens in the coming days and weeks and hope that an eruption does not take place at the heart of the summer and close Keflakik airport, now that tourists are again allowed to enter Iceland.

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IMO also informs us that  there is evidence that Grímsvötn volcano is getting ready for the next eruption  It has been noticed that Grímsvötn erupts on average each 5-10 years, although the notion of eruptive cycle has never been clearly proved and that “accidents” may happen. The last eruption occurred in 2011. Between eruptions, the deformation data indicate the gradual accumulation of new magma at depth and the increased pressure in the system.

In May and June 2020, IMO scientists measured SO2 in the southwest corner of the Grimsvötn caldera, close to where the last eruptions in 2004 and 2011 took place. They said it was the first time that they measured so much SO2 at a volcano in Iceland that is not in an eruptive phase and its presence is indicative of magma at shallow level. In addition to the high level of SO2, the area where geothermal activity can be detected at the surface of the volcano has notably increased.

A previous study of Grimsvötn has suggested a correlation between jökulhlaup (glacial floods) and eruptions at Grimsvötn. When the pressure in the volcanic system is increased due to magma accumulation and if a large volume of water is stored in the lake, the pressure release following the removal of water during a flood could facilitate the magma rising to the surface and trigger an eruption. This kind of scenario was observed in 2004, but also in 1934 and 1922.

These days, the water level is rather high and the pressure in the magma chamber below the caldera has reached values comparable to those prior to the last eruption. Therefore, local volcanologists think that the possibility of an eruption triggered by a glacial flood, which could occur in the coming weeks or months, has to be considered. However, this may not be the case, and the next glacial flood may not lead to an eruption. In short, this means nobody is able to predict if and when a new eruption will occur!

Source : IMO.

Grindavik et le Mt Thorbjörn (C’édit photo : IMO)

Site fumerollien sur la Péninsule de Reykjanes (Photo : C. Grandpey)

Caldeira du Grímsvötn avec le Grímsfjall et le lac subglaciaire à l’air libre suite à l’éruption de 2011 (Source : NASA)

Eruption de White Island (Nouvelle Zélande) : procès en vue ! // White Island eruption (New Zealand) : pending trials !

L’éruption de White Island le 9 décembre 2019 a fait 21 morts et 26 blessés. Les 47 personnes qui se trouvaient sur l’île au moment de l’événement ont été identifiées ; il y avait vingt-quatre Australiens, neuf Américains, cinq Néo-Zélandais, quatre Allemands, deux Chinois, deux Britanniques et un Malaisien. Beaucoup d’entre eux ne portaient que des tee-shirts et des shorts. Parmi ces personnes, 38 participaient à une excursion à terre depuis le bateau de croisière Ovation of the Seas qui effectuait un voyage de 12 jours en Nouvelle-Zélande.
Lorsqu’une éruption volcanique ou toute autre catastrophe se produit dans le monde, on cherche des responsables. Quelques jours après l’éruption de White Island, certains se sont demandés qui était en charge de la sécurité des touristes et, en cas de manquements, qui serait tenu pour responsable. D’autres ont essayé de savoir si des touristes auraient dû être autorisés à visiter l’île alors que le niveau d’alerte était à 2, ce qui signifiait que le volcan montrait de l’activité, en sachant que de telles visites étaient organisées depuis des années. Comme je l’ai écrit précédemment, le bulletin publié par GNS Science le 3 décembre 2019 indiquait que l’activité à White Island «ne présentait pas de danger direct pour les visiteurs».
En ce qui concerne les poursuites, une chose est claire : les personnes qui ont été blessées lors de l’éruption ne pourront pas intenter de poursuites civiles en Nouvelle-Zélande contre les agences de voyages qui les ont conduites sur l’île ou contre toute autre personne. En effet, le régime d’indemnisation des accidents en Nouvelle-Zélande, géré par le gouvernement, couvre le coût de tous les traitements de blessures subies dans le pays, y compris pour les étrangers. Sa couverture, à laquelle les blessés ne peuvent se soustraire, leur interdit également de poursuivre autrui pour négligence.
Toutefois, le personnel d’une agence de voyages pourrait être poursuivi en vertu des lois néo-zélandaises sur la santé et la sécurité au travail si des manquements étaient constatés. Une telle poursuite serait plus probable qu’une accusation d’homicide involontaire. La loi, introduite en 2015 après l’explosion d’une mine en 2010 qui a tué 29 ouvriers sur l’île du Sud, prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et des amendes de 3 millions de dollars néo-zélandais (2 millions de dollars américains), pour quiconque ne parvient pas à assurer la sécurité des gens, y compris des visiteurs, dans un lieu de travail, bien que personne n’ait encore été condamné à une peine de prison en vertu de cette loi.

On peut lire ces jours-ci dans la presse néo-zélandaise qu’un couple américain qui a subi de graves brûlures et a passé deux mois dans des hôpitaux néo-zélandais à la suite de l’éruption de White island demande maintenant des dommages et intérêts au croisiériste et au voyagiste qui ont organisé l’excursion sur l’île. Le couple célébrait sa lune de miel et il se sent maintenant lésé. Le jeune homme et son épouse affirment qu’«ils n’ont pas reçu suffisamment d’informations pour pouvoir prendre une bonne décision [concernant la visite de l’île]». Leur avocat explique qu’ils vont intenter dans les deux prochaines semaines un procès contre  l’agence White Island Tours et la compagnie Royal Caribbean. Selon lui, « il aurait été facile à la Royal Caribbean d’indiquer à ceux qui participaient à l’excursion avec White Island Tours qu’ils couraient un risque car le niveau d’activité volcanique était élevé. Si cela avait été fait, je suppose que la plupart des gens auraient annulé cette excursion ;  je pense donc qu’il y avait un motif de profit. »
La famille d’une victime australienne a également confirmé qu’elle allait attaquer le croisiériste en justice. Une autre survivante de l’éruption, qui a perdu sa sœur et son père, a déclaré que d’autres personnes auraient survécu si les secours étaient arrivés plus tôt.
Source: New Zealand Herald.

Je peux comprendre les gens – en particulier le jeune couple dont la lune de miel a été gâchée – qui veulent poursuivre le voyagiste et le croisiériste pour ne pas les avoir avertis du danger d’une excursion à White Island. Cependant, ils auraient dû savoir – par eux-mêmes – que la visite d’un volcan actif comporte toujours des risques et qu’une éruption phréatique comme celle survenue le 9 décembre 2019 ne peut pas être prévue. J’étais sur White Island en janvier 2009. Si le cratère avait explosé lors de ma visite et si j’avais été blessé, je n’aurais jamais poursuivi en justice le pilote de l’hélicoptère qui m’avait déposé dans le cratère!

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The White Island eruption on December 9th, 2019 killed 21 people and injuring 26 others. The 47 people who were on the island at the time of the eruption were identified as twenty-four Australians, nine Americans, five New Zealanders, four Germans, two Chinese, two Britons and one Malaysian. Many of them were just wearing T-shirts and shorts for the day. Of these people, 38 were passengers on a shore excursion from the cruise ship Ovation of the Seas which was on a 12-day voyage around New Zealand.

When a volcanic eruption or any other disaster occurs in the world, people look for those who can be held responsible for it. A few days after the White Island eruption, questions were asked about who was responsible for the safety of tourists and, if failings are found, who will be held accountable.

Some people wondered whether tourists should have been allowed to visit the island while the alert level was at 2, which meant volcanic unrest, knowing that such visits have been organised for years. As I put it before, the bulletin issued by GNS Science on December 3rd, 2019 said the activity at White Island “did not pose a direct hazard to visitors.”

As far as lawsuits are concerned, one thing is already clear: those injured in the eruption will be prevented from bringing civil lawsuits in New Zealand against the tour companies who took them to the island, or anyone else. Indeed, New Zealand’s accident compensation scheme, run by the government, covers the cost of all treatment for injuries sustained in New Zealand, including for foreigners. Its coverage, which the injured cannot opt out of, bars them from suing for negligence.

However, named individuals from a tour company could be prosecuted under New Zealand’s workplace health and safety laws if failings were found. Such a prosecution is more likely than a criminal manslaughter case. The law, introduced in 2015 after a 2010 mine explosion that killed 29 workers on New Zealand’s South Island, threatens penalties of up to five years in prison and fines of 3 million NZ dollars (2 million US dollars), for anyone failing to keep people, including visitors, safe in a place of work, although no one has been sentenced to a jail term under it.

One can read these days in the New Zealand press that an American couple who both suffered serious burns and spent two months in New Zealand hospitals following the eruption now seek damages from the cruise line and tour operators. The couple were celebrating their honeymoon and they now feel they have been wronged as they were “not given enough information to make an informed decision,” Their family lawyer confirmed they will be filing a lawsuit within the next two weeks against White Island Tours and Royal Caribbean cruise line. The lawyer explains “it would have been so easy for Royal Caribbean to note: for those going on the excursion to White Island Tours there was a heightened risk in going with that because there was a heightened level of this volcanic activity. Had they done that, my guess is that most people would have cancelled that tour, so I think there was a profit motive.”

A family group of an Australian victim has also confirmed it will be taking action against the cruise line. Another survivor of the eruption, who lost her sister and father, said more people would have survived if help had come sooner.

Source : New Zealand Herald.

I can understand the people – especially the young couple whose honeymoon was ruined – who want to sue the travel agency and the cruise company for not having warned them of the danger of the trip to White Island. However, they should have known by themselves that visiting an active volcano includes risks and that a phreatic eruption like the one that occurred on December 9th, 2019 cannot be predicted. I was on White Island in January 2009. If the crater had exploded during my visit and if I had been injured, I would never have sued the pilot of the helicopter who dropped me into the crater!

Photos : C. Grandpey

Mayotte, naissance d’un volcan

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez un très bon documentaire intitulé Mayotte, naissance d’un volcan. Il nous montre l’île entre la première crise sismique enregistrée le 10 mai 2018 et la dernière expédition scientifique à bord du Marion Dufresne.

Le film met bien l’accent sur l’inquiétude qui s’était emparée des Mahorais en mai 2018 et dont j’avais fait part à l’époque quand un des visiteurs de mon blog m’avait alerté. Sa fille, médecin sur l’île, ne comprenait pas la cause de l’intense sismicité qui provoquait des crises d’angoisse chez ses patients.

Au moment de ces premiers essaims sismiques, j’ai critiqué la lenteur de la France à réagir et à envoyer une mission scientifique. Ce n’est qu’un an après le début de la crise sismique, en mai 2019 que le Marion Dufresne a accosté à Mayotte. Le travail des scientifiques a été couronné de succès car il a permis de se rendre compte que la cause de la sismicité était la naissance d’un volcan sous-marin, à plus de 3000 mètres de profondeur, à une cinquantaine de kilomètres au large de la côte orientale de l’île. Les instruments à bord du navire de recherche ont permis d’obtenir des images très intéressantes et de collecter les échantillons sur le site éruptif.

Les témoignages des pêcheurs qui se sont inquiétés en voyant des poissons morts à la surface de l’océan, et ceux de la population qui voit l’eau menacer les habitations et la mangrove du littoral, illustrent parfaitement la situation actuelle.

Le documentaire se termine avec les enfants de Mayotte auxquels un géographe local a expliqué pourquoi la terre tremblait et comment un volcan était apparu au fond de la mer. Cette participation des petits Mahorais est une très bonne idée car ce sont eux qui devront gérer l’avenir de l’île…

https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/emissions/mayotte-naissance-volcan

Le plancher océanique en 2014…

…et ce même plancher océanique où se dresse aujourd’hui le nouveau volcan  (Capture d’images du documentaire)

Image montrant l’ile de Mayotte (en rouge), la source de la sismicité et le nouveau site volcanique

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S’agissant des documents télévisuels liés aux volcans, on me signale la diffusion sur ARTE :

Le 13 juin 2020 :

22h35 Pompéi: la vie avant la mort

Que savons-nous réellement de Pompéi, ensevelie sous les cendres par l’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère ? Décryptage des plus importants travaux de recherche et de restauration jamais menés sur ce site emblématique.

23h20 Naples, le réveil des volcans

Les 3 millions d’habitants de Naples et son agglomération vivent sous la menace du Vésuve, qui a anéanti Pompéi, et des champs Phlégréens, qui comptent parmi les volcans en activité les plus dangereux au monde…

Le 14 juin 2020 :

02h35 Vigilance volcanique au cœur de Java

L’île indonésienne de Java est située sur l’arc de la Sonde, zone volcanique à l’activité la plus intense au monde. Le volcan Merapi ou « Montagne de feu », réputé pour ces fréquentes et redoutables éruptions, menace la région et la planète entière. Comprendre son mécanisme devient alors un enjeu majeur pour les chercheurs.

Diffusion sur la « 5 » :

Le 15 juin2020  Nyiragongo

Au cœur de la République Démocratique du Congo se dresse un immense volcan : le mont Nyiragongo. Son cratère mesure 1 200 mètres de diamètre et abrite le plus grand lac de lave du monde. Il est situé à 15 kilomètres seulement de Goma, qui compte un million d’habitants.

L’éruption cataclysmale du volcan Huaynaputina (Pérou) // The cataclysmal eruption of Huaynaputina volcano (Peru)

Comme je l’ai indiqué dans les derniers bulletins d’activité volcanique dans le monde, la situation est relativement calme actuellement. Faute de munitions, certains médias se tournent vers le passé. C’est le cas du National Geographic qui vient de rappeler qu’en 1600 un volcan péruvien a connu une éruption cataclysmique qui a perturbé le climat de la planète, ave un hiver volcanique en Russie.

En l’an 1600, dans le sud du Pérou, le volcan Huaynaputina entre en éruption, dévaste la région et détruit une dizaine de villages. A partir de l’analyse géologique des dépôts éruptifs et de l’étude des chroniques de l’époque, une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD, ex-Orstom) et de l’Institut Géophysique du Pérou (IGP) a pu reconstituer cette éruption qui est la plus importante que les Andes aient connues depuis la conquête espagnole.

Le volcan Huaynaputina se trouve sur le bord d’un haut plateau du sud du Pérou, à 75 kilomètres de la ville d’Arequipa qui se trouve elle-même sous la menace du volcan Misti. Du 19 février au 15 mars, des pluies de cendres et de lapilli, suivies par de nombreuses coulées pyroclastiques, ensevelirent au moins dix villages, faisant quelque 1500 victimes, et chamboulèrent le paysage sur un rayon de 30 à 60 kilomètres autour du volcan.

Les chercheurs distinguent trois phases majeures dans l’éruption du Huaynaputina.

– La première, de type plinien, est la plus considérable par son intensité et par ses conséquences. Le 19 février, un panache s’éleva au-dessus du volcan jusqu’à une hauteur estimée à 35 kilomètres ; en s’écroulant, ce panache fit s’accumuler près de 8 kilomètres cube de dépôts en dix-neuf heures environ. Cette retombée  de matériaux fut observée par des témoins de l’époque jusqu’à 600 kilomètres au nord-ouest du volcan et reste encore identifiable aujourd’hui jusqu’à 350 kilomètres de sa source.

– Après une période d’accalmie, l’activité explosive reprit du 24 au 27 février et des séismes d’origine volcanique détruisirent la cathédrale d’Arequipa à 75 kilomètres de là. Lors de cette phase, de type ignimbritique, des coulées pyroclastiques riches en ponces, furent canalisées jusqu’à 40 kilomètres de leur point de départ dans le canyon du Rio Tambo et les nombreuses vallées qui cisaillent le haut plateau sur lequel s’élève le volcan.

– Du 28 février au 15 mars, une nouvelle série de coulées pyroclastiques cendreuses, associées à des explosions hydromagmatiques, fut à l’origine de dépôts que l’on peut actuellement observer jusqu’à plus de 60 kilomètres du volcan. Certaines de ces coulées pyroclastiques s’engouffrèrent dans le canyon du Rio Tambo, créant des barrages à l’origine de lacs temporaires. Lorsque ces barrages cédèrent, des lahars dévastèrent cette vallée sur 120 kilomètres jusqu’à l’océan Pacifique.

Au cours des mois qui suivirent l’éruption, des coulées pyroclastiques secondaires apparurent sur les pentes les plus abruptes du volcan. Certaines chroniques rapportent que le ciel resta obscurci par la poussière près de neuf mois après le début du cataclysme.

Dans leur étude, les chercheurs de l’IRD et de l’IGP ont essayé d’expliquer la magnitude de cette éruption du Huaynaputina. Selon eux, elle s’esplique par au moins deux phénomènes. D’une part, lors de son ascension, le magma est entré en contact avec de l’eau provenant d’un système hydrothermal superficiel, ce qui a contribué à accroître la fragmentation du magma et l’intensité de l’explosion. D’autre part, un magma légèrement plus acide a été émis depuis le réservoir magmatique lors de la phase ignimbritique et des phases postérieures. Cela a entretenu le caractère très explosif de cette éruption et a permis au volcan de vomir un volume d’environ 13 km3 de matériaux.

Les scientifiques précisent que ce type d’éruption est vraisemblablement exceptionnel dans l’histoire du Huaynaputina qui n’aurait connu qu’une seule autre éruption de ce type il y a 9 700 ans environ.

Le National Geographic nous apprend que ce cataclysme et l’obstruction solaire qui l’a accompagné ont provoqué un hiver volcanique en Russie où ce fut l’hiver le plus rude des 6 derniers siècles, avec les températures estivales en dessous de 0°C pendant la nuit.

Près de deux millions de personnes, soit le tiers de la population russe à l’époque du tsar Boris Godounov, moururent de la famine qui s’ensuivit. Ce sombre épisode précipita la chute du tsar.

Source : IRD.

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As I have indicated in volcanic activity reports around the world, the situation is relatively calm these days. Due to lack of ammunition, some media are looking to the past. This is the case of the National Geographic which has just recalled that in 1600 a Peruvian volcano experienced a cataclysmic eruption which disrupted the climate of the planet, with a volcanic winter in Russia.
In 1600, in southern Peru, the Huaynaputina volcano erupted, devastated the region and destroyed a dozen villages. From the geological analysis of the eruptive deposits and the study of chronicles of the time, a team of researchers from the Research Institute for Development (IRD, ex-Orstom) and the Geophysical Institute of Peru (IGP) was able to reconstruct this eruption which has been the most important in theAndes since the Spanish conquest.
The Huaynaputina volcano is located on the edge of a high plateau in southern Peru, 75 kilometres from the city of Arequipa which itself is under the threat of the Misti volcano. From February 19th to March 15th, rains of ash and lapilli, followed by numerous pyroclastic flows, buried at least ten villages, causing some 1,500 victims, and turned the landscape upside down over a radius of 30 to 60 kilometres around the volcano.
Researchers distinguish three major phases in the eruption of Huaynaputina.
– The first, of the Plinian type, was the most impressive in its intensity and its consequences. On February 19th, a plume rose above the volcano to an estimated height of 35 kilometres; as it collapsed, this plume spread nearly 8 cubic kilometres of deposits in about nineteen hours. This fallout of materials was observed by witnesses of the time up to 600 kilometres north-west of the volcano and remains identifiable today up to 350 kilometres from its source.
– After a period of calm, explosive activity resumed from  February 24th to 27th and volcanic earthquakes destroyed the cathedral of Arequipa, 75 kilometres away. During this phase, of ignimbritic type, pyroclastic flows rich in pumice, were channeled up to 40 kilometres from their starting point in the canyon of Rio Tambo and the numerous valleys which slash the high plateau on which the volcano rises.
– From February 28th to March 15th, a new series of ashy pyroclastic flows, associated with hydromagmatic explosions, caused the accumulation of deposits that can currently be observed up to 60 km from the volcano. Some of these pyroclastic flows rushed into the canyon of the Rio Tambo, creating dams at the origin of temporary lakes. When these dams collapsed, lahars devastated this valley over 120 kilometres to the Pacific Ocean.
In the months following the eruption, secondary pyroclastic flows appeared on the steepest slopes of the volcano. Some chronicles report that the sky remained obscured by dust almost nine months after the start of the cataclysm.
In their study, IRD and IGP researchers tried to explain the magnitude of this eruption of Huaynaputina. They think it was caused by at least two phenomena. On the one hand, during its ascent, the magma came into contact with water coming from a shallow hydrothermal system, which contributed to increase the fragmentation of the magma and the intensity of the explosion. On the other hand, a slightly more acidic magma was emitted from the magmatic reservoir during the ignimbritic phase and the later phases. This maintained the highly explosive nature of this eruption and allowed the volcano to vomit a volume of about 13 km3 of material.
Scientists point out that this type of eruption is probably exceptional in the history of Huaynaputina which probably went through only one other eruption of this type about 9,700 years ago.
The National Geographic informs us that this cataclysm and the solar obstruction which accompanied it caused a volcanic winter in Russia where it was the harshest winter of the last 6 centuries, with summer temperatures below 0°C at night.
Nearly two million people, one third of the Russian population during the time of Tsar Boris Godunov, died of the ensuing famine. This dark episode precipitated the fall of the Tsar.
Source : IRD.

Vue du cratère du Huaynaputina et des environs (Crédit photo : Wikipedia)