Bilan d’activité volcanique 2022

A l’aube de l’année 2023, voici un petit bilan de l’activité volcanique dans le monde en 2022.

L’année 2022 a commencé avec la poursuite de l’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion). Elle avait commencé le 22 décembre 2021 et a pris fin le 17 janvier 2022.

Une nouvelle éruption a débuté le 19 septembre 2022 sur le flanc sud-ouest, dans le secteur du cratère Rivals, à environ 2200 m d’altitude. L’éruption s’est arrêtée brutalement vers 10h10 (heure locale) le 5 octobre 2022.

Photo: C. Holveck

Une éruption a commencé sur le volcan Wolf (Galapagos / Equateur) le 7 janvier 2022. La dernière éruption de ce volcan avait eu lieu en 2015 après 33 ans de sommeil, avec un VEI 4.

Débutée le 13 janvier 2022, l’éruption du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha’apai (archipel des Tonga) est indéniablement l’événement de l’année. Sa puissance ne cesse de surprendre les scientifiques. Je vous invite à lire les différentes notes parues sur ce blog à propos de cette éruption cataclysmale.

Source: NASA

Une éruption phréato-magmatique s’est produite sur le Taal (Philippines) le 26 mars 2022). En conséquence, le PHIVOLCS a relevé le niveau d’alerte de 2 à 3. L’événement a été de courte durée et a été suivi d’une activité phréatomagmatique quasi continue qui a généré des panaches montant à 1 500 m au-dessus du cratère. Le PHIVOLCS a recommandé l’évacuation de Volcano Island et des barangays proches du lac en raison du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami si des éruptions plus fortes devaient se produire.

Une crise sismique faisant craindre une éruption a été enregistrée au mois de mars à São Jorge (Açores). Le niveau d’alerte a été relevé à 2, puis à 3 (sur une échelle de 0 à 6) et même à 4 le 20 mars. Bien qu’aucune évacuation officielle n’ait été décrétée, les personnes vulnérables ont été déplacées vers d’autres endroits de l’île. La population totale de l’île est d’environ 8 400 personnes; environ 1 250 habitants ont décidé de quitter l’île les 23 et 24 mars. A ce jour, aucune éruption n’a eu lieu.

Des variations de température ont été observées dans le lac de cratère du Ruapehu (Nouvelle Zélande), mais aucune activité éruptive ne s’est produite.

L’activité de l’Anak Krakatau a connu une hausse à la fin du mois d’avril 2022, obligeant les autorités à relever le niveau d’alerte de 2 à 3 le 24 avril. La sismicité a fortement augmenté. L’activité éruptive oscillait entre des explosions avec émissions de panaches de cendres et des événements de type strombolien. Une coulée de lave a été observée jusque dans la mer le 23 avril. Le public n’est pas autorisé à s’approcher de l’Anak Krakatau dans un rayon de 5 km.

Une éruption a débuté le 3 août 2022 en Islande. Elle a fait suite à l’intense activité sismique observée au cours des semaines précédentes. Le magma a atteint la surface dans la Meradalir sur la péninsule de Reykjanes. Une fissure de 100 mètres s’est ouverte près du Fagradalsfjall, site de la précédente éruption. L’éruption a pris fin officiellement le matin du 21 août 2022.

Le niveau d’alerte du Semeru (Indonésie) a été relevé de 3 à 4 le 4 décembre 2022 après l’éruption du volcan. Le panache de cendres a atteint une hauteur de 15 kilomètres, avec des retombées sur plusieurs villages où des masques ont été distribués. L’agence indonésienne de gestion des catastrophes (BNPB) a conseillé aux gens de ne pas mener d’activités dans un rayon de 5 kilomètres du sommet du Semeru et a déclaré que près de 100 habitants, dont des enfants et des personnes âgées, ont été évacués vers des abris temporaires. Le Semeru a également déclenché des coulées pyroclastiques atteignant 7 kilomètres. Aucun blessé ou décès n’a été signalé.

On enregistre toujours plusieurs explosions par heure sur le Fuego (Guatemala). Elles envoient des matériaux incandescents à une hauteur de 100 à 350 m et génèrent des panaches de cendres qui s’élèvent à environ 1 km au-dessus du sommet. Des retombées de cendres sont signalées dans les zones sous le vent. Des ondes de choc secouent les structures dans les localités autour du volcan. Des avalanches de blocs descendent dans les ravines sur les flancs du Fuego.

Le Fuego peut être très destructeur. Tout le monde garde à l’esprit l’éruption du 3 juin 2018 qui a causé la mort de 190 personnes et fait 256 disparus. Ce sont les chiffres officiels, mais le nombre réel de morts est beaucoup plus élevé. On estime que probablement 2000 personnes ont péri sous les coulées pyroclastiques. Il s’agit de l’éruption la plus meurtrière au Guatemala depuis 1929.

Crédit photo: CONRED

Une éruption a débuté sur la zone de rift NE du Mauna Loa (Hawaii) dans la soirée du 27 novembre 2022. Le volcan n’avait pas émis de lave depuis 1984. On a craint un moment que les coulées coupent la Saddle Road, mais l’éruption a pris fin le 13 décembre 2022.

Crédit photo: USGS

L’éruption du Kilauea (Hawaii) qui avait débuté le 29 septembre 2021 s’est poursuivie tranquillement avec un petit lac de lave dans le cratère de l’l’Halema’uma’u, mais l’éruption du Mauna Loa a tout chamboulé et le Kilauea est, lui aussi, parti en vacances le 12 décembre 2022.

En Sicile, l’Etna a connu plusieurs crises éruptives comme celle du 21 février. Ces crises débutent en général dans le Cratère SE par une activité strombolienne qui se transforme en puissantes fontaines de lave et un panache éruptif atteignant plusieurs km de hauteur. Un débordement de lave du cratère peut accompagner ces crises éruptives. Des retombées de cendres sont observées dans les zones sous le vent.

Deux nouvelles bouches se sont ouvertes au mois de mai sur l’Etna, dans la partie haute de la Valle del Bove. La lave se déplaçait lentement vers le Monte Simone.

A partir de 17h00 (UTC) le 27 novembre 2022, le réseau de vidéosurveillance de l’Etna a mis en évidence l’ouverture d’une bouche effusive à la base nord-est du cratère SE, à une altitude d’environ 2800 m d’altitude. A l’heure actuelle, la lave continue de s’écouler dans le Val del Leone.

Image webcam

De toute évidence, l’accès à la zone sommitale du Stromboli (Sicile) n’est pas pour demain! Le volcan continue à montrer des crises explosives pouvant être violentes. On observe de temps à autre une activité particulièrement forte dans la zone cratèrique Nord, avec des explosions et des débordements de lave le long de la Sciara del Fuoco. Des coulées pyroclastiques sont également observées, comme le 9 octobre et le 4 décembre 2022.

La situation s’est aggravée à Stromboli à cause d’un violent incendie de végétation au mois de mai 2022 qui s’est déclaré au cours du tournage d’un film. Depuis cette époque, les fortes pluies génèrent des coulées de boue qui envahissent les ruelles de San Vincenzo.

L’île éolienne de Vulcano reste sous surveillance à cause des émissions gazeuses qui restent supérieures à la normale. L’accès au cratère de La Fossa reste interdit. A noter le 23 mai une décoloration de l’eau de mer le long de la plage de Levante, avec des odeurs nauséabondes.

Au Kamtchatka, la couleur de l’alerte aérienne pour le Sheveluch est Orange. Le volcan émet de temps à autre de volumineux panaches de cendres susceptibles d’affecter le trafic aérien dans la région. La couleur est Jaune pour le Bezymiaznny, le Karymsky et le Klyuchevskoy.

Le Sabancaya (Pérou) est régulièrement mentionné dans les bulletins d’activité volcanique. On enregistre en moyenne 30 à 40 explosions pas jour. Elles génèrent des panaches qui montent à 3 ou 4 km au-dessus du volcan.

Crédit photo: IGP

Le Sakurajima (Japon) est entré de nouveau en éruption le 24 juillet 2022. Le niveau d’alerte volcanique est passé de 3 à 5, le plus élevé. Les matériaux éjectés par le volcan sont retombés jusqu’à 2,5 kilomètres du cratère, mais il n’est fait état d’aucun blessé. Il a été demandé au public d’évacuer la zone concernée par l’éruption.

White Island (Nouvelle Zélande), le Lewotolok et le Merapi (Indonésie), le Villarrica (Chili), le Nevado del Ruiz (Colombie), le Popocatepetl (Mexique), le Semisopochnoi et le Pavlof (Alaska), Nishinoshima (Japon), le volcan sous marin de Home Reef (Tonga), ou encore le Grimsvötn (Islande) et ses crues glaciaires sont d’autres volcans actifs de la planète. J’ai eu l’occasion de donner de leurs nouvelles au cours de l’année 2022. Pour les retrouver, il suffit de taper leur nom dans le petit moteur de recherche dans la colonne de droite de ce blog.

Nishinoshima (Crédit photo: Japan Coast Guard)

Surtsey (Islande) a FAILLI devenir française !

Le numéro de décembre 2022 de la revue HISTORIA est consacré aux « terres oubliées de l’empire français ». Mention est faites de l’île Julia au large de la Sicile. Baptisée tour à tour Julia par les Français, Ferdinandea par les Italiens, Graham par les Anglais, son sommet a rejoint les profondeurs car il n’a pas résisté aux assauts des vagues. Vous découvrirez ces turbulences dans le livre Histoires de Volcans, Chroniques d’éruptions (Editions Omniscience) dont je suis le co-auteur avec Dominique Decobecq.

Surtsey a mieux résisté et on peut l’apercevoir aujourd’hui au sud de l’Islande. En lisant l’article qui est consacré à cette île dans HISTORIA, on apprend qu’elle a failli devenir française, mais seulement failli !

Le 10 novembre 1963, les marins à bord d’un chalutier islandais aperçoivent une épaisse colonne de fumée qui, selon eux, provient d’un navire en perdition. Il s’agit en fait du début d’une éruption sous-marine qui dura quatre jours.

La naissance d’une nouvelle île enthousiasme le grand reporter Gérard Géry qui vend le sujet à Paris Match. Très vite il constitue une petite équipe avec le photographe Philippe Laffon et l’alpiniste Pierre Mazeaud. Les trois hommes arrivent le 6 décembre à portée de la nouvelle île qu’ils atteignent en zodiac. Ils y débarquent et plantent deux drapeaux : le drapeau français et celui de Paris Match. Cette initiative déplaît, semble-t-il, à Surt, le dieu scandinave qui a donné son nom à l’île. Une violente explosion oblige les trois Français à décamper à toute vitesse une quinzaine de minutes après leur débarquement

Pour les Islandais, cette initiative française n’est pas sérieuse. Surtsey se trouvant à quelques encablures des Iles Vestmann, dans les eaux territoriales islandaises, elle appartient forcément à ce pays. Le gouvernement français n’a pas essayé de faire valoir le droit du premier occupant et Surtsey n’est donc pas devenu le territoire français le plus septentrional !

Rappelons que l’accès à Surtsey est aujourd’hui interdit au public. Il est réservé aux scientifiques étudiant la propagation de la vie sur une terre nouvelle. Cette étude de l’île pourra se faire tant que l’île émergera de l’océan. Faute de nouvelle activité éruptive, elle est vouée, elle aussi, à disparaître sous les assauts des vagues…

Naissance de Surtsey en 1963

Surtsey aujourd’hui (Source: Wikipedia)

Stromboli (Sicile) : une restriction de plus // One more restriction

Suite à la récente activité du Stromboli avec coulées pyroclastiques jusque sur la surface de la mer, l’interdiction de navigation dans la zone devant la Sciara del Fuoco, entre Punta delle Chiappe et Punta Labronzo, a été étendue d’un à deux milles marins (1 mille marin = 1852 m). L’ordonnance a été émise par l’Autorité Portuaire de Milazzo suite à une note reçue du Département National de Protection Civile demandant cette extension de la zone. L »interdiction est émis pour des raisons de sécurité, liées au risque de nouveaux paroxysmes et de possibles glissements de terrain.

Source : Giornale di Sicilia.

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Following Stromboli’s recent activity, with pyroclastic flows travelling down onto the surface of the sea, the navigation ban in the area in front of the Sciara del Fuoco, between Punta delle Chiappe and Punta Labronzo, has been extended from one to two nautical miles (1 nautical mile = 1852 m). The ordinance was issued by the Port Authority of Milazzo following a note received from the National Department of Civil Protection requesting this extension of the area. The ban is issued for security reasons, related to the risk of new paroxysms and possible landslides.
Source: Giornale di Sicilia.

Photo: C. Grandpey

L’éruption de White Island (2019) au cinéma // A movie after the 2019 White Island eruption

Le 9 décembre 2019, une explosion soudaine s’est produite à White Island (Nouvelle-Zélande). Elle a tué 21 personnes et blessé 26 autres. Parmi les 47 victimes, il y avait 24 Australiens, 9 Américains, 5 Néo-Zélandais, 4 Allemands, 2 Chinois, 2 Britanniques et un Malaisien. La plupart de ces touristes ne portaient que des T-shirts et des shorts. 38 étaient des passagers d’un navire de croisière – l’Ovation of the Seas – qui effectuait un voyage de 12 jours autour de la Nouvelle-Zélande. Ils avaient acheté l’excursion sur White Island auprès d’une agence de voyage néo-zélandaise. J’ai décrit l’événement et ses conséquences dans plusieurs notes de ce blog. Dans les jours et semaines qui ont suivi la catastrophe, il s’est agi de trouver qui était responsable de la sécurité des touristes et de savoir si des manquements étaient constatés, bref, qui pouvait être tenu pour responsable du drame.
Un film intitulé « The Volcano : Rescue From Whakaari » vient de sortir. Il a été réalisé par Rory Kennedy. Pour autant que je sache, il ne peut être vu que sur Netflix. On peut lire qu’il s’agit d’« un récit précis de l’éruption volcanique de Whakaari / White Island. […] Le film raconte viscéralement une journée où des gens ordinaires ont été appelés à faire des choses extraordinaires, tout en plaçant cet événement tragique dans le contexte plus large de la nature, de la résilience et du pouvoir de notre humanité commune. »
À en juger par la bande-annonce, il s’agit d’un film catastrophe américain typique qui s’appuie sur des événements réels. J’ai décrit avec détail ce qui s’est passé sur l’île que j’ai moi-même visitée en janvier 2009.

Au final, la tragédie a montré qu’on ne sait pas prévoir les éruptions volcaniques, encore moins sur ce type de volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique. Je pense que tenir les volcanologues néo-zélandais responsables de la mort de ces personnes serait un non-sens. De la même manière, le navire de croisière et l’agence de voyage doivent-ils être tenus responsables? Je ne le pense pas. Le niveau d’alerte volcanique n’était pas particulièrement élevé et aucune éruption n’était envisagée par les agences volcanologiques néo-zélandaises. La suite se résume à une bataille d’avocats et une question d’argent. Il était clair que les participants blessés et ceux – ou leurs familles – qui avaient perdu un être cher voulaient des compensations financières.
Voici la bande-annonce du film:
https://youtu.be/hnxGV9RQutE

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On Dcember 9th, 2019, a sudden explosion occurred at White Island (New Zealand). It killed 21 people and injuring 26 others. The 47 people were identified as twenty-four Australians, nine Americans, five New Zealanders, four Germans, two Chinese, two Britons and one Malaysian. Many of them were just wearing T-shirts and shorts for the day. Of these people, 38 were passengers on a shore excursion from the cruise ship Ovation of the Seas which was on a 12-day voyage around New Zealand. I described the event and its consequences in several posts on this blog. Questions were asked about who was responsible for the safety of tourists and, if failings are found, who would be held accountable

A film entitled “The Volcano: Rescue From Whakaari” has just been released. It was directed by Rory Kennedy. As far as I know it can only be seen on Netflix. It is supposed to be « a close examination of the Whakaari / White Island volcanic eruption. […] The film viscerally recounts a day when ordinary people were called upon to do extraordinary things, placing this tragic event within the larger context of nature, resilience, and the power of our shared humanity. »

Judging from the trailer, it is a typical American disaster movie based on real events. I carefully described what happened on this island I personally visited in January 2009. In the end, the tragedy showed that we cannot predict eruptions, even less on this type of explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire. I think that holding NZ volcanologists responsible for these people’s deaths would be a nonsense. In the same way, should the cruise ship and the travel agency be held resposible ? I don’t think so. The alert level for the volcano was not very high and no eruption was predicted by the NZ volcanological agencies. The rest was just battle of lawyers and a matter of money. It was clear to me that the participants who were injured and those – or their families – who lost a dear person wanted financial compensations.

Here is the trailer :

https://youtu.be/hnxGV9RQutE

White Island avant et après l’éruption (Photos: C. Grandpey, GeoNet)