Agung : L’éruption de 1963 // Mt Agung : The 1963 eruption

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez un excellent document mis en ligne par la BBC. On y voit des images d’archives de l’éruption de l’Agung en 1963. Le film a été montré à des personnes évacuées en ce moment et qui ont été mises en sécurité dans des centres d’hébergement provisoires. Certaines d’entre elles ont assisté à l’éruption de 1963 et racontent ce qu’elles ont vécu, avec le volumineux panache de cendre et de bombes qui s’est élevé au-dessus du volcan avant de retomber sur les alentours en tuant des centaines de personnes. L’Agung reste en alerte maximale car les volcanologues indonésiens pensent qu’une éruption aura lieu très prochainement.

http://www.bbc.com/news/av/world-asia-41433507/the-last-time-mount-agung-erupted

—————————————–

By clicking on the link below, you will see an excellent document released by the BBC. One can see archival images of the 1963 eruption of MtAgung. The film has been shown to people evacuated at this time and who have been placed in temporary shelters. Some of them witnessed the 1963 eruption and tell what they have experienced, with the voluminous plume of ash and bombs that rose above the volcano before falling back onto the surroundings, killing hundreds of people. Mt Agung remains on high alert as Indonesian volcanologists believe that an eruption will occur very soon.
http://www.bbc.com/news/av/world-asia-41433507/the-last-time-mount-agung-erupted

Crédit photo: Wikipedia

 

 

Publicités

Les systèmes d’alerte autour du Mont Agung // Mt Agung’s warning systems

Des systèmes d’alerte seront activés si le Mt Agung entre en éruption. Le volcan, qui se dresse à 70 kilomètres de Kuta, connaît une forte hausse de la sismicité depuis le mois d’août et menace d’entrer en éruption pour la première fois depuis 1963. Comme je l’ai mentionné dans un article précédent, les craintes d’une éruption ont déjà un impact sur l’industrie touristique de l’île de Bali.
La semaine dernière, les autorités ont installé des sirènes dans plusieurs localités à proximité du volcan. Le but de ce système d’alerte, qui sera déclenché manuellement lorsque le volcan entrera en éruption, est de donner aux habitants le temps de fuir.
Personne ne sait quand l’éruption aura lieu. Ce pourrait être dans les dix prochaines minutes. Ou au cours de la prochaine heure. Ce pourrait être jamais. Cependant, les dernières observations montrent que la probabilité d’une éruption continue d’augmenter.
Les sirènes utilisées pour protéger les gens présentent un défaut majeur: leur rayon d’action est de seulement 2 kilomètres, ce qui est très insuffisant. Les habitants du secteur reprochent au système d’alerte volcanique d’être trop compliqué et difficile à identifier. La description d’une description de l’Agung par les autorités justifierait un système à plus grande échelle et plus performant. Les coulées pyroclastiques et les lahars sont des phénomènes dévastateurs.
Compte tenu de la possibilité d’une éruption majeure du Mt Agung, les systèmes d’alerte actuels semblent dérisoires. Les séismes volcaniques sont ressentis par la population autour de l’Agung et du Batur, et certaines secousses sont même ressenties jusqu’à Denpasar et Kuta. Les survivants se souviennent de l’éruption de 1963. Un témoin raconte que les gens voyaient un « énorme nuage au-dessus de la montagne. Ce nuage s’est écroulé sur terre en morceaux. C’était comme si un grand nombre de bombes explosaient. » L’éruption a tué 1 100 personnes.
Source: New Zealand Herald.

——————————————–

Warning systems will be activated if Mt Agung erupts. The volcano, 70 kilometres from the resort hub of Kuta, has been shaking since August and threatening to erupt for the first time since 1963. As I put it in a previous post, fears that it will blow are already impacting the island’s tourism industry.

Officials last week installed warning sirens in several townships beneath the volcano. The aim of the special warning system, which will be triggered manually when the volcano erupts, is to give residents enough time to flee.

Nobody knows when the eruption will take place. It could be in the next ten minutes. Or the next hour. It could be not at all. However, the latest evidence collected by Indonesian officials shows the likelihood continues to increase.

The sirens used to protect people have one potentially fatal flaw: their radius is only 2 kilometres, which is too small. Local residents complain that early warning systems for volcanoes are too complicated and not easy to identify. What authorities have predicted justifies the need for a bigger and better system because, despite the unknown nature of the impact of Mt Agung’s eruption, the visuals are quite terrifying. The potential route of pyroclastic flows and lahars would be devastating.

Taking into account the possibility of a major eruption of Mt Agung, the current warning systems nearly look useless. Volcanic earthquakes are being felt by people around Agung and Batur areas, and some of the biggest earthquakes are even felt in Denpasar and Kuta areas. Survivors can remember the 1963 eruption. One witness said that people saw a “huge cloud above the mountain. That cloud fell to the earth in lumps. It sounded like lots of bombs going off.” The eruption killed 1,100 people.

Source: New Zealand Herald.

Source: Wikipedia

L’Agung entrera-t-il en éruption ? // Will Mt Agung erupt ?

« L’Agung entrera-t-il en éruption? » C’est la question que se posent tous les villageois actuellement dans les abris où ils prient pour que le volcan reste calme et ne détruise pas leurs maisons et leurs plantations.
Cependant, selon les volcanologues locaux, une éruption de l’Agung est imminente. Plusieurs facteurs confirment une telle prévision: la sismicité reste élevée et des centaines de secousses sont enregistrées sur le volcan chaque jour. Elles augmentent en nombre et en intensité. La réduction de leur profondeur au cours de la semaine dernière est une indication que le magma se déplace vers la surface. En plus de l’activité sismique, il existe deux autres signes montrant qu’une éruption est imminente: les émissions de gaz au sommet et le gonflement du volcan qui a fait apparaître une nouvelle fracture dans le cratère.
Si le volcan entre en éruption comme en 1963, la lave coulera sur plusieurs kilomètres depuis le cratère, mais le danger provient surtout des coulées pyroclastiques dévastatrices qui peuvent atteindre des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par heure. Si elles se produisent pendant la nuit et que les gens sont au lit, ils n’auront que quelques secondes ou quelques minutes pour fuir, mais on sait d’ores et déjà que la plupart d’entre eux seront pris au piège et perdront la vie dans ces avalanches à très haute température. Les évacuations massives qui viennent d’avoir lieu réduiront considérablement le nombre de victimes si une éruption devait se produire.

Cependant, il se pourrait que le volcan n’entre pas en éruption. La sismicité pourrait diminuer et la situation pourrait redevenir normale, avec retour des habitants dans leurs maisons. Ce ne serait pas une exception, bien qu’une telle évolution soit assez rare sur les volcans de la Ceinture de Feu. C’est pourtant ce qui s’est passé sur le Kelud, sur l’île de Java, en 2007. Les volcanologues avaient prédit une puissante éruption et ont conseillé d’évacuer une partie de la population autour du volcan. Une éruption s’est produite, mais ce fut un événement mineur dans le cratère. Une éruption puissante n’a jamais vraiment eu lieu et a donné raison au gardien du volcan qui avait affirmé que rien ne se passerait et il critiquait les prévisions alarmistes des scientifiques.
Si l’Agung se calme, le risque est qu’il se réveille brusquement après une période de silence et entre en éruption rapidement. Si une telle situation se produisait, les autorités devraient évacuer de nouveau les populations autour du volcan et il faudrait le faire très rapidement. Espérons qu’elles ne seront pas confrontées à une telle situation d’urgence.
Aujourd’hui, 54 ans après la dernière colère du Mt Agung, notre capacité à prévoir les éruptions volcaniques est encore limitée. Certes, nous avons fait des progrès par rapport au début du 20ème siècle, mais il reste encore un long chemin à parcourir. Les autorités locales utilisent le principe de précaution et je pense personnellement qu’elles ont raison d’adopter une telle politique.

————————————–

“Will Mount Agung erupt?” This is the question all the villagers are asking in the shelters, praying that the volcano remains quiet and does not destroy their houses and their plantations.

However, according to local volcanologists, an eruption of Mount Agung is imminent. Several factors lead to such a prediction: Seismicity is high and hundreds of tremors are being recorded at the volcano each day. They are increasing in number, intensity; the reduction in their depth in the last week or so, is an indication that magma is moving up to the surface. As well as seismic activity, there are two other signs that an eruption is imminent: gas emissions from the summit, and bulging on the volcano’s surface with a new crack within the crater.

If the volcano erupts like in 1963, lava will flow several kilometres from the crater, but the most deadly feature of the eruption would be the devastating pyroclastic flows that can travel hundreds of kilometres an hour. If they occur at night and people are in bed, they have literally seconds or minutes to move so that most of them get caught in the hot avalanches and and die. The recent massive evacuations will considerably reduce the number of victims if an eruption happens.

However, the volcano might not erupt at all. Seismicity might decline and the situation might go back to normal. This would be no exception, although such an evolution is rather rare on the volcanoes of the Ring of Fire. This is what happened on Kelud Volcano on the island of Java in 2007. Volcanologists had predicted a powerful eruption and evacuated part of the population around the volcano. An eruption did occur, but it was a minor event within the crater. A powerful eruption never really took place and gave reason to the keeper of the volcano who had said nothing would happen and criticized the scientists’ predictions..

If Mt Agung calms down, the risk is that it might wake up suddenly after a period of quietness and start erupting rapidly. Should such a situation happen, authorities would have to evacuate again the residents around the volcano and they would have to do it very quickly. Let’s hope they will not be confronted with such an emergency situation.

Today, 54 years after Mt Agung’s last wrath, our prediction of volcanic eruptions is still limited. It is better than at the beginning of the 20th century but there is still a long way to go. Local authorities use the principle of precaution and I personally think they are right to do so.

Vue de l’éruption de 1963 (Source: VSI)

 

Irazu 1963: Un magma TGV! // Irazu 1963: A high-speed magma!

drapeau francaisDes tests géochimiques effectuées sur des cristaux d’olivine dans la cendre émise pendant l’éruption de l’Irazu (Costa Rica) en 1963 ont montré que la roche en fusion en provenance du manteau peut perforer des kilomètres de croûte terrestre en quelques mois seulement.  En effet, avant l’éruption dévastatrice de 1963, le magma a parcouru en deux mois seulement les 35 kilomètres entre le manteau et la chambre magmatique superficielle du volcan  C’est ce que des chercheurs de l’Université Columbia écrivent dans le numéro du 1er Août 2013 de la revue Nature. Cette nouvelle étude est la première preuve réelle d’une ascension rapide du magma.

Les tests effectués sur l’Irazu confirment d’autres indices concernant l’ascension rapide du magma, tels que les séismes profonds qui ont précédé les éruptions du Pinatubo aux Philippines et l’Eyjafjallajökull en Islande. Des secousses sismiques ont été enregistrées près du manteau sous le Pinatubo et l’Eyjafjallajökull dans les semaines et les mois avant les éruptions.
Malgré quelques indications suggérant que l’ascension du magma pourrait être rapide, la plupart des modèles de systèmes d’alimentation des volcans décrivent une lente progression de la matière en fusion. Les études révèlent généralement que la chambre magmatique se remplit par le bas. Le magma s’élève peu à peu des profondeurs, s’arrête, se mélange à d’autres magmas, poursuit sa lente ascension, jusqu’à ce que finalement il atteigne la chambre. Ce long voyage s’étire sur une période de milliers, voire de centaines de milliers d’années. «C’est comme pour monter un escalier. Chaque étape est un autre changement», explique un géologue de l’Oregon State University. « Au moment où il arrive à la surface, le magma a été modifié assez sensiblement. » C’est ce que le géologue français Hervé de Goer appelait les «magmas omnibus», comparant la lenteur du magma à celle d’un train omnibus dans lequel différents passagers montent à chaque gare de sorte qu’à la fin du voyage le groupe de voyageurs est très différent de ce qu’il était au début. A l’opposé, De Goer mentionnait les « magmas TGV » qui, comme les trains à grande vitesse, ne s’arrêtent pas à toutes les gares. De la même manière, la nouvelle étude a trouvé des preuves que le magma qui alimentait l’éruption de l’Irazu en 1963 avait pris un ascenseur ultra rapide pour atteindre la surface et ne s’était mélangé à d’autres roches qu’à de faibles profondeurs, à environ 10 kilomètres sous la surface de la Terre. Par ailleurs, la lave émise durant l’éruption de 1963 contenait nickel. Le magma issu du noyau de la Terre contient effectivement des traces de nickel, mais le métal se dissipe habituellement en même temps que le magma se déplace vers la surface. La présence de nickel suggère que le magma  est monté très vite de sorte que le métal n’a pas eu le temps de s’échapper.
Il serait vraiment intéressant que les chercheurs puissent trouver un comportement identique du magma en d’autres endroits de la planète. L’Irazu est un volcan d’arc, au-dessus d’une zone de subduction. Certains des éruptions les plus violentes de l’histoire se sont produites sur des volcans d’arc de la Ceinture de Feu du Pacifique, dans des zones de subduction. C’est pourquoi les scientifiques américains sont en train d’analyser des cristaux d’olivine d’autres volcans d’arc (îles Aléoutiennes en Alaska, Chili et Tonga) en espérant trouver des indices de magma à ascension rapide. En étudiant un plus grand nombre de volcans, on comprendra mieux pourquoi certains magmas sont très rapides, tandis que d’autres sont très lents.
Le problème est que la plupart des systèmes de surveillance volcanique sont conçus des nos jours pour fonctionner à de faibles profondeurs (10 km environ). Il faudra donc que de nouveaux réseaux soient conçus pour étudier le magma en provenance des profondeurs de la Terre.

*L’éruption de 1963 ( 40 morts) est décrite dans mon dernier livre « Killer Volcanoes – Eruptions meurtrières des temps modernes » (voir colonne de gauche de ce blog).

Source : Live Science.

Un photographe du Los Angeles Times a réalisé une belle galerie des photos de l’éruption de l’Irazu en 1963. Vous la verrez en cliquant sur ce lien:

http://www.latimes.com/news/science/sciencenow/la-sci-sn-irazu-volcano-eruption-photos-20130801,0,6034811.photogallery

 

drapeau anglaisGeochemical tests performed on crystals of olivine from ash erupted in 1963 at Costa Rica’s Irazu volcano showed that molten rock from the Earth’s mantle can punch through kilometres of overlying crust in a matter of months only. The new study is the first real evidence of a fast mode in volcanoes.

Before the deadly 1963 eruption of Irazu, magma travelled the 35 kilometres from the mantle to the volcano’s shallow magma chamber in about two months. This is what Columbia University researchers report in the August 1st issue of the journal Nature.

The discovery at Irazu helps confirm other clues for high-speed magma ascents, such as deep-seated earthquakes before eruptions at Mount Pinatubo in the Philippines and Iceland’s Eyjafjallajökull volcano. Seismic tremors struck near the mantle below Pinatubo and Eyjafjallajökull in the weeks and months before the eruptions.

Despite some indications suggesting magma ascent could be fast, most models of volcano plumbing system refer to a slow ascent. Studies usually reveal that a volcano’s magma chamber fills from the bottom. Magma melts rise a bit, then mix together, and then climb a little more, until finally reaching the chamber. The long journey happens over a span of thousands to hundreds of thousands of years. « It’s like going up a set of stairs. Each step is another change, » says a geologist at Oregon State University. « By the time you get to the surface, the magma has been changed quite substantially. » This is what French geologist Hervé de Goer called “omnibus magmas”, comparing slow magma to an omnibus train in which different passengers climb at each station so that in the end the bunch of travellers is very different from what it was at the beginning of the trip. On the opposite side, De Goer mentioned “TGV (high-speed) magmas” which, like high-speed trains, do not stop at all stations. In the same way, the new study found evidence that magma feeding the 1963 eruption of Irazu took the express elevator to the surface, mixing with other molten rock only at shallow depths, around 10 kilometres below the Earth’s surface. Besides, lava rock from the 1963 eruption contained nickel. Magma in the Earth’s core holds trace amounts of nickel, but the metal usually diffuses out as the magma moves to the surface. The presence of nickel suggests the magma rose faster than the metal could escape.

It would really be interesting if researchers could find this behaviour of magma at many different places. Irazu is an arc volcano, rising above a subduction zone. Some of the most powerful eruptions in history came from arc volcanoes in the Pacific Ring of Fire which tower above subduction zones. That’s why American scientists are now analyzing olivine crystals from other arc volcanoes (Alaska’s Aleutian Islands, Chile and Tonga) for signs of fast-rising magma. Looking at more volcanoes will also help understand why some melts are very fast, while others are very slow.

The problem is that most monitoring systems are designed to look at shallow depths (10 km or so), so new networks would have to be built to monitor magma coming from the depths of the Earth.

Source : Live Science

A Los Angeles Times photographer has presented a nice photo gallery of Irazu’s 1963 eruption. You can see it by clicking on this link:

http://www.latimes.com/news/science/sciencenow/la-sci-sn-irazu-volcano-eruption-photos-20130801,0,6034811.photogallery

 

Irazu-blog

Vue du cratère de l’Irazu  (Crédit photo:  Wikipedia)