Agung (Bali / Indonésie) : Pilotage à vue // Visual monitoring

Dans les années 2000, j’assistais à une conférence donnée à l’Université de Lyon par le regretté François Le Guern, géochimiste et ancien membre de l’équipe Tazieff. Il a débuté ses propos en ces termes : « Je ne sais pas, nous ne savons pas, prévoir une éruption volcanique ». Cette phrase me revient sans cesse à l’esprit en observant les incertitudes qui entourent actuellement l’éruption de l’Agung. Plus qu’à des prévisions, les scientifiques indonésiens et étrangers se livrent à un jeu de pronostics. La grande question est de savoir si l’éruption prévue – à condition qu’elle ait lieu – ressemblera à celle de 1963 qui reste le seul point de repère digne de ce nom. En effet, on ne sait que très peu de choses, pour ne pas dire rien, sur l’histoire éruptive de l’Agung. Si l’on consulte la base de données de la Smithsonian Institution, on se rend vite compte que l’on manque cruellement d’informations sur les éruptions de 1808 et 1843, les seuls événements répertoriés avant celui de 1963. Les informations concernant cette dernière éruption s’appuient largement sur les témoignages de personnes ayant assisté à la colère du volcan.

Sur le plan scientifique, aucun paramètre n’indique à coup sûr la suite des événements. Les sismographes s’agitent de temps en temps et montrent clairement qu’un magma juvénile est apparu dans les entrailles du volcan. On a assisté à une inflation de l’édifice au mois de septembre avant le réveil du volcan, mais la tendance s’est stabilisée depuis. Les observations du cratère  révèlent la présence d’un amas de lave incandescente qui occupe moins de la moitié du gouffre. Certains volcanologues locaux pensent que le cratère pourrait se remplir et atteindre le point de débordement à la mi décembre. Les données satellitaires révèlent une anomalie thermique sur le volcan, ce qui semble tout compte fait assez normal. Il serait intéressant d’avoir les informations fourniess par l’interférométrie radar mais, à ma connaissance, rien n’a été diffusé à ce sujet. Les émissions de SO2 n’atteignent pas les sommets.

Nous sommes donc dans une situation d’attente. Les autorités indonésiennes ont appliqué le principe de précaution et mis à l’abri les populations vivant à moins de 10 km du cratère. C’est une sage décision, même s’il n’est pas facile de garder pendant des semaines des dizaines de milliers de personnes dans des centres d’hébergement provisoires. Il faut tout de même savoir, comme je l’ai fait remarquer précédemment, que la zone d’exclusion présente des failles et qu’un grand nombre de paysans continuent à s’occuper de leurs lopins de terre et de leur bétail sur les pentes de l’Agung. Gare à eux si le volcan se réveille brutalement !

—————————————-

In the 2000s, I attended a lecture given at the University of Lyon by the late François Le Guern, a geochemist and former member of the Tazieff team. He began his remarks with these words: « I cannot, we cannot, predict a volcanic eruption ». This sentence keeps coming back to me as I look at the uncertainties that currently surround the eruption of Mt Agung. More than forecasts, Indonesian and foreign scientists are engaged in a game of betting. The big question is to know whether the planned eruption – if it takes place – will look like the one in 1963, which remains the only real landmark. Indeed, we know very little, if anything, about the eruptive history of Mt Agung. If one looks at the Smithsonian Institution’s database, one quickly realizes that there is a dearth of information about the eruptions of 1808 and 1843, the only events listed before that of 1963. Information about the last eruption relies heavily on the testimonies of people who witnessed the volcano’s wrath.
From a scientific point of view, no parameter indicates with certainty what will happen next. The seismographs are reacting from time to time and clearly show that juvenile magma appeared in the bowels of the volcano. There was some inflation of the edifice in September before the volcano becale active again, but the trend has since stabilized. Observations of the crater reveal the presence of a heap of incandescent lava that occupies less than half of the vent. Some local volcanologists believe that the crater could fill up and reach the overflow point by mid-December. Satellite data reveal a thermal anomaly on the volcano, which seems quite normal. It would be interesting to have more information provided by radar interferometry but, to my knowledge, nothing has been teleased in this domain. SO2 emissions are not that big.
We are therefore in a situation of waiting. The Indonesian authorities have applied the precautionary principle and sheltered populations living within 10 km of the crater. This is a wise decision, even if it is not easy to keep tens of thousands of people in temporary shelters for weeks. It is important to know, as I pointed out earlier, that the exclusion zone is flawed and that a large number of peasants continue to tend their plots of land and livestock on the slopes. of Mt Agung. They might be in trouble if the volcano wakes up suddenly!

En ce moment, l’Agung se contente d’émettre quelques panaches de vapeur…

Publicités

Agung (Bali / Indonésie): Vers un remplissage du cratère? // Will the crater fill up with lava?

L’activité sismique reste élevée sur l’Agung et montre que le magma continue à s’accumuler sous l’édifice volcanique. Comme je l’ai écrit précédemment, on estime que la quantité de lave active (qui produit une lueur la nuit) occupe entre un tiers et la moitié du cratère. Selon le VSI, le volume du cratère est estimé à environ 60 millions de mètres cubes et, actuellement, le volume de lave dans le cratère est estimé à moins de 50%, soit environ 20 millions de mètres cubes. Le VSI pense qu’il faudrait une dizaine de jours pour que le magma remplisse complètement le cratère. Cela signifie qu’il serait plein vers le 15 décembre 2017. Attendons de voir si la prévision est correcte. Un volcanologue du VSI a fait remarquer qu’il existait une forte relation entre l’activité volcanique de l’Agung et l’activité tectonique observée dans le village d’Abang, avec un séisme de M 3,5 il y a quelque temps.

Beaucoup de personnes âgées qui ont assisté à l’éruption de 1963 comparent l’augmentation d’activité de l’Agung ces derniers avec la situation de 1963.

Source : Presse indonésienne.

—————————————-

Seismic activity is still high on Mt Agung and shows that magma is still rising within the volcanic edifice. As I put it before, the amount of active lava (which produces a glow at night) is estimated to occupy between one third and one half of the crater. Accordint to VSI, the crater volume is estimated about 60,000,000 cubic meters and currently the volume of lava in the crater is estimated to be less than 50 percent or 20,000,000 cubic meters. VSI predicts that it would take about 10 days for magma to fully fill Mount Agung’s crater. This means that the crater should be full by about December15th 2017. We’ll see if the prediction is true.

A VSI expert said that there is a strong relation between the volcanic activity of Mount Agung with tectonic activity that previously occurred in Abang Village resulting in an M 3.5 earthquake some time ago.

Many elderly who could see the 1963 eruption compared the recent months of escalating danger signs from Agung with 1963.

Source: Presse indonésienne.

Activité sismique actuelle sur l’Agung

Bali: Des volcans et des dieux // Bali: Volcanoes and gods

Avec le niveau d’alerte à son maximum et une zone d’évacuation de 10 km autour du cratère, quelque 150 000 personnes sont actuellement affectées par l’éruption du Mont Agung.
Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, de nombreux habitants sur les pentes du volcan refusent de quitter leurs fermes. Ils disent généralement qu’ils se sentent en sécurité, mais surtout qu’ils veulent rester proches de leurs terres et de leur bétail, de peur qu’ils ne soient volés pendant qu’ils seront dans les camps.
Il y a une autre raison pour laquelle ils restent. Ils sont bien conscients du danger, mais le Mt Agung symbolise aussi l’élévation spirituelle et la puissance divine. Le volcan est l’incarnation d’un dieu et ses grondements sont le signe du mécontentement divin. Alors que les Balinais sont essentiellement hindous, leurs relations spirituelles les plus intimes sont avec leurs ancêtres et une foule d’autres êtres invisibles liés au paysage et aux forces de la nature.

Le volcan et le dieu qu’il incarne figurent dans la plupart des histoires sur les origines de la culture balinaise, de la religion et de l’ordre politique. Bien que peu de gens se souviennent de la dernière éruption du Mont Agung, il y a des histoires et des traces physiques sous forme de champs fertilisés par la lave qui donné naissance à quelques-unes des rizières les plus productives au monde.
Gunung Agung signifie « grande montagne ». C’est le plus haut sommet d’une chaîne de volcans qui traverse l’île de Bali et se prolonge vers Java à l’ouest et Lombok à l’est. Des milliers de personnes vivent sur les pentes de l’Agung, des dizaines de milliers d’autres au pied du volcan et des centaines de milliers dans la zone recouverte par des coulées de lave et des chutes de cendre dans le passé.
Le bilan officiel de l’éruption de 1963 est d’environ 1500 morts, mais la réalité s’approche davantage de 2000. La plupart ont été tués par des coulées pyroclastiques qui ont enseveli des vallées entières et des villages. Certaines personnes ont fui mais d’autres ont vu dans l’éruption la volonté des dieux ; elles sont restées et ont prié pendant que la lave avançait. Certaines ont survécu, la plupart ont péri.
Il existe un livre peu connu d’Anna Mathew, intitulé La Nuit de Purnama, dans lequel la dernière éruption est observée et décrite depuis un village sur les hautes pentes du volcan. L’auteur raconte une série d’événements étrangement semblables à ce qui se passe aujourd’hui, et qui a culminé avec de puissantes éruptions et des conséquences catastrophiques. Les retombées de cendre ont détruit les cultures dans la moitié est de l’île. Il s’en est suivi une période de famine. Les gens mangeaient les troncs de bananiers pour survivre et les jeunes hommes ont parcouru les routes à la recherche de travail et de nourriture.

Ce n’était pas le grand bonheur en Indonésie en 1963. Après 16 années d’indépendance, le pays connaissait de graves problèmes économiques et une instabilité politique. Sukarno, le premier président, était menacé par la force grandissante du puissant parti communiste. L’année précédente, les rats avait décimé la récolte de riz, preuve que les dieux étaient offensés et que de nouveaux désastres allaient se produire. Les chefs religieux et les universitaires se sont réunis afin de savoir si le moment était propice pour organiser l’Eka Dasa Rudra, le plus grand rituel de purification et de rétablissement de l’ordre. Le président Sukarno avait décidé de promouvoir le tourisme, en s’appuyant sur la culture religieuse et artistique de Bali. Il avait invité la Pacific Asia Travel Association à tenir son congrès à Bali et l’avait fait coïncider avec l’Eka Dasa Rudra.
La cérémonie devait avoir lieu à Besakih, le temple le plus célèbre de l’île de Bali, perché sur le versant sud du Mont Agung. Pendant les préparatifs de la cérémonie, le volcan s’est manifesté comme il le fait aujourd’hui. L’éruption précédente avait eu lieu 120 ans auparavant et il n’y avait donc personne pour s’en souvenir. Les autorités religieuses balinaises ont interprété le comportement du volcan comme un avertissement des dieux. Elles ont demandé le report de la cérémonie mais n’ont pas été écoutées.
La cérémonie a commencé au milieu de la fumée et de la cendre. Peu à peu, l’éruption proprement dite a débuté, avec des projections de blocs incandescents et des coulées de lave sur les pentes du volcan. Le temple de Besakih a survécu, mais le portail édifié pour honorer Sukarno a été la première victime du mécontentement des dieux. Le bilan catastrophique a été considéré comme un désaveu des dieux à l’égard de Sukarno. Il a été déposé deux années plus tard.
Depuis 1963, la population et sa densité en Indonésie ont plus que doublé. Encore plus de gens vivent sur les pentes du Mont Agung. En revanche, la population dépend moins des cultures locales pour ses besoins en nourriture. Les routes d’évacuation en cas d’éruption se sont également améliorées énormément, ce qui devrait réduire l’impact immédiat sur la vie et la santé.
Si l’éruption de 2017 continue à suivre l’évolution de celle de 1963, les conséquences pour le tourisme, l’agriculture et la vie en général seront probablement plus grandes que celles des attaques terroristes de 2002 et 2005. La plupart des Balinais affirmeront que c’est la volonté des dieux, mais il y aura aussi différentes interprétations des causes du courroux divin, telles que des violations de la montagne sacrée par les touristes et l’exploitation du sable, avec des réflexions plus larges sur l’évolution de l’économie et ses conséquences sociales et environnementales. Pourtant, le remède sera la même qu’après les attentats de 2002 et 2005: il reposera sur un rituel, plus grand et plus efficace que jamais, qui s’attaquera aux causes surnaturelles tout en attirant les touristes.
Si la grosse éruption prévue actuellement ne se produit pas, les nuages ​​de cendre se disperseront, les avions décolleront à nouveau et tout le monde retrouvera ses habitudes. Tout sera oublié, nuages de cendre et évacuations, jusqu’à la prochaine fois….
Source: Adapté de plusieurs articles parus dans la presse indonésienne.

——————————————–

With the alert level at its highest and a 10km evacuation zone around the crater, 150,000 people are effected by the current eruption of Mt Agung.

As I put it in previous posts, many residents on the slopes of the volcano refuse to leave their farms. They usually say they feel safe, but above all they want to stay close to their lands and cattle, for fear they might be robbed while they are in the camps.

There is another reason why they are staying. While they are well aware of the physical danger, for them, Mt Agung represents spiritual elevation and power. It embodies a god and its rumbles are a sign of the god’s displeasure. While Balinese are nominally Hindu, their most immediate spiritual relationships are with their ancestors and a host of other invisible beings related to the landscape and forces of nature.

The volcano and the god it embodies feature in most stories about the origins of Balinese culture, religion and political order. While not many people remember Mt Agung’s last eruption, there are stories and physical traces in the form of fields fertilised by lava that have maintained some of the most productive rice fields in the world.

Gunung Agung means “great mountain”. It is the tallest of a cluster of volcanoes across the island, part of a much longer chain that extends through Java to the west and Lombok to the east. Thousands of people live on its slopes, tens of thousands around the foot of the volcano and hundreds of thousands within the zone of previous lava flows and ash falls.

The official death toll of the1963 eruption was around 1500, but the reality was more like 2000. Most were killed by pyroclastic flows, which buried whole valleys and villages. Some people fled but others saw the eruption as the work of the gods and stayed and prayed as the lava advanced. Some survived, most did not.

There is a little-known book by Anna Mathew, entitled The Night of Purnama, in which the last eruption is observed and written from a village high on the slopes. It tells of a build-up eerily similar to what is happening now, culminating in a series of massive eruptions with a catastrophic aftermath. The falling ash destroyed crops across the eastern half of the island. Widespread hunger followed. People ate the trunks of banana trees to survive and young men took to the roads in search of work and food.

Indonesia in 1963 was not a happy place. After 16 years of independence, it had serious economic problems and growing political instability. Sukarno, the first president, was threatened by the growing strength of a huge communist party.The previous year, a plague of rats had decimated the rice crop, proving that the gods were offended and more disasters would follow. Religious leaders and scholars debated whether the time had come for the Eka Dasa Rudra, the greatest ritual of purification and re-establishment of order. Sukarno decided to promote tourism, with the religious and artistic culture of Bali as its centrepiece. He invited the Pacific Asia Travel Association to hold their convention in Bali and timed it to coincide with the Eka Dasa Rudra.

The ceremony is held at Besakih, a major temple of the island of Bali, perched high on the southern slope of Mt Agung. During the preparations, the mountain began doing what it is doing now. The previous eruption had been 120 years earlier, so there were no living memories to go by. Balinese leaders interpreted this as a warning from the gods that something was wrong. They called for postponement, but were overruled.

The ceremony began amid smoke and falling ash. As it proceeded, the real eruption began, blasting molten rock high into the air and pouring lava down its sides. Besakih survived, but the ceremonial gateway built to honour Sukarno was the first casualty of the gods’ displeasure. The catastrophic outcome and aftermath were seen as clear evidence of Sukarno’s loss of favour with the gods. He was deposed two years later.

Since 1963, population and density in Indonesia have more than doubled. More people live on the slopes of Mt Agung. On the other hand, most people are less dependent on local subsistence crops. Escape roads have also improved enormously, which should reduce the immediate impact on life and health.

If this eruption continues to follow the pattern of 1963, the consequences for tourism, agriculture and livelihoods in general are likely to be greater than those of the terrorist bombs in 2002 and 2005. Most Balinese will agree that it is the doing of the gods, but there will be different interpretations of their reasons, ranging from violations of the sacred mountain by tourists and sand mining, to broader reflections on the direction of development and its social and environmental consequences. But the solution will be the same as after the bombs:  ritual, bigger and better than ever, which will address the supernatural causes and attract the tourists back at the same time.

If the big eruption doesn’t happen, the ash clouds will drift away, the planes will fly again, everyone will return to business as usual. It will all be forgotten, along with the evacuees, until next time.

Source: Adapted from several articles in the Indonesian press.

 Rizière sur les pentes de l’Agung (Photo : C. Grandpey)

Mt Agung : Vers une répétition de l’éruption de 1963 ? // Toward a repeat of the 1963 eruption ?

Contrairement à ce que l’on peut entendre sur certaines radios françaises, l’éruption du Mont Agung n’est pas imminente; elle est en cours ! Le volcan a commencé à émettre de volumineux panaches de cendre samedi dernier ; ils atteignaient 3000 mètres de hauteur. L’éruption est passée d’une phase phréatique avec de la vapeur d’eau mélangée à de la cendre à une phase magmatique avec des nuages de cendre qui perturbent le trafic aérien.
Côté scientifique, on est passé au stade des pronostics ! Plusieurs volcanologues ont remarqué que le comportement actuel de l’Agung ressemble fortement à celui qui a précédé l’éruption explosive dévastatrice de 1963 qui a fait 1600 morts et éjecté suffisamment de matériaux – environ un milliard de tonnes – pour faire chuter de 0,2-0,3°C la température moyenne de la planète pendant environ un an. Selon certains, la probabilité d’une éruption majeure est élevée, mais elle n’aura lieu que dans quelques jours ou quelques semaines.

Cependant, ces prévisions sont sans réel fondement. Rien ne prouve aujourd’hui que le Mt Agung va connaître une éruption explosive comme en 1963. Nous sommes incapables de prévoir les éruptions, et encore moins sur les volcans de la Ceinture de Feu. Il se peut, effectivement, que le Mt Agung intensifie rapidement son activité et produise une éruption majeure. Il se peut aussi qu’il envoie pendant plusieurs semaines des panaches de cendre semblables à ceux que nous observons ces jours-ci. Ou bien il se peut que l’éruption décline et cesse progressivement. Personne ne sait.

Malgré tout, si le volcan devait entrer en éruption comme en 1963, les zones prioritaires à évacuer totalement se trouvent à 10-12 kilomètres du cratère. Il ne sera pas nécessaire d’évacuer toute l’île de Bali, comme on peut le lire sur certains tabloïds. Si l’Agung devait connaître une éruption explosive, les impacts iraient des nuages ​​de cendre aux coulées de lave et aux lahars potentiellement mortels, en passant par des conséquences désastreuses pour le tourisme, principale source de revenus de l’île. Il y aura aussi des victimes car un certain nombre de paysans refusent de quitter leurs fermes et leur bétail sur les flancs du volcan.

Au moment où j’écris ces lignes, on observe périodiquement des phases d’intensification de l’activité sismique (voir ci-dessous) quand les gaz sous pression se libèrent au sommet du volcan en propulsant les impressionnants nuages de cendre tant redoutés par les autorités de l’aéroport et les compagnies aériennes. L’aéroport de Bali est resté fermé pour la troisième journée d’affilée et ne devait rouvrir que ce jeudi à 7 heures à condition que la cendre ait disparu de l’atmosphère.

Au cours d’une une réunion rassemblant plusieurs ministres indonésiens, les associations hôtelières ont été invitées à offrir un séjour gratuit d’une nuit et jusqu’à 50% de réduction pour la nuit suivante aux touristes bloqués par la fermeture des aéroports à cause de l’éruption du Mont Agung. Le Ministère des Transports a été invité à modifier la réglementation liée au transport aérien; en conséquence, les compagnies aériennes ne factureront pas les frais d’annulation et de report de vol aux passagers.

—————————————

Contrary to what can be heard on some French radios, the eruption of Mt Agung is not imminent; it is underway. The volcano commenced a sustained ash eruption on Saturday, with plumes reaching 3,000 metres high. The eruption has moved from a phreatic stage with water vapour mixed with ash to a magmatic episode with ash clouds that disrupt air traffic.

Scientific side, we have entered the stage of predictions! Several scientists have noticed that Agung’s recent behaviour matches the buildup to the devastating 1963 blast that left 1,600 people dead and ejected enough debris – about a billion metric tonnes – to lower global average temperatures by 0.2 – 0.3°C for about a year. According to some experts, the probability of a large eruption is high, but this may take some days or weeks to unfold.

However, these predictions are just predictions and there is nothing to prove today that Mt Agung will erupt like in 1963. We are still far from being able to forecast how eruptions are going to develop. The volcano could rapidly increase in activity and produce a vast eruption; It could also send for several weeks ash plumes similar to the ones we are observing these days. Or it could die down. Nobody knows. We are unable to predict eruptions, all the less on the volcanoes of the Ring of Fire.

Should the volcano erupt like in 1963, the main areas that will need to be evacuated are 10-12 kilometres from the crater. There won’t be a need for the whole island to be evacuated, as can be read on some tabloids. Were Agung to blow its top, impacts would range from ash clouds to potentially deadly lava or pyroclastic flows and lahars and to loss of tourism, the island’s top source of revenue. There will also be casualties as a number of peasants will refuse to leave their farms and cattle on the slopes of the volcano.

As I am writing these lines, seismic intensification phases are periodically observed (see below) when the pressurized gases are released at the top of the volcano by and propel the impressive ash clouds that are so dreaded by the airport authorities and the airlines. Bali’s airport has remained closed for the third day in a row. It was due to reopen this Thursday morning at 7:00, provided ash had disappeared from the atmosphere.

According to a meeting gathering several Indonesian ministers, hotel associations were advised to provide a free stay for one night and up to 50 percent discount for the next day to tourists stranded by the closure of the airports because of the Mt Agung eruption. The Transportation Ministry was asked to change the airline regulation; hence airlines won’t charge cancellation and rescheduling fees to passengers.

Vue de l’éruption de 1963 (Source: Wikipedia)

Agung : L’éruption de 1963 // Mt Agung : The 1963 eruption

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez un excellent document mis en ligne par la BBC. On y voit des images d’archives de l’éruption de l’Agung en 1963. Le film a été montré à des personnes évacuées en ce moment et qui ont été mises en sécurité dans des centres d’hébergement provisoires. Certaines d’entre elles ont assisté à l’éruption de 1963 et racontent ce qu’elles ont vécu, avec le volumineux panache de cendre et de bombes qui s’est élevé au-dessus du volcan avant de retomber sur les alentours en tuant des centaines de personnes. L’Agung reste en alerte maximale car les volcanologues indonésiens pensent qu’une éruption aura lieu très prochainement.

http://www.bbc.com/news/av/world-asia-41433507/the-last-time-mount-agung-erupted

—————————————–

By clicking on the link below, you will see an excellent document released by the BBC. One can see archival images of the 1963 eruption of MtAgung. The film has been shown to people evacuated at this time and who have been placed in temporary shelters. Some of them witnessed the 1963 eruption and tell what they have experienced, with the voluminous plume of ash and bombs that rose above the volcano before falling back onto the surroundings, killing hundreds of people. Mt Agung remains on high alert as Indonesian volcanologists believe that an eruption will occur very soon.
http://www.bbc.com/news/av/world-asia-41433507/the-last-time-mount-agung-erupted

Crédit photo: Wikipedia

 

 

Les systèmes d’alerte autour du Mont Agung // Mt Agung’s warning systems

Des systèmes d’alerte seront activés si le Mt Agung entre en éruption. Le volcan, qui se dresse à 70 kilomètres de Kuta, connaît une forte hausse de la sismicité depuis le mois d’août et menace d’entrer en éruption pour la première fois depuis 1963. Comme je l’ai mentionné dans un article précédent, les craintes d’une éruption ont déjà un impact sur l’industrie touristique de l’île de Bali.
La semaine dernière, les autorités ont installé des sirènes dans plusieurs localités à proximité du volcan. Le but de ce système d’alerte, qui sera déclenché manuellement lorsque le volcan entrera en éruption, est de donner aux habitants le temps de fuir.
Personne ne sait quand l’éruption aura lieu. Ce pourrait être dans les dix prochaines minutes. Ou au cours de la prochaine heure. Ce pourrait être jamais. Cependant, les dernières observations montrent que la probabilité d’une éruption continue d’augmenter.
Les sirènes utilisées pour protéger les gens présentent un défaut majeur: leur rayon d’action est de seulement 2 kilomètres, ce qui est très insuffisant. Les habitants du secteur reprochent au système d’alerte volcanique d’être trop compliqué et difficile à identifier. La description d’une description de l’Agung par les autorités justifierait un système à plus grande échelle et plus performant. Les coulées pyroclastiques et les lahars sont des phénomènes dévastateurs.
Compte tenu de la possibilité d’une éruption majeure du Mt Agung, les systèmes d’alerte actuels semblent dérisoires. Les séismes volcaniques sont ressentis par la population autour de l’Agung et du Batur, et certaines secousses sont même ressenties jusqu’à Denpasar et Kuta. Les survivants se souviennent de l’éruption de 1963. Un témoin raconte que les gens voyaient un « énorme nuage au-dessus de la montagne. Ce nuage s’est écroulé sur terre en morceaux. C’était comme si un grand nombre de bombes explosaient. » L’éruption a tué 1 100 personnes.
Source: New Zealand Herald.

——————————————–

Warning systems will be activated if Mt Agung erupts. The volcano, 70 kilometres from the resort hub of Kuta, has been shaking since August and threatening to erupt for the first time since 1963. As I put it in a previous post, fears that it will blow are already impacting the island’s tourism industry.

Officials last week installed warning sirens in several townships beneath the volcano. The aim of the special warning system, which will be triggered manually when the volcano erupts, is to give residents enough time to flee.

Nobody knows when the eruption will take place. It could be in the next ten minutes. Or the next hour. It could be not at all. However, the latest evidence collected by Indonesian officials shows the likelihood continues to increase.

The sirens used to protect people have one potentially fatal flaw: their radius is only 2 kilometres, which is too small. Local residents complain that early warning systems for volcanoes are too complicated and not easy to identify. What authorities have predicted justifies the need for a bigger and better system because, despite the unknown nature of the impact of Mt Agung’s eruption, the visuals are quite terrifying. The potential route of pyroclastic flows and lahars would be devastating.

Taking into account the possibility of a major eruption of Mt Agung, the current warning systems nearly look useless. Volcanic earthquakes are being felt by people around Agung and Batur areas, and some of the biggest earthquakes are even felt in Denpasar and Kuta areas. Survivors can remember the 1963 eruption. One witness said that people saw a “huge cloud above the mountain. That cloud fell to the earth in lumps. It sounded like lots of bombs going off.” The eruption killed 1,100 people.

Source: New Zealand Herald.

Source: Wikipedia

L’Agung entrera-t-il en éruption ? // Will Mt Agung erupt ?

« L’Agung entrera-t-il en éruption? » C’est la question que se posent tous les villageois actuellement dans les abris où ils prient pour que le volcan reste calme et ne détruise pas leurs maisons et leurs plantations.
Cependant, selon les volcanologues locaux, une éruption de l’Agung est imminente. Plusieurs facteurs confirment une telle prévision: la sismicité reste élevée et des centaines de secousses sont enregistrées sur le volcan chaque jour. Elles augmentent en nombre et en intensité. La réduction de leur profondeur au cours de la semaine dernière est une indication que le magma se déplace vers la surface. En plus de l’activité sismique, il existe deux autres signes montrant qu’une éruption est imminente: les émissions de gaz au sommet et le gonflement du volcan qui a fait apparaître une nouvelle fracture dans le cratère.
Si le volcan entre en éruption comme en 1963, la lave coulera sur plusieurs kilomètres depuis le cratère, mais le danger provient surtout des coulées pyroclastiques dévastatrices qui peuvent atteindre des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par heure. Si elles se produisent pendant la nuit et que les gens sont au lit, ils n’auront que quelques secondes ou quelques minutes pour fuir, mais on sait d’ores et déjà que la plupart d’entre eux seront pris au piège et perdront la vie dans ces avalanches à très haute température. Les évacuations massives qui viennent d’avoir lieu réduiront considérablement le nombre de victimes si une éruption devait se produire.

Cependant, il se pourrait que le volcan n’entre pas en éruption. La sismicité pourrait diminuer et la situation pourrait redevenir normale, avec retour des habitants dans leurs maisons. Ce ne serait pas une exception, bien qu’une telle évolution soit assez rare sur les volcans de la Ceinture de Feu. C’est pourtant ce qui s’est passé sur le Kelud, sur l’île de Java, en 2007. Les volcanologues avaient prédit une puissante éruption et ont conseillé d’évacuer une partie de la population autour du volcan. Une éruption s’est produite, mais ce fut un événement mineur dans le cratère. Une éruption puissante n’a jamais vraiment eu lieu et a donné raison au gardien du volcan qui avait affirmé que rien ne se passerait et il critiquait les prévisions alarmistes des scientifiques.
Si l’Agung se calme, le risque est qu’il se réveille brusquement après une période de silence et entre en éruption rapidement. Si une telle situation se produisait, les autorités devraient évacuer de nouveau les populations autour du volcan et il faudrait le faire très rapidement. Espérons qu’elles ne seront pas confrontées à une telle situation d’urgence.
Aujourd’hui, 54 ans après la dernière colère du Mt Agung, notre capacité à prévoir les éruptions volcaniques est encore limitée. Certes, nous avons fait des progrès par rapport au début du 20ème siècle, mais il reste encore un long chemin à parcourir. Les autorités locales utilisent le principe de précaution et je pense personnellement qu’elles ont raison d’adopter une telle politique.

————————————–

“Will Mount Agung erupt?” This is the question all the villagers are asking in the shelters, praying that the volcano remains quiet and does not destroy their houses and their plantations.

However, according to local volcanologists, an eruption of Mount Agung is imminent. Several factors lead to such a prediction: Seismicity is high and hundreds of tremors are being recorded at the volcano each day. They are increasing in number, intensity; the reduction in their depth in the last week or so, is an indication that magma is moving up to the surface. As well as seismic activity, there are two other signs that an eruption is imminent: gas emissions from the summit, and bulging on the volcano’s surface with a new crack within the crater.

If the volcano erupts like in 1963, lava will flow several kilometres from the crater, but the most deadly feature of the eruption would be the devastating pyroclastic flows that can travel hundreds of kilometres an hour. If they occur at night and people are in bed, they have literally seconds or minutes to move so that most of them get caught in the hot avalanches and and die. The recent massive evacuations will considerably reduce the number of victims if an eruption happens.

However, the volcano might not erupt at all. Seismicity might decline and the situation might go back to normal. This would be no exception, although such an evolution is rather rare on the volcanoes of the Ring of Fire. This is what happened on Kelud Volcano on the island of Java in 2007. Volcanologists had predicted a powerful eruption and evacuated part of the population around the volcano. An eruption did occur, but it was a minor event within the crater. A powerful eruption never really took place and gave reason to the keeper of the volcano who had said nothing would happen and criticized the scientists’ predictions..

If Mt Agung calms down, the risk is that it might wake up suddenly after a period of quietness and start erupting rapidly. Should such a situation happen, authorities would have to evacuate again the residents around the volcano and they would have to do it very quickly. Let’s hope they will not be confronted with such an emergency situation.

Today, 54 years after Mt Agung’s last wrath, our prediction of volcanic eruptions is still limited. It is better than at the beginning of the 20th century but there is still a long way to go. Local authorities use the principle of precaution and I personally think they are right to do so.

Vue de l’éruption de 1963 (Source: VSI)