Histoire de noms de lieux // About names of places

drapeau-francaisComme je l’ai écrit précédemment, désormais la plus haute montagne des États-Unis ne s’appellera plus Mont Mc Kinley. A la veille de son voyage en Alaska, le président Obama lui a redonné son nom d’origine, Denali, pour faire plaisir aux Alaskiens autochtones qui faisaient campagne depuis longtemps pour renommer la montagne.

NDLR : En acceptant de donner au Mont Mc Kinley son nom d’origine, Obama fait une fleur aux peuplades autochtones dont plusieurs villages côtiers subissent les effets du réchauffement climatique. En amadouant ces peuplades, en les relogeant si nécessaire, il sera bien sûr  plus facile au Président de conduire à sa guise la politique dans l’Océan Arctique, que ce soit au niveau du trafic maritime ou dans le domaine des forages pétroliers.

La décision de donner un nouveau nom à un lieu est généralement prise par le Board on Geographic Names – Conseil américain sur les noms géographiques – qui reçoit des centaines de demandes chaque année pour changer des noms d’entités géographiques dans le pays. Dans chaque cas, le Conseil sollicite les avis des communautés locales, du gouvernement local, de l’Etat et des gestionnaires des terres concernées, telles que les parcs ou les services forestiers. Le Conseil examine aussi les données cadastrales passées et actuelles et vote sur le changement de nom proposé.
Les Alaskiens demandaient au Conseil de renommer le mont McKinley depuis 1975. A cause de la pression politique de l’Ohio, l’Etat où est né le président William McKinley, aucune décision n’avait été prise sur le changement de nom jusqu’à cette semaine. La secrétaire américaine de l’Intérieur a alors exercé son droit d’agir sans l’avis du Conseil. On en devine facilement la raison !

Certains Amérindiens ont demandé que d’autres lieux puissent retrouver officiellement leur nom d’origine. C’est le cas de Devils Tower dans le Wyoming. Le Conseil américain sur les noms géographiques examine en ce moment une proposition du chef spirituel amérindien Arvol Looking Horse de redonner à Devils Tower son nom sioux et cheyenne – Bear Lodge, la Demeure de l’Ours.
Elu au rang de premier Monument National aux Etats Unis en 1906, « Devils Tower » était la traduction erronée de « Bad God’s Tower. » Looking Horse, un Sioux, a affirmé que « Devils Tower » était offensant car cela revient à assimiler les traditions culturelles et religieuses pratiquées sur le site à un «culte du diable » et à considérer les peuples autochtones comme des «diables ».
D’autres noms ont été proposés pour Devils Tower par les autochtones, comme  Bear’s House (par les Crow), Bear’s Tipi (par les Arapaho), et Tree Rock (par les Kiowa).

Les Amérindiens ont également déposé des demandes visant à renommer le Mont Rainier, le point culminant de l’État de Washington. Le nom « Mt. Rainier » a été attribué au volcan par l’explorateur George Vancouver dans les années 1790 pour honorer un membre de la Marine Royale britannique. Parmi les alternatives proposées, on relève Tahoma ou Tacoma, qui signifie « sommet de montagne enneigé », ou Ti’Swaq, qui signifie « nettoyeur des cieux. »
Le Conseil a rejeté à plusieurs reprises de telles propositions car il n’était pas suffisamment prouvé que ces noms alternatifs étaient largement utilisés.

Certains Indiens d’Amérique ne sont pas satisfaits de l’appellation « Mont St. Helens », dans l’ouest du volcan l’État de Washington. Selon l’USGS, le Mont St. Helens était appelé Louwala-Clough, ou Montagne Fumante, par certains Amérindiens locaux. Mais en 1792, c’est encore George Vancouver qui lui a donné son nom actuel, cette fois en référence à l’ambassadeur britannique  en Espagne, Alleyne Fitzherbert, dont le titre était Baron St. Helens.
Le Conseil américain sur les noms géographiques indique qu’il n’a pas reçu suffisamment de soutien local pour prononcer un tel changement.
Source: National Geographic.

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drapeau anglaisAs I put it previously, the highest mountain of the United States will no longer be called Mount Mc Kinley. On the eve of his trip to Alaska, President Obama gave it back its native name, Denali, to please Native Alaskans who had been lobbying to rename the mountain.

Such a naming decision is usually made by the U.S. Board on Geographic Names which receives hundreds of requests each year to change the names of geographical features all over the country. In each case, it solicits input from the local community, local government, the state, and relevant land managers, such as the parks or forestry service. The board reviews past and current maps and votes on the proposed change.

Alaskans had been asking the board to rename Mount McKinley since 1975. In the face of political pressure from Ohio, the birthplace of President William McKinley, no decision had been made on the name change until this week, when the U.S. Secretary of Interior exercised her right to act without the board.

Some Native Americans have asked that the indigenous names of other peaks also be officially restored: One of them is Devil’s Tower. The board is considering a proposal from Native American spiritual leader Arvol Looking Horse to rename Devil’s Tower in Wyoming to the traditional Sioux and Cheyenne name, Bear Lodge.

Designated as the country’s first national monument in 1906, « Devils Tower » was a white man’s mistranslation of the words « Bad God’s Tower, » Looking Horse, a Sioux, said “Devils Tower” was offensive « because it equates cultural and faith traditions practiced at this site to ‘devil worship,’ in essence equating indigenous people to ‘devils.' »

Other Native names for Devil’s Tower include Bear’s House (Crow), Bear’s Tipi (Arapaho), and Tree Rock (Kiowa).

Native Americans have filed several requests over the years to rename Mount Rainier, the highest point in Washington State. The name Mt. Rainier was bestowed by explorer George Vancouver in the 1790s to honor a fellow member of the British Royal Navy (one who fought against the U.S. in the Revolution). Alternative names suggested include Tahoma or Tacoma, which mean “snowy mountain peak,” or Ti’Swaq, which means “sky wiper.”

The Board has repeatedly rejected the proposals because of insufficient evidence that alternative names are widely used.

Some American Indians have complained about the origin of the name Mt. St. Helens, the volcano in western Washington State. According to the United States Geological Survey, Mount St. Helens was called  Louwala-Clough, or Smoking Mountain, by some local Native Americans. But in 1792 it was also named by George Vancouver, this time for the British Ambassador to Spain, Alleyne Fitzherbert, whose title was Baron St. Helens.

The Board says it isn’t aware of much local support for such a change.

Source: National Geographic.

Photos: C. Grandpey

Obama en Alaska

drapeau-francaisLe Président Obama est arrivé à Anchorage pour une visite de trois jours en Alaska destinée à montrer que la fonte du pergélisol et l’érosion des côtes annoncent de grandes catastrophes à venir si le monde ne fait rien pour ralentir le changement climatique.
A seize mois de la fin de son mandat et avant le sommet à Paris en Décembre, Obama voudrait encourager la mise en place d’une nouvelle règlementation plus stricte sur les émissions de carbone par les centrales électriques. « Aucun des pays représentés ici ne réagit vite. Cette année, à Paris, il faut que ce soit l’année où le monde finisse par se mettre d’accord pour protéger notre planète pendant qu’il en est encore temps », a déclaré Obama au cours d’une réunion rassemblant les ministres des affaires étrangères des pays ayant des intérêts dans l’Arctique. Le but principal de son voyage est d’attirer l’attention sur les menaces qui pèsent sur l’Etat d’Alaska, de convaincre les Américains de réduire l’utilisation des combustibles fossiles et de stimuler la production d’énergies renouvelables.
Avant de s’envoler vers l’Alaska dimanche, Obama a annoncé qu’il allait redonner au Mont Mc Kinley, la plus haute montagne d’Amérique du Nord, le nom traditionnel autochtone de Denali. Forcément, cette annonce a fait des mécontents! Elle a provoqué un début de polémique à Washington. Des élus de l’Ohio, d’où était originaire le président McKinley, assassiné en 1901 au début de son deuxième mandat, ont dénoncé « une insulte » pour tous les habitants de leur Etat.
Le Président a passé une partie de son vol de sept heures à converser avec le gouverneur Bill Walker qui a remercié Obama pour sa récente décision de permettre à la compagnie pétrolière Royal Dutch Shell de forer dans la mer des Tchouktches. Les groupes écologistes ont hurlé en apprenant cette décision (voir ma note du 5 août 2015) qui contredit le message d’Obama sur le climat. « Shell Non! » a crié un petit groupe de manifestants devant le bâtiment où se tenait le sommet de l’Arctique, en agitant des crânes imitant le logo de la société.
Mardi et mercredi, Obama prévoit de quitter Anchorage et de se rendre à Seward devant l’Exit Glacier qui est en train de reculer. Il ira aussi visiter le centre de pêche au saumon de Dillingham avant de s’envoler au nord du cercle polaire arctique vers la petite ville de Kotzebue, victime du réchauffement climatique et de l’érosion du rivage.
Source: Alaska Dispatch News.

En Alaska, en plus des écologistes, tout le monde n’attend pas Barack Obama à bras ouverts. Le pétrole y occupe une place centrale, avec le gigantesque oléoduc trans-alaskien qui traverse l’Etat du nord au sud, entre Prudhoe Bay et Valdez. La « transition énergétique » que le président américain appelle de ses voeux inquiète. Nombre d’habitants du 49ème Etat redoutent que le Président, les yeux rivés vers la conférence de Paris, en oublie les difficultés économiques auxquelles ils sont confrontés.

La visite intervient dans un contexte d’autant plus difficile que la chute des prix du brut en a sensiblement amputé les ressources budgétaires de l’Etat. L’Association des producteurs de gaz et de pétrole d’Alaska (AOGA) a rappelé à Obama que ce secteur représentait 110 000 emplois directs et indirects, et l’a appelé à trouver un « équilibre raisonnable » dans ses choix énergétiques.

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drapeau-anglaisPresident Obama has arrived in Anchorage for a three-day visit of Alaska aimed at showing how the state’s melting permafrost and eroding coastlines are a preview of bigger disasters to come unless the world does more to slow climate change.

With 16 months left in office, Obama is trying to build support for tough new rules on carbon emissions from power plants ahead of the summit in Paris in December. « None of the nations represented here are moving fast enough. This year, in Paris, must be the year that the world finally reaches an agreement to protect the one planet we’ve got while we still can, » Obama told a meeting of foreign ministers from countries with Arctic interests. But the main purpose of his trip is to draw attention to the threats facing the state to convince Americans to reduce fossil fuel use and boost renewable energy production.

Before flying to Alaska on Sunday, Obama announced he would rename North America’s tallest mountain as Denali, restoring the traditional Alaska native name to what maps and tourists currently call Mount McKinley.

The President spent part of his seven-hour flight to Alaska talking with Governor Bill Walker, who said he thanked Obama for a recent decision to allow Royal Dutch Shell to drill in the Chukchi Sea. Environmental groups have howled about that move (see my note of August 5th 2015), saying it contradicts Obama’s message on climate. « Shell no! » a small group of protesters shouted outside the Arctic summit, waving skulls made to look like the company’s logo.

On Tuesday and Wednesday, Obama plans to head out of Anchorage to hike the receding Exit Glacier in Seward, visit the salmon fishing center of Dillingham and then fly north of the Arctic Circle to the small town of Kotzebue, one of the victims of climate change with the erosion of its shores.

Source : Alaska Dispatch News.

In Alaska, in addition to the environmentalists, everyone does not welcome Barack Obama with open arms. Oil occupies a central place, with the gigantic trans-Alaskan pipeline that crosses the State from north to south, from Prudhoe Bay to Valdez. The « energy transition » advocated by the US President is a cause of concern in Alaska. People in the 49th State fear that the President, with the paris conference in mind, may forget the economic difficulties they have to face.
The visit comes in a difficult period as the fall in crude oil prices has significantly cut the budgetary resources of the State. The Association of gas and oil producers of Alaska (AOGA) has reminded Obama that this sector accounts for 110,000 direct and indirect jobs, and asked him to find a « reasonable balance » in his energy choices.

Lutte contre le réchauffement climatique et préservation des intérêts économiques de l’Alaska: Un sacré défi pour le Président Obama.

(Photos: C; Grandpey)

Le Mont McKinley est-il un volcan ? Non ! // Could Mt McKinley be a volcano ? No !

drapeau francaisLe Mont McKinley, aussi appelé Denali en langue locale athabascane, dresse ses 6194 mètres au dessus du niveau de la mer. C’est la plus haute montagne d’Amérique du Nord. Il se trouve à environ 100 km au-dessus de la région où la plaque Pacifique s’enfonce sous la plaque nord-américaine, au même titre que les volcans Iliamna, Redoubt et Augustine. Si on trace une ligne à partir des îles Aléoutiennes vers les édifices volcaniques de l’Intérieur de l’Alaska, cette courbe passe au-dessus du sommet du McKinley.
Comme les autres sommets de la Chaîne de l’Alaska (Alaska Range), le Denali ne montre aucun signe d’éruptions passées, mais les sismologues ont récemment enregistré une sismicité profonde qui  leur a semblé digne d’intérêt.

Il y a environ un an, une station sismique installée à l’intérieur du Parc National du Denali a enregistré une séquence sismique avec un maximum de M 1,7, à une trentaine de kilomètres de profondeur. Elle a duré plus longtemps que les secousses habituellement enregistrées dans la région. L’événement ressemblait à ceux observés au niveau des volcans situés juste au-dessus de la zone de subduction.
Le Mont Spurr, de l’autre côté de Cook Inlet par rapport à Anchorage, est entré en éruption en 1992. Il est actif avec des séismes semblables à ceux enregistrés sous le Denali. Le volcan se trouve à l’extrémité sud de ce que les scientifiques appellent le Denali Gap, une partie de la Chaîne de l’Alaska longue de 430 km, qui – en théorie –  pourrait être parsemée  de volcans, mais ne semble pas en héberger.
À l’extrémité nord du Denali Gap, près de la bourgade de Healy (NDLR : avec un excellent Bed & Breakfast !), on peut voir deux étendues d’eau sombre. Les volcanologues expliquent que ce sont des maars qui ont été formés par des explosions il y a environ 3000 ans. Ces maars ont la même signature chimique que les volcans des Aléoutiennes.
La question se pose : Le Denali va-t-il entrer en éruption? La réponse est : Non! Si le Denali était un volcan, on observerait des roches volcaniques ainsi que des sources chaudes à sa surface, ce qui n’est pas le cas. Dans les zones volcaniques, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir une montée de magma pour enregistrer des séismes. Ceux observés sur le Denali il y a un an ont probablement été déclenchés par le mouvement de fluides actifs lors de leur passage à travers des masses de roche. Ils ont vraisemblablement été causés par l’eau en provenance de la plaque Pacifique lors de son enfoncement sous la plaque nord-américaine sur laquelle se trouvent le Denali et la plus grande partie de l’Alaska. Au cours du processus, des fluides en provenance de cette plaque tectonique ont pu migrer à travers l’écorce terrestre.

Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisMount McKinley, also called Denali in local Athabascan dialect, rises 6,194 metres above sea level. It is North America’s highest mountain. It sits about 100 kilometres above where the Pacific Plate slips beneath the North American Plate, as do the Iliamna, Redoubt and Augustine volcanoes. If you draw a line from the Aleutians to volcanic features in Interior Alaska, the curve goes over Denali’s summit.

Like its neighbours in the Alaska Range, the big mountain shows no signs of having erupted, but seismologists recently noticed deep seismicity that was intriguing enough to explore.

About one year ago, a seismic station in Denali National Park recorded an M 1.7 earthquake about 30 km deep that shook longer than most other events. It looked like the ones recorded under volcanoes right above the subduction area.

Mount Spurr, across Cook Inlet from Anchorage, erupted explosively in 1992. It is active with earthquakes like the ones recorded beneath Denali. Mount Spurr is on the southern end of what scientists call the Denali Gap, a 430-km part of the Alaska Range that could be pimpled with volcanoes but does not seem to be.

On the north end of the Denali Gap are two ponds filled with dark water near Healy and an excellent B&B!). Volcanologists recognize these as maars that were created by explosions about 3,000 years ago. These maars have the same chemical signature as the Aleutian volcanoes.

So, is Denali about to erupt? No! If Denali were a volcano, the mountain would show volcanic rocks on the surface as well as hot springs. As for the volcano-like earthquakes recorded one year ago, they don’t require the movement of magma, just active fluids passing through masses of rock. They were probably caused by water coming from the Pacific Plate diving beneath the North American Plate under Denali and most of Alaska. Fluids from the slab can migrate through the Earth’s crust.

Source: Alaska Dispatch News.

Denali-1

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Photos:  C.  Grandpey