Crue glaciaire en Alaska // Glacier lake outburst flood in Alaska

Comme je l’ai expliqué dans des notes précédents, la fonte des glaciers donne naissance à des lacs glaciaires qui sont souvent retenus par des moraines. Ces barrages peuvent être fragiles et s’éventrer sous la pression de l’eau, et déclencher des crues glaciaires catastrophiques.
Une telle crue s’est produite le 5 août 2023 sur le glacier Mendenhall près de Juneau, la capitale de l’Alaska. Elle a causé de graves dégâts et détruit plusieurs structures. Des arbres et des débris jonchent actuellement la rivière Mendenhall qui circule en aval du glacier. Une vidéo tournée par un habitant montre une structure de plusieurs étages en train de s’effondrer dans la rivière.
La crue a été causée par une rupture de la moraine qui retient le Suicide Basin, en bordure du glacier Mendenhall (voir la carte ci-dessous).
Le niveau du lac Mendenhall s’est soudain élevé pour atteindre à 4,50 mètres le 5 août 2023 vers 23 h 15 (heure locale), bien au-dessus du record précédent de 3,60 mètres en juillet 2016. Des inondations importantes ont été signalées dans des zones qui n’avaient pas été impactées auparavant. On observe aussi une érosion importante le long des berges. Cette crue glaciaire a entraîné la fermeture de plusieurs routes dans la région, y compris des ponts. Les services d’urgence de Juneau ont demandé aux habitants de rester à l’écart de la rivière pendant la durée de la crue.
Source : médias d’information américains.

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As I explained in previous posts, the melting of glaciers gives birth to glacial lakes which are often held back by moraines. These dams may be fragile and break open under the pressure of the water, and trigger ‘glacial lake outburst floods’.

A glacier lake outburst flood occurred on August 5th, 2023 at the Mendenhall Glacier near Juneau, Alaska’s capital. It caused serious damage, destroying several structures. Trees and debris are currently littering the Mendenhall River. A video shot by a resident shows a multi-story structure collapsing into the river.

The flooding was caused by an outburst flood on Suicide Basin, a side basin on the Mendenhall Glacier (see map below).

The Mendenhall Lake level crested at 4.50 meters on August 5th, 2023 around 11:15 p.m. local time, well above the previous record of 3.60 meters in July 2016. Significant flooding was reported in areas that previously have not seen flooding, and there has been significant erosion along the riverbanks. The flooding has closed several roads in the region, including bridges. City emergency services have urged residents to stay away from the river during the duration of the flood event.

Source : U.S. News media.

Sources : NWC, NOAA

Lahars destructeurs sur le Semeru (Indonésie) // Destructive lahars on Semeru Volcano (Indonesia)

On sait que les lahars – ou coulées de boue – en milieu volcanique peuvent être au moins aussi dangereux que les coulées pyroclastiques tant redoutées par les populations. Lors de périodes de fortes pluies, comme pendant la mousson, l’eau remobilise les dépôts de cendres laissés par les coulées pyroclastiques et les coulées de boues peuvent être particulièrement destructrices.
C’est ce qui vient de se passer sur le Semeru (Java / Indonésie). Le 7 juillet 2023, après 10 jours de pluies continues, une grande quantité de matériaux volcaniques, de débris et d’eau a dévalé les pentes du volcan, provoquant des débordements destructeurs et des dégâts importants.
Les lahars ont détruit plusieurs ponts, comme le pont suspendu Kali Regoyo Kebondeli Selatan et le pont Regoyo Lumajang.
On peut voir des vidéos impressionnantes sur le site web de The Watchers :

https://watchers.news/2023/07/07/destructive-lahars-descend-down-the-slopes-of-semeru-volcano-indonesia/

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It is well-known that lahars – or mudflows – in a volcanic environment can be at least as dangerous as the pyroclastic flows which are so much feared by the populations. During heavy rain periods like the monsoon, the rain remobilises the ash deposits left by pyroclastic flows and can be quite destructive.

This is what has just happened on Mount Semeru (Java / Indonesia). 10 days of continuous rainfall caused a large amount of volcanic material, debris and water to move down the slopes of the volcano on July 7th, 2023, leading to destructive overflows and severe damage.

The resulting lahars have led to the destruction of several bridges. Two notable casualties include the Kali Regoyo Kebondeli Selatan suspension bridge and the Regoyo Lumajang Bridge.

You will see impressive videos on The Watchers website :

https://watchers.news/2023/07/07/destructive-lahars-descend-down-the-slopes-of-semeru-volcano-indonesia/

Panache de cendre sur le Semeru (Photo: C. Grandpey)

Retour sur le séisme du 16 juin 2023

Dans ma note à propos du séisme du 16 juin 2023, j’indiquais que l’on ne recensait ni victimes ni dégâts en Limousin. En revanche, les dégâts sont significatifs dans la zone proche de l’épicentre du séisme – entre La Rochelle (Charente-Maritime) et Niort (Deux-Sèvres) – dont la magnitude a été arrêtée à M 5,3 par le Réseau national de surveillance sismique (RENASS). L’USGS a localisé l’épicentre à 3 kilomètres au nord de Saint-Georges-du-Bois, au sud de Mauzé-sur-le-Mignon, avec un hypocentre à une profondeur de 4,9 à 5 km.

Le séisme a engendré de nombreux dégâts matériels tels que des chutes de pierres, des fissures et un effondrement partiel de toiture. La quasi-totalité des 500 habitants de la commune de La Laigne (Charente-Maritime) ont été évacués par précaution. La plupart des personnes évacuées ont trouvé refuge chez des proches. Une dizaine de personnes ont passé la nuit dans le gymnase de Courçon, un village voisin. De nombreux maisons et bâtiments de La Laigne menacent de s’effondrer, notamment le clocher de l’église

Les pompiers sont mobilisés et procèdent à des actions de reconnaissance, pour répondre aux appels et vérifier l’état des bâtiments, en particulier ceux fragilisés lors de la première secousse. Une réplique de magnitude M 4,6 a été ressentie vers 4h30 le 17 juin au matin, accompagnées d’autres atteignant M 3,4.

Si les séismes ne sont pas rares en Poitou-Charente, l’intensité de l’événement du 16 juin est assez exceptionnelle. Personnellement, je n’avais encore jamais ressenti de secousse aussi forte en Limousin.

Le Poitou-Charentes subit des secousses sismiques car la région est traversée par de grandes failles profondes. Elle n’est pas située dans une zone de confrontation de plaques tectoniques comme les Alpes, mais dans une zone de cisaillement entre plaques. Les failles mentionnées plus haut sont héritées de la Chaîne hercynienne qui occupait une grande partie de l’Europe il y a environ 300 millions d’années. La DREAL* explique que « les continents américains et européens sont repoussés par l’expansion des océans et des tensions se manifestent sur le littoral atlantique français. En conséquence, les accidents géologiques comme les failles hercyniennes qui s’étirent de la Vendée jusqu’au Massif Central, peuvent jouer brutalement. ».

* DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement.

Source: journal Sud-Ouest

Réchauffement climatique : la fin des hôtels « pieds dans l’eau » ?

En passant à une centaine de kilomètres au nord de l’île, le cyclone tropical Intense Freddy a épargné La Réunion où seules quelques grosses déferlantes ont frappé le littoral du nord. L’île Maurice voisine a été davantage impactée avec une forte houle et des vagues qui ont atterri dans les parasols des hôtels « pieds dans l’eau ». Aujourd’hui, avec le réchauffement climatique et la hausse du niveau des océans – qui n’en est qu’à ses débuts – cette dernière expression pose problème. De nombreuses zones littorales en métropole et à l’outre-mer vont devoir prendre rapidement des mesures si elles ne veulent pas être inondées. Les conséquences du cyclone Freddy à l’île Maurice illustrent la fragilité du littoral et la nécessité de réfléchir à l’avenir de ces établissements « pieds dans l’eau » si on veut préserver l’économie touristique.

La montée des eaux devient un sujet de préoccupation pour l’île Maurice où la côte est moins accidentée qu’à La Réunion. Les plages y sont plus étendues et de nombreuses infrastructures hôtelières ont les pieds dans l’eau. Ces atouts indéniables deviennent aujourd’hui le talon d’Achille de l’île.

L’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice n’a pas encore dressé le bilan des dégâts causés par le cyclone, mais plusieurs établissements ont décrit leur propre situation. En certains endroits, une partie de la plage a été endommagée par les fortes marées. Certes, la partie de plage endommagée sera remise sur pied, mais pour combien de temps ?

L’île Maurice dont l’économie dépend en grande partie du tourisme va devoir s’adapter. Les structures hôtelières seront obligées de renoncer à s’installer avec les pieds dans l’eau. Le réchauffement climatique va générer des cyclones et des dépressions potentiellement plus puissants. Les houles cycloniques passées ont déjà abîmé le littoral. Les futures déferlantes risquent d’emporter carrément les plages.

Des spécialistes des questions environnementales et géologiques de l’île Maurice ont été invités à débattre de cette question. Selon eux, « l’aménagement des zones côtières est à revoir et l’évacuation des zones actuellement habitables sur la côte deviendra un sujet important à l’avenir ».

Source : Réunion la 1ère.

Comme je l’ai écrit précédemment, ce n’est pas à la belle saison quand le soleil brille, que la mer est étale et que les coefficients de marée sont faibles que le problème est apparent. Le danger se fait jour au moment des tempêtes de grandes marées, accompagnées d’une forte houle. Ce ne sont plus seulement les pieds qui sont dans l’eau. Les enrochements disposés ici et là le long des côtes ne pèsent pas lourd face à la force des vagues. Il suffit de regarder où sont arrivés certains blockhaus datant de la Seconde Guerre Mondiale…

Photo: C. Grandpey