Islande : nouvelles de l’éruption // Iceland : news of the eruption

Dans son dernier rapport publié le 2 mai 2024, le Met Office islandais indique que le soulèvement du sol se poursuit dans le secteur de Svartsengi, avec une certaine stabilité ces dernières semaines. Cependant, l’image ci-dessous montre que la déformation a dépassé le niveau du 16 mars, lorsque l’éruption actuelle a commencé.

Source : MetOffice

La pression continue d’augmenter dans la chambre magmatique située sous Svartsengi et il existe donc un risque qu’elle alimente une nouvelle éruption.

L’activité sismique a augmenté le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkur ces derniers jours. Ces événements sont de faible intensité et ils traduisent probablement une libération des contraintes à l’intérieur et autour de la chambre magmatique qui est de plus en plus pressurisée sous Svartsengi.

Le débit de la lave provenant du cratère actif est nettement inférieur à ce qu’il était il y a trois semaines et est relativement faible en ce moment. Cependant, le Met Office explique qu’une possible augmentation du débit ne saurait être exclue.
La lave en provenance du cratère s’est accumulée le long de la digue de terre à l’est de Grindavík ces dernières semaines (voir image ci-dessous).

Carte montrant les variations d’épaisseur de la lave entre le 15, le 25 et le 30 avril. (Source  : MetOffice)

Les scientifiques du Met Office pensent que si l’intensité de l’éruption augmente ou si de nouvelles fissures s’ouvrent au sud du site éruptif actuel, il est probable que la lave avancera vers les remparts de terre à l’est de Grindavík. Le samedi 27 avril, de petites coulées de lave ont déjà franchi les digues à l’est de Grindavík. Si l’intensité de l’éruption augmente à nouveau, de tels phénomènes risquent de devenir plus fréquents.

Le Met Office envisage deux scénarios possibles concernant la poursuite de l’activité éruptive :
– De nouvelles fissures pourraient s’ouvrir dans la zone située entre Stóra-Skógafell et Hagafell. Ou bien, le site actuel de l’éruption pourrait s’agrandir suite à une augmentation soudaine du débit de la lave. Un tel événement peut se produire sans prévenir ou presque.
– Le flux de magma entre la chambre magmatique sous Svartsengi et la bouche éruptive active actuellement peut augmenter régulièrement jusqu’à ce qu’il se produise un équilibre entre l’arrivée de magma dans la chambre et son écoulement vers la surface.
Les signaux précurseurs d’une nouvelle éruption ressembleraient à ceux des événements précédents, avec une activité sismique soudaine et intense à l’intérieur et autour de la chambre magmatique et une déformation du sol dans le secteur de Svartsengi.

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In its latest report released on May 2nd, 2024, the Icelandic Met Office indicates that ground uplift is continuing in the Svartsengi area, with arate that has remained stable in recent weeks. However, the image below shows the deformation has gone beyongd the 16 March threshold when the current eruption started.

Pressure continues to increase within the magma chamber, and there is a risk that the magma chamber beneath Svartsengi will feed a new volcanic eruption.

Seismic activity has increased along the Sundhnúkur crater row in recent days. These earthquakes are small, likely representing a release of stress within and around the increasingly pressurized magma chamber beneath Svartsengi.

Lava flow from the active crater is significantly lower than it was three weeks ago, and the current flow rate is relatively small. However, the Met Office says a possible increase in flow rate must be considered despite the currently minimal lava flow.

Lava from the crater has been accumulating near Grindavík’s eastern defense wall in recent weeks (see image above).

Scientists at the Met Office think that if the intensity of the eruption increases or new fissures open south of the current eruption site, it is expected that the lava flow will advance towards the eastern defenses of Grindavík. On Saturday, April 27th, small lava flows crossed the defenses east of Grindavík. If the power of the eruption increases again, there is a risk that such occurrences will become more frequent.

The Met Office suffests two likely two scenarios regarding the continuation of activity at the Sundhnúkur crater row:

– New volcanic fissures could open in the area between Stóra-Skógafell and Hagafell, and/or the current eruption site could expand due to a sudden increase in lava flow. This could occur with very little or no warning.

– The flow of magma from the magma chamber beneath Svartsengi into the active vent at the Sundhnúkur crater row may increase steadily until there is equilibrium between the inflow of magma into the chamber and the outflow onto the surface.

Precursory signals of a new volcanic eruption would resemble previous events, with sudden and intense seismic activity within and around the magma chamber and land deformation in Svartsengi.

Islande : suite de l’éruption et essaim sismique sur l’Askja // Iceland : the eruption continues ; seismic swarm at Askja

Alors que l’éruption se poursuit de manière assez stable sur la péninsule de Reykjanes, bien qu’en lent et régulier déclin de jour en jour, le Met Office indique que le 25 mars 2024 un essaim sismique comprenant une trentaine d’événements a été enregistré dans la partie nord-ouest de la caldeira de l’Askja.

Sur la Péninsule de Reykjanes, les mesures GPS de ces derniers jours montrent un soulèvement continu du sol dans le secteur de Svartsengi, mais à un rythme plus lent qu’auparavant. Cela laisse supposer que le magma continue de s’accumuler dans le réservoir malgré son évacuation par l’éruption en cours.

Image webcam de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes au cours de l’après-midi du 26 mars 2024

Le séisme le plus significatif sur l’Askja avait une magnitude de M3,5 à une profondeur d’environ 5 km. Dans l’ensemble, l’activité sismique sur l’Askja est restée assez stable d’un mois à l’autre et inchangée jusqu’au 25 mars 2024. Auparavant, des séismes d’une magnitude supérieure à M3 avaient été détectés en janvier 2022 et octobre 2021.
La déformation sur l’Askja s’est poursuivie de manière stable pendant deux ans à partir de la fin de l’été 2021. À l’automne 2023, une accélération de la déformation du sol a été enregistré par les instruments. Les mesures les plus récentes montrent que la déformation du sol a de nouveau augmenté, même si elle reste à un niveau inférieur à celui d’avant l’automne 2023.
Une image satellite acquise le 19 mars 2024 montre une vue classique du lac de l’Askja (Oskjuvatn) pendant l’hiver, avec la majeure partie du lac recouverte de glace à l’exception des deux zones bien connues où se produit une activité géothermique permanente.
Source : Met Office islandais.

Caldeira de l’Askja en été (Photo: C. Grandpey)

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While the eruption is going on in a fairly stable way on the Reykjanes Peninsula, although slowly declining day after day, the Met Office indicates that on March 25th, 2024 a seismic swarm including about 30 events occurred in the NW part of the Askja caldera.

On the Reykjanes Peninsule, GPS measurements in recent days indicate ongoing land rise in Svartsengi, but it exhibits a slower rate than before. This suggests that magma continues to accumulate in the reservoir despite the ongoing eruption.

The largest earthquake recorded in the Askja area had a magnitude M3,5 at a depth of about 5 km. Overall, seismic activity in the Askja had been quite stable between months and unchanged until March 25th. Looking back, earthquakes with magnitude above M3 were detected in January 2022 and October 2021.

Deformation at Askja continued in a stable way during two years starting at the end of summer 2021. In autumn 2023, a change in velocity was recorded bt the instruments. However, the most recent ground deformation measurements suggest that the rate has increased again, even though it remains at lower rates than before autumn 2023.

A satellite image acquired on March 19th, 2024 shows a typical winter view of Askja lake, where most of the lake is covered by ice except for the two well-known areas characterized by persistent geothermal activity.

Source : Icelandic Met Office.

Ces jours-ci, les volcanophiles s’ennuient à Hawaii… // Volcano lovers getting bored in Hawaii these days…

A Hawaii, le Kilauea traverse une période creuse. Aucune coulée de lave à se mettre sous les yeux depuis le 17 septembre 2023 !

Au cours des derniers jours de 2023, les scientifiques de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) ont détecté une hausse de la sismicité au sud du sommet du Kilauea, à des profondeurs de 1,6 à 4 km, avec des magnitudes allant de M 1,0 à M 2,5. Ces événements faisaient suite à une forte augmentation de l’inflation du sol dans le secteur de Sand Hill. Le HVO a écrit sur son site Internet que des essaims sismiques comme celui-ci peuvent précéder les éruptions, mais la sismicité n’a pas montré de migration latérale ou ascendante laissant penser que le magma se déplaçait vers la surface. Il n’y avait aucun signe d’éruption imminente sur le Kilauea. Cependant, le HVO ajoutait qu’il fallait être très prudent dans les prévisions, car la région sommitale du volcan restait instable, avec un niveau d’inflation élevé et une activité sismique continue. Une éruption pouvait donc se produire avec peu ou pas d’avertissement.

Début février 2024, une éruption était attendue aussi bien à Hawaii qu’en Islande et on pouvait se demander où la lave allait percer la surface en premier. L’Islande a gagné la partie avec une éruption qui a débuté le 8 février. Dans le même temps, le HVO signalait que la sismicité avait diminué sur le Kilauea dans la matinée du 1er février 2024, avec 15 à 20 événements par heure. La diminution de l’activité sismique et de la déformation du sol révélaient que l’intrusion magmatique avait ralenti ou s’était arrêtée et que la probabilité d’une éruption avait diminué. Le niveau d’alerte volcanique et la couleur de l’alerte aérienne ont été abaissés. Hawaii avait perdu la partie contre l’Islande !

 
Eruption en Islande le 8 février 2024 (image webcam)

Déformation du sol sur le Kilauea avec déflation soudaine entre le 1er et le 2 février 2024 (Source: HVO)

 

Alors qu’une nouvelle éruption est attendue en Islande dans les derniers jours de février ou les premiers jours de mars 2024, la situation est actuellement calme sur le Kilauea, sur la Grande Ile d’Hawaii. Les dernières mises à jour du HVO indiquent « des niveaux de sismicité faibles à modérés au sommet et le long du système de failles de Koa’e au sud-ouest du sommet, suite à l’intrusion magmatique de la fin janvier. » La déformation du sol reste faible, les inclinomètres montrent une légère tendance déflationniste. Les émissions de SO2 sont également faibles, avec environ 100 tonnes par jour. En conséquence, aucune éruption n’est prévue à court terme à Hawaii.

Aucune lave active dans le cratère de l’Halemz’uma’u

Même si aucune lave active n’est actuellement visible, le Kilauea mérite une visite avec plusieurs sites intéressants (Sulphur Banks, Kilauea Iki, et autres). Le Mauna Loa et le Mauna Kea sont également très intéressants à visiter. Se trouver au sommet du Mauna Kea au milieu des télescopes, avec une vue sur le Mauna Loa et toute l’île d’Hawaii, est une expérience formidable. Et pourquoi ne pas faire un saut à Maui et traverser la caldeira de Haleakala ?

 

Photos: C. Grandpey

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In Hawaii, Kilauea is going through a slow period. There has been no active lava since September 17th, 2023.

In the last days of 2023, scientists at the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) detected elevated unrest and increased seismicity to the south of Kilauea’s summit, at depths of 1.6 – 4 km, with magnitudes ranging from M 1.0 to M 2.5. These events followed a sharp increase in the rate of inflation on the Sand Hill tiltmeter. HVO wrote on its website that earthquake swarms like this can precede eruptions, but there was no lateral or upward migration of earthquakes that would have suggested magma was moving toward the surface, There were no signs of an imminent eruption at Kilauea. Hpwever, HVO added one should be very careful to make predictions as the volcano’s summit region remained unsettled, with a high level of inflation and continued seismic activity. A summit eruption could occur with little or no warning.

In early February 2024, an eruption was expected both in Hawaii and in Iceland and one could wonder where lava would pierce the surface first. Iceland won the game with an eruption that started on February 8th. In the meantime, HVO reported that seismicity had decreased on Kilauea by the morning of 1 February, 2024, with 15-20 earthquakes per hour. The decrease in seismic activity and ground deformation suggested that the intrusion of magma had slowed or stopped and that the likelihood of an eruption had decreased. Both the Volcano Alert Level and the Aviation Color Code were lowered. Hawaii had lost the game against Iceland !

While a new eruption is expected in Iceland in the last days of February or the first days of March, the situation is quiet at the moment on Kilauea on Hawaii Big Island. The latest HVO updates indicate « low to moderate rates of seismicity at the summit and along the Koaʻe fault system southwest of the summit, following an intrusion of magma into the area at the end of January. » Ground deformation remains low with tiltmeters showing a slight deflationary tendency. SO2 emissions are low too, with about 100 tonnes per day. As a consequence no eruption is predicted in the short term in Hawaii.

Even though no active lava is currently to be seen, Kilaue is worth a visit with several interesting sites (Sulphur Banks, Kilauea Iki, and others). Mauna Loa and Mauna Kea are also very interesting to visit. Standing at the summit of Mauna Kea among the telescopes is, with a view of Mauna Loa and the whole island, is a great experience. And why not pop over to Maui and cross the Haleakala caldeira ?

Islande : pourquoi je ne crois pas à une éruption // Iceland : why I don’t believe an eruption will occur

Comme je l’ai indiqué précédemment, je pense – mais je peux me tromper – qu’il n’y aura pas d’éruption sur la péninsule de Reykjanes. Selon moi, on est face à une éruption avortée. Que s’est-il passé ?

L’intrusion magmatique ne fait aucun doute. Tous les instruments ont démontré sa présence. Elle est même considérable, couvrant un distance d’une quinzaine de kilomètres du nord au sud, sur une bonne largeur.

L’intrusion a probablement débuté vers le 24 – 27 octobre 2023 quand les sismographes se sont agités et quand les inclimomètres au sol et les satellites ont détecté un gonflement du sol.

Avec sa source probable dans le secteur de Svarstsengi, le magma en provenance des profondeurs a emprunté les fractures qui déchirent l’Islande du nord-est au sud-ouest. Elles sont le fruit de l’accrétion que connaît l’Islande depuis des lustres. L’une de ces fractures,, légèrement orientée NE – SO, a conduit l’intrusion magmatique vers la bourgade de Grindavik où la pression du magma a fait se soulever et se fracturer le sol, avec la sismicité qui va de pair.

En s’étalent dans les fractures, cette intrusion à grande échelle n’a pas eu une pression suffisante pour que la lave perce la surface. Deux paramètres (sismicité et inflation) semblaient annoncer une éruption, mais les émissions de gaz et leur température étaient absentes. Certes, on a détecté la présence de SO2 en profondeur dans un puits de forage, mais ce n’est pas suffisant pour annoncer un éruption en surface.

Aujourd’hui, si la sismicité persiste, de même que le soulèvement du sol dans le secteur de Svartsengi, ces phénomènes n’ont plus rien à voir avec leur ampleur initiale. De plus, le tremor  montre des valeurs basses.

Source: IMO

On peut raisonnablement penser, comme l’indique le Met Office, qu’il subsiste une alimentation du dike magmatique en profondeur, sous le magma en cours de solidification de l’intrusion, ce qui justifie la sismicité et la déformation enregistrées actuellement. Toutefois, cette arrivée de magma n’a plus la force d’atteindre le surface. D’ailleurs les hypocentres des séismes restent, pour la plupart, à 3 – 5 km de profondeur.

Il faut néanmoins rester vigilant. Comme je l’écrivais le 27 novembre, un nouvel afflux de magma pourrait changer la donne, mais les instruments le signaleront.

En attendant, le Blue Lagoon reste fermé au moins jusqu’au 7 décembre.

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As I put it previously, I think – but I could be wrong – that there will be no eruption on the Reykjanes Peninsula. In my opinion, we are facing an aborted eruption. What happened ?
The magma intrusion is beyond doubt. All instruments demonstrated its presence. It is even considerable, covering a distance of about fifteen kilometers from north to south, over a significant width.
The intrusion probably began around October 24 – 27, 2023, as shown by the seismographs and ground inclimometers, as weel as by satellites which detected an uplift of the ground.
With its likely source in the Svarstsengi area, the magma coming from the depths travelled along the fractures which tear Iceland from the northeast to the southwest. They are the fruit of the accretion that Iceland has been experiencing for ages. One of these fractures, slightly oriented NE – SW, led the magma intrusion towards the town of Grindavik where the pressure of magma caused the ground to rise and fracture, with the seismicity that goes parallel.
While spreading out in the fractures, this large-scale intrusion did not have sufficient pressure for lava to break through the surface. Two parameters seemed to indicate an eruption, but gas emissions and their temperature were absent. Sure, SO2 has been detected at depth in a borehole, but this is not sufficient to herald a surface eruption.
Today, seismicity persists, as well as ground uplift in the Svartsengi area, but these phenomena no longer have anything to do with their initial magnitude. What’s more, the tremor is showing low values.
We can reasonably think, as indicated by the Met Office, that there remains a supply of the magma dike at depth, beneath the now solidified magma of the intrusion, which accounts for the seismicity and deformation currently recorded. However, this influx of magma no longer has the strength to reach the surface. Moreover, the hypocenters of the earthquakes remain, for the most part, at 3 – 5 km depth.
However, one should remain vigilant. As I wrote on November 27th, a new influx of magma could change the situation, but the instruments will react and signal it.

Meantime, the Blue Lagoon will remain closed at least until December 7th.