Impacts du réchauffement climatique à haute altitude dans les Alpes

Ludovic Ravanel, géomorphologue, guide de haute montagne et directeur de recherche au CNRS, a coordonné, avec Florence Magnin et deux autres collègues, le dernier numéro de la Revue de Géographie AlpineJournal of Alpine Research – sur les versants de haute montagne et les impacts de la crise climatique actuelle.

Dans le chapitre intitulé “Coups de chaud sur la haute montagne alpine”, on a la confirmation que les étés accompagnés de records de chaleur (2003, 2015, 2022, 2023) ont donné un coup d’accélérateur à la fonte de la haute montagne alpine. À Chamonix, au pied du mont Blanc, ces quatre années occupent respectivement les troisième, quatrième, première et deuxième positions des saisons les plus chaudes depuis le début des mesures en 1934. Comme je l’ai expliqué dans plusieurs notes sur ce blog, les témoins les plus visibles sont les pertes records au niveau des glaciers : plus de 16 m perdus par la Mer de Glace sous le site touristique du Montenvers ; plus de 10 % du volume des glaciers suisses perdus en deux ans. Ces pertes glaciaires se sont accompagnées d’une plus grande fréquence des écroulements rocheux sur le massif du Mont-Blanc, sans équivalent ces dernières décennies (près de 300 en 2022, selon Ludovic Ravanel). Dans les Alpes italiennes, le nombre de déstabilisations de versants rocheux en haute montagne a doublé en 2022 par rapport à la période 2000-2021. Plus inquiétant encore, les bouleversements sont visibles aux plus hautes altitudes, y compris au-dessus de 4000 m, un domaine jusque-là relativement épargné. Signe de l’impact du réchauffement climatique à très haute altitude, celle du Mont Blanc a été mesurée en septembre 2023 à 4805,59 m ; elle n’a jamais été aussi basse depuis le lever topographique du capitaine Jean-Joseph Mieulet en 1863. Les températures ont atteint des records à ces altitudes. Ainsi, le 18 juin 2022 une température de 10,4 °C a été enregistrée au col Major à côté du sommet du mont Blanc,. De la même façon, pendant quatre jours consécutifs l’isotherme 0 °C s’est situé au-dessus de 5000 m début septembre 2023. Dans la conclusion de ce chapitre, on peut lire que « l’accélération rapide du réchauffement climatique en cours dans les massifs alpins fait du devenir des glaciers et des secteurs à permafrost des préoccupations de plus en plus centrales pour des raisons environnementales, patrimoniales, économiques et sécuritaires. Ces éléments de la cryosphère pourraient quasiment disparaître du massif alpin d’ici la fin du siècle, avec des conséquences majeures en termes de ressources et de risques. »

 

Photo: C. Grandpey

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S’agissant du permafrost dans les Alpes, on apprend que son épaisseur dépasse largement la profondeur des forages instrumentés (100 m), profondeur à laquelle les effets du réchauffement climatique des dernières décennies est déjà perceptible. On apprend aussi que la température à 15-20 m se réchauffe au même rythme que celle de l’atmosphère (0,8 °C en 35 ans) et que ce réchauffement se propagera en profondeur au cours des prochains siècles, quelle que soit l’évolution climatique future, avec d’importantes implications sur la stabilité des versants concernés. Cela conforte mon inquiétude à propos du téléphérique de l’Aiguille du Midi. Quand je l’ai emprunté en 2017, je me suis demandé jusqu’à quand les soubassements rocheux des pylônes pourraient résister à la hausse des températures. Un réchauffement moyen de 0,2 à 0,4 °C par décennie est mesuré en profondeur ainsi qu’un approfondissement de la couche active de 2 m par décennie.

Le dégel du permafrost dans le massif du Mont-Blanc aura des conséquences inéluctables, que ce soit dans la planification territoriale, les besoins géotechniques ou la réduction des risques par les pratiquants de la haute montagne. Parmi les questions ouvertes demeure la quantification des infiltrations d’eau et de ses effets dans les parois rocheuses affectées par le permafrost ainsi que la quantification de la teneur en glace de ces terrains.

 

Aiguille du Midi (Photo: C. Grandpey)

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Les risques induits par l’évolution actuelle de la cryosphère ont fait l’objet de deux études La première s’intéresse aux écroulements rocheux et de séracs de grande ampleur dont l’occurrence est attestée durant la saison hivernale. La deuxième aborde les risques encourus par les grimpeurs empruntant les deux principales voies d’accès au sommet du mont Blanc.

Les écroulements rocheux et de glace affectant la haute montagne sont bien plus rares en hiver que durant les autres saisons. La fréquence maximale intervient en été. En revanche, les événements hivernaux sont comparativement d’ampleur plus importante que ceux du reste de l’année, en raison de l’incorporation de neige, mais aussi parce que c’est à la fin de l’automne que l’onde de chaleur estivale atteint sa profondeur maximale, pouvant ainsi déstabiliser de grands volumes rocheux. Les événements hivernaux ont donc une probabilité supérieure d’atteindre des infrastructures. Toutefois, seule la période récente (depuis 1997) a vu des événements d’ampleur se produire à haute altitude dans des zones affectées par le permafrost.

Les alpinistes sont les principaux pratiquants de la haute montagne et sont les premiers concernés par l’évolution des conditions nivologiques et géomorphologiques des itinéraires empruntés.

Comme toit de l’Europe occidentale, le mont Blanc a un statut iconique et est tenté chaque année par plus de 20 000 personnes. Le risque encouru par les alpinistes sur les deux voies principales d’accès à ce sommet, dont la voie normale du Goûter, notoirement accidentogène, a été évalué pour la première fois dans une étude réalisée par Ludovic Ravanel. Les deux voies ne sont pas exposées aux mêmes types de dangers objectifs : chutes de pierres pour le Goûter et chutes de séracs pour les Trois Monts. La méthodologie novatrice utilisée repose sur le croisement des données issues de capteurs pyroélectriques pour quantifier les passages et de capteurs sismiques pour l’enregistrement des chutes de pierres dans le couloir du Goûter, tandis que la photographie automatique a été utilisée pour les Trois Monts. Les résultats montrent un risque individuel de décès deux fois inférieur pour la voie des Trois Monts que pour le Goûter, risque considéré dans les deux cas comme « tolérable » au regard des seuils d’acceptabilité sociale du risque en France.

Alpinistes au sommet du Mont Blanc (Photo: C. Grandpey)

Nous allons droit dans le mur !

Suite aux trois notes que j’ai diffusées le 8 novembre 2023, un fidèle lecteur de mon blog m’a adressé un commentaire qui me semble très intéressant et qui rejoint en grande partie les craintes que j’exprime depuis plusieurs années. Vous trouverez l’intégralité du texte sous l’onglet « Commentaires « dans la colonne de gauche du blog.

D’emblée, cette personne me dit qu’elle est encore plus pessimiste que moi ! Et d’ajouter : « Je souhaiterais que l’on présente certains points du problème différemment : la planète « Terre » N’EST PAS en danger, elle continuera à tourner : c’est la survie de nos petits enfants, celle de l’espèce humaine qui est en cause ! Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver, mais c’est « nous » qui sommes en danger, c’est « nous » qu’il faut sauver !

– Le comportement de l’espèce humaine est-il suicidaire ?
Hélas oui ! Au rythme actuel de dégradation, la Terre sera inhabitable non pas dans quelques siècles mais dans quelques décennies ! …inhabitable surtout à cause de la montée des températures ! Plus tard, ce sera à cause de la disparition de nombreux territoires sous la montée des eaux.

– Une solution à la mode « Elysium » ?
Juste pour une poignée de politiciens et de richissimes terriens ! …rien à voir avec la survie de l’espèce humaine…

– Une « planète B » pour la survie de l’espèce humaine ?
Même pas dans les rêves les plus fous : pas de planète habitable à portée de vaisseau spatial, le temps manquera pour modifier ce qu’on a « sous la main », et quant à y transporter des milliards d’individus…

Ce dont il faut bien prendre conscience, c’est qu’actuellement, même si l’humanité entière CESSAIT brusquement et TOTALEMENT ses émissions de gaz à effet de serre, non seulement la TEMPÉRATURE de la Terre ne baisserait pas, mais CONTINUERAIT DE S’ÉLEVER pendant plusieurs décennies ! Car pour caricaturer, ce ne sont pas les gaz à effet de serre que nous émettons aujourd’hui qui font monter la température, mais ceux qui sont DÉJÀ dans l’atmosphère : ceux que nous émettons ne font qu’aggraver la situation ! Il faudrait donc faire baisser, très significativement et le plus vite possible, la quantité de CO2 dans l’atmosphère, ce qui paraît actuellement utopique !!!

La teneur atmosphérique en CO2 joue en effet le rôle d’un immense thermostat ; actuellement, il est « réglé » sur une valeur « consigne » que je n’ose même pas imaginer : si rien ne change il faudrait bien une dizaine de degrés supplémentaires pour que l’énergie évacuée par rayonnement égale celle que la Terre accumule ; donc, tant qu’on ne baissera pas l’aiguille du thermostat (c’est-à-dire la teneur en CO2), la température continuera à monter vers la nouvelle valeur de « consigne » !! La nature est certes capable d’absorber du CO2, mais à un rythme très modeste, qui de surcroît diminue quand la température est plus élevée !! Le retour vers les anciennes températures n’est donc pas pour demain, quoi qu’il arrive !

Et il y a une véritable urgence, car l’aggravation est de plus en plus rapide. En effet, une différence inquiétante par rapport aux thermostats classiques (sauf les plus récents) équipant nos logements est la suivante : alors que la puissance de chauffe dans un logement reste constante quand le thermostat est réglé sur une consigne de chauffe quelconque (chauffage à pleine puissance de l’installation, jusqu’à ce que la température de consigne soit atteinte, puis arrêt total), dans notre atmosphère au contraire, plus il y a de CO2, plus l’effet de serre est intense, et donc tout se passe comme si, quand l’aiguille du thermostat est réglée plus haut, la puissance de chauffe est plus importante ! (rappelons-nous : dans les années 1970 le réchauffement était LENT, à peine perceptible …et contesté, alors qu’actuellement, il est de plus en plus RAPIDE !!!)

Ce qui aggrave la situation, également, ce sont les phénomènes liés à des boucles de rétroaction, comme par exemple :

– albédo : quand la glace des pôles fond, l’eau qui en résulte absorbe plus facilement la chaleur et contribue à la fonte de la glace…
– ou encore, les glaciers, clairs, absorbent beaucoup moins de chaleur que la roche nue, plus sombre, quand ils ont fondu…
– dissolution du CO2 : quand l’eau des océans s’échauffe, elle absorbe de moins en moins de CO2, ce qui accentue le réchauffement…

En fait, la Nature n’a même pas besoin de prédateurs pour rétablir ses équilibres : sa patience est l’une de ses meilleures armes ; il lui suffit d’attendre, et pour ce qui « nous » concerne, elle n’aura même pas à attendre longtemps, puisque « nous » faisons tout ce qu’il faut pour abréger notre séjour !

Je suis très pessimiste, et le comportement de nos dirigeants n’incite guère à l’optimisme ! »

Le glacier du Rhône à l’agonie (Photo: C. Grandpey)

La fonte de l’Antarctique impacte l’ensemble de la planète // Antarctica’s melting is impacting the whole planet

  On peut lire ces jours-ci dans la presse, scientifique et populaire, de nombreux articles sur la fonte incroyable de l’Antarctique. Le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) a récemment annoncé.que la glace de mer antarctique avait atteint un niveau hivernal encore jamais observé. Selon le Centre, le record a été « pulvérisé », avec une quantité de glace « bien en-deçà de ce qui a été observé au cours des 45 années de mesures satellitaires qui ont débuté en 1979 ». La quantité de glace de mer « manquant à l’appel » est d’environ un million de kilomètres carrés par rapport au précédent record de 2022 ; c’est plus que la taille de l’Égypte.
Le chef du service climatique auprès de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a déclaré : « Ce qui se passe en Antarctique et dans l’Arctique affecte le globe tout entier. »
Il est important de rappeler que la glace de mer est de l’eau de mer gelée qui fond chaque été, puis recongèle chaque hiver. La glace de mer antarctique est généralement à son minimum fin février ou début mars, vers la fin de l’été dans l’hémisphère sud. Elle atteint son maximum en septembre, à la fin de l’hiver. Le comportement de la glace de mer arctique est à l’opposé, avec le maximum en février/mars et le minimum en septembre.
Dans l’Arctique, la glace de mer joue un rôle essentiel dans la vie et les coutumes des peuples autochtones qui l’utilisent pour chasser et se déplacer. La glace de mer arctique affecte également la faune comme les ours polaires, les phoques et les morses.
En Antarctique, ce sont les manchots qui dépendent de la glace de mer. J’ai expliqué dans une note précédente qu’en raison de la fonte spectaculaire de la banquise, plusieurs colonies de manchots empereurs seront menacées de « quasi-extinction » dans les décennies à venir.
En outre, la glace de mer protège les zones côtières de l’érosion en atténuant les assauts des vagues. Dans les zones où il y a moins de glace de mer, les tempêtes sur l’océan Arctique peuvent générer des vagues beaucoup plus grosses qui endommagent les rivages et les zones habitées. C’est ce qui se passe en particulier le long des côtes de l’Alaska.
Contrairement à ce que pensent certains, ce qui se passe en Antarctique ne se limite pas à l’Antarctique. La glace de mer contribue également à la régulation de la température de la planète en influençant la circulation de l’atmosphère et des océans. Les scientifiques insistent sur le fait que le déficit de glace de mer en Antarctique en 2023 aura un effet direct sur le climat et les écosystèmes, à la fois proches et lointains, y compris dans les basses latitudes où vit la majorité de la population humaine et ses intérêts économiques.
L’immense calotte glaciaire antarctique et la banquise qui entoure le continent sont essentielles à la régulation du climat, car elles réfléchissent la lumière du soleil vers l’atmosphère et l’espace. En revanche, la surface sombre de l’océan absorbe la majeure partie de cette énergie. Ainsi, le manque de glace de mer favorise la hausse des températures, accélérant ce que les scientifiques appellent une boucle de rétroaction, autrement dit un cercle vicieux.
La NOAA a déclaré que les variations dans la quantité de glace de mer peuvent perturber la circulation océanique, avec à la clé des changements dans le climat de la planète. « Même une légère augmentation de la température peut conduire à un réchauffement plus important au fil du temps, faisant des régions polaires les zones les plus sensibles au changement climatique sur Terre. » .
Il est encore trop tôt pour énumérer tous les facteurs responsables de la fonte de l’Antarctique, mais l’arrivée d’eaux océaniques plus chaudes est un facteur déterminant du ralentissement de la glace de mer pendant l’hiver antarctique. La chaleur observée dans l’Océan Austral fait partie du réchauffement global des océans, mais on ne sait pas très bien dans quelle mesure la chaleur océanique (et son impact sur l’Antarctique) est due aux eaux extrêmement chaudes d’autres parties du globe.
Le NSIDC affirme que « la glace de mer antarctique est très probablement entrée dans un nouveau régime provoqué par une influence beaucoup plus forte des eaux océaniques chaudes, ce qui limite la croissance de la glace ». On craint que ce soit le début d’une tendance à long terme au déclin de la glace de mer antarctique, étant donné que les océans se réchauffent à l’échelle mondiale ; le mélange des eaux chaudes dans la couche polaire de l’Océan Austral va probablement se poursuivre.
Sources, Yahoo Actualités, USA Today.

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One can read these days in the press, scientific or popular, a lot of articles about Antarctica which is melting at an incredible speed. The National Snow and Ice Data Center (NSIDC) recently announced that Antarctic sea ice reached an all-time record wintertime low. According to the Center, the record was broken « by a wide margin, » adding that the amount of ice was « far outside anything observed in the 45-year modern satellite record that began in 1979. » The amount of « missing » sea ice was some one million square kilometers below the previous record low in 2022 ; this ismore than the size of Egypt.

The chief of climate monitoring at the World Meteorological Organization declared : « What happens in Antarctica and the Arctic affects the entire globe.”

It is ismportant to remind that sea ice is frozen ocean water that melts each summer, then refreezes each winter. Antarctic sea ice is typically at its smallest in late February or early March, toward the end of summer in the Southern Hemisphere. It’s at its largest in September as winter comes to an end. The Arctic’s sea ice schedule is the opposite: largest in February/March, and smallest in September.

In the Arctic, sea ice fills a central role in the lives and customs of native people, as indigenous people use it for hunting and traveling. Sea ice in the Arctic also affects wildlife such as polar bears, seals and walruses.

In Antarctica, it’s the penguins that rely on sea ice. I explained in a previous post that, due to the dramatic loss of sea ice there, several colonies of emperor penguins face « quasi-extinction » in the decades to come.

In addition, sea ice also protects coastal areas from erosion by damping ocean waves. In areas with less sea ice, storms on the Arctic Ocean can generate much larger waves, damaging shorelines and Arctic communities. This is what happens along the Alaskan coastline.

Contrary to what some people think, what happens in Antarctica does not stay in Antarctica. Sea ice also helps regulate the planet’s temperature by influencing the circulation of the planet’s atmosphere and oceans. Scientists insist that the 2023 Antarctic sea-ice deficit has direct impacts on the climate and ecosystems, both nearby as well as far field, including at lower latitudes, which are home to the majority of human population and their economic interests.

Antarctica’s huge glacial ice expanse and the surrounding sea ice cover are critical to regulating the climate, because it reflects the sun’s energy back to the atmosphere and space. In contrast, the dark ocean surface absorbs most of the sun’s incoming energy. So, less sea ice contributes to increasing temperatures, thus accelerating whqt scientists call a feedback loop, in other words a vicious cycle.

NOAA said that changes in the amount of sea ice can disrupt normal ocean circulation, thereby leading to changes in global climate. « Even a small increase in temperature can lead to greater warming over time, making the polar regions the most sensitive areas to climate change on Earth. » .

It is still too early to cite all of the factors that might be involved in the melting of Antarctica, but warmer ocean waters reaching the Antarctic are a key factor in slowing the ice growth through the Antarctic winter. The Antarctic ocean warmth is a part of the overall globally warm oceans, but it is not clear how much of the ocean heat that impacted the Antarctic is due to the extreme warm waters in other parts of the globe.

Overall, the NSIDC says « there is growing evidence that the Antarctic sea ice system has entered a new regime, featuring a much stronger influence of warm ocean waters, limiting ice growth. » There is concern that this may be the beginning of a long-term trend of decline for Antarctic sea ice, since oceans are warming globally, and warm water mixing in the Southern Ocean polar layer could continue.

Sources, Yahoo News, USA Today.

 

Etendue de la glace de mer antarctique le 10 septembre 2023 (Source : NSIDC)

Les effets du réchauffement climatique sur l’alimentation en eau potable dans les zones côtières // The effects of global warming on the drinking water supply in coastal areas

Aujourd’hui en France, malgré la très forte hausse des températures, les gens ne semblent pas trop s’inquiéter des conséquences du réchauffement climatique. Comme je l’ai dit plusieurs fois, tant que l’eau coule du robinet, tout va bien.
À la Nouvelle-Orléans, l’eau qui coule du robinet pourrait bientôt avoir un goût étrange et être impropre à la consommation.
Pour la deuxième année consécutive, le niveau du Mississippi est extrêmement bas. Cela est dû à la sécheresse en cours. Le niveau actuel du fleuve est comparable à celui d’octobre 2022 lorsque des barges se sont retrouvées coincées sur des bancs de sable et avec des conséquences sur les exportations agricoles américaines.
De tels événements se répètent : l’été 2023 a été marqué par 40 jours d’arrêt de la circulation fluviale, ce qui signifie que les bateaux qui naviguent le long du Mississippi et transportent environ 60 % des exportations céréalières du pays ont été confrontés à des retards importants.
La baisse du niveau de l’eau, ainsi que le débit le plus bas depuis 1988, menacent l’alimentation en eau potable des populations du sud de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans et dans ses environs. En effet, le faible débit du Mississippi peut entraîner des remontées d’eau salée du golfe du Mexique dans celle du fleuve, avec la pollution de la source d’eau potable de milliers de personnes.
Le débit du Mississippi pourrait atteindre 3 700 mètres cubes par seconde cette année, selon le Corps des ingénieurs de l’armée américaine (USACE). Normalement, ce chiffre devrait être de 8 500 mètres cubes par seconde pour empêcher l’eau de l’océan de remonter le cours du fleuve.
Les autorités ont construit deux digues en béton au cours des deux dernières années pour aider le niveau de l’eau à s’élever. L’USACE a construit la deuxième en juillet 2023 quand on s’est rendu compte que l’eau salée remontait le cours du fleuve. Les digues devraient laisser 10 à 15 jours aux localités en amont pour prendre les mesures de précaution nécessaires. Le gouverneur de la Louisiane a sollicité une aide d’urgence fédérale auprès du président Biden. Il a souligné que 20 % de l’État pourrait être touché par l’intrusion d’eau salée et les scientifiques pensent que la crise pourrait durer jusqu’en janvier 2024. Un district de Louisiane a déjà acheté 200 000 bouteilles d’eau par anticipation.
Plus en amont, dans l’Etat du Missouri, l’USACE travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec deux dragues pour déplacer les sédiments du fleuve dans le but d’élever le niveau de l’eau.
En fin de compte, ce qu’il faudrait avant tout, c’est qu’il pleuve beaucoup pour que le Mississippi atteigne à nouveau son niveau et son débit moyens. Les autorités croisent les doigts et espèrent que les prochains mois mettront fin à la sécheresse actuelle.
Adapté d’un article de Business Insider publié dans Yahoo News.

Barges sur me Mississippi au nord de la Nouvelle-Orléans (Photo: C. Grandpey)

Je ne voudrais pas affoler mes chers compatriotes, mais la remontée et l’infiltration de l’eau de mer sont déjà observées dans une région comme la Camargue où la Méditerranée a gagné près de 200 mètres sur les terres par endroit, en sachant que 70 % du territoire se situe déjà à moins d’une mètre d’altitude. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, des digues construites en bords de plages dans les années 1980 sont aujourd’hui submergées à 100 ou 150 mètres au large.

Avec la fonte rapide des glaciers alpins, le débit du Rhône et d’affluents comme la Durance est amené à baisser dans les prochaines années, ce qui favorisera la remontée de l’eau de mer vers l’intérieur des terres. Comme à la Nouvelle-Orléans, le problème de l’alimentation en eau potable de certaines localités risque de se poser dans les prochaines décennies.

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Today in France, despite the current heat wave and never-seen-before high temperatures, peole don’t seem to worry much about the consequences of global warming. As I put it several times, as long as water is flowing from the tap, everything goes well.

In New Orleans,the water flowing from the tap might soon have a strange taste and be improper to drinking.

For the second year in a row, the Mississippi River water level is at an extreme low. This is due to an ongoing drought event. The river’s current levels are comparable to those of October 2022 when barges got stuck on sandbars and US agricultural exports suffered.

Such events are repeating themselves: The summer 2023 brought 40 days of river closures, meaning the boats that travel along the Mississippi river carrying roughly 60% of the country’s grain exports faced significant delays.

The receding water level, together with the lowest flow rate since 1988, is threatening the drinking water for southern Louisiana residents in and around New Orleans. Indeed, the low flow rate could allow saltwater from the Gulf of Mexico to push into the river and pollute the source of drinking water for thousands.

Mississippi River water flows may reach as low as 3,700 cubic meters per second this year, according to the US Army Corps of Engineers (USACE). That number should be at 8,500 cubic meters per second to keep ocean water out.

Officials built two sills (underwater concrete barriers) in the last two years to help raise the water levels. The USACE built the second sill in July 2023 after it became apparent saltwater was moving upriver. The sills are expected to provide an additional 10 to 15 days for communities upriver to continue their preparation efforts. The Louisiana Governor has requested a federal emergency declaration from President Biden, writing that 20% of the state could be impacted by the saltwater intrusion and experts predict the crisis could last until January 2024. A district has already purchased 200,000 bottles of water in anticipation.

Further upriver in Missouri, the USACE is working 24/7 with two dredgers to move sediment from the river bank and into the channel with the goal of raising water levels.

Ultimately, a lot of rain is what the Mississippi River will need to reach its average water level and flow rate again. Officials are crossing their fingers, hoping the next months will put an end to the current drought..

Adapted from an article of Business Insider published in Yahoo News.

I wouldn’t like to panic my fellow citizens, but the infiltration of sea water is already observed in a region like the Camargue where the Mediterranean has gained nearly 200 meters on land in places, with 70% of the territory located at less than a meter above sea level. In Saintes-Maries-de-la-Mer, dikes built along the beaches in the 1980s are now submerged 100 or 150 meters offshore.

With the rapid melting of Alpine glaciers, the flow of the Rhône and tributaries such as the Durance is expected to decrease in the coming years, which will favour the rise of sea water towards the interior. As in New Orleans, the supply of drinking water to certain localities is likely to become a problem in the coming decades.