El Niño, un phénomène encore mal compris // El Niño, a poorly understood phenomenon

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », je fais référence à El Niño qui influe considérablement sur le climat de notre planète. Il s’agit d’un phénomène climatique étonnamment complexe dans l’Océan Pacifique, qui se traduit pas une hausse de la température à la surface de l’eau, sur une dizaine de mètres de profondeur, dans l’est de l’océan Pacifique, autour de l’équateur. Inversement, quand El Niño disparaît il est remplacé par La Niña qui produit un effet de refroidissement inverse. En 2017 et une grande partie de l’année 2018, on a observé une faiblesse d’El Niño ; malgré cela, les températures globales ont continué à augmenter sur Terre.

Le site web Radio-Canada nous apprend que des chercheurs australiens ont montré, grâce à l’étude de coraux vieux de quatre siècles, que certaines variantes du phénomène El Niño ont augmenté en nombre au cours des dernières années, tandis que d’autres ont augmenté en intensité.

Les coraux enregistrent une partie de leur vécu au cœur de leur structure, un peu comme le font les cernes sur un tronc d’arbre. En révélant ce vécu à l’aide d’une intelligence artificielle, les chercheurs australiens ont pu retracer le comportement d’El Niño au cours des 400 dernières années.

Le phénomène El Niño survient tous les deux à sept ans et il se caractérise par une hausse des températures de l’Océan Pacifique ainsi que des changements dans les courants marins et aériens de cette région. Ces changements dans la chaleur et l’humidité augmentent le rythme des événements extrêmes dans le monde. Certaines régions sont frappées par de grands ouragans ou des inondations, tandis que d’autres subissent davantage de sécheresses et des feux de forêt. Lorsque El Niño sévit, la fonte des glaciers se trouve accélérée.

La force et le rythme de ces événements ne sont toutefois pas constants. Certains épisodes, comme celui de 1997-1998, ont causé des dégâts importants à l’échelle du globe, tandis que d’autres n’ont eu qu’une faible influence sur les événements météorologiques extrêmes.

De plus, les chercheurs reconnaissent maintenant qu’il existerait deux variantes du phénomène, une qui débute au centre du Pacifique, et une autre qui débute dans l’est de cet océan, chacune touchant plusieurs régions de façon différente.

Jusqu’à maintenant, nos connaissances de l’histoire d’El Niño restaient limitées, et les chercheurs ne pouvaient qu’utiliser les données des événements qui ont été mesurés directement au cours du dernier siècle.

L’étude des coraux va changer la donne. Ces derniers possèdent un squelette de carbonate de calcium qu’ils assemblent à l’aide de minéraux dissous dans l’océan. Leur composition permet d’en apprendre plus sur la salinité et la température de l’eau où ils ont grandi. Ces informations pourraient permettre d’identifier les changements océaniques occasionnés par El Niño.

Les modifications subies par les coraux sont infiniment plus complexes que celles que l’on trouve dans les cernes des arbres. Beaucoup de scientifiques pensaient que les coraux ne pourraient guère venir en aide pour comprendre le comportement d’El Niño. Pour arriver à leurs fins, les chercheurs de l’Université de Melbourne se sont tournés vers l’intelligence artificielle. À l’aide d’échantillons de coraux provenant de 27 sites distincts à travers l’Océan Pacifique, les scientifiques ont entraîné leur algorithme à reconnaître les modifications des coraux et à les associer aux événements El Niño dont on connaissait les dates au cours du siècle dernier.

Une fois que leur système a été capable de faire cette association sans erreur, ils lui ont soumis des données de coraux plus anciens, échelonnées sur les quatre derniers siècles. Les chercheurs ont alors remarqué que le nombre d’occurrences d’El Niño originaires du centre du Pacifique a plus que doublé durant la deuxième moitié du 20ème siècle comparativement aux siècles précédents, avec 9 épisodes au lieu de 3,5 par période de 30 ans durant la même période.

En ce qui concerne les occurrences d’El Niño originaires de l’est du Pacifique, leur nombre semble plutôt avoir décliné durant les dernières décennies. Par contre, leur intensité semble suivre la tendance inverse, et les trois derniers phénomènes de ce type à avoir été enregistrés, ceux de 1982, 1997 et 2015, sont parmi les plus puissants El Niño des 400 dernières années.

Selon les chercheurs, cette méthode permet non seulement de mieux comprendre l’histoire du phénomène El Niño, mais aussi de mieux prévoir comment il pourrait se comporter au cours des prochaines années.

Source : Radio-Canada.

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During my conference « Glaciers at Risk », I refer to El Niño, which has a major impact on the climate of our planet. It is a surprisingly complex climatic phenomenon in the Pacific Ocean, which results in a rise in the temperature of the surface of the water, about ten metres deep, in the eastern part of the Pacific Ocean, around the equator. Conversely, when El Niño disappears, it is replaced by La Niña, which produces a reverse cooling effect. In 2017 and much of 2018 El Niño has been weak; despite this, global temperatures continued to increase on Earth.
The Radio-Canada website informs us that Australian researchers have shown, through the study of four-century-old corals, that some variants of the El Niño phenomenon have increased in numbers in recent years, while others have increased in intensity.
Corals record some of their life in the heart of their structure, much like tree rings on a trunk. By revealing the coral life using artificial intelligence, Australian researchers have been able to trace the behaviour of El Niño over the last 400 years.
The El Niño phenomenon occurs every two to seven years and is characterized by rising temperatures in the Pacific Ocean as well as changes in the marine and air currents of this region. These changes in heat and humidity are increasing the pace of extreme events around the world. Some areas are hit by major hurricanes or floods, while others suffer more droughts and forest fires. When El Niño occurs, glacier melting is accelerated.
The strength and pace of these events, however, are not constant. Some episodes, such as the 1997-1998 episode, have caused significant global damage, while others have had little influence on extreme weather events.
In addition, researchers now reveal that there are two variants of the phenomenon, one that starts in the centre of the Pacific, and another that begins in the eastern part of this ocean, each affecting several regions in different ways.
Until now, our knowledge of El Niño history has been limited, and researchers could only use data from events that have been measured directly over the last century.
The study of corals will change the research. They have a skeleton of calcium carbonate which they assemble using minerals dissolved in the ocean. Their composition makes it possible to learn more about the salinity and the temperature of the water where they grew up. This information could help identify the oceanic changes caused by El Niño.
The changes in corals are infinitely more complex than those found in tree rings. Many scientists thought that corals could hardly help to understand the behaviour of El Niño. To achieve their ends, researchers at the University of Melbourne turned to artificial intelligence. Using coral samples from 27 distinct sites across the Pacific Ocean, scientists have trained their algorithm to recognize changes in corals and associate them with El Niño events that had known dates during the past century.
Once their system was able to make this association without error, they submitted to it older coral data over the last four centuries. The researchers noted that the number of El Niño occurrences from the central Pacific more than doubled during the second half of the 20th century compared to previous centuries, with 9 episodes instead of 3.5 per 30-year period. during the same period.
As for El Niño occurrences from the eastern Pacific, their numbers appear to have declined in recent decades. However, their intensity seems to follow the opposite trend, and the last three phenomena of this type to have been recorded, those of 1982, 1997 and 2015, are among the most powerful El Niño of the last 400 years.
According to the researchers, this method not only helps to better understand the history of the El Niño phenomenon, but also to better predict how it could behave over the next few years.
Source: Radio-Canada.

El Niño et La Niña influencent le climat de notre planète (Source: NOAA)

Impacts des éruptions volcaniques sur la formation des ouragans // Impact of volcanic eruptions on the formation of hurricanes

On peut lire sur le site web de The Weather Network un article très intéressant sur l’impact des éruptions volcaniques sur la formation des ouragans. Jusqu’à une étude récente, les scientifiques ne savaient pas exactement comment les deux phénomènes naturels interagissaient.
L’étude, dirigée par des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université Columbia, montre pour la première fois dans quelle mesure les grandes éruptions volcaniques ont non seulement un impact immédiat sur la saison des cyclones tropicaux, mais également sur les années suivantes.
Il a fallu pas mal de temps aux chercheurs pour établir le lien entre les deux phénomènes naturels. En effet, la plupart des éruptions majeures de l’histoire récente se sont produites simultanément avec des événements El Niño ou La Niña (l’oscillation australe El Niño ou ENSO) qui ont eux-mêmes un impact sur les saisons cycloniques tropicales à travers le monde.
Cette étude, basée sur des simulations de dernière génération, s’est efforcée d’étudier les événements éruptifs majeurs indépendamment de tout impact ENSO, et les chercheurs ont réussi a obtenir un schéma très révélateur. Ils ont découvert que des éruptions importantes dans les hémisphères nord et sud avaient pour effet d’éloigner la zone de convergence intertropicale (ZCIT) de sa position habituelle – plus loin dans l’hémisphère sud en cas d’éruption de l’hémisphère nord et inversement, lors d’une éruption. au sud de l’équateur.
La ZCIT est la bande proche de l’équateur où convergent les alizés. Elle a été baptisée «pot au noir» par les marins parce que les vents à la surface de l’océan sont calmes à ce point de convergence. Cette région joue un rôle clé dans la formation de cyclones tropicaux lorsque la frontière se déplace vers le nord ou vers le sud au niveau du « pot au noir », et se dirige vers des régions plus propices au développement de cyclones, qu’il s’agisse d’ouragans pour l’Atlantique ou de typhons pour le Pacifique.
Une puissante éruption dans les régions tropicales de l’hémisphère nord entraîne un déplacement de la zone de convergence intertropicale vers le sud. Cela se traduit par une augmentation de l’activité des ouragans entre l’équateur et la latitude 10º N et une diminution plus au nord. Le déplacement de la zone vers le sud a d’autres effets dans l’hémisphère sud, car cela entraîne une baisse de l’activité sur les côtes australiennes, indonésiennes et tanzaniennes, tandis que Madagascar et le Mozambique connaissent une augmentation. En bref, une éruption majeure dans l’hémisphère nord pousse la ZCIT vers le sud et les ouragans font de même. L’inverse est également vrai. Les chercheurs ont remarqué que les effets ont persisté pendant quatre ans après l’éruption, ce qui signifie que même après que le volcan se soit calmé, la saison cyclonique tropicale reste perturbée.
Si l’on considère que les cyclones tropicaux provoquent des dizaines de milliards de dollars de dégâts chaque année, l’amélioration des prévisions est essentielle pour atténuer les conséquences des prochaines catastrophes. Si les chercheurs parviennent à mieux comprendre les différents paramètres qui déterminent l’évolution des tempêtes – qu’il s’agisse des éruptions volcaniques ou des événements El Niño – les prévisions s’en trouveront forcément améliorées. .
Source: The Weather Network, PNAS.

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One can read on the website of The Weather Network a very intersting article about the impact of volcanic eruptions on the formation of hurricanes. Until a recent study, scientists were not sure how the two interacted.

The study, led by researchers at The University of Quebec in Montreal and Columbia University, shows for the first time how large volcanic eruptions have impacts that echo through not just the tropical cyclone season following the eruption, but for years afterward.

It took quite a lot of time to find the link between the two natural phenomena because most of the major eruptions in recent history have occurred during El Niño or La Niña events (the El Niño Southern Oscillation, or ENSO), which themselves impact tropical cyclone seasons around the globe.

This study, based on sophisticated simulations, seeks to isolate major eruption events from any ENSO impact, and a distinct pattern emerged. The researchers found that large eruptions in either the northern or southern hemispheres served to push the Intertropical Convergence Zone (ITCZ) away from its usual position — further into the southern hemisphere in the case of a northern hemisphere eruption, and the opposite for an eruption south of the Equator.

The ITCZ is the band near the Equator where the trade winds converge, known as the ‘doldrums’ — so named by sailors because the surface winds are calm at this convergence point. This region plays a key role in the formation of tropical cyclones when the boundary drifts north or south out of the doldrums and into regions more favourable for cyclone development, be they Atlantic hurricanes or Pacific typhoons.

A large eruption in the tropical regions of the Northern Hemisphere leads to a southward shift of the Intertropical Convergence Zone. This results in an increase in hurricane activity between the Equator and the 10ºN line, and a decrease further north. The zone’s southward shift has further effects in the Southern Hemisphere, causing a decrease in activity on the coasts of Australia, Indonesia, and Tanzania, while Madagascar and Mozambique experience an increase. To put it briefly, a major eruption in the northern hemisphere pushes the ITCZ south, and the hurricanes go with it. The reverse is also true. More than that, the effects lingered for four years following the eruption, meaning even after the volcano has quieted, the tropical cyclone season was still altered.

With tropical cyclones generating tens of billions of dollars in damages every year, improved forecasting is one key to lessening the blow from future disasters. The more researchers can understand about the ingredients that go into determining the evolution of the storms – whether they are volcanic eruptions or strong El Niño events – the better future forecasts will be.

Source: The Weather Network, PNAS.

L’image ci-dessus montre l’évolution possible de l’intensité cyclonique, ou la force des tempêtes qui se développent, suite à des éruptions dans l’hémisphère Nord (en haut) et dans l’hémisphère Sud (en bas). [Source: Proceedings of the National Academy of Sciences ].

Prévisions globales de températures pour 2019 // Global temperature predictions for 2019

Comme je l’indiquais dans ma note précédente, la température mondiale restera à un niveau élevé en 2019 et approchera le record de 2016.

 Pour 2019, le Met Office prévoit une anomalie entre 0,98°C et 1,22°C au-dessus de la moyenne préindustrielle (1850-1900). L’estimation centrale est de +1,10°C, ce qui placerait 2019 juste derrière le record de 2016 qui était de +1,15°C.

Les prévisions de température globale du Met Office suggèrent que 2019 sera proche d’une chaleur record en raison du changement climatique et de l’effet supplémentaire de réchauffement lié au phénomène El Niño dans le Pacifique. Celui-ci étant prévu avec une faible intensité, l’accélérateur de réchauffement serait moins important qu’en 2016. L’arrivée d’El Niño est jugée très probable cet hiver même s’il tarde à se manifester.

Si la prévision pour 2019 se confirme, 19 des 20 années les plus chaudes enregistrées auront été enregistrées après l’an 2000, sur des archives qui remontent à 1850. Cela suppose, bien sûr, que ne se produisent pas certains événements imprévus, comme une éruption volcanique majeure, qui provoqueraient un refroidissement temporaire.

Depuis l’an 2000, le Met Office publie chaque année des projections concernant la température mondiale et il faut reconnaître que les observations ne sont jamais sorties de la fourchette prévue. Ainsi, les prévisions du Met Office concernant la température moyenne mondiale pour 2018, publiées à la fin de 2017 se situaient dans une fourchette de 0,88°C à 1,12°C avec une estimation centrale de 1,00°C. Ces prévisions correspondent étroitement aux dernières observations de la température mondiale enregistrées en 2018 qui révèlent que la température moyenne mondiale est de 0,96 ± 0,12°C au-dessus des niveaux préindustriels.

Source : Met Office, global-climat.

Les prévisions du Met Office britannique ne prennent en compte que les températures. S’agissant des précipitations, si le déficit observé ces dernières semaines en France devait se poursuivre, il est évident que les glaciers alpins continueraient à fondre et reculer, faute d’abondance de neige dans leur zone d’accumulation, là où ils prennent naissance.

En se projetant à plus long terme, cette fonte des glaciers – qui se soldera par la disparition de certains – va poser des problèmes d’alimentation en eau dans les vallées. Il faudra alors utiliser les réserves initialement prévues pour faire fonctionner les enneigeurs. Les négationnistes du réchauffement climatique et les personnes les plus optimistes diront qu’il faudra voir si cette situation se produit vraiment dans les années à venir. On reparlera alors du « syndrome de l’autruche » que j’évoquais dans ma note du 28 décembre 2018 !

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As I put it in my previous post, global temperatures will remain high in 2019 and get close to the 2016 record.
For 2019, the Met Office predicts an anomaly between 0.98°C and 1.22°C above the pre-industrial average (1850-1900). The central estimate is 1.10°C, which would put 2019 just behind the 2016 record of 1.15°C.
The Met Office’s global temperature forecasts suggest that 2019 will be close to record heat due to climate change and the additional warming effect of El Niño in the Pacific. As it is planned with a weak intensity, the warming acceleration would be less significant than in 2016. The arrival of El Niño is said to be very likely this winter even if it is slow to appear.
If the forecast for 2019 is confirmed, 19 of the 20 warmest years will have been recorded after the year 2000, on records dating back to 1850. This presupposes, of course, that certain unforeseen events do not occur, such as major volcanic eruption, which would cause temporary cooling.
Since 2000, the Met Office has published global temperature projections every year and one should admit that they have never gone beyond the expected range. For example, the Met Office’s forecast of global average temperatures for 2018, published at the end of 2017, was in the range of 0.88°C to 1.12°C with a central estimate of 1.00°C. These forecasts closely match the latest global temperature observations recorded in 2018 which show that the global average temperature is 0.96 ± 0.12°C above pre-industrial levels.
Source: Met Office, global-climat.

The Met Office predictions only take temperatures into account. Regarding precipitation, if the deficit observed in recent weeks in France was to continue, it is clear that alpine glaciers would continue to melt and retreat, because of the lack of snow in their accumulation zone, where they originate.
In the longer term, this melting of glaciers – which will result in the disappearance of some – will cause problems of water supply in the valleys. Authorities will then have to use the reserves originally planned to operate the snowmakers. The climate change deniers and the most optimistic people will say that it will have to wait and see if this situation will really occur in the years to come. We will then talk about the « ostrich syndrome » that I mentioned in my note of December 28th, 2018!

Source: Met Office

Les températures en 2018 // Temperatures in 2018

Le « shutdown » qui paralyse les administrations américaines va forcément avoir un impact sur la diffusion des bilans de températures pour l’année 2018. Tout comme la Smithsonian Institution pour les informations volcaniques, la NASA et la NOAA sont impactées et on ne sait toujours pas quand aura lieu le retour à la normale. .

En attendant, le National Center for Atmospheric Prediction (NCEP) et le National Center for Atmospheric Research (NCAR) confirment la rumeur qui circulait, à savoir que 2018 a été  la quatrième année la plus chaude. Les deux agences donnent des résultants très proches, avec +0,40°C et +0,43°C au-dessus de la moyenne 1981-2010. L‘année 2018 n’a pas été tirée vers le haut par El Niño, ce qui explique qu’elle n’ait pas battu le record de 2016. L’Europe a connu sa 3ème année la plus chaude. Comme je l’indiquais précédemment, 2018 arrive en tête en France.

La NASA, la NOAA, le Berkeley Earth et le Met Office, qui utilisent les relevés au sol et les températures de surface de la mer devraient pointer 2018 à la 4ème place également, comme vient de le faire la JMA au Japon.  Le NCEP et le NCAR sont également touchés par le shutdown américain et ne publient plus rien depuis le 23 décembre 2018. En conséquence, le bilan présenté ici concerne la période qui va du 1er janvier au 23 décembre 2018. La fin d’année n’aurait évidemment rien changé au classement final puisque 2018 devance 2005 de 0,05°C, ce qui ne se perd par en une semaine. On notera que ces 4 dernières années sont les plus chaudes de l’archive NCEP-NCAR, qui remonte à 1948.

Sur la période 1948-2018, le rythme du réchauffement est de 0,13°C par décennie, d’après le couple NCEP-NCAR. Sur les 30 dernières années, le rythme est passé à 0,23°C par décennie. Depuis 2008, la tendance est de 0,34°C par décennie.

Le European Center for Medium-Range Weather Forecast (ECMWF), centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, n’a pas été impacté par le shutdown et a publié un bilan complet. Le Centre place 2018 au 4ème rang, quasiment à la 3ème place, donc au niveau de 2015, mais derrière 2016, 2017.

Pour comparer les températures mondiales récentes au niveau préindustriel tel que défini dans le rapport spécial du GIEC sur le «Réchauffement de la planète de 1,5°C», il convient d’ajouter 0,63°C à ces valeurs. Ce qui donnerait +1,03°C pour NCEP-NCAR en 2018 et 1,06°C pour ECMWF.

En observant les données fournies par les différents centres météorologiques à travers le monde, il apparaît assez clairement que l’est du Pacifique n’a pas connu des anomalies positives propices à une température globale élevée. Avec des conditions La Niña en début d’année, 2018 aurait probablement été plutôt froide sans la forte concentration de CO2 qui avoisine désormais les 410 ppm (409,43 ppm le 11 janvier 2019), contre 280 ppm pour la période préindustrielle et 180 ppm pour les périodes glaciaires.

Pour l’Europe également, les quatre dernières années sont parmi les plus chaudes des archives ECMWF. 2018 se classe au 3e rang avec 1,16°C au-dessus de la moyenne 1981-2010. Des records de chaleur ont été battus dans de nombreux pays comme la France où 2018 a été l’année la plus chaude de l’histoire.

D’après les dernières prévisions du Met Office publiées fin décembre, la température mondiale devrait rester à un niveau élevé en 2019 et approcher le record de 2016 en raison du changement climatique et de l’effet du phénomène El Niño dans le Pacifique. Celui-ci étant prévu avec une faible intensité, le coup d’accélérateur lié à la variabilité naturelle serait nettement moins important qu’en 2016. L’arrivée d’El Niño est jugée très probable cet hiver même s’il tarde à se manifester.

Source : global-climat.

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The shutdown that paralyzes US administrations will inevitably have an impact on the release of temperature reports for the year 2018. Like the Smithsonian Institution for volcanic information, NASA and NOAA are impacted and we still do not know when the situation will get back to normal. .
Meanwhile, the National Center for Atmospheric Prediction (NCEP) and the National Center for Atmospheric Research (NCAR) confirm the rumour that 2018 was the fourth hottest year ever. The two agencies give very similar results, with + 0.40°C and + 0.43°C above the 1981-2010 average. The year 2018 was not influenced by El Niño, which explains why it did not break the 2016 record. Europe had its third hottest year. As I put it previously, 2018 comes first in France.
NASA, NOAA, Berkeley Earth and the Met Office, using ground surveys and sea surface temperatures, are expected to point to 2018 in 4th place as well, just like JMA has done in Japan. NCEP and NCAR are also affected by the US shutdown and have not published anything since December 23rd, 2018. Accordingly, the results presented here relate to the period from January 1st to December 23rd, 2018. The end of year would obviously not have changed anything in the final ranking since 2018 is ahead of 2005 by 0.05°C, which can’t be lost in a week. It should be noted that these last 4 years are the hottest of the NCEP-NCAR archive, which dates back to 1948.
Over the period 1948-2018, the rate of warming is 0.13°C per decade, according to NCEP-NCAR. Over the past 30 years, the pace has increased to 0.23°C per decade. Since 2008, the trend has been 0.34°C per decade.
The European Center for Medium-Range Weather Forecast (ECMWF) has not been impacted by the shutdown and has published a comprehensive review. The Center places 2018 in 4th place, almost in 3rd place at the level of 2015, but behind 2016 and 2017.
To compare recent global temperatures with the pre-industrial level as defined in the IPCC Special Report on « Global Warming of 1.5°C », 0.63°C should be added to these values. This would give an increase of 1.03°C for NCEP-NCAR in 2018 and 1.06°C for ECMWF.
When observing the data provided by the different meteorological agencies around the world, it is quite clear that the eastern Pacific has not experienced any positive anomalies that would lead to a high global temperature. With La Niña conditions at the beginning of the year, 2018 would probably have been rather cold without the high concentration of CO2 now approaching 410 ppm (409.43 ppm on January 11th, 2019), compared with 280 ppm for the pre-industrial period and 180 ppm for the ice ages.
For Europe too, the last four years are among the hottest of the ECMWF archives. 2018 ranks 3rd, with 1.16°C above the 1981-2010 average. Heat records have been broken in many countries such as France where 2018 was the hottest year in history.
According to the latest Met Office forecasts released in late December, global temperature is expected to remain high in 2019 and approach the 2016 record due to climate change and the effect of the El Niño phenomenon in the Pacific. As El Niño is planned with a weak intensity, the acceleration linked to the natural variability should be much less significant than in 2016. The arrival of El Niño is considered very likely this winter even if it is taking quite a long time to appear.
Source: global-climat.

Carte montrant les anomalies pour l’année 2018 (Source: Copernicus / ECMWF)

Evolution des températures annuelles dans le monde (Source : NCEP-NCAR)

Quelques détails supplémentaires sur le climat de l’année 2017 // Some more details about the climate in 2017

L’année 2017 a été l’une des plus chaudes de l’histoire, classée en deuxième position par la NASA et en troisième par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).
Les températures confirment la tendance de réchauffement de la planète, avec l’activité humaine et ses émissions de dioxyde de carbone comme cause principale.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’année la plus chaude reste 2016, alors que 2015 se classe deuxième selon la NOAA et troisième selon la NASA, ce qui signifie que les trois dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées. Les six années les plus chaudes se trouvent toutes depuis 2010 et 17 des 18 années les plus chaudes ont eu lieu depuis 2001.
Selon la NASA, en 2017 la température moyenne de notre planète – terre et océan – a été de 0,9°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Cela se situe à plus de la moitié de l’objectif ambitieux de limiter le réchauffement à 1,5°C fixé dans l’accord de Paris en 2015.
La légère baisse des températures cette année s’explique en partie par la présence de La Niña, qui a débuté fin 2016 et a duré jusqu’en 2017, alors qu’un important épisode El Niño a prévalu au cours des années 2015 et 2016.
La NASA et la NOAA indiquent avec beaucoup d’inquiétude que la glace de mer continue son déclin, à la fois dans l’Arctique et l’Antarctique. L’Antarctique, qui atteignait des niveaux records il y a quelques années, a connu une baisse de glace record en 2017, avec près de 400 000 kilomètres carrés de moins que le record de déficit précédent établi en 1986.
Dans l’Arctique en 2017, l’étendue de la glace de mer a été la deuxième plus faible depuis le début des relevés en 1979, juste derrière 2016. A noter que la glace de mer a connu son plus bas niveau jamais observé pendant les mois d’hiver de janvier à mars 2017.
Les températures plus chaudes que la normale à travers la planète ne signifient pas qu’il y a eu un manque de neige. Dans l’hémisphère nord en 2017, l’étendue moyenne de la couverture neigeuse a été la plus grande depuis 1985 et la huitième plus grande depuis le début des relevés en 1968.
L’année 2017 a également été marquée par un certain nombre d’événements météorologiques extrêmes, notamment un nombre record d’ouragans majeurs qui ont frappé les États-Unis et les Caraïbes. Ce fut l’année la plus coûteuse de toute l’histoire des États-Unis.en matière de catastrophes météorologiques. Une prochaine note développera ce sernier point
Sources: NASA et NOAA.

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2017 was one of the hottest years on record, ranked as the second-warmest by NASA and third-warmest by the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

Thus, the findings continue the planet’s long-term warming trend that is driven predominately by human activity through carbon dioxide emissions.

As I put it before, the hottest year on record remains 2016, while 2015 ranks second according to NOAA and third by NASA, which means the top three years have been the most recent three. The six hottest years have all occurred since 2010 and 17 of the 18 hottest years on record have occurred since 2001.

According to NASA, the globally averaged temperature of the land and ocean was 0.9˚C above the 20th century average. This puts us well over halfway to the ambitious target of limiting warming to 1.5˚ C set in the 2015 Paris Climate Agreement.

The slight downturn in temperatures this year can be partially explained by the presence of La Niña, which began in late 2016 and lasted into 2017 and returned late in the year, whereas a significant El Niño was in place during portions of 2015 and 2016.

Both NASA and NOAA warn that sea ice continues its declining trend, both in the Arctic and Antarctic. The Antarctic, which was trending at record high levels just a few years ago, reached a record low during 2017, with ice covering nearly 400,000 fewer square kilometres than the previous record low set in 1986.

In the Arctic, sea ice extent was the second-lowest since records began in 1979, behind only 2016, though record low sea ice was observed during the winter months of January-March.

Temperatures significantly warmer than normal around the planet did not mean there was a lack of snow, however. In the northern hemisphere, the average snow cover extent was the largest since 1985 and the eighth largest since records began in 1968.

2017 also featured a number of extreme weather events, most notably the record number of major hurricanes impacting the US and Caribbean, which led to the costliest year for weather disasters in US history. A next post will develop this point.

Sources: NASA & NOAA.

Anomalie de température en 2017 par rapport à la moyenne 1981-2010 (Source : NOAA)

Des prévisions climatiques encore inquiétantes pour l’Arctique // More worrying climate forecasts for the Arctic

Il y a quelques mois, El Niño était tenu pour responsable des températures supérieures à la normale dans l’Arctique. El Niño a maintenant été remplacé par La Niña, censée générée des eaux océaniques plus froides. Malgré cette évolution, des températures supérieures à la normale sont attendues cet hiver en Alaska, surtout dans les régions de l’Ouest et du Nord, près de l’Océan Arctique. Ce phénomène est dû à un important rétrécissement de la glace de mer côtière dans ces régions.
Les températures à la surface de la mer dans le Golfe d’Alaska près d’Anchorage et dans le sud-est de l’Alaska sont actuellement à peu près normales pour cette période de l’année, mais ce n’est pas le cas pour la Mer de Béring et pour la Mer des Tchouktches, au nord-ouest de l’Alaska. À l’heure actuelle, une partie importante de la Mer des Tchouktches devrait être couverte de glace. Au lieu de cela, une grande langue d’eau libre s’étire dans cette mer au-dessus de la Russie et de l’Alaska. Sur le long terme, la glace de mer est largement en dessous de la normale, même par rapport à la période récente.
Le manque de glace de mer le long de la côte a contribué à augmenter le risque de submersion au moment des tempêtes cet automne parce que la glace n’est plus là pour protéger le rivage contre les assauts des vagues. Les eaux de la Mer des Tchouktches et celles des anses près de Shishmaref, village situé sur une langue de terre près du détroit de Béring, gelaient en octobre. Ces dernières années, l’eau n’a pas gelé avant décembre ou même février, ce qui a rendu les impacts des tempêtes encore plus dévastateurs.

Les températures dans l’ensemble de l’Alaska étaient supérieures de 2,7°C à la moyenne en octobre. La carte ci-dessous montre, en pourcentage, la différence – positive ou négative – avec les températures normales le 16 novembre 2017 et représente une indication des prévisions hivernales pour l’Alaska. Les températures devraient être plus froides que la normale dans le centre-sud et le sud-est, comme ce fut le cas avec La Niña l’année dernière. Cependant, le reste de l’État devrait à nouveau connaître des températures supérieures à la normale.
Source: Anchorage Daily News.

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A few months ago, El Niño was held responsible for warmer than normal temperatures in the Arctic. El Niño has now been replaced by La Niña, its cooler equivalent. Despite this evolution, warmer than normal temperatures are expected for this winter in Alaska, especially in Western and Arctic regions. This phenomenon is the result from big reductions in coastal sea ice in those areas.

Sea surface temperatures in the Gulf of Alaska near Anchorage and Southeast are currently about normal for this time of year. But they are not so in the Bering Sea and heading north into the Chukchi Sea off Northwest Alaska. By now, a significant part of the Chukchi should be covered in ice. Instead, a large tongue of open water extends into the Chukchi well above Russia and Alaska. The sea ice is far below long-term normal, even in comparison to recent times.

A lack of sea ice along the coast has contributed to increased risk of flooding from storms this autumn because the shores are not shielded with sea ice to damper waves, like they used to be. Chukchi and inlet waters near Shishmaref, located on a barrier island near the Bering Strait, used to freeze in October. But in recent years they have not frozen until December or even February, helping storms deliver bigger blows.

Overall, Alaska was 2.7°C above the long-term average in October. The map below shows in percentage the difference with normal temperatures on November 16th 2017 and, as such, underscores the winter expectations for Alaska. Temperatures will probably cooler than normal in Southcentral and Southeast, a repeat of last year’s La Niña. However, the rest of the State should again expect warmer than normal temperatures.

Source: Anchorage Daily News.

Source: National Weather Service

El Niño et les éruptions tropicales // El Niño and tropical eruptions

Un article récent publié sur le site EarthSky suggère que les volcans des zones tropicales pourraient déclencher le phénomène El Niño et donc que des éruptions explosives sous les tropiques peuvent conduire à des périodes de réchauffement de l’Océan Pacifique, avec des impacts spectaculaires sur le climat de la planète. C’est ce qu’indique une nouvelle étude publiée le 3 octobre 2017 dans Nature Communications.
L’étude a utilisé des simulations de modèles climatiques pour montrer qu’El Niño a tendance à s’intensifier après de grandes éruptions volcaniques, comme celle du Mont Pinatubo aux Philippines en 1991.
El Niño apparaît périodiquement lorsque la température de surface de l’Océan Pacifique équatorial se réchauffe. L’augmentation de la température de surface de l’océan influence les mouvements de l’air et de l’humidité dans le monde entier, ce qui a des répercussions sur le climat de la planète.
Les chercheurs pensent que d’énormes éruptions volcaniques sont susceptibles de déclencher El Niño en diffusant des millions de tonnes de dioxyde de soufre dans la stratosphère. Cela contribue à former un nuage d’acide sulfurique qui renvoie le rayonnement solaire et réduit la température moyenne à la surface de la Terre.
Selon l’étude, les données concernant la température de la surface de la mer depuis 1882 laissent apparaître des phénomènes El Niño de grande ampleur après quatre des cinq grandes éruptions: Santa María (Guatemala) en octobre 1902, Mont Agung (Indonésie) en mars 1963, El Chichón Avril 1982 et Pinatubo en juin 1991. La dernière étude a porté sur l’éruption du Pinatubo car c’est la plus importante et la mieux documentée des régions tropicales au cours de la période moderne. Le volcan a envoyé environ 20 millions de tonnes de dioxyde de soufre dans l’atmosphère.
L’étude indique que le refroidissement en Afrique tropicale après les éruptions volcaniques affaiblit la mousson d’Afrique de l’Ouest et entraîne des anomalies de vent d’ouest près de l’équateur sur le Pacifique occidental. Ces anomalies sont amplifiées par les interactions air-mer dans le Pacifique, ce qui favorise une réaction de type El Niño. Les simulations de modèles climatiques montrent que les éruptions du type Pinatubo ont tendance à raccourcir les phénomènes La Niña (périodes où la température de surface est inférieure à la moyenne dans la partie centre-est du Pacifique équatorial, et qui ont tendance à avoir des effets opposés à El Niño), allonger les périodes El Niño et provoquer un réchauffement inhabituel durant les périodes neutres intermédiaires.
Source: EarthSky.
http://earthsky.org/earth/tropical-volcanoes-trigger-el-ninos

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A recent article released on the EarthSky website suggests that tropical volcanoes might trigger El Niño and that explosive eruptions in the tropics can lead to El Niño events, the warming periods in the Pacific Ocean that have dramatic impacts on global climate. The suggestion comes from a new study published on October 3rd, 2017 in Nature Communications.

The study used climate model simulations to show that El Niño tends to peak during the year after large volcanic eruptions, such as the one at Mount Pinatubo in the Philippines in 1991.

An El Niño event happens on a periodic scale when sea surface temperatures in the equatorial Pacific Ocean warm up. The increased ocean surface temperatures influence air and moisture movement around the globe, causing worldwide impacts on the climate.

The researchers think that enormous volcanic eruptions trigger El Niño events by pumping millions of tons of sulfur dioxide into the stratosphere, which then forms a sulfuric acid cloud, reflecting solar radiation and reducing the average global surface temperature,

According to the study, sea surface temperature data since 1882 document large El Niño-like patterns following four out of five big eruptions: Santa María (Guatemala) in October 1902, Mount Agung (Indonesia) in March 1963, El Chichón (Mexico) in April 1982 and Pinatubo in June 1991. The latest study focused on the Mount Pinatubo eruption because it’s the largest and best-documented tropical one in the modern technology period. It ejected about 20 million tons of sulfur dioxide.

The research indicates that cooling in tropical Africa after volcanic eruptions weakens the West African monsoon, and drives westerly wind anomalies near the equator over the western Pacific. The anomalies are amplified by air-sea interactions in the Pacific, favoring an El Niño-like response. Climate model simulations show that Pinatubo-like eruptions tend to shorten La Niñas (periods of below-average sea surface temperatures across the east-central Equatorial Pacific that tend to have opposite impacts of El Niño), lengthen El Niños and lead to unusual warming during neutral periods.

Source : EarthSky.

http://earthsky.org/earth/tropical-volcanoes-trigger-el-ninos

Vue de l’éruption du Pinatubo en 1991 (Source: Wikipedia)