La fonte inquiétante des glaciers (suite) // The alarming melting of glaciers (continued)

Un documentaire récemment diffusé sur la chaîne du National Geographic nous apprend que les glaciers himalayens autour de l’Everest fondent rapidement eux aussi. C’est le résultat d’observations et analyses faites par une équipe scientifique qui a gravi la plus haute montagne du monde. Contrairement à ce que d’autres expéditions ont conclu ces dernières années, les glaciers himalayens fondent, même à très haute altitude, au-dessus des zones d’accumulation. Les membres de la dernière expédition comprenaient des glaciologues et des biologistes. Ils ont effectué des mesures sur les glaciers et  dans les lacs et tous sont d’accord pour dire que le réchauffement climatique affecte les montagnes, même à très haute altitude.
L’Himalaya n’est pas seulement la plus jeune chaîne de montagnes, mais aussi le Troisième Pôle. Une région très importante de la chaîne de montagnes est l’Hindu Kush Himalaya (HKH) qui s’étend sur 3 500 kilomètres carrés dans huit pays, dont l’Inde, le Népal et la Chine. On le considère comme le château d’eau de l’Asie en raison de sa réserve d’eau sous forme de glace.
On estime que le HKH a la plus grande réserve de neige après les pôles ; ses glaciers sont essentiels à la vie d’un tiers de la population à travers le monde. Cela signifie que sans cette eau potable et d’irrigation, la vie serait impossible dans la péninsule indienne.
La situation actuelle des glaciers de l’Hindu Kush Himalaya est particulièrement alarmante. Selon une étude internationale sur les glaciers du monde publiée dans la revue Nature Geoscience, ceux du HKH contiennent probablement 27% moins de glace que le prétendaient les études antérieures. De plus, la région devrait perdre la moitié de sa superficie glaciaire d’ici 2060, donc dix ans plus tôt que l’échéance précédemment prévue de 2070.
Certains scientifiques font remarquer que le nombre de glaciers dans la région himalayenne a augmenté, mais c’est une illusion. Cette augmentation du nombre de glaciers est principalement due à la fragmentation des glaciers, les plus grands se divisant en plus petits. Cela se produit en raison du réchauffement climatique et de la perte constante de zones occupées par les glaciers.

À une échelle beaucoup plus petite, les glaciers du Mont Blanc dans les Alpes françaises fondent eux aussi de plus en plus vite. Tout en perdant leur glace, ils livrent leurs secrets Une brassée de journaux a récemment émergé du glacier des Bossons près de Chamonix. On peut encore y lire les gros titres : ils informaient les lecteurs qu’Indira Gandhi était devenue la première, et jusqu’alors la seule, femme Premier ministre de l’Inde en 1966.
Les exemplaires des journaux indiens se trouvaient probablement à bord d’un Boeing 707 d’Air India qui s’est écrasé sur la montagne le 24 janvier 1966, faisant 177 morts.
Une fois que les journaux auront séché, ils rejoindront une collection de plus en plus importante d’articles trouvés suite à la catastrophe. La découverte la plus étonnante a eu lieu en 2013, avec un coffret de pierres précieuses – émeraudes, saphirs et rubis – d’une valeur comprise entre 130 000 et 246 000 euros, probablement en provenance du crash de 1966.
Des restes humains ont également été retrouvés dans la même zone du glacier en 2017. On pense qu’ils provenaient du crash d’un autre avion indien, le Malabar Princess, qui est entré en collision avec la montagne en 1950.
Voir la note que j’ai écrite le 15 septembre 2018 sur ces événements tragiques:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/09/15/les-secrets-du-glacier-des-bossons-alpes-francaises/

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 A recent National Geographic documentary informs us that Himalayan glaciers around Mount Everest are melting rapidly. This is the result of the observations and analyses made by a scientific team that climbed the world’s highest mountain. Contrary to what other expeditions concluded in the past years, Himalayan glaciers are melting, even at very high altitudes, above the accumulation zones. The members of the last expedition included glaciologists and biologists. They took measurements on glaciers and lakes and all agreed to say that global warming was affecting the very high altitude universe.

The Himalayas are not only the youngest mountain range, but also the Third Pole. A very important area of the mountain range is the Hindu Kush Himalaya (HKH) region which spreads over 3,500 square kilometres across eight countries including India, Nepal and China. It is also known as the Water Tower of Asia due to its reserve of frozen water.
According to an estimate, HKH has the highest snow storage after the poles and its glaciers are the lifeline for one-third of the population across the globe. This means that without this water for drinking and irrigation, life would be impossible in the Indian peninsula.
The current situation of the glaciers in the Hindu Kush Himalaya is particularly alarming. According to an international study on the world’s glaciers published in journal Nature Geoscience, they probably contain 27 per cent less ice than previously suggested. What is more, the region is expected to lose half of its current glacier area by 2060, a decade earlier than the previously expected deadline of 2070.

Some scientists have noticed that the number of glaciers in the Himalayan area has increased but this is an illusion. This increase in the number of glaciers is primarily due to glacier fragmentation, big ones splitting into smaller ones. This is happening due to global warming and consistent loss in areas the glaciers occupy.

At a much smaller scale, the Mont Blanc glaciers in the French Alps are melting faster and faster too. While losing their ice, they are yielding more and more secrets A clutch of newspapers recently emerged from the Glacier des Bossons near Chamonix. One could still read the headlines from when Indira Gandhi became India’s first and so far only woman prime minister in 1966.

The copies of the Indian newspapers were probably aboard an Air India Boeing 707 that crashed on the mountain on January 24th, 1966, claiming 177 lives.

Once the papers have dried out, they will join a growing collection of found items from the crash. The most stunning find occurred in 2013, a box of precious stones – emeralds, sapphires and rubies – worth between 130,000 and 246,000 euros that is thought to have come from the 1966 crash.

Human remains were also found in the same area in 2017. They could have come from the crash of another Indian plane, the Malabar Princess, that collided with the mountain in 1950.

See the post I wrote on 15 September 2018 about these events:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/09/15/les-secrets-du-glacier-des-bossons-alpes-francaises/

Chaîne de l’Hindu Kush Himalaya(Source : Wikipedia)

Glacier des Bossons (Photo : C. Grandpey)

Les glaciers alpins de très haute altitude // Very high altitude alpine glaciers

L’évolution du climat à très haute altitude est peu connue, à cause du manque de données météorologiques dans ces régions hostiles et peu accessibles. Dans la chaîne alpine, il existe très peu de stations météorologiques situées au-dessus de 4 000 m d’altitude et présentant des relevés d’une durée supérieure à 10 ans. Les glaciers représentent donc des indicateurs uniques du climat à ces altitudes et sur le long terme. Les nombreux « glaciers suspendus » qui subsistent à cette très haute altitude ne doivent leur stabilité qu’au fait d’être collés par le froid à la paroi. Si la température descend à zéro degré, de l’eau va s’écouler, le glacier va déraper sur ces pentes très raides et des glaciers vont provoquer de grosses avalanches de glace, avec un danger évident pour la vallée.
Pour étudier ces glaciers de très haute altitude, des chercheurs de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE/OSUG, CNRS / IRD / UGA / Grenoble INP) et de l’Institute of Geography (Russie) ont examiné l’évolution, depuis 25 ans, de la calotte de glace recouvrant le Dôme du Goûter (4 300 m) dans le massif du Mont-Blanc. En particulier, ils ont analysé les variations d’épaisseur du glacier et effectué des mesures du régime thermique à l’aide de capteurs de température installés dans des forages jusqu’à 135 mètres en profondeur.
Ces observations de surface montrent que les pertes d’épaisseur de ces glaciers situés au-dessus de 4 000 m d’altitude sont très faibles malgré le fort réchauffement climatique des 30 dernières années. D’une manière plus globale, les accumulations de neige ont peu changé à ces altitudes dans le massif du Mont-Blanc.

En revanche, à côté de cette stabilité des conditions de surface, les chercheurs ont mis en évidence un réchauffement très marqué de la glace en profondeur au Dôme du Goûter où l’augmentation de température de la glace peut atteindre 1,5°C à 50 m de profondeur.
Ce paradoxe peut (peut-être) s’expliquer de la façon suivante : le surplus d’énergie en surface dû au réchauffement de l’atmosphère se traduit par une augmentation des températures de surface et donc par une augmentation de la percolation de l’eau de fonte qui, en regelant en profondeur, réchauffe progressivement le glacier ; cette onde de chaleur se propage rapidement en profondeur non seulement à cause de la percolation et du regel de l’eau, mais aussi à cause du mouvement vertical de la glace.

[NDLR: La situation des “glaciers suspendus” dans les Alpes ressemble beaucoup à celle des glaciers du Groenland. L’abondante eau de fonte générée en surface par le réchauffement climatique percole à travers l’épaisse couche de glace et atteint le substrat rocheux du glacier. Elle joue alors un rôle de lubrifiant qui accélère le déplacement du glacier vers l’océan, avec les conséquences que l’on sait sur la hausse du niveau des océans.]

Cette situation est donc très différente de celle des glaciers tempérés de plus basses altitudes pour lesquels le réchauffement de l’atmosphère se traduit par une perte considérable d’épaisseur.
Plusieurs de ces glaciers de très haute altitude, dits « suspendus », sont situés sur des pentes très raides et doivent leur stabilité à leur température interne négative. Si la base de ces glaciers devait atteindre la température de fusion de la glace, cela pourrait affecter leur stabilité et provoquer des avalanches de glace très massives. Un glacier comme celui du Taconnaz, qui s’accroche à une pente de plus de 40 degrés, menace des habitations sur la communes des Houches.  Il est toutefois impossible de savoir quand son décrochage pourrait se produire.
Cette percolation de l’eau de fonte à travers ces glaciers a une autre conséquence néfaste : elle entraîne un lessivage des particules contenues dans la glace, lesquelles sont de véritables archives glaciaires utilisées par les chercheurs pour remonter à la composition chimique passée de l’atmosphère.

Source : Université Grenoble Alpes (UGA).

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Little is known about the evolution of the climate at very high altitudes due to the lack of meteorological data in these hostile and inaccessible regions. In the Alps, there are very few weather stations located above 4,000 m above sea level and with readings covering more than 10 years. Glaciers therefore represent unique indicators of the climate at these altitudes and over the long term. The numerous « hanging glaciers » at very high altitude only owe their stability to the fact of being stuck by the cold to the rock below. If the temperature drops to zero degrees, water will flow, the glacier will skid on these very steep slopes and glaciers will cause large avalanches of ice, with a real danger for the valley.
To study these very high altitude glaciers, researchers from the Institute of Environmental Geosciences (IGE / OSUG, CNRS / IRD / UGA / Grenoble INP) and the Institute of Geography (Russia) examined the evolution , over 25 years, of the ice cap covering the Goûter dome (4,300 m) in the Mont-Blanc massif. In particular, they analyzed changes in the thickness of the glacier and carried out measurements of the thermal regime using temperature sensors installed in boreholes as deep as 135 metres.
These surface observations show that the thickness losses of these glaciers above 4,000 m altitude are very low despite the strong global warming of the past 30 years. More generally, the snow accumulation has little changed at these altitudes in the Mont-Blanc massif.
On the other hand, alongside this stability of the surface conditions, the researchers highlighted a very marked warming of the deep ice at the Dôme du Goûter, where the increase in temperature of the ice can reach 1.5°C at a depth of 50 metres.
This paradox can (perhaps) be explained as follows: the excess energy at the surface due to the warming of the atmosphere results in an increase in surface temperatures and therefore in an increase in the percolation of the melt water which, by refreezing, gradually heats the glacier in depth: this heat wave propagates rapidly deep not only because of percolation and freezing of the water, but also because of the vertical movement of the ice.

[Editor’s note: The situation of “hanging glaciers” in the Alps is very similar to that of the Greenland glaciers. The abundant meltwater generated on the surface by global warming percolates through the thick layer of ice and reaches the rocky substrate of the glacier. It then plays a role of lubricant which accelerates the movement of the glacier towards the ocean, with consequences on the rising level of the oceans.]

This situation is therefore very different from that of temperate glaciers at lower altitudes for which the warming of the atmosphere results in a considerable loss of thickness.
Several of these very high altitude glaciers, known as « hanging glaciers », are located on very steep slopes and owe their stability to their negative internal temperature. If the base of these glaciers were to reach the melting temperature of the ice, this could affect their stability and cause very massive ice avalanches. A glacier like that of Taconnaz, which clings to a slope of more than 40 degrees, threatens dwellings in the municipality of Les Houches. It is, however, impossible to know when it might break loose.
This percolation of melt water through these glaciers has another harmful consequence: it causes leaching of the particles contained in the ice, which are glacial archives used by researchers to trace the past chemical composition of the atmosphere. .
Source: Université Grenoble Alpes (UGA).

Photos: C. Grandpey

Les Alpes face au réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est devenue le cauchemar des stations de sports d’hiver, en particulier celle de basse et moyenne altitude. La hausse des températures et la baisse de l’enneigement ont conduit certaines d’entre elles à fermer. Pour faire face au problème, d’autres continuent d’investir dans des équipements toujours plus modernes et plus coûteux.

J’ai indiqué au mois de septembre 2019 que le glacier des Deux-Alpes et celui de la Grande Motte à Tignes, pourtant situés à plus de 3000 mètres d’altitude, avaient été contraints de fermer leurs remontées mécaniques plus tôt que prévu, à cause d’un enneigement insuffisant et des pistes devenues dangereuses.

Le réchauffement climatique est très sensible dans les Alpes où il fait fondre les glaciers et le permafrost de roche, provoquant les dégâts que l’on sait. En 30 ans, Météo France a évalué la hausse des températures dans le massif alpin à 2°C. Dans certains massifs montagneux de moyenne altitude, comme celui de la Chartreuse, l’enneigement a perdu 30% sur la période 1990-2017. La limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1500 mètres aujourd’hui.

Autrement dit, comme je le répète depuis pas mal de temps, les stations au-dessous de cette altitude ont du souci à se faire quant à la pérennité de leurs activités de ski. Beaucoup de stations de basse et moyenne montagne sont contraintes de fermer car elles ne sont plus viables économiquement. Privées de leur principale source de revenus, les stations doivent mettre la clé sous la porte ou bien diversifier leurs activités. En effet, la viabilité économique de l’exploitation d’un domaine skiable suppose une durée minimale d’ouverture de 100 jours.

Les stations de ski de haute montagne sont moins durement touchées. La fermeture de leurs concurrentes de basse et moyenne montagne conduit même davantage de clients sur leurs pistes. C’est pourquoi ces stations n’ont eu de cesse, depuis les années 2000, d’investir dans des infrastructures et des aménagements toujours plus nombreux et sophistiqués qui sont souvent l’objet de critiques, en particulier la production de neige artificielle.

La situation est en train de devenir problématique car les Alpes sont une destination phare des Français et des étrangers, et certains emplois dépendent exclusivement de la pratique des sports d’hiver. Les Alpes françaises comptent 129 stations en activité, certaines hiver comme été. Il est donc devenu crucial de trouver des solutions face à la hausse des températures et la diminution logique de l’enneigement.

Les canons à neige ou enneigeurs artificiels, apparus en France dans les années 1970, sont une solution efficace pour lutter contre la baisse de l’enneigement dans les Alpes. Aujourd’hui, 32% de la surface skiable alpine peut être couverte par la neige artificielle en cas de besoin.

Cependant, seules les grandes stations peuvent se permettre un tel investissement. Les stations les plus basses n’en ont pas les moyens. De plus, les coûts d’électricité et de stockage ou d’acheminement de l’eau sont particulièrement élevés en montagne. Il ne faut pas se faire d’illusion : l’enneigement artificiel n’est qu’une solution de court terme face au réchauffement climatique. La production de neige artificielle nécessite des températures suffisamment basses, désormais moins fréquentes en début et en fin de saison, mais aussi une ressource en eau dont la production, le stockage et le transport incombent souvent aux collectivités publiques. Lors d’hivers trop peu neigeux, certaines stations ont été jusqu’à transporter de la neige par camion ou par hélicoptère pour enneiger certaines pistes, parce que les canons à neige manquaient d’eau.

Derrière la problématique directe de la météo et des températures qui influent sur l’avenir des stations, se trouve celle de la gouvernance et de la stratégie globale des stations de sport d’hiver. Passer à un modèle plus préventif et écologique face aux risques de disparition de la neige et de raréfaction des réserves d’eau suppose d’amener de nombreux acteurs, confrontés à des enjeux financiers importants, à faire des concessions.

Note inspirée d’un article paru dans Le Figaro.

A cause de la hausse des températures, les enneigeurs ne peuvent parfois plus être utilisés (Photo: C. Grandpey)

Et maintenant?

La visite d’Emmanuel Macron au Montenvert et à la Mer de Glace n’aura finalement pas apporté de solutions au problème du réchauffement climatique. C’est très bien de vouloir protéger le Mont Blanc, créer davantage de parcs régionaux et nationaux pour protéger la Nature et sa biodiversité. Malheureusement, de telles mesures ne feront pas baisser les émissions et concentrations de CO2 dans l’atmosphère. J’espérais que le Président de la République aborderait le sujet, ne serait-ce qu’à propos de la pollution qui pourrit la vie des habitants de la vallée de l’Arve, celle qui permet d’accéder à Chamonix. Le ballet incessant des poids lourds qui se rendent en Italie et qui en reviennent en empruntant le tunnel du Mont Blanc est vraiment insupportable. Malheureusement, Emmanuel Macron s’est contenté de botter en touche. Il a déclaré au Dauphiné Libéré : « Je ne peux pas interdire aux camions de passer. » Il a préconisé une politique européenne de renouvellement du parc de poids lourds. « Si j’impose ce renouvellement seulement aux camions de la région, je les tue, car des camions viendront d’Espagne ou de Roumanie. La question est comment on oblige tous les roulants en Europe à renouveler leur parc. » Pas un mot sur le développement du ferroutage ou encore la mise en place d’une vignette pour les camions étrangers qui traversent la France après avoir fait le plein de carburant au Luxembourg (où il coûte beaucoup moins cher) et sans apporter le moindre euro à notre économie nationale..

En observant la Mer de Glace, le chef de l’Etat aura-t-il pris conscience du drame que vit le monde des glaciers ? Aura-t-il regardé les années repères inscrites sur les anciennes parois encaissantes du glacier ? Je l’espère, mais je ne suis pas certain que la Mer de Glace cessera de reculer dans les prochaines décennies qui s’annoncent pourtant décisives pour notre planète.

S’agissant du ferroutage, la France pourrait suivre l’exemple de la Suisse, pays central en Europe et au sein de l’arc alpin. Ce pays a ainsi approuvé par votation en 1994 « l’initiative des Alpes » qui a inscrit dans la constitution fédérale helvétique un mandat de transfert modal de la route vers le rail avec un objectif de 650 000 poids lourds en transit par an maximum.

La Suisse affichait un résultat exceptionnel: en 2018, le nombre de poids lourds ayant transité par les routes helvétiques s’élevait à 941 000, soit un tiers de moins qu’en 2000. Depuis 20 ans, jamais un résultat aussi faible n’avait été enregistré en Suisse et c’est le fer qui emporte la mise sans contestation : la part du ferroutage dans la traversée alpine suisse s’établissait à 70,5 % en 2018, du jamais vu depuis 2001 !

A l’occasion d’un récent voyage à travers la Suisse pour aller observer les glaciers d’Aletsch et du Rhône, je me suis attardé à la gare de ferroutage de la Furka. Le tunnel de base de la Furka mène de Realp, dans le canton d’Uri, à Oberwald, dans le canton du Valais. Le chargement des véhicules est très facile, le trajet de 15,4 km en tunnel dure 15 minutes. Ensuite, la route se poursuit jusqu’à Täsch (5 km avant Zermatt). Une fois arrivé à Täsch, il convient de garer sa voiture, de monter à bord de la navette et de voyager confortablement en train jusqu’à Zermatt, village sans voitures – le contraire de Chamonix en matière de pollution – et parfait point de départ pour aller admirer le Cervin !

 

Photos: C. Grandpey