Les Alpes face au réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est devenue le cauchemar des stations de sports d’hiver, en particulier celle de basse et moyenne altitude. La hausse des températures et la baisse de l’enneigement ont conduit certaines d’entre elles à fermer. Pour faire face au problème, d’autres continuent d’investir dans des équipements toujours plus modernes et plus coûteux.

J’ai indiqué au mois de septembre 2019 que le glacier des Deux-Alpes et celui de la Grande Motte à Tignes, pourtant situés à plus de 3000 mètres d’altitude, avaient été contraints de fermer leurs remontées mécaniques plus tôt que prévu, à cause d’un enneigement insuffisant et des pistes devenues dangereuses.

Le réchauffement climatique est très sensible dans les Alpes où il fait fondre les glaciers et le permafrost de roche, provoquant les dégâts que l’on sait. En 30 ans, Météo France a évalué la hausse des températures dans le massif alpin à 2°C. Dans certains massifs montagneux de moyenne altitude, comme celui de la Chartreuse, l’enneigement a perdu 30% sur la période 1990-2017. La limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1500 mètres aujourd’hui.

Autrement dit, comme je le répète depuis pas mal de temps, les stations au-dessous de cette altitude ont du souci à se faire quant à la pérennité de leurs activités de ski. Beaucoup de stations de basse et moyenne montagne sont contraintes de fermer car elles ne sont plus viables économiquement. Privées de leur principale source de revenus, les stations doivent mettre la clé sous la porte ou bien diversifier leurs activités. En effet, la viabilité économique de l’exploitation d’un domaine skiable suppose une durée minimale d’ouverture de 100 jours.

Les stations de ski de haute montagne sont moins durement touchées. La fermeture de leurs concurrentes de basse et moyenne montagne conduit même davantage de clients sur leurs pistes. C’est pourquoi ces stations n’ont eu de cesse, depuis les années 2000, d’investir dans des infrastructures et des aménagements toujours plus nombreux et sophistiqués qui sont souvent l’objet de critiques, en particulier la production de neige artificielle.

La situation est en train de devenir problématique car les Alpes sont une destination phare des Français et des étrangers, et certains emplois dépendent exclusivement de la pratique des sports d’hiver. Les Alpes françaises comptent 129 stations en activité, certaines hiver comme été. Il est donc devenu crucial de trouver des solutions face à la hausse des températures et la diminution logique de l’enneigement.

Les canons à neige ou enneigeurs artificiels, apparus en France dans les années 1970, sont une solution efficace pour lutter contre la baisse de l’enneigement dans les Alpes. Aujourd’hui, 32% de la surface skiable alpine peut être couverte par la neige artificielle en cas de besoin.

Cependant, seules les grandes stations peuvent se permettre un tel investissement. Les stations les plus basses n’en ont pas les moyens. De plus, les coûts d’électricité et de stockage ou d’acheminement de l’eau sont particulièrement élevés en montagne. Il ne faut pas se faire d’illusion : l’enneigement artificiel n’est qu’une solution de court terme face au réchauffement climatique. La production de neige artificielle nécessite des températures suffisamment basses, désormais moins fréquentes en début et en fin de saison, mais aussi une ressource en eau dont la production, le stockage et le transport incombent souvent aux collectivités publiques. Lors d’hivers trop peu neigeux, certaines stations ont été jusqu’à transporter de la neige par camion ou par hélicoptère pour enneiger certaines pistes, parce que les canons à neige manquaient d’eau.

Derrière la problématique directe de la météo et des températures qui influent sur l’avenir des stations, se trouve celle de la gouvernance et de la stratégie globale des stations de sport d’hiver. Passer à un modèle plus préventif et écologique face aux risques de disparition de la neige et de raréfaction des réserves d’eau suppose d’amener de nombreux acteurs, confrontés à des enjeux financiers importants, à faire des concessions.

Note inspirée d’un article paru dans Le Figaro.

A cause de la hausse des températures, les enneigeurs ne peuvent parfois plus être utilisés (Photo: C. Grandpey)

Manque de neige !

Les vacances d’hiver approchent et les stations de ski de basse et de moyenne altitude sont inquiètes. Il n’y a pas ou très peu de neige. Les images fournies par les webcams des stations du Massif Central sont là pour le prouver. Ce n’est pas la température de ce dimanche ni celle de lundi (une dizaine de degrés au-dessus de la normale) qui va améliorer la situation, d’autant que la pluie s’ajoute à la douceur. Il se pourrait qu’il neige un peu mardi, mais visiblement pas en abondance et, sur un sol détrempé, la neige ne sera pas de bonne qualité. Un anticyclone devrait s’établir par la suite avec un temps plus froid. Cela signifie que la neige existante sera dure, voire verglacée. Il est donc conseillé aux skieurs de rester dans leur zone de sécurité, afin d’éviter des chutes rendues plus lourdes, et des traumatismes plus importants du fait de la dureté des pistes.

Pour essayer de pallier le manque de neige, certaines stations n’hésitent pas à utiliser les grands moyens et acheminent l’or blanc depuis des sites en altitude plus favorisés, qui par hélicoptère, qui en camion.  Cette dernière option a été choisie par la station vosgienne de Gérardmer, ce qui a déclenché la colère des écologistes. Selon l’organisation  environnementale SOS Massif, une telle opération représente des « coûts environnementaux et financiers démesurés, » sans oublier les tonnes de CO2 émises. « Et cela pour qui, pour quoi ? Pour que des touristes puissent, pendant quelques minutes, devant quelques photographes, glisser sur quelques mètres carrés de neige ! »

Le maire de Gérardmer justifie cet apport de neige extérieure par des raisons économiques. Selon lui, « le produit neige reste la demande principale.

La station de Gérardmer et ses homologues situés à moins de 1500 mètres d’altitude vont devoir accepter le manque de neige et s’adapter si elles veulent survivre. Investir dans de nouveaux enneigeurs ne servira à rien car la hausse des températures empêchera leur fonctionnement.

Je l’ai toujours dit : même si le manque de neige en montagne ne concerne qu’une petite partie de gens aisés, c’est par ce biais que la population dans son ensemble va prendre conscience du réchauffement climatique. En effet, les médias vont forcément s’intéresser au sujet. Les reportages vont se multiplier et alerter sur l’urgence des mesures à prendre. Le problème, c’est que ces dernières ne doivent pas être prises uniquement en France, mais à l’échelle de la planète. C’est le rôle des COP ; encore faut-il une volonté politique des tous les pays, ce qui est loin d’être le cas en ce moment.

La station du Mont Dore  (Auvergne) a bien triste mine en ce 2 février 2020!