Et maintenant?

La visite d’Emmanuel Macron au Montenvert et à la Mer de Glace n’aura finalement pas apporté de solutions au problème du réchauffement climatique. C’est très bien de vouloir protéger le Mont Blanc, créer davantage de parcs régionaux et nationaux pour protéger la Nature et sa biodiversité. Malheureusement, de telles mesures ne feront pas baisser les émissions et concentrations de CO2 dans l’atmosphère. J’espérais que le Président de la République aborderait le sujet, ne serait-ce qu’à propos de la pollution qui pourrit la vie des habitants de la vallée de l’Arve, celle qui permet d’accéder à Chamonix. Le ballet incessant des poids lourds qui se rendent en Italie et qui en reviennent en empruntant le tunnel du Mont Blanc est vraiment insupportable. Malheureusement, Emmanuel Macron s’est contenté de botter en touche. Il a déclaré au Dauphiné Libéré : « Je ne peux pas interdire aux camions de passer. » Il a préconisé une politique européenne de renouvellement du parc de poids lourds. « Si j’impose ce renouvellement seulement aux camions de la région, je les tue, car des camions viendront d’Espagne ou de Roumanie. La question est comment on oblige tous les roulants en Europe à renouveler leur parc. » Pas un mot sur le développement du ferroutage ou encore la mise en place d’une vignette pour les camions étrangers qui traversent la France après avoir fait le plein de carburant au Luxembourg (où il coûte beaucoup moins cher) et sans apporter le moindre euro à notre économie nationale..

En observant la Mer de Glace, le chef de l’Etat aura-t-il pris conscience du drame que vit le monde des glaciers ? Aura-t-il regardé les années repères inscrites sur les anciennes parois encaissantes du glacier ? Je l’espère, mais je ne suis pas certain que la Mer de Glace cessera de reculer dans les prochaines décennies qui s’annoncent pourtant décisives pour notre planète.

S’agissant du ferroutage, la France pourrait suivre l’exemple de la Suisse, pays central en Europe et au sein de l’arc alpin. Ce pays a ainsi approuvé par votation en 1994 « l’initiative des Alpes » qui a inscrit dans la constitution fédérale helvétique un mandat de transfert modal de la route vers le rail avec un objectif de 650 000 poids lourds en transit par an maximum.

La Suisse affichait un résultat exceptionnel: en 2018, le nombre de poids lourds ayant transité par les routes helvétiques s’élevait à 941 000, soit un tiers de moins qu’en 2000. Depuis 20 ans, jamais un résultat aussi faible n’avait été enregistré en Suisse et c’est le fer qui emporte la mise sans contestation : la part du ferroutage dans la traversée alpine suisse s’établissait à 70,5 % en 2018, du jamais vu depuis 2001 !

A l’occasion d’un récent voyage à travers la Suisse pour aller observer les glaciers d’Aletsch et du Rhône, je me suis attardé à la gare de ferroutage de la Furka. Le tunnel de base de la Furka mène de Realp, dans le canton d’Uri, à Oberwald, dans le canton du Valais. Le chargement des véhicules est très facile, le trajet de 15,4 km en tunnel dure 15 minutes. Ensuite, la route se poursuit jusqu’à Täsch (5 km avant Zermatt). Une fois arrivé à Täsch, il convient de garer sa voiture, de monter à bord de la navette et de voyager confortablement en train jusqu’à Zermatt, village sans voitures – le contraire de Chamonix en matière de pollution – et parfait point de départ pour aller admirer le Cervin !

 

Photos: C. Grandpey

Il serait temps… !

Emmanuel Macron se rendra le 12 février 2020 à Chamonix, non pas pour se rendre compte de l’impact du Coronavirus, mais pour jeter un coup d’œil à la Mer de Glace. Ces derniers jours, plusieurs journaux ont attiré l’attention sur l’état catastrophique de ce glacier qui fond à une vitesse incroyable sous les coups de boutoirs du réchauffement climatique. Le chef de l’Etat commencera sa visite par un dîner avec des scientifiques experts du climat et de la biodiversité au refuge du Montenvers qui offre une superbe vue sur la Mer de Glace.

Emmanuel Macron se rendra le 13 février au chevet de la Mer de Glace pour constater l’impact du dérèglement climatique et annoncer des mesures de protection du Mont-Blanc. Je dois dire que j’attends avec grande impatience la liste de ces mesures qui viendra d’un chef d’Etat qui n’a pas daigné aller cautionner la dernière COP 25 de Madrid. Cela fait tout de même un peu désordre !

Le Président de la République se rendra ensuite à Chamonix, puis à Saint-Gervais-les-Bains, où il rencontrera des élus et des acteurs de l’accès au Mont-Blanc qui, selon les élus locaux, souffre de surfréquentation et de « l’incivilité » de certains touristes. En septembre, le maire de Saint-Gervais, avait envoyé une « lettre ouverte d’un gilet blanc » à Emmanuel Macron pour lui demander de prendre sans attendre des mesures pour protéger le plus haut sommet d’Europe.

A Chamonix, Emmanuel Macron prononcera également un discours pour lancer l’Office français de la biodiversité (OFB), né le 1er janvier de la fusion de l’Agence française de la biodiversité et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

On ne peut s’empêcher de remarquer que cette visite  sur le massif du Mont Blanc intervient à l’approche des élections municipales de mars, qui pourraient voir une progression du vote écologique. Personnellement, cette visite de dernière minute avant des élections me fait sourire. Je ne suis pas certain que le chef de l’Etat soit un écologiste convaincu, ni qu’il ait vu la Mer de Glace fondre et s’enfoncer dans sa vallée comme je l’ai constaté depuis 1955. C’est à pleurer, et il ne faut pas me dire que cette catastrophe ambulante est le seul résultat d’un cycle climatique. Toutes les mesures atmosphériques confirment que les émissions anthropiques de gaz à effet de serre contribuent largement à la fonte de la glace.

La Mer de Glace en 1956 (Photo: G. Grandpey)

La Mer de Glace en 2018 (Photo: C. Grandpey)