Déferlantes glaciaires

Concentrations de CO2 : 427,03 ppm (27 août 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,59 ppb (avril 2026)

La catastrophe qui vient de se produire au Népal est certes tragique avec un nombre très important de victimes, mais elle n’a rien d’exceptionnel dans la région. De plus, il faut savoir que de telles crues glaciaires se produisent ailleurs dans le monde.

Lors des crues glaciaires en haute montagne, la suite des événements est assez simple. Au départ, il y a un glacier avec un lac de fonte à sa base, généralement retenu par une moraine, autrement dit un barrage formé par l’accumulation de matériaux.

Source: presse népalaise

Deux scénarios peuvent se produire. 1) Avec l’accumulation d’eau de fonte dans le lac, la pression exercée sur la moraine augmente jusqu’au jour où le barrage ne peut plus résister. Il s’éventre et la masse d’eau accumulée s’engouffre dans la vallée.2) Il peut arriver – comme cela vient de se produire au Népal – que le glacier s’effondre dans le lac glaciaire qui explose alors littéralement et envoie un tsunami d’eau, de glace et de sédiments dans la vallée. Par un effet domino et de dégringolade, cette puissante vague détruit tout sur son passage, y compris les barrages hydroélectriques dont l’eau des retenues vient s’ajouter à la déferlante d’origine.

Les régions qui hébergent des glaciers imposants, comme la chaîne himalayenne ou la Cordillière des Andes, sont exposées à de tels phénomènes violents. Plusieurs ont généré des catastrophes en Inde, au Pakistan, au Népal, ou encore au Pérou. Je les ai mentionnées sur ce blog.

La presse n’en a pas parlé ces derniers jours, mais en 2026 les scientifiques ont prévenu que les lacs glaciaires himalayens constituent une menace de plus en plus grande pour les communautés situées en aval, car « un manque de neige et des pluies de plus en plus fréquentes et abondantes » déstabilisent les sols de la région. Par exemple, le Nepali Times a expliqué que le lac glaciaire de Thulagi, au pied du glacier du même nom, près du mont Manaslu au Népal, s’est agrandi au cours des dernières décennies avec la fonte des glaces environnantes. Ce qui n’était qu’une petite pièce d’eau dans les années 1960 est devenu aujourd’hui un lac de plus d’un kilomètre carré qui contient un volume d’eau considérable.

Lac glaciaire de Thulagi (Crédit photo: Nepali Times)

Je pourrais citer de nombreux exemples de déferlantes glaciaires au cours des dernières années. En mai 2020, une inondation provoquée par la libération d’un lac glaciaire a traversé la vallée de la Hunza au Pakistan. En janvier de cette même année, le Programme de développement des Nations Unies a estimé que plus de 3000 lacs glaciaires se sont formés dans la région de l’Hindu Kush-Himalayan, et 33 constituent une menace imminente pour sept millions de personnes. Plus de 100 personnes ont été portées disparues dans le nord-est de l’Inde après la rupture d’un lac glaciaire le 4 octobre 2023 dans l’État himalayen du Sikkim.

Au Pérou, en mai 1970, une immense masse de glace s’est détachée du glacier Huascarán, dans le nord des Andes, sous l’effet d’un séisme de magnitude 7,9. La masse de glace a terminé sa course dans le lac de fonte, déclenchant une déferlante de boue qui a détruit la ville de Yungay et fait plus de 20 000 morts.

Crédit photo : Parc national de Huascarán

 En 2020, une étude basée sur des données satellitaires a révélé que le volume des lacs formés par la fonte des glaciers dans le monde a bondi de 50% en 30 ans en raison du réchauffement climatique. Des études antérieures avaient montré qu’entre 1994 et 2017 les glaciers dans le monde, en particulier dans les régions de haute montagne, avaient perdu environ 6,5 trillions (1018) de tonnes. Au cours du dernier siècle, 35% de l’élévation du niveau des océans dans le monde provenait de la fonte des glaciers et des calottes polaires.

Ces événements peuvent survenir sur des glaciers de plus petite taille, à des altitudes moindres. En 2012 au Canada, un glacier suspendu sur le mont Edith Cavell s’est effondré et a fini sa course dans le lac glaciaire en contrebas. Heureusement, cette crue glaciaire s’est produite de nuit. Elle aurait pu causer une catastrophe de jour car le site est fréquenté par des milliers de touristes en été.

Angel Glacier sur le Mont Edith Cavell (Photo: C. Grandpey)

Des crues glaciaires se produisent régulièrement en Alaska sur le glacier Mendenhall, ou en Islande où les crues glaciaires – ou jökulhlaups – sont souvent provoquées par la fonte de la glace par la chaleur des volcans sous-glaciaires

Le principal danger des crues glaciaires réside dans leur imprévisibilité. La probabilité qu’un lac libère l’eau qu’il retient est difficile à estimer avec précision sans études détaillées. L’une d’elles, publiée dans la revue Nature Communications a révélé que 15 millions de personnes vivent à moins de 50 kilomètres d’un lac glaciaire et à moins d’un kilomètre d’une inondation potentielle due à une brèche dans la digue morainique qui le retient. Le risque est plus grand dans les hautes montagnes d’Asie, une zone qui couvre une douzaine de pays, dont l’Inde, le Pakistan, la Chine et le Népal. Ces populations sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont souvent pauvres et peu préparées à faire face à l’arrivée soudaine d’eaux de crue catastrophiques.

Les Alpes avec leur altitude maximale de 4810 mètres peuvent être affectées par des crues glaciaires correspondant au premier scénario expliqué ci-dessus, mais les inondations n’auront jamais l’ampleur de la dernière catastrophe népalaise. De plus, ces lacs glaciaires sont étroitement surveillés et des mesures sont prises pour les soulager en cas de trop grande accumulation d’eau de fonte. Une grande vigilance est tout de même nécessaire car avec l’accélération du réchauffement climatique, les glaciers alpins fondent de plus en plus vite et le volume d’eau accumulé dans les lacs glaciaires a tendance a augmenter plus vite.

En 2023, des travaux ont été effectués pour vidanger le lac du Rosolin qui menaçait la station de Tignes dans l’Isère. Le plus souvent, les autorités essayent de prévenir les accidents en creusant des chenaux destinés à alléger au maximum la masse d’eau retenue par ces barrages naturels.

En 2004 dans les Alpes, l’alerte avait été donnée sur le lac du glacier de Rochemelon alors qu’il menaçait la vallée du Ribon, en Savoie. Le lac a été vidangé par siphonnage. Des travaux ont également été entrepris pour évacuer le trop-plein du lac de fonte devant le glacier des Bossons qui semble minuscule à côté des immenses lacs de fonte dans l’Himalaya.

Crédit photo: presse régionale

En France, on ne voudrait pas que ce produise un tsunami comme celui qui a endeuillé Saint Gervais dans la nuit du 12 au 13 juillet 1892, quand la rupture d’une poche d’eau dans le glacier de Tête-Rousse a entraîné la mort de 175 personnes (voir la description de cet événement dans des notes rédigées le 23 avril 2019 et le 6 mai 2020).

Le déni climatique de la politique

Concentrations de CO2 : 426,54 ppm (25 août 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,59 ppb (avril 2026)

Je fustige souvent dans ce blog les gestionnaires et les habitants des stations de ski dans les Alpes qui, pour beaucoup, refusent de voir la réalité climatique et les effets du réchauffement de la planète sur leurs montagnes. Les Alpes s’effondrent, les stations de ski de basse et moyenne altitude ferment les unes après les autres, mais rien n’y fait ; ces gens continuent de foncer comme si de rien n’était. On l’a vu avec le projet d’extension du téléphérique de la Grave, heureusement mis à l’arrêt pas le gypaète barbu (voir ma note du 4 juin 2026).

 Photo:  C. Grandpey

La France a prévu d’organiser les Jeux d’Hiver en 2030, et tout se passe comme si le réchauffement climatique n’existait pas. On a pourtant vu que les Jeux de Cortina d’Ampezzo (Italie) en 2026 ont frôlé la catastrophe. 48 heures avant leur début la neige faisait cruellement défaut. Elle est arrivée au dernier moment et a fondu tout au long des épreuves, rendant certaines très compliquées.

En politique, chez nous en France, c’est la même chose. Aucun des candidats à l’élection présidentielle de 2027 n’osera aborder le sujet du réchauffement climatique de manière sérieuse. Je ne suis pas le seul à le dire. Au cours d’une intervention sur France Inter le 25 août 2026, Jean-Marc Jancovici, fondateur et président du groupe de réflexion Shift Project, n’a pas mâché ses mots : « Les candidats à l’élection présidentielle de 2027 sont dans une forme de déni face au réchauffement climatique ». Et d’ajouter : « Quand vous regardez les programmes des partis politiques, vous trouvez des incohérences partout. Il n’y a pas un [candidat] qui est vraiment sorti du déni ».

Pourtant, les épisodes caniculaires, la sécheresse et les incendies de plus en plus fréquents devraient alerter la fameuse « classe politique » qui se targue souvent de faire de la pédagogie auprès de la population. De toute évidence, le mot ‘pédagogie’ n’avait pas la même valeur pour moi à l’époque où j’enseignais !

Je ne pense pas que nos politiques soient assez stupides pour ne pas savoir que nous allons tous dans le mur. Comme le dit Jean-Marc Jancovici, « la claque qu’on a prise cet été [avec les différentes canicules] sera suivie par d’autres, encore pires. Tant qu’on rajoute du CO2 dans l’atmosphère, le climat continue à dériver. Or aujourd’hui, on n’en a jamais rajouté autant, les émissions de l’année dernière sont les plus importantes historiquement ». J’ajouterai que, plus que les émissions, ce sont les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère qu’il faut prendre en compte, et elles ne cessent d’augmenter d’une année sur l’autre. La Courbe de Keeling est là pour le prouver.

Malgré cela, il ne faut pas se faire d’illusions. TOUS les candidats se contenteront d’effleurer le sujet du réchauffement climatique au cours de la campagne présidentielle, mais ils se garderont bien de s’y attarder. Au mieux, ils proposeront quelles mesurettes d’adaptation, le mot à la mode, alors que je lui préférerais le mot ‘anticipation‘. La vraie question est : Que pouvons nous faire pour que les émissions de gaz à effet de serre cessent d’augmenter à l’allure où elles le font ? Aucun homme politique n’osera dire qu’il faut s’attaquer au transport routier. On a vu l’accueil réservé à l’Écotaxe et aux portiques autoroutiers prévus par Ségolène Royal en 2014 ! Que sont devenues les aides à l’isolation thermique des maisons et celles pour réduire le coût d’une voiture électrique ? La France est fauchée (du moins pour ces initiatives) et le gouvernement vous dira qu’il n’a pas les moyens de les financer.

Alors, nos politiques se rabattent sur des mesurettes d’adaptation, inefficaces pour la plupart. De toute façon, un politique ne sait pas agir sur le long terme. Jean-Marc Jancovici appelle « la population » à réclamer « des changements » auprès de la classe politique. « Un homme politique, son métier, c’est de se faire élire et réélire, il ne prendra jamais une mesure qui est très impopulaire auprès de la majorité de son électorat. Donc la seule façon d’obtenir des changements structurels, c’est qu’une majorité de la population comprenne les enjeux et demande des changements structurels. Et ça, ça passe par l’éducation, la formation et l’information ».

La partie est loin d’être gagnée. Les températures continuent d’augmenter, les glaciers et la banquise fondent à une vitesse incroyable et l’eau ne va pas tarder à manquer. Les agriculteurs en font déjà les frais. Quel homme politique a abordé ce sujet vital ?

Vers des restrictions d’accès au Tour du Mont Blanc (TMB)

Peut-être à cause des différents épisodes de canicule qui ont incité les gens à venir se réfugier en altitude, la région du Mont Blanc a connu une surfréquentation ces dernières semaines, un peu comme les salles de cinéma climatisées.

Photo: C. Grandpey

Sur les tronçons les plus prisés du Mont Blanc, comme le célèbre Tour du Mont Blanc (TMB), les groupes de randonneurs se sont suivis à un rythme si serré que les participants étaient à touche-touche, avec comme vue principale le postérieur de la personne qui précédait. Même pour les habitants de la vallée, la situation est devenue intenable à cause du comportement douteux de certaines personnes et un non respect de l’environnement. .

C’est dans ce climat que Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains, plaide pour une limitation de l’accès à l’itinéraire du Mont Blanc à partir du printemps 2027, avec des contrôles et, si nécessaire, des sanctions.

Saint-Gervais-les-Bains se situe sur le versant français du massif du Mont-Blanc. La commune constitue un point de départ important pour les excursions dans le secteur. L’accès français au TMB passe également par la région, mais seule une petite portion du parcours traverse le territoire de la commune de Saint-Gervais. Les autres communes situées le long du tronçon français de l’itinéraire ont décidé d’adopter, elles aussi, la nouvelle réglementation qui entrera en vigueur au printemps 2027.

À l’avenir, toute personne souhaitant effectuer le Tour du Mont-Blanc devra réserver une place dans un refuge ou dans une zone de bivouac autorisée. Une zone de bivouac est un secteur officiellement délimité où les randonneurs ou alpinistes sont autorisés à passer temporairement la nuit en plein air ou à monter leur tente. Contrairement à un refuge, on n’y trouve généralement aucune infrastructure ou uniquement des équipements très rudimentaires.

Le maire de St Gervais explique que si l’ascension n’est pas possible en respectant la nouvelle règlementation, les randonneurs devront la reporter l’année suivante. De son côté, la Suisse réfléchit avant d’adopter une telle réglementation.

Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, des restrictions d’accès ont été imposées par le maire de St Gervais pour l’ascension du Mont Blanc. Pour des raisons de sécurité, en particulier dans le couloir du Goûter qui est devenu un véritable enfer, les refuges du Goûter et de Tête Rousse ont été fermés.

Couloir du Goûter (Source: presse régionale)

Le but était de dissuader les alpinistes d’emprunter cet itinéraire. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre que certains réfractaires aux restrictions ont tout même décidé de traverser le couloir du Goûter au péril de leur vie. La vidéo se passe de commentaires :

https://www.facebook.com/reel/1089839753602741

Bientôt un nouveau Blatten en Suisse ? // A new Blatten in Switzerland soon?

Le 26 juillet 2022, dans une note intitulée « Village sous la menace de la montagne », j’avais cité l ‘exemple de Kandersteg, un village d’environ 1 300 habitants dans les Alpes suisses, entouré de vallées escarpées, de glaciers et de sommets imposants.

Crédit photo : Wikipedia

Le village fait à nouveau la Une des journaux en 2026, pour la même raison qu’en 2022. Je viens d’indiquer que l’année 2026 a enregistré un nombre record d’effondrements dans les Alpes, à cause des différentes canicules subies par les glaciers et les parois rocheuses où le permafrost de roche n’est plus en mesure d’assurer leur stabilité.

Au-dessus de Kandersteg se trouve le Spitze Stei (voir photo ci-dessus), une formation rocheuse instable dont le volume pourrait engendrer un éboulement potentiellement deux fois plus important que celui qui a enseveli une partie de Blatten en mai 2025.

Crédit photo : presse suisse

Les habitants vivent avec ce risque sans pour autant avoir peur. On sent une certaine fatalité au sein de la population. Des dépliants indiquent les itinéraires d’évacuation et cartographient les zones susceptibles d’être touchées. À cause du risque d’effondrement, la montagne fait l’objet d’une surveillance constante. Selon les autorités, en cas de menace réelle, un préavis d’au moins 24 heures serait donné avant un effondrement majeur.
Les géologues expliquent que le réchauffement climatique est la cause du problème. Comme je l’ai écrit plus haut, à mesure que les glaciers reculent et que le pergélisol dégèle, l’eau s’infiltre dans les fissures de la roche et le sol gelé qui assurait autrefois la cohésion des versants. Ainsi fragilisé, le sol perd sa capacité de retenue.

La Suisse, qui compte plus de glaciers alpins que tout autre pays européen, a perdu 4 % de son volume glaciaire en 2023, après une perte de 6 % l’année précédente. Le danger pour le village de Kandersteg ne se limite pas aux chutes de pierres. Un effondrement pourrait frapper le lac d’Oeschinen, situé en contrebas, et propulser une vague en direction du village.

Crédit photo : Wikipedia

Anticipant sur une hausse des températures qui ne fait qu’accélérer, les scientifiques entrevoient une situation qui pourrait devenir encore plus préoccupante. Un expert climat chez Greenpeace a déclaré : « Le problème va s’amplifier. Il se peut même qu’un jour nous devions abandonner certaines vallées ou certains villages, car il deviendra impossible d’y vivre. »

Source : différents médias européens.

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On July 26, 2022, in a post titled « Village Threatened by the Mountain, » I cited the example of Kandersteg, a village of about 1,300 inhabitants in the Swiss Alps, surrounded by steep valleys, glaciers, and towering peaks.
The village is making headlines again in 2026 for the same reason as in 2022. I have just explained that 2026 saw a record number of collapses in the Alps, driven by the various heatwaves affecting glaciers and rock faces where rock permafrost can no longer ensure stability.
Above Kandersteg lies the Spitze Stei, an unstable rock formation; its volume could trigger a rockslide potentially twice the size of the one that buried part of Blatten in May 2025.

The residents are confronted with this risk but do not necessarily live in fear; there is a sense of resignation among the population. Leaflets outline evacuation routes and map out the areas likely to be affected. Due to the risk of collapse, the mountain is under constant monitoring. According to the authorities, should a real threat arise, at least 24 hours’ notice would be given before a major collapse.
Geologists explain that global warming is the root cause of the problem. As mentioned earlier, as glaciers retreat and permafrost thaws, water seeps into cracks in the rock and the frozen ground that once held the slopes together. Weakened in this way, the ground loses its ability to hold the mass in place.
Switzerland, home to more Alpine glaciers than any other European country, lost 4% of its glacial volume in 2023, following a 6% loss the previous year. The danger facing Kandersteg is not limited to falling rocks; a collapse could strike Lake Oeschinen below, sending a wave surging toward the village.

Anticipating a rise in temperatures that is only accelerating, scientists foresee a situation that could become even more concerning. A climate expert at Greenpeace stated: « The problem will intensify. We might even have to abandon certain valleys or villages one day, because living there will become impossible. »
Source: various European media outlets.