Évacuation ratée à Hawaï ! // Failed evacuation in Hawaii!

Suite au puissant séisme de M8,8 au large du Kamchatka, une alerte tsunami a été déclenchée à Hawaii peu avant 15 heures le 29 juillet 2025. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. La presse hawaïenne parle d’un « désastre ». À Honolulu, en particulier sur Waikiki, le trafic s’est retrouvé à l’arrêt avec des embouteillages monstres, tandis que les sirènes hurlaient, invitant la population à s’éloigner du littoral. Dans le même temps, le National Weather Service diffusait le message suivant : « Un tsunami s’est produit et pourrait causer des dégâts le long des côtes de toutes les îles de l’État d’Hawaï. Des mesures urgentes doivent être prises pour protéger les vies et les biens.»
Les premières prévisions annonçaient une série de vagues puissantes susceptibles de frapper l’archipel à partir de 19 h, avec risque d’inondation des côtes à grande échelle et d’importantes quantités de débris qui « amplifieraient leur pouvoir destructeur ».
Une carte d’évacuation publiée par le Service montrait de vastes « zones rouges » annulaires le long de la côte de chaque île. Les habitants de ces zones avaient pour instruction de se réfugier au quatrième étage ou plus d’un immeuble, ou de quitter carrément la zone.
Le 29 juillet au soir, les autorités ont annoncé qu’aucun tsunami majeur ne toucherait l’archipel hawaïen. L’alerte a été revue à la baisse et les ordres d’évacuation ont été annulés dans tout l’État.
Une vidéo prise par un téléphone portable et partagée sur les réseaux sociaux montre des rues embouteillées, avec des files d’attente de plusieurs kilomètres.

https://twitter.com/i/status/1950399163599876406

De toute évidence, un problème est survenu dans la gestion des plans d’évacuation. Certains touristes sont partis vers des zones plus élevées plutôt que de grimper dans les étages supérieurs des hôtels, comme le prévoyaient les plans d’évacuation. Certains habitants se sont rendus dans des magasins pour s’approvisionner, et beaucoup sont rentrés chez eux après le travail pour récupérer des provisions ou retrouver des membres de leur famille avant d’évacuer. Il semble également que certaines personnes se sont demandé si elles devaient réellement évacuer.
Il existe des zones d’évacuation standard en cas de tsunami, ainsi que des zones pour les tsunamis « extrêmes » à Hawaï. L’évacuation du 29 juillet était standard. Certains habitants ont fui, même s’ils se trouvaient déjà dans des zones de sécurité. Il aurait été préférable que ces personnes restent sur place et ne prennent pas le volant, empêchant de circuler ceux qui devaient réellement quitter les zones inondables.

Pour les autorités, la copie est donc à revoir en prévision d’une prochaine alerte tsunami.
Source : Médias d’information hawaïens.

Photo: C. Grandpey

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Following the powerful M8.8 earthquake off the coast of Kamchatka, a tsunami warning was issued in Hawaii shortly before 3 p.m. on July 29, 2025. But not everything went as planned. The Hawaiian news media tell about « a disaster ». In Honolulu, particularly in Waikiki, traffic ground to a halt with massive traffic jams, while sirens wailed, warning people to move away from the coast. At the same time, the National Weather Service issued the following message: « A tsunami has occurred and could cause damage along the coasts of all islands in the State of Hawaii. Urgent action must be taken to protect lives and property. »
The first forecasts predicted a series of powerful waves likely to hit the archipelago starting at 7 p.m., flooding the coasts on a large scale with significant amounts of debris that would « magnify their destructive power. »
An evacuation map published by the Service showed vast annular « red zones » along the coast of each island. Residents in these areas were instructed to seek shelter on the fourth or higher floors of a building, or to leave the area altogether.
On the evening of July 29, authorities announced that no major tsunami would hit the Hawaiian archipelago. The warning was downgraded, and evacuation orders were canceled statewide.
A cellphone video shared on social media shows gridlocked streets, with lines several kilometers long.

https://twitter.com/i/status/1950399163599876406

Clearly, a problem arose in the management of the evacuation plans. Some tourists moved to higher ground rather than climbing to the upper floors of hotels, as the evacuation plans had called for. Some residents went to stores to stock up on supplies, and many returned home after work to pick up supplies or meet with family members before evacuating. It also appears that some people questioned whether they should actually evacuate.
There are standard tsunami evacuation zones, as well as zones for « extreme » tsunamis in Hawaii. The July 29 evacuation was standard. Some residents fled, even though they were already in safe zones. It would have been preferable for these people to stay where they were and not drive, thus preventing those who really needed to leave the flood zones from traveling.
For authorities, this plan should therefore be revised in anticipation of the next tsunami warning.
Source: Hawaiian news media.

Streets filled with gridlock traffic and sirens blared in Honolulu as a tsunami warning came into effect for large parts of Hawaii..Activated following the M8.8 earthquake off the coast of Kamchatka, the alert upgraded to an emergency warning shortly before 3 p.m. (local time), sparking efforts to evacuate coastal areas across the state. The National Weather Service read as follows : “A tsunami has been generated that could cause damage along coastlines of all islands in the state of Hawaii. Urgent action should be taken to protect lives and property.”

Initial forecasts predicted a series of massive waves hitting the archipelago from 7 p.m. onward, extensively flooding coasts and picking up large amounts of debris that would “amplif(y) its destructive power.”

An evacuation map published by the service showed large, ring-shaped “red areas” along the coast of each island. Residents in those areas were instructed either to retreat to the fourth floor or higher of a large building, or flee the zone entirely.

By Tuesday night, officials said that a major tsunami was no longer expected to strike the islands, the warning was downgraded and evacuation orders were cancelled state-wide.

Cellphone video shared to social media shows piercing emergency sirens and streets filled with cars as Hawaiians struggled to get to safer ground. All the roads were gridlocked, with queues of vehicles over kilometers.

Obviously, something went wrong in the evacuation plans. Some tourists left for higher ground rather than shelter on upper floors of hotels as called for in evacuation plans. Some residents headed to stores for supplies, and many headed home after work to gather items or meet up with family members before evacuating. It also looks as if some residents were confused about whether they really needed to evacuate.

There are standard tsunami evacuation zones, as well as zones for “extreme” tsunamis in Hawaii. Tuesday’s was a standard evacuation; some residents who live in “extreme” tsunami zones fled as well, even though they were already in safe areas. It would have been more efficient for people to stay put if they were in a safe location, leaving the roads to those who needed to leave inundation zones.

Here is a short video showing the mess in Honolulu… :

https://twitter.com/i/status/1950399163599876406

Source : Hawaiian news media.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Suite au puissant séisme de magnitude M8,8 qui a secoué la côte est du Kamtchatka le soir du 29 juillet 2025, il est intéressant de lire les rapports du KVERT et de voir si l’événement sismique a eu un impact sur l’activité volcanique de la péninsule.
Bien que plusieurs médias aient immédiatement établi un lien entre le séisme et le regain d’activité du Klyuchevskoy – sans connaître le contexte volcanique de la région – le KVERT indique qu’une activité éruptive au niveau du cratère sommital du volcan avait déjà été observée entre le 17 et le 30 juillet 2025. Une forte anomalie thermique avait été identifiée sur les images satellite. La lave remplissait lentement le cratère depuis le 20 avril et une forte incandescence avait été observée le 19 juillet par des scientifiques visitant la région.
Le 29 juillet à 23 h 24, le séisme de M8,8 s’est produit à environ 400 km au sud et n’est pas lié à l’éruption en cours. Une image satellite capturée vers 00h36 le 30 juillet montre une importante coulée de lave sur le flanc OSO. La couleur de l’alerte aérienne reste Orange (niveau 2 sur une échelle de quatre couleurs).

On se souvient que la séisme de Tohoku (M9,0) le 11 mars 2011 au Japon n’a pas eu sur le mont Fuji l’impact redouté par les volcanologues japonais

Crédit photo: KVERT

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Parallèlement, des émissions modérées de vapeur et de gaz se poursuivent sur le Karymsky. Une faible anomalie thermique au-dessus du volcan a été identifiée sur les images satellites du 19 au 21 juillet. Le 25 juillet à 11h00, la couleur de l’alerte aérienne a été abaissée au Jaune (niveau 2 sur une échelle de quatre couleurs).

Cratère du Karymsky (Crédit photo: KVERT)

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L’activité éruptive se poursuit sur l’ancien et le nouveau dôme du Sheveluch. Des anomalies thermiques sont identifiées au-dessus des dômes sur les images satellites. De légers panaches de cendres étaient visibles le 22 juillet ; aucune croissance du dôme n’a été observée. Les explosions du 23 juillet ont produit des panaches de cendres qui se sont élevés jusqu’à 3 km d’altitude avant de s’étirer sur 70 km vers l’est. La couleur de l’alerte aérienne reste Orange (niveau 2 sur une échelle de quatre couleurs).
Source : KVERT.

Épisode éruptif sur le Sheveluch (Ctédit photo: KVERT)

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L’activité éruptive se poursuit sur le Shinmoedake (Japon). Le nombre de séismes volcaniques sous le volcan, où ils ont été détectés pour la première fois fin octobre 2024, continue de fluctuer. Des épisodes de tremor sont également détectés occasionnellement. Des panaches de vapeur et de cendres s’élèvent de 100 à 200 m au-dessus du cratère. Des événements éruptifs ont été observés le 27 juillet 2025, mais les conditions météorologiques n’étaient pas favorables. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 5) et il est conseillé au public de faire preuve de prudence à moins de 3 km du cratère du Shinmoedake.
Source : JMA.

Crédit photo: Wikipedia

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Au cours des derniers mois, les signes d’activité sismique et volcanique ont lentement diminué sur le mont Spurr (Alaska), et aucune déformation significative du sol ne s’est produite depuis mars. L’ensemble de ces données montre que la remontée du magma vers la surface, sous le sommet du volcan, entre janvier 2024 et mars 2025 s’est arrêtée. La persistance de faibles émissions de gaz au sommet est à mettre en relation avec le dégazage de ce magma. La persistance de séismes plus profonds, avec des émissions de CO2 au niveau de la bouche active sur Crater Peak, montre que du magma a pu également s’infiltrer sous Crater Peak, à des niveaux plus profonds de la croûte, probablement à 20 km sous le niveau de la mer. Bien qu’il n’y ait aucune indication que ce magma plus profond ait tendance à remonter vers la surface et provoquer une éruption, l’AVO continue de surveiller les signes qui pourraient annoncer un tel événement.

Source : AVO.

Source: AVO

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L’Épisode 29 de l’éruption du Kilauea (Hawaï) s’est terminé le 20 juillet 2025, après plus de 13 heures de fontaines de lave. L’activité sismique et un dégazage important sont toujours observés. L’inflation sommitale se poursuit, quoique lentement. Selon le HVO, un 30ème épisode éruptif reste possible, peut-être d’ici un à 5 jours

Source : HVO.

Image webcam de l’Épisode 29

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L’éruption sur la chaîne de cratères de Sundhnúkur (Islande) se poursuit avec une émission régulière de lave vers l’est et le sud-est depuis le cratère principal. Un nouveau cratère s’est formé à l’intérieur du cratère principal, et l’activité se limite désormais à ce point d’émission. La lave continue de s’épaissir et de progresser, même si cela n’est pas visible en surface. Il est donc fortement déconseillé aux touristes de marcher sur la lave nouvellement émise. Même si la surface paraît dure et stable, la croûte n’a souvent que quelques centimètres d’épaisseur et peut cacher de la lave en fusion. La lave conserve également longtemps la chaleur et peut présenter une très haute température même lorsqu’elle semble solide en surface. Marcher sur une telle lave est donc dangereux.
Les observations de déformation montrent une nouvelle phase de soulèvement sous la zone de Svartsengi. Actuellement, ce soulèvement est très faible, avec moins de 2 cm au cours de la semaine écoulée. De nouvelles mesures au cours de la semaine prochaine confirmeront si le soulèvement à Svartsengi se poursuit.

Source : Met Office.

Image de drone de l’éruption

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity in the world:

Following the powerful M8.8 earthquake that rocked Kamchatka’s east coast in the evening of 29 July 2025, it is interesting to read KVERT’s reports and see if the seismic event had an impact on volcanic activity on the peninsula.

Although several media made a link between the earthquake and renewed activity at Klyuchevskoy, KVERT indicates that eruptive activity at the volcano’s summit crater was already observed during 17-30 July 2025. A strong thermal anomaly was identified in satellite images. Lava had been slowly filling up the crater since 20 April and strong crater incandescence was observed on 19 July by scientists visiting the area..

At 23 :24 on 29 July the major tectonic earthquake occurred about 400 km S and was unrelated to the ongoing eruption. A satellite image captured at around 0036 on 30 July showed a large lava flow had already descended the WSW flank. The Aviation Color Code remains at Orange (level 2 on a four-color scale).

One should remember that the Tohoku earthquake (M9.0) on March 11, 2011 in Japan did not have the impact on Mount Fuji that Japanese volcanologists feared.

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In the meantime, moderate steam-and-gas emissions continue at Karymsky. A weak thermal anomaly over the volcano was identified in satellite images during 19-21 July. At 1100 on 25 July the Aviation Color Code was lowered to Yellow (level 2 on a four-color scale).

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Eruptive activity continues at Sheveluch’s “300 years of RAS” dome on the SW flank of Old Sheveluch and at the Young Sheveluch dome. Thermal anomalies over the domes are identified in satellite images. Minor ash plumes were visible on 22 July; no dome growth was observed. Explosions on 23 July produced ash plumes that rose as high as 3 km a.s.l. and drifted 70 km E. The Aviation Color Code remains at Orange (level 2 on a four-color scale).

Source : KVERT.

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Eruptive activity continues at Shinmoedake (Japan). The number of volcanic earthquakes located beneath Shinmoedake, first detected in late October 2024, continues to fluctuate; volcanic tremor is also occasionally detected. Steam and ash plumes rise 100-200 m above the crater. Eruptive events were detected on 27 July 2025 but weather conditions obscured views. The Alert Level remains at 3 (on a 5-level scale) and the public is advised to exercise caution within 3 km from Shinmoedake Crater.

Source : JMA.

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Over the past several months, shallow seismic activity and visible signs of unrest have shown slowly decreasing trends at Mount Spurr (Alaska) , and ground deformation has not occurred since March. Taken together, these data show that the ascent of magma to shallow levels beneath the volcano’s summit region from January 2024 to March 2025 has stalled. Continuing low levels of gas emissions from the summit are consistent with degassing of this shallow magma body.

The continuing deeper earthquakes, coupled with ongoing degassing of CO2 at the Crater Peak vent, suggest that a magma body may have also intruded under Crater Peak at deeper levels in the crust – possibly at 20 km below sea level. While there is no evidence that this deeper magma will rise up towards the surface and erupt, AVO continues to watch for signs that it might do so.

Source : AVO.

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Episode 29 of the Kilauea eruption (Hawaii) ended on July 20, 2025, after over 13 hours of lava fountaining. Seismic activity and elevated degassing persist. Inflation at the summit continues, albeit slowly. According to HVO, a 30th eruptive episode may occur, possibly one to five days from now.

Source : HVO.

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The eruption at the Sundhnúkur crater row (Iceland)continues with steady lava flow from the main crater toward the east and southeast. A new crater has formed inside the main crater, and activity is now limited to that crater. The lava is still thickening and moving, even though this is not visible on the surface. Tourists are therefore strongly advised against walking on newly formed or recent lava. Even if the surface appears hard and stable, the crust is often only a few centimeters thick and may conceal glowing, molten lava. Lava also retains heat for a long time and can be burning hot even when it looks solid on the surface. Walking on such lava is therefore life-threatening. 

Deformation observations show signs of renewed uplift beneath the Svartsengi area. Currently, these displacements are very small, registering a total uplift of less than 2 cm over the past week. Further measurements within the coming week will confirm whether uplift at Svartsengi continues.

Source : Met Office.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Les glaciers du Mont Rainier (suite) // Mount Rainier glaciers (continued)

Dans plusieurs notes publiés en janvier 2011, juin et septembre 2023 sur ce blog, j’ai alerté sur la fonte des glaciers du mont Rainier, un volcan culminant à 4 392 m dans l’État de Washington. Les scientifiques nous rappellent régulièrement que ces glaciers jouent un rôle important : ils permettent à des écosystèmes de s’installer, alimentent les rivières et sont source de vie pour les localités environnantes. Depuis les années 1970, ils fondent plus vite qu’on ne l’imaginait.
Au début des années 1900, le mont Rainier comptait 30 glaciers. Aujourd’hui, on estime qu’il n’en reste que 26. Le glacier Ohanapecosh a commencé à se fragmenter et pourrait disparaître d’ici une décennie. Plus globalement, les glaciers du mont Rainier perdent plus de glace en été qu’ils n’en gagnent en hiver. Les glaciologues estiment que trois nouveaux glaciers pourraient disparaître au cours des vingt prochaines années. Après n’avoir perdu qu’un seul glacier au cours du 20ème siècle, le mont Rainier pourrait en perdre six au cours de la première moitié du 21ème siècle.

Le glacier Nisqually en 2002 (Photo: C. Grandpey)

Le glacier Nisqually en 2015, lors de ma dernière visite

Le Nisqually en 2020 (Source : NPS)

Il y a encore quelques années, les touristes visitaient Paradise Ice Caves, des les grottes de glace creusées dans le glacier éponyme. Célèbres pour leurs formations d’un bleu éclatant, elles furent le site touristique le plus visité pendant des décennies avant que la fonte du glacier ne provoque la chute d’énormes blocs de glace, mettant en danger les visiteurs et poussant les autorités à en fermer l’accès en 1980. La disparition des grottes préfigurait la disparition des glaciers à laquelle la montagne est aujourd’hui confrontée, et qui modifie rapidement son paysage.
Un rapport de 2023 du National Park Service (NPS) à propos du volume glaciaire du mont Rainier de 1896 à 2021, faisait état de la disparition du glacier Stevens. Une étude de 2023 déclarait que les glaciers Pyramid et Van Trump n’avançaient plus. Un rapport du NPS avait précédemment décrit les deux glaciers comme « en danger critique d’extinction ».

Les glaciologues ont constaté une accélération de la fonte des glaciers ces dernières années, un indicateur confirmé par les scientifiques lors des relevés de surveillance. La vaste étude effectuée par le NPS, qui a mesuré la perte de glaciers au mont Rainier de 1896 à 2021, a révélé une réduction de 41,6 % de la superficie glaciaire durant cette période. Entre 2015 et 2021, l’étude a révélé que le rythme de perte de superficie des glaciers sur le mont Rainier était plus de deux fois supérieur à celui estimé pour la période 2009-2015.

 

Photo: C. Grandpey

Il convient de noter que, face à la politique climatique de l’Administration Trump, les scientifiques sont réticents aujourd’hui à accorder des interviews par crainte de représailles. Ils ont simplement affirmé que le mont Rainier était un lieu idéal pour étudier le réchauffement climatique en raison de sa grande diversité d’altitude et de ses glaciers qui réagissent aux variations de température et de précipitations avec des résultats mesurables. Ils estiment que les projections concernant le réchauffement climatique au cours du siècle prochain pourraient révéler des modifications significatives à propos de la couverture glaciaire du mont Rainier. Par exemple, ces modèles indiquent que les glaciers de basse altitude pourraient disparaître complètement au cours du siècle prochain, tandis que ceux qui se trouvent au sommet persisteront, avec des fronts situés plus haut sur la montagne.
Les chercheurs analysent l’évolution du réchauffement climatique sur le mont Rainier, notamment grâce à des stations météorologiques, des sondes et des mesures régulières sur les 28 glaciers identifiés. Les scientifiques du Parc contrôlent également les différentes espèces végétales présentes sur la montagne, notamment les fleurs et les forêts de basse altitude.

Marmotte à Paradise (Photo: C. Grandpey)

Le mont Rainier accueille environ deux millions de visiteurs chaque année.
Source : National Park Service.

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In several posts written in January 201, June and September 2023, I have alerted to the melting of glaciers on Mounrt Rainier, a volcano rising 4392 m in Washington State. Scientists regularly remind us that these glaciers play an important rôle as they anchor ecosystems, feed rivers, and support nearby communities. Since the 1970s, they have been melting away faster than many imagined.

In the early 1900s, Mount Rainier had 30 glaciers. Today, it is estimated that only 26 remain. The Ohanapecosh Glacier has begun to fragment and may vanish within a decade. More globally, glaciers at Mount Rainier are losing more to melt in the summer than they are gaining in the winter. Glaciologists estimate three more glaciers could be lost in the next twenty years. After losing just one glacier in the 20th century, Mount Rainier may lose six in just the first half of the 21st century.
Years ago, tourists visited the Paradise Ice Caves, tucked inside the Paradise Glacier. Famous for their glowing blue formations, they were the most-visited tourist spot for decades before glacial melting caused large chunks of ice to begin to fall from the ceiling, endangering visitors and pushing officials to close their access in 1980. The disappearing caves foreshadowed the lasting glacier loss that the mountain faces today, which is rapidly changing its landscape.
A 2023 National Park Service (NPS) report surveying Mount Rainier’s glacial volume from 1896 to 2021 declared that Stevens Glacier had disappeared. A 2023 survey declared the Pyramid and Van Trump glaciers were inactive. An NPS report had previously described both glaciers as “critically endangered.”
Glaciologists have noticed the speed of glacier melt has been faster in recent years, which is another measurement scientists track during glacier monitoring surveys.The large NPS study that measured glacier loss at Mount Rainier from 1896 to 2021 found glacial area had been reduced by 41.6% during that time. Between 2015 and 2021, the study found the rate at which Mount Rainier glaciers were losing area was more than two times faster than the rate estimated for the period of 2009 to 2015.
One should notice that, dur to the Trump Administration’s climate policy, scientist today decline interviews for fear of reprisals. They just said Mount Rainier is an ideal location to study global warming because of its large range of elevation and glaciers that respond to changes in temperature and precipitation with measurable results. They believe that a range of forecasts of climate change in the next century may lead to significant changes in the glacier cover at Mount Rainier. These models indicate that lower elevation glaciers may disappear completely in the next century, while those glaciers that start at the summit will persist, though, with terminus positions that are higher up on the mountain.

Ongoing studies track global warming on Mount Rainier, including weather stations, steam gauges and regular measurements of the 28 named glaciers. Park scientists also monitor various species of wildlife on the mountain, including wildflowers and low-elevation forests,
Mount Rainier routinely gets around two million visitors a year.

Source : National Park Service.

Un avenir sombre pour les glaciers // A dark future for the glaciers

Une nouvelle étude conduite par des chercheurs de l’Université de Bristol (Royaume-Uni) et l’Université d’Innsbruck (Autriche), en collaboration avec des collègues de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA), confirme ce que j’ai écrit précédemment sur ce blog : les glaciers ne se régénéreront pas avant des siècles, même si nous parvenons d’ici là à ramener la température de la planète à la limite de 1,5 °C stipulée par la COP 21 de Paris en 2015.

Glacier d’Aletsch (Suisse)

L’étude présente les premières simulations jamais effectuées sur l’évolution des glaciers jusqu’en 2500, en s’appuyant sur des scénarios pessimistes selon lesquels le réchauffement de la planète dépasserait temporairement la limite de 1,5 °C et atteindrait 3 °C avant de se refroidir à nouveau, sauf si les politiques climatiques adoptées par les gouvernements restent inchangées.
Les résultats de l’étude, publiés dans la revue Nature Climate Change, montrent qu’un tel scénario pourrait entraîner une perte de masse des glaciers allant jusqu’à 16 % de plus par rapport à un monde qui ne franchirait jamais le seuil de 1,5 °C.

Mer de Glace (France)

Dans cette étude, les chercheurs ont cherché à déterminer si les glaciers pourraient se rétablir si la planète se refroidissait à nouveau. Malheureusement, la réponse de l’étude est négative. En effet, la hausse globale des températures indique un risque important de dépassement des limites de l’Accord de Paris. Par exemple, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre et la première à dépasser la barre des 1,5 °C.
Les scientifiques ont évalué l’évolution future des glaciers selon un scénario pessimiste dans lequel les températures continueraient d’augmenter jusqu’à 3 °C vers 2150, avant de retomber à 1,5 °C en 2300 et de se stabiliser. Ce scénario suppose un avenir avec zéro émissions de gaz à effet de serre, dans lequel les technologies comme le captage du carbone seraient mises en œuvre pour éviter le dépassement des seuils critiques de réchauffement.
Même dans un tel contexte, les résultats montrent que les glaciers subiraient une perte supplémentaire de 16 % de leur masse d’ici 2200, et de 11 % de plus d’ici 2500, en plus des 35 % déjà promis à la fonte à 1,5 °C. Cette eau de fonte supplémentaire finira par atteindre l’océan, contribuant à une élévation encore plus importante du niveau des océans.

Glacier Athabasca (Canada)

Les auteurs de l’étude ont utilisé un nouveau modèle développé par l’Université de Bristol et des institutions partenaires, qui simule l’évolution passée et future de tous les glaciers du monde, à l’exception des deux calottes polaires. Ce modèle a été combiné à de nouvelles projections climatiques proposées par l’Université de Berne (Suisse).
Le modèle montre qu’il faudrait plusieurs siècles, voire des millénaires, aux grands glaciers pour se rétablir suite à une hausse de température de 3 °C. Pour les glaciers plus petits, comme ceux des Alpes, la régénération ne se fera pas avant les prochaines générations, mais elle est possible d’ici 2500. L’eau de fonte des glaciers dans ces régions montagneuses est vitale pour les populations situées en aval, en particulier pendant les saisons sèches.
L’étude a été menée dans le cadre du projet PROVIDE, financé par l’Union Européenne, qui étudie les impacts des dépassements climatiques sur des secteurs clés à travers le monde. On peut y lire dans l’étude que « le comportement des glaciers du futur dépendra de nos actions ou inactions climatiques actuelles. L’heure n’est pas à la complaisance. Nous devons réduire drastiquement nos émissions [de gaz à effet de serre] dès maintenant et atteindre la neutralité carbone afin d’éviter les pires conséquences du réchauffement climatique.»
Source : Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA).

Référence :
Schuster, L., Maussion, F., Rounce, D.R., Ultee, L., Schmitt, P., Lacroix, F., Frölicher, T.L., & Schleussner, C-F (2025). Irreversible glacier change and trough water for centuries after overshooting 1.5 °C. Nature Climate Change DOI: 10.1038/s41558-025-02318-w

Glacier Fox (Nouvelle Zélande)

Photos: C. Grandpey

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New research by the University of Bristol in the UK and the University of Innsbruck in Austria in collaboration with colleagues from the I nternational Institute for Appliied Systems Analysis (IIASA) and Switzerland highlights that mountain glaciers across the globe will not recover for centuries, even if human intervention cools the planet back to the 1.5°C limit.

The research presents the first global simulations of glacier change up to 2500 under so-called pessimistic scenarios when the planet temporarily exceeds the 1.5°C limit up to 3°C before cooling back down, which may never happen if the current government climate policies remain unchanged.

The results, which have been published in Nature Climate Change, show that such a scenario could result in glaciers losing up to 16% more of their mass compared to a world that never crosses the 1.5°C threshold.

In the study, the researchers aimed to discover whether glaciers can recover if the planet cools again. Unfortunately, the study’s answer is negative. Indeed, rising global temperatures now indicate a significant chance of overshooting the Paris Agreement limits adopted in 2015. For example, 2024 was the hottest year ever recorded on Earth and the first calendar year to exceed the 1.5°C mark.

The scientists assessed future glacier evolution under a pessimistic scenario in which global temperatures continue rising to 3.0°C by around 2150, before falling back to 1.5°C by 2300 and stabilizing. This scenario reflects a delayed net-zero future, in which negative emission technologies like carbon capture are only deployed after critical warming thresholds have been exceeded.

The results show glaciers would undergo an additional 16% of glacier mass being lost by 2200, and 11% more by 2500, on top of the 35% already committed to melting even at 1.5°C. This extra meltwater eventually reaches the ocean, contributing to even greater sea-level rise.

The research used a new model developed at the University of Bristol and partner institutions, which simulates past and future changes in all of the world’s glaciers, excluding the two polar ice sheets. It was combined with novel global climate projections produced by the University of Bern (Switzerland).

The model shows it would take many centuries, if not millennia, for the large polar glaciers to recover from a 3°C remperature increase. For smaller glaciers such as those in the Alps, the recovery won’t be seen by the next generations but is possible by 2500. Glacier meltwater in these mountain regions is vital to downstream communities – especially during dry seasons.

This research was conducted as part of the EU-funded PROVIDE project, which investigates the impacts of climate overshoots on key sectors around the world. One can read that“the glaciers of the future will bear witness to the consequences of our climate actions or inactions today. This is not a time of complacency. We need to slash emissions now and decisively on the race to net zero to avoid the worst consequences of climate change. »

Source : International Institute for Appliied Systems Analysis (IIASA)

Reference :
Schuster, L., Maussion, F., Rounce, D.R., Ultee, L., Schmitt, P., Lacroix, F., Frölicher, T.L., & Schleussner, C-F (2025). Irreversible glacier change and trough water for centuries after overshooting 1.5 °C. Nature Climate Change DOI: 10.1038/s41558-025-02318-w