Islande : construction d’un pipeline souterrain pour alimenter la péninsule de Reykjanes // Iceland : construction of an underground pipeline to supply the Reykjanes peninsula

Alors que l’éruption qui avait débuté le 18 décembre 2023 vient de prendre fin, les scientifiques islandais expliquent que tout laisse croire qu’il existe une chambre magmatique sous la région de Svartsengi.
Selon les scientifiques, la dernière éruption fait partie d’une chaîne d’événements qui se poursuit depuis au moins 2020. Cette chaîne d’événements s’étend sur la péninsule de Reykjanes et ses multiples systèmes volcaniques. Le magma de la dernière éruption provenait probablement d’une chambre magmatique sous Svartsengi, ou peut-être d’une chambre située entre Eldvörp et la région de Sundhnúkar. La chambre se trouve probablement à une profondeur de 5 à 7 km. La géochimie, les données sismiques et les éruptions dans la région depuis 2021 confirment son existence.
La centrale électrique de Svartsengi approvisionne en eau et en électricité la majeure partie de la péninsule de Reykjanes. Pour le moment, cette eau est acheminée en surface par le pipeline de Narjðvík qui serait menacé par la lave provenant d’éventuelles éruptions. La construction d’un nouveau pipeline souterrain a commencé, mais sa réalisation prendra un certain temps. La construction de digues de terre pour protéger la centrale électrique d’éventuelles coulées de lave est, quant à elle,  presque terminée.
Source  : Iceland Review.

La centrale électrique de Svartsengi (prairie noire en islandais) est très importante pour la péninsule de Reykjanes car elle fournit de l’électricité et de l’eau chaude à 21 000 foyers, soit environ 30 000 personnes. C’est l’une des centrales thermiques les plus importantes d’Islande. Elle est connectée au reste du réseau électrique islandais jusqu’à Reykjavík.
La centrale utilise l’énergie géothermique haute température de la région avec de profonds forages permettant de puiser dans des réservoirs où l’eau et la vapeur atteignent des températures élevées. Elle a été construite en six phases entre 1974 et 2008 et a été l’une des premières centrales géothermiques d’Islande. La centrale de Svartsengi est divisée en six unités et une septième est d’ores et déjà prévue. Aujourd’hui, elle se compose de 13 forages de production reliés aux six unités. Huit de ces puits produisent un mélange de vapeur et de saumure. L’énergie produite par la centrale électrique de Svartsengi atteint 76,5 MW pour l’électricité et 150 MW d’énergie thermique pour le chauffage, avec environ 475 litres/seconde d’eau chaude à 90 °C.

Le Lagon Bleu ou Blue Lagoon, l’une des principales attractions touristiques d’Islande, est étroitement lié à la centrale de Svartsengi, car l’eau d’un bleu laiteux est le rejet de la centrale électrique. Le Blue Lagoon est apparu en 1976 lorsque les eaux rejetées par la centrale électrique de Svartsengi ont commencé à s’accumuler et ont formé un vaste bassin. Au fil du temps, le bassin s’est agrandi et est devenu une destination prisée pour se baigner et se détendre.

L’eau riche en silice sort de la centrale entre 30 et 39 °C et alimente le lac artificiel. Cette eau est naturellement riche en sels minéraux, silicates et algues d’une belle couleur bleu-vert. Ce sont ces algues qui donnent au lagon sa couleur bleu turquoise laiteuse et expliquent le nom donné au site. Sa salinité est de 2,5 % alors que celle de l’eau de mer en Islande est d’environ 3,4 %.

Cette eau a des propriétés curatives et est recommandée pour certaines maladies de la peau telles que le psoriasis et l’eczéma. Un centre médical pour traiter ces dermatoses a ouvert en juin 2005. La structure comprend également un sauna, un jacuzzi, une chute d’eau, un centre de massage, etc.

Photos: C. Grandpey

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As the eruption that began on December 18th, 2023 has been coming to an end, scientists say there are indications of a magma chamber underneath the nearby Svartsengi area.

Icelandic scientists explain that the latest eruption is part of a chain of events that has been ongoing since at least 2020. This chain of events stretches across the Reykjanes peninsula and its multiple volcanic systems. The magma in the last eruption probably came from some kind of magma chamber under Svartsengi, or possibly from a chamber that lies from Eldvörp to the Sundhnúkar area.The chamber is likely located at a depth of 5-7 km. Geochemistry, earthquake data, and the eruptions in the area since 2021 all point to its existence.

The power plant in Svartsengi supplies most of the Reykjanes peninsula with water and electricity. For the time being, this water is provided through the Narjðvík pipeline which is above ground, and is vulnerable to lava from potential eruptions. Construction on an alternative underground pipeline has begun, but will take some time to complete. In the meantime, construction of above-ground barriers to protect the power plant from lava flow is nearly complete.

Source : Iceland Review.

The Svartsengi (black meadow in Icelandic)power station is very important for the Reykjanes peninsule because it provides electricity and hot water to about 30,000 people. It is therefore considered one of the most important heating plants in Iceland. It is connected to the wider Icelandic electrical grid to Reykjavík.

The power station utilizes the high-temperature geothermal system in the area by drilling deep into the earth to tap into the geothermal reservoirs where water and steam reach high temperatures. It was built in six phases between the years 1974 to 2008 and was one of the first geothermal power plants in Iceland. The station is divided into six plants, and plans have already been made for a seventh one. Today, it consists of 13 production boreholes connected to the six plants, eight of those wells are producing a mixture of steam and brine. The energy at Svartsengi Power Station measures 76.5 MW for the electricity and 150 MW for the heating, with about 475 liters/second of 90 °C hot water.

The Blue Lagoon, one of Iceland’s biggest tourist attractions, has close ties to Svartsengi, as the milky-blue water of the lagoon is actually wastewater from the power station. The Blue Lagoon was formed in 1976 when runoff water from Svartsengi Power Station began to collect in a pool. Over time, the pool grew and became a popular destination for bathing and relaxing.

The silica-rich water comes out of the plant at a temperature between 30 and 39°C and feeds the artificial lake. This water is naturally rich in mineral salts, silicates and blue-green algae. It is these algae that give the lagoon its milky turquoise blue color and explain the name. Its salinity is 2.5% while that of Icelandic sea water is around 3.4%.
This water has healing properties and is recommended for certain skin diseases such as psoriasis and eczema. A clinic to treat some of these dermatoses opened in June 2005. The center also includes a sauna, boiling water bath, waterfall, massage center, etc.

15 recommandations pour le tourisme volcanique à La Réunion

La Préfecture de la Réunion avait commandé, en début d’année 2023 un rapport autour du tourisme volcanique. Il en ressort 15 recommandations qui constituent des pistes pour améliorer l’accès au Piton de la Fournaise et au spectacle qu’il offre en période d’éruption.

C’est bien connu : dès que commence une éruption du Piton de la Fournaise, la porte de l’Enclos est tout de suite fermée aux visiteurs et un profond sentiment de frustration apparaît parmi les touristes et les habitants de l’île. La demande d’une évolution de la réglementation se fait entendre depuis de nombreuses années.

Il ne faudrait pas oublier que l’Enclos était autrefois ouvert au public lors des éruptions, librement de 1972 à 2010, puis sur autorisation spéciale nominative jusqu’à 2017. Depuis six ans, l’Enclos est systématiquement interdit par arrêté préfectoral lors des crises éruptives du volcan.

C’est pourquoi le préfet actuel, Jérôme Filippini, a souhaité enclencher une réflexion autour du tourisme volcanique. Un rapport a été élaboré ces derniers mois après échanges avec les divers partenaires concernés par le volcan, avec des visites sur le terrain pour bien apprécier la situation.

Au final, 15 recommandations sont identifiées dans le rapport préfectoral.

ATTENTION ! Il ne s’agit, pour le moment, que de recommandations. Elles sont présentées ci-dessous :

1/ Instaurer un comité partenarial de réflexion sur les aménagements et dispositifs de gestion prévus pour valoriser le volcan et assurer la sécurité

2/ Autoriser l’accès aux tunnels de 2007, à l’exclusion du puits du Tremblet

3/ Veiller à une mise à jour régulière de la liste de diffusion des alertes émises par la préfecture, s’agissant des AMM/GHM et des professionnels de la spéléologie

4/ Finaliser l’implantation d’un dispositif sonore et lumineux, dans la partie haute de l’Enclos, à l’aplomb du sentier de sortie du Pas de Bellecombe-Jacob

5/ Réunir, à chaque éruption, un comité d’experts (OVPF, ONF, BRGM, Météo-France, Atmo, PGHM, PNR, EMZ, ARS) qui serait chargé de proposer, dans la mesure du possible, une ou plusieurs zones accessibles au public

6/ Inciter les collectivités à mettre en place des navettes de bus pour limiter les flux de véhicules, que ce soit sur la partie haute, depuis la route forestière, ou sur la partie basse (RN 2)

7/ Convier la DMSOI au comité d’experts, prévu à la recommandation n° 5, lorsque le niveau de vigilance 2-2 est activé afin de définir un périmètre d’interdiction en mer, le cas échéant

8/ Pour les reconnaissances en phase de sauvegarde, lancer des reconnaissances à pied, lorsque les moyens héliportés sont indisponibles ou ne peuvent pas voler en raison des conditions météorologiques

9/ Communiquer par messagerie, au début de la phase de sauvegarde, aux acteurs du tourisme pour les informer sur la situation de l’éruption et les perspectives de retour au niveau de vigilance

10/ Étudier la mise en place de dispositifs innovants permettant d’accompagner l’observation des coulées depuis la RN2

11/ Solliciter la ligue réunionnaise de spéléologie et de canyoning pour accompagner l’installation de panneaux d’information à l’entrée des tunnels de lave de 2007, en cohérence avec la charte graphique déployée sur la route des Laves, et en collaboration avec le propriétaire du foncier

12/ Étudier la faisabilité d’installer un poste avancé de la gendarmerie nationale au Pas de Bellecombe-Jacob

13/ Délivrer une information claire et synthétique aux visiteurs du volcan, par l’apposition de panneaux au Pas de Bellecombe-Jacob ; grâce à un QR code à l’entrée du sentier ; par l’apposition d’un panneau d’information (météo, règles de sécurité, durée d’atteinte au sommet en véhicule). Les panneaux en phase d’alerte doivent également être revus.

14/ Étudier la proposition, au parking Foc-Foc, d’une offre de services complémentaires (toilettes, petite alimentation, petit équipement de sécurité, prévention, etc.), qui pourrait être également mise en place hors épisode éruptif, dans une logique de diffusion du flux de visiteurs et de décongestion du Pas de Bellecombe-Jacob

15/ Mieux connaître le nombre et les pratiques des visiteurs au Piton de la Fournaise au moyen de quelques questions qui leur seraient posées à l’aide d’un QR code scanné à l’entrée des sentiers

Source : Réunion la 1ère.

A voir maintenant ce qu’il adviendra de ces 15 recommandations, en espérant qu’elles ne resteront pas lettre morte. Entre interdiction totale et liberté totale d’accès à l’Enclos, il reste un vaste espace pour trouver des solutions. Affaire à suivre!

Le Piton de la Fournaise : un superbe volcan

Un panneau qui fait grincer les dents..

(Photos: C. Grandpey)

Éruption islandaise : pas de risque pour le trafic aérien // Eruption in Iceland : no risk for air traffic

A l’approche des vacances de Noël, certains se demandent si l’éruption en cours sur la péninsule islandaise de Reykjanes ne risque pas de perturber le trafic aérien comme en 2010 avec l’éruption de l’Eyjafjallajokull. Ces personnes n’ont pas à s’inquiéter car les deux éruptions sont très différentes.
Aucune des récentes éruptions sur la péninsule de Reykjanes n’a perturbé le trafic aérien, malgré la proximité de l’aéroport de Keflavik. Dans sa phase initiale, l’éruption actuelle a semblé plus importante et plus puissante que celles des dernières années, mais il est peu probable maintenant qu’elle ait un impact sur le trafic aérien.
Personne ne peut oublier les énormes perturbations survenues en 2010 lorsque l’Eyjafjallajokull a vomi de volumineux panaches de cendres qui ont transité au-dessus de l’Europe. Quelque 100 000 vols ont été cloués au sol, des millions de voyageurs ont été bloqués et le trafic aérien a été interrompu pendant plusieurs jours car on craignait que les fines particules de cendre endommagent les moteurs des aéronefs.

Nuage éruptif de l’Eyjafjoll en 2010 (Source: Wikipedia)

Aujourd’hui, les volcanologues expliquent que l’éruption à 3 km au nord de Grindavik ne devrait pas produire beaucoup de cendres ni provoquer une perturbation d’une ampleur similaire.
Contrairement à ce qui avait été promis en 2010, aucun effort n’a été fait et aucune mesure n’a été prise pour installer des détecteurs de cendre à bord des avions. En 2014, alors que j’allais en Alaska à bord d’un Boeing 727 de British Airways, et que, passant à proximité de l’Islande, on pouvait voir le nuage éruptif planer au-dessus de l’île, le pilote m’a dit que son avion n’était pas équipé d’un tel instrument et qu’il n’avait jamais été informé de l’éruption !
Les scientifiques affirment qu’il n’y a actuellement aucun risque que la lave atteigne la ville de Grindavik ou des structures comme la centrale électrique de Svartsengi. Les habitants de la zone ont été évacués et la plupart des routes environnantes restent fermées.

Grindavik sous la menace de l’éruption? (Crédit photo: Iceland Monitor)

Cependant, les scientifiques préviennent que la situation pourrait changer et qu’il est trop tôt pour dire combien de temps durera l’éruption. On ne sait pas, non plus, quand les habitants de Grindavik pourront réintégrer leurs maisons. Même si la lave n’est pas sortie dans la bourgade, ni dans la centrale de Svartsengi, ni dans le Blue Lagoon, les coulées de lave ne sont qu’à quelques kilomètres et on craint toujours qu’elles atteignent ces sites sensibles.
Les gaz émis par l ‘éruption peuvent également accroître le risque de mauvaise qualité de l’air dans la région en raison de la présence de SO2. Le Met Office explique qu’une pollution gazeuse pourrait être détectée dans la région de Reykjavik dans les prochains jours.

L’éruption le 19 décembre (image webcam)

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As the Christmas holidays approach, some people are wondering whether the current eruption on the Reykjanes Peninsula in Iceland might dirupt air trafic like in 2010 with the eruption of Eyjafjallajokull. These people do net need to worry as the two eruptions are very different.

None of the recent eruptions on the Reykjanes Peninsula caused damage or disruptions to flights, despite the area’s proximity to Keflavik Airport. Though the current eruption appeared to be larger and more powerful than those in recent years at the beginning, it is unlikely to impact air travel.

Nobody can forget the huge disruptions to international aviation in 2010, when Eyjafjallajokull, spewed giant clouds of ash high into the atmosphere over Europe. Some 100,000 flights were grounded, millions of international travelers stranded and air travel was halted for days because of concerns the fine ash could damage jet engines.

Experts say the location and features of the current eruption mean it is not expected to produce much ash or cause a similar scale of disruption.

Contrary to what had been promised in 2010, no efforts or measures have been taken to install ash detecting instruments on board aircraft. In 2014, while I was travelling to Alaska onboard a British Airways Boeing 727, and one could see the eruption cloud hovering above Iceland, the pilot told me his plane was not equipped with such equipment and he had never been told about the eruption !

Scientists say that there is no current threat that the lava will reach the town of Grindavik or key structures like nearby power plants. The residents from the area have been evacuated and most surrounding roads remain closed.

However, the scientists warn the situation could change and that it’s too early to say how long the eruption will last or when local residents could move back into their homes. Even though the lava did not erupt into the town of Grindavik, or at the nearby power plant, or at the Blue Lagoon, the lava flows are still only a few kilometers away and there is still concern of lavas reaching these key locations.

The eruptive gases can also heighten the risk of poor air quality in the region because of the increased SO2 content in the air. The Met Office explains that gas pollution may be detected in the area of Reykjavik in the next few days.

L’Etna à Versailles !

Il y a quelques jours, l’émission « Des Racines et des Ailes » diffusée sur France 3 était consacrée au Château de Versailles à l’occasion du 400ème anniversaire de la pose par Louis XIII de la première pierre d’un relais de chasse qui allait devenir l’un des plus beaux édifices au monde sous le règne de Louis XIV.

L’une des séquences du film était consacrée aux jardins dessinés par André Le Nôtre. L’un d’eux, le Bosquet de l’Encelade a particulièrement attiré mon attention quand Carole Gaessler a mentionné l’Etna, le célèbre volcan sicilien, à propos de la fontaine qui trône au centre du site.

Pour comprendre la symbolique de cette fontaine, il faut se plonger dans la mythologie grecque. Un épisode raconte la prise de pouvoir de Zeus qui avait vaincu les Titans. Furieuse, leur mère, Gaïa, déclara la guerre aux dieux de l’Olympe et envoya ses fils, les Géants, au combat. Encelade était l’un d’eux. Armés d’énormes rochers et de chênes enflammés, les Géants se lancèrent à l’assaut de l’Olympe mais furent défaits par les Dieux. Zeus tua plusieurs d’entre eux ; Apollon aveugla Ephialtès ; les Géants blessés furent achevés par les flèches d’Héraklès.
Encelade tenta de fuir le massacre. Folle de fureur, la déesse Athéna lui jeta un énorme rocher qui éclata en mille morceaux. Il fut alors foudroyé par Zeus et enseveli sous le mont Etna par les rochers lancés par Athéna.
Dans l’Antiquité, les éruptions volcaniques de l’Etna passaient pour être la respiration du Géant enseveli. De la même façon, les séismes étaient provoqués par le Géant en train de se retourner sous le volcan.

Exécutée en plomb par Gaspard Marsy, entre 1675 et 1677, la fontaine de l’Encelade s’inspire de cette histoire. La souffrance du Géant se traduit par le puissant jet qui, tel un cri, s’échappe de sa bouche.

En réalité, le bassin de l’Encelade – qui représente le triomphe d’Apollon et des divinités olympiennes contre leurs adversaires – est une allégorie en allusion à la victoire de Louis XIV sur la Fronde. Le bassin a été récemment restauré en s’inspirant d’une gravure de la fontaine par Antoine Le Pautre (1677). Les auteurs de la statue de bronze doré sont les frères Gaspard et Balthazar Marsy qui ont également sculpté le groupe du bassin de Latone.

Encelade enfoui sous les rochers lancés par Athéna (Crédit photo : Wikipedia)