Un géochimiste de terrain // A field geochemist

Le personnel de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) vient d’honorer Jeff Sutton, un géochimiste qui a pris sa retraite après 38 ans de travail pour l’USGS. Jeff Sutton est le contraire de ces scientifiques qui passent leur temps dans un laboratoire. Tout au long de sa carrière, il s’est efforcé d’améliorer les méthodes d’échantillonnage des gaz volcaniques et notre compréhension de ce que les gaz peuvent révéler sur les processus éruptifs.

Le travail de Jeff va bien au-delà de la Grande Ile d’Hawaï car il a travaillé sur d’autres volcans actifs dans l’ouest des États-Unis et dans le monde entier. Jeff a compris que l’instrumentation sur le terrain présente plusieurs avantages par rapport aux mesures intermittentes et aux analyses des gaz volcaniques en laboratoire. Tout d’abord, cela réduit le nombre de visites à risques sur un site volcanique. De plus, les mesures en continu fournissent une vue plus détaillée que les échantillons occasionnels de l’évolution des concentrations de gaz avec l’activité volcanique. Enfin, en envoyant des données à l’observatoire en temps réel, on obtient dans les meilleurs délais une indication de toute modification des émissions de gaz pouvant signaler un changement d’activité éruptive.
Le projet d’échantillonnage des gaz volcaniques en continu a permis à Jeff Sutton de travailler pour le compte de l’Observatoire Volcanologique des Cascades. En 1993, il a été affecté pour 2 ou 3 ans au HVO, mais y a travaillé au final pendant 24 ans! Jeff envisage de continuer à travailler au HVO de manière intermittente en tant que « scientifique émérite » car il a l’intention de mener à leur terme des projets de recherche importants.
Jeff Sutton appartient à cette catégorie de scientifiques de terrain que j’apprécie le plus. Il me rappelle le regretté François Le Guern qui a passé son temps à inventer de nouvelles méthodes d’échantillonnage de gaz volcaniques à la source, avant qu’ils soient pollués par l’air ambiant. En travaillant pour Haroun Tazieff, il a compris très tôt que les gaz étaient le moteur d’une éruption et que leur étude et leur analyse devraient être prioritaires.
Source: USGS / HVO.

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Hawaiian Volcano Observatory (HVO) staff has just honoured Jeff Sutton, a gas geochemmist who retired after 38 years of work for USGS. .

Jeff Sutton is the contrary of those scientists who spend their time in a laboratory. Throughout his career, Jeff strived to improve methods of sampling volcanic gasses and our understanding of what the gasses can tell us about eruptive processes.

Jeff’s impact extends far beyond Hawaii, as he has worked at active volcanic systems throughout the western U.S. and around the world. Jeff realized that field-based instrumentation has several advantages over intermittent measurements and laboratory analyses of volcanic gasses. First, it alleviates the need for hazardous visits to a volcanic site. Secondly, continuous measurements provide a more detailed view of how gas concentrations and compositions change with changing volcanic activity than occasional samples. Finally, by sending data to the observatory in real-time, we can get the earliest possible indication of any change in gas emissions that could signal a change in eruptive activity.

The continuous sampling project led to Jeff’s appointment to a position at the Cascades Volcano Observatory. In 1993, he was assigned to a 2-3 year tour at HVO. Fortunately for his colleagues at HVO, that “temporary” tour lasted 24 years! Jeff plans to continue working at HVO intermittently as a “scientist emeritus”—meaning that he will volunteer his time to continue the work he loves and to finish important projects.

Jeff  Sutton belongs to the category of on-the-field scientists I appreciate most. He reminds me of the late François Le Guern who spent his time inventing new methods of sampling volcanic gases at the source, before being polluted by the ambient air. Working for Haroun Tazieff, he understood very early that gases were the motor of an eruption and that their study and analysis should be given priority.

Source: USGS / HVO.

Mesure des émissions gazeuses pendant l’éruption fissurale de Kamoamoa en 2011. (Crédit photo : USGS / HVO)

 

Etna (Sicile): Dernières nouvelles // Latest news

Sur sa page d’accueil, le site de l’INGV (Section de Catane) résume la situation éruptive de l’Etna entre le 17 mars et le 6 avril 2017. Comme on peut le voir sur les nombreuses webcams dirigées vers le volcan, la lave continue à s’écouler depuis la bouche effusive qui s’est ouverte pendant la soirée du 15 mars à 3010 mètres d’altitude, à la base méridionale du Cratère SE. Les derniers survols effectués par l’INGV ont montré qu’une partie de cette lave s’écoule en tunnels ou chenaux. L’activité effusive se poursuit de manière relativement stable avec un front de lave situé vers 2300 mètres d’altitude.

Durant l’activité explosive de la mi-mars, le nouveau cône qui s’était formé autour de la bouche éruptive dans la dépression entre le nouveau et l’ancien Cratère SE avait progressé en largeur mais pas en hauteur. A noter que vers la fin du mois de mars un petit pit crater s’est ouvert sur le flanc sud de ce cône avec une forte incandescence bien visible de nuit. De plus, au cours des dernières semaines, on a pu observer le rougeoiement émis par la bouche de dégazage qui s’est ouverte le 7 août 2016 sur la lève NE de la Voragine.

L’ensemble du rapport de l’INGV se trouve à cette adresse :

http://www.ct.ingv.it/it/

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On its home page, the INGV (Catania Section) website summarizes the eruptive situation of Mount Etna between 17 March and 6 April 2017. As can be seen on the numerous webcams directed towards the volcano, lava continues to flow from the effusive vent that opened on the evening of 15 March at 3010 metres above sea level at the southern base of the SE Crater. The last overflights carried out by INGV showed that part of this lava flows in tunnels or channels. The effusive activity continues relatively steadily with a lava front located 2300 metres a.s.l.
During the explosive activity of mid-March, the new cone that had formed around the eruptive vent in the “saddle” between the new and old SE Crater had got wider but not higher. It should be noted that by the end of March a small pit crater opened on the southern flank of this cone with a strong incandescence visible at night. In addition, during the last few weeks, one could observe the glow from the degassing vent which opened on August 7, 2016 on the NE rim of the Voragine.
The entire INGV report can be found at:
http://www.ct.ingv.it/it/

Nouveau pit crater sur le flanc S du cône (Crédit photo: INGV)

La coulée de lave vue par l’une des webcams Radio Studio 7.

Augmentation de l’activité du Poas (Costa Rica) // Increase in activity on Poas Volcano (Costa Rica)

Au vu de l’augmentation des émissions gazeuses du Poas, l’OVSICORI a conseillé de prendre des mesures de prévention. Depuis le début de l’année 2017, le volcan a connu d’importants changements géophysiques avec l’inflation de l’édifice (plus de 1 cm verticalement et 3 mm horizontalement), ainsi que de récents changements géochimiques avec l’augmentation du flux de chaleur et de gaz dans le magma. En outre, la couleur de l’eau du lac est passée du vert au gris en avril et sa température a augmenté de 35 à 40°C en une seule semaine.
Une augmentation de l’activité sismique a été observée, avec plus de 200 événements quotidiens de fin mars à début avril et de petites éruptions volcaniques depuis le 30 mars.
Par conséquent, OVSICORI suggère d’augmenter la surveillance du volcan et de prendre des mesures de prévention en particulier au niveau du Parc National..

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Given the increased fumes coming from the Poas volcano, OVSICORI has advised to take prevention measures. Since early 2017, the volcano has had important geophysical changes with inflation of the edifice (more than 1 cm vertically and 3 mm horizontally) and recently showed geochemical changes, like the increased flow of heat and gas in the magma. Besides, the colour of the water in the lake changed from green to grey in April and its temperature rose from 35 to 40°C in one week only.
An increase in seismic activity has been observed, with more than 200 daily events from late March to early April and small volcanic eruptions since March 30th.
Hence, OVSICORI suggests increasing the surveillance on the volcano and taking prevention measures particularly concerning the Poas National Park.

Crédit photo: Wikipedia.

Hawaii : De la légende à la réalité // Hawaii : From legend to reality

drapeau-francaisLes légendes sont nombreuses à Hawaii et beaucoup sont centrées sur Pele, la déesse du feu hawaiien. Je recommande à ceux que ces légendes locales intéressent la lecture du livre de Dan Simmons « Fires of Eden » – Les Feux de l’Eden – où la mythologie hawaiienne est sans cesse présente.

Une légende hawaiienne fait entrer la déesse Pele et sa soeur cadette Hi’iaka. Lors de leur arrivée à Hawaii, Pele fit une longue recherche afin de trouver l’endroit idéal pour installer sa demeure et elle choisit le cratère du Kilauea, également connu sous le nom de Kalua o Pele, la fosse de Pele. Elle envoya ensuite sa jeune sœur Hi’iaka’aikapoliopele (généralement connue sous le nom de Hi’iaka) à la recherche son bien-aimé Lohi’au, avec la promesse de ne pas essayer de le séduire. Pele promit à Hi’iaka de ne pas envoyer la lave et le feu sur sa forêt, sur les pentes du Kilauea. Après avoir surmonté de nombreux obstacles, Hi’iaka réussit à ramener Lohi’au sur le Kilauea. Malheureusement, comme quarante jours s’étaient écoulés, Pele était devenue suspicieuse et, dans un moment de colère, elle avait brûlé la forêt de Hi’iaka. Cette dernière, voyant Pele et Lohi’au unis, devint tellement jalouse qu’elle se jeta dans les bras de Lohi’au, ce qui provoqua la colère de Pele. Elle déclencha une violente éruption qui tua son amoureux, tandis que sa sœur survécut.
Sur le terrain, on peut essayer d’établir un lien entre la tradition orale empreinte de mythologie et l’histoire de structures géologiques. On pense que la caldeira du Kilauea s’est formée dans les années 1470-1500 et que la coulée de lave Aila’au (nom d’une autre divinité hawaïenne), qui a recouvert le versant nord de Kilauea, date de 1470. Sa morphologie et le réseau de tunnels de lave laissent supposer qu’elle est apparue au cours d’une seule et longue éruption. Il est fort possible que cette puissante éruption ait été observée par les premiers colons et que son souvenir se soit transmis de génération en génération sous forme de légende. La destruction de la forêt de Hi’iaka par Pele pourrait correspondre à la destruction de la végétation autour du cratère. On pense qu’un laps de temps suffisamment long s’était écoulée entre la destruction de la forêt de Hi’iaka par Pele et l’éruption précédente pour permettre l’apparition d’une forêt dense. La dernière partie du mythe est également intéressante. On a vu que Hi’iaka avait dû affronter des obstacles dans sa recherche de Lohi’au ; elle jetait des pierres dans l’air, ce qui correspond peut-être à une éruption explosive avec une colonne de cendre ou des explosions de vapeur résultant du contact de la lave avec une nappe phréatique ou avec la mer.
Ce lien entre légendes et géologie montre que de violentes éruptions explosives ont eu lieu à Hawaï. Au moins deux d’entre elles, entre 2 700 et 2 000 ans, ont produit les dépôts d’Uwekahuna, vestiges d’une grande éruption phréato-magmatique qui a « arrosé » une zone de 600 kilomètres carrés sur le versant sud du Kilauea. Neuf autres dépôts éruptifs semblables sont aujourd’hui reconnus ; l’un d’eux date de1500 et nous rappelle donc la légende de Pele et Hi’iaka.

Source: Forbes.

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drapeau-anglaisLegends are numerous in Hawaii and many are centered on Pele, the Hawaiian goddess of fire and volcanoes. I recommend to those who are interested in these local legends the reading of Dan Simmons’ book « Fires of Eden »  where Hawaiian mythology is constantly present.

One myth involves the volcano goddess Pele and her youngest sister Hi‘iaka. They arrived on Hawai´i and after a long search Pele decided to settle in the crater of Kilauea, since then also known as Kalua o Pele or the pit of Pele. She then send her youngest sister Hi‘iaka‘aikapoliopele (generally shortened to Hi‘iaka) to search for her beloved Lohi‘au. As reward Pele promised to spare Hi‘iaka´s forest on the slopes of Kilauea from fire and lava. Hi‘iaka had to overcome many obstacles, but finally after many weeks she managed to bring Lohi‘au back to Kilauea. Unfortunately Pele had grown tired and in a moment of anger she burned Hi‘iaka´s forest to the ground.  Hi‘iaka for revenge take Lohi‘au and Pele, seeing the two united, became so envious that she killed Lohi‘au with a furious eruption. Hi‘iaka searched for many weeks the corpse of Lohi‘au, throwing the rocks send by Pele into the air.

Geomythology tries to link oral stories to geological features and the history behind the formation of such features. The formation of the caldera of Kilauea is dated to 1470-1500 and also the Aila‘au flow (named after another Hawaiian deity), a large lava flow covering the northern slope of Kilauea, formed around 1470. Morphology and a well developed network of lava tubes suggest it formed during a single, prolonged volcanic eruption. It is quite possible that this disastrous eruption was observed by the first settlers on the island and the memory of the eruption was passed from generation to generation in form of a myth. The destruction of Hi‘iaka´s forest by the furious Pele could describe the lava burning down the vegetation around the crater. The detail of Hi‘iaka´s forest suggests also that before the destruction enough time passed from the previous eruption to grow a dense forest. Also the last part of the myth is interesting. Hi‘iaka moves and throws rocks into air during her search, maybe the description of an explosive eruption with a column of ash or steam explosions resulting from the lava coming into contact with groundwater or the sea.

Geological evidence supports this reconstruction and shows that powerful and destructive explosive eruptions really happened on Hawai´i. At least two explosive eruptions between 2,700 and 2,000 years ago produced the Uwekahuna Ash, evidence for a large ash eruption that covered an area of 600 square kilometres on the southern slope of Kilauea. Nine other such layers are nowadays recognized, one layer also dated to 1500 and so overlapping with the myth of Pele and Hi‘iaka.

Source: Forbes.

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Pele dans la Volcano House du Kilauea.

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Activité explosive littorale à Hawaii.

(Photos: C. Grandpey)