Islande : l’éruption met les archéologues au travail // Iceland : the eruption puts archaeologists at work

Alors que l’éruption de Fagradalsfjall se poursuit et que la lave continue de s’échapper du cratère actif, les autorités islandaises s’inquiètent de l’avenir de la route côtière, de la bourgade de Grindavik et de la centrale électrique voisine.

De leur côté, les archéologues de Minjastofnun, l’Agence qui gère le patrimoine culturel islandais, tentent en ce moment de cartographier et de répertorier les vestiges de monuments partiellement enfouis sous terre à proximité du site de l’éruption. Alors que le champ de lave recouvre une partie sans cesse plus grande de la région, des monuments datant de la période de colonisation de l’Islande risquent d’être perdus et de disparaître à jamais sous les coulées

Les descendants de fermiers sur les terres d’Ísólfsskáli, à l’est de Grindavík, craignent de perdre d’anciens artefacts. On estime à près de 240 le nombre de monuments qui n’ont pas encore disparu sous la lave et qui ont pu être cartographiés.

Lorsque la sismicité a commencé à secouer la péninsule de Reykjanes en février 2021, les archéologues de Minjastofnun ont immédiatement commencé à explorer la zone affectée par les séismes. Personne ne savait si et où la lave sortirait. C’est pourquoi les archéologues ont répertorié des vestiges dans la région et ont collecté des données, au cas où une éruption se produirait. Heureusement, les vestiges de quelques monuments partiellement enfouis sous terre ont déjà été cartographiés et enregistrés par l’Agence du patrimoine culturel islandais. On pense que certains vestiges remontent à la période de colonisation du pays, mais les plus anciens ont probablement disparu en mer, car il y a eu de nombreux glissements de terrain dans la région.

Après l’exploration la plus urgente de la zone menacée par l’éruption, les archéologues s’intéresseront à la péninsule de Reykjanes dans son ensemble. Ils espèrent que les restes d’une hutte, située sur les terres d’Ísólfsskáli, seront épargnés par la lave, mais ils sont plus inquiets pour le secteur de Grindavík où se trouve Þórkötlustaðahverfi, une zone protégée avec des monuments et des restes de peuplement.

Les archéologues expliquent que l’inventaire des artefacts est la forme de protection la plus simple, mais le travail est une course contre la montre et contre la lave.

Source : Reykjavik Grapevine.

—————————————–

As the Fagradalsfjall eruption continues and lava keeps flowing from the active crater, Icelandic authorities worry about the future of the coastal road, Grindavik and the nearby power station.

Archaeologists from Minjastofnun, the Cultural Heritage Agency of Iceland, are now trying to map and register buried relics and monuments close to the eruption site. With the lava field covering a large part of the region, monuments from the settlement period might be lost

Descendants of farmers on the land of Ísólfsskáli, east of Grindavík, fear losing ancient artifacts to the lava flow. It has been estimated that nearly 240 monuments, not yet submerged in lava, have already been mapped.

When seismicity began to shake the Reykjanes peninsula in February 2021, Minjastofnun archaeologists immediately started to visit the area affected by the earthquake. It was not known where the magma would come up so, so they went to register relics in the area and collected data, in case an eruption should occur

Luckily, a few hidden relics are already mapped and registered by the Cultural Heritage Agency of Iceland. It is believed that some relics might be from the settlement period, but the oldest ones have probably gone to sea, as there have been many landslides in the area.

After the most urgent exploration of the area threatened by the eruption, the whole Reykjanes peninsula will be explored next. Archaeologists hope that that the monuments of a hut, located on the land of Ísólfsskáli, could possibly escape being buried under the lava. However, they are more worried about Grindavík where there is Þórkötlustaðahverfi, a protected area with settlement monuments and relics.

The archeologists explain that registration of artifacts is the simplest form of protection, but the work is a race against both time and lava.

Source: Reykjavik Grapevine.

 

Vue du site archéologique de Þórkötlustaðahverfi (Source : Minjastofnun)

La fête du Kesada sur le Bromo (Indonésie) // The Kesada festival on Mt Bromo (Indonesia)

Hier 26 juin 2021 était jour de fête sur le Bromo avec le Yadnya Kasada. Les festivités durent un mois. Elles remontent à la légende du 15ème siècle qui entoure la princesse du royaume hindou javanais de Majapahit et de son mari.

C’était le deuxième Yadnya Kasada depuis le début de la pandémie de Covid-19 en Indonésie. Le festival ne peut pas se tenir dans un autre endroit, et encore moins virtuellement.

Chaque année, des membres de la communauté hindoue des Tengger se rassemblent sur la lèvre du cratère du Bromo pour jeter des fruits, des légumes, des fleurs et même des chèvres et des poulets dans le cratère. Une longue file de fidèles gravit les marches qui conduisent au sommet du volcan. Ils espèrent ainsi s’attirer les bonnes grâces des dieux et apporter la prospérité à leur communauté. Certains fidèles apportent des échantillons de leurs propres récoltes ; ils espèrent que les jeter dans le volcan leur portera chance et que leurs champs seront fertiles pour de bonnes récoltes.

Debout sur les pentes abruptes internes du cratère, d’autres villageois qui n’appartiennent pas à la communauté Tengger tentent d’attraper les offrandes à l’aide de filets et de sarongs avant qu’elles disparaissent dans le cratère. Cela ne fait pas partie du rituel mais reflète la nécessité de ne pas gaspiller la nourriture.

Voir mon post du 14 août 2014 pour plus de détails sur la légende et le festival : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2014/08/14/le-bromo-et-la-fete-du-kesodo-ile-de-java-indonesie/

————————————-

Yesterday June 26th, 2021 was a day of festival on Mt Bromo with the Yadnya Kasada. The month-long festival dates back to the 15th-century legends of the Javanese Hindu Majapahit kingdom’s princess and her husband.

It was the second Yadnya Kasada festival since the Covid-19 pandemic hit Indonesia. It can’t be held in another place or be done virtually

Every year people from the Hindu Tengger community gather from the surrounding highlands to throw fruit, vegetables, flowers and even livestock such as goats and chickens into Mount Bromo’s crater. A long line of worshippers can be seen climbing the stairs to the top of the volcano in the hopes of pleasing Hindu gods and bringing prosperity to their communities. Some worshippers carry their own crops in the hopes that casting them into the volcano will bring good luck and that their fields will be fertile for good harvests.

Standing on the crater’s steep slopes, other villagers who are not members of the Tengger tribe try to catch the offerings using nets and sarongs before they disappear into the crater

This is not part of the ritual but reflects the need not to waste the food.

See my post of August 14th, 2014 for more details about the legend and the festival :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2014/08/14/le-bromo-et-la-fete-du-kesodo-ile-de-java-indonesie/

Offrande au Bromo

 Vue du Bromo et de son cratère

Vue de la communauté Tengger au pied du volcan

(Photos : C. Grandpey)

Un nouveau volcan bouclier en Islande? Pourquoi pas ! //A new shield volcano in Iceland? Why not !

Cela fait maintenant plus de trois mois que l’éruption a commencé dans la Geldingadalir. Les volcanologues islandais disent qu’elle pourrait encore durer des années, voire des décennies. En supposant que l’événement dure 50 ans, on pourrait assister à la naissance d’un nouveau Skjaldbreiður. Le Skjaldbreiður est un volcan bouclier de 1 060 mètres de hauteur situé dans l’ouest de l’Islande. Il a été formé par une longue éruption il y a environ 9 000 ans. Si une telle situation se confirmait, une très vaste zone serait recouverte par la lave qui pourrait atteindre Grindavík ainsi que la centrale électrique de Svartsengi.

Même si on sait que la petite ville de Grindavik ne sera pas affectée par l’éruption avant des décennies, des structures de protection sont déjà prévues au cas où la lave prendrait la direction de cette localité. Les autorités ont déjà érigé des barrières en terre pour orienter le cours de la rivière de lave. Bien que la lave ait franchi ces barrières il y a quelques semaines, elle ne les a pas renversées, ce qui montre leur efficacité.

Les volcanologues locaux expliquent pourquoi la situation géologique est favorable à l’édification d’un volcan bouclier. L’Islande se situe sur zone de fracture entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, et cette fracture traverse la péninsule de Reykjanes d’ouest en est. Au fur et à mesure que les plaques s’écartent, il se produit des contraintes dans la croûte terrestre qui se libèrent sous forme de séismes ou – plus rarement – d’éruptions volcaniques.

L’activité géologique sur la péninsule se caractérise par des périodes volcaniques d’une durée de 400 à 500 ans alternant avec des périodes sismiques d’une durée de 600 à 800 ans. L’éruption en cours est la première dans la région depuis près de 800 ans. Elle marque très probablement la fin d’une période sismique et le début d’une période d’activité volcanique.

Un autre facteur de l’éruption actuelle plaide en faveur du volcan bouclier. Alors que dans la plupart des éruptions islandaises la source magmatique est proche de la surface, le magma qui alimente l’éruption dans la Geldingadalir vient directement du manteau terrestre, comme à Hawaï où les volcans naissent sur un point chaud. Leur lave est très fluide car très chaude, comme c’est le cas en ce moment en Islande. La dernière éruption de ce type s’est produite il y a environ 7 000 ans sur la péninsule de Reykjanes.

Source : Iceland Review.

—————————————-

It’s been more than three months since the eruption started in Geldingadalir. Local volcanologists say it could be years or even decades until it is over. Supposing the event lasts for 50 years, thet explain it would create another Skjaldbreiður mountain. Skjaldbreiður is a 1,060 metre high shield volcano located in West Iceland that was formed by a long eruption some 9,000 years ago. If such a situation became real, a very large area would be covered by lava which could reach Grindavík as well as the Svartsengi power station.

Though the small town of Grindavik may not be affected by the eruption for decades, protective structures are already being designed in case lava from the eruption begins flowing toward it. Authorities have already erected earthen barriers to direct the lava. Though it flowed over the barriers, it did not breach them, proving the effectiveness of the design.

Local volcanologists also explain why the geological situation could help the creation of a shield volcano. Iceland is located on a rift between the North American and Eurasian tectonic plates, and the rift cuts across the Reykjanes peninsula from west to east. As the plates move apart they create tension in the Earth’s crust that is released in the form of earthquakes or – more rarely – eruptions.

Geologic activity on the peninsula is characterised by volcanic periods lasting 400-500 years alternating with seismic periods lasting 600-800 years. The ongoing eruption is the first in the region in nearly 800 years, indicating that it marks the end of a seismic period and the beginning of a period of volcanic activity.

Another factor makes the Geldingadalir eruption special and in favour of a shield volcano. While in most eruptions the source of the magma is a chamber relatively close to the earth’s surface, the magma feeding the Geldingadalir eruption is coming straight from the earth’s mantle, like in Hawaii where volcanoes are locared on a hotspot. Their lava is very fluid, then very hot, as is the case with the eruption in Iceland. It’s been around 7,000 years since such an eruption occurred on the Reykjanes peninsula.

Source: Iceland Review.

 

La lave de l »éruption islandaise est très chaude et très fluide; elle circule en surface mais aussi en tunnels, comme à Hawaii ou à la Réunion. (Capture d’image webcam)

Les crises éruptives à répétition sur l’Etna (Sicile) // Repeated eruptive crises on Mt Etna (Sicily)

L’Etna a connu plusieurs crises éruptives (« paroxysmes » diront certains) au cours des derniers jours. Si le processus éruptif est assez semblable d’une fois sur l’autre, certains événements complémentaires méritent notre attention.

D’une manière générale, chaque paroxysme commence par une intensification de l’activité strombolienne dans le Cratère Sud-Est (CSE), événement qui s’accompagne inévitablement d’une hausse du tremor. L’activité strombolienne évolue ensuite en fontaines et débordements de lave. La lave s’écoule de préférence sur le versant SO et termine en général sa couse vers 2900 m d’altitude. Les fontaines de lave, émises parfois par plusieurs bouches dans le cratère, durent quelques dizaines de minutes et prennent brutalement fin, avec une chute rapide du tremor éruptif.

Il est intéressant de noter que deux crises éruptives ont eu lieu pendant la journée du 23juin. Au cours du premier paroxysme, deux petites coulées de lave ont été émises par deux bouches qui se sont ouvertes vers 6h30 et 8h00 au niveau de la base SE du CSE vers 3000 m et 2950 m d’altitude. La lave a atteint la bordure de la Valle del Bove vers 2700 m d’altitude.

Au cours du deuxième paroxysme du 23 juin, on a assisté à l’ouverture d’une nouvelle bouche sur le versant E du CSE, avec une activité explosive et effusive.

Au cours de la crise éruptive du 24 juin, la bouche située à 3000 m d’altitude s’est réactivé, avec une coulée de lave qui est descendue jusqu’à 2800 m d’altitude.

Ces crises éruptives à répétition montrent que le magma et les gaz exercent en ce moment une forte pression sur cette partie du volcan. Cette situation est confirmée par l’ouverture de bouches à plus basse altitude sur le flanc du CSE. La situation doit être contrôlée attentivement. C’est à la base du Cratère Sud-Est de l’époque qu’a débuté a longue éruption de 1991-1994 qui a plongé dans l’angoisse les habitants de Zafferana Etnea.

—————————————–

Mt Etna went through several eruptive crises (« paroxysms » some would say) over the past few days. While the eruptive process is quite similar from one crisis to the other, some complementary events deserve our attention.

Generally speaking, each paroxysm begins with an intensification of Strombolian activity in the Southeast Crater (SEC), an event which is inevitably accompanied by an increase in the tremor. Strombolian activity then turns into lava fountains and overflows. The lava flows preferably on the SW flank and generally ends its couse around 2900 m a.s.l. The lava fountains, sometimes emitted by several vents in the crater, last a few tens of minutes and come to an abrupt end, with a rapid drop of the eruptive tremor.

It is interesting to note that two eruptive crises occurred during the day of June 23rd. During the first paroxysm, two small lava flows were emitted from two vents which opened around 6.30am and 8:00am at the SE base of the CSE at 3000m and 2950m a.s.l. The lava reached the edge of the Valle del Bove at an altitude of about 2,700 m.

During the second paroxysm of June 23rd, a new vent opened on the E side of the SEC, with explosive and effusive activity.

During the eruptive crisis of June 24th, the vent located at an altitude of 3,000 m reactivated, with a lava flow that descended to an altitude of 2,800 m.

These repeated eruptive crises show that magma and gases are currently exerting a strong pressure on this part of the volcano. This situation was confirmed by the opening of vents at lower altitude on the flank of the SEC. The situation should becarefully monitored. The long eruption of 1991-1994 began at the base of the then Southeast Crater, and plunged the inhabitants of Zafferana Etnea into days of anguish.

Exemple de paroxysme sur l’Etna (capture d’écran de webcam)