Bilan climatique en France

Le site web Météo–Paris a analysé la situation climatique en France au cours des derniers mois, avec des remarques très pertinentes sur le réchauffement climatiques et des perspectives très inquiétantes pour les prochaines décennies.

Après un hiver 2019-2020 historiquement doux, l’hiver actuel a d’ores et déjà été marqué par plusieurs épisodes de froid et de neige. Cependant, cela ne remet absolument pas en cause le réchauffement climatique. Nous vivons un hiver assez classique avec une alternance de périodes douces et de périodes plus froides et parfois neigeuses, contrastant avec la douceur exceptionnelle de l’hiver 2019-2020. L’hiver 2019-2020 fut le plus doux jamais observé en France avec une anomalie thermique de +2,7°C sur décembre, janvier et février.

Le début de l’hiver actuel a été plutôt froid avec une première décade de décembre sous les normales, mais la douceur a repris un net avantage durant la seconde partie du mois. Finalement, décembre 2020 s’est tout de même achevé en France avec +1,3°C au dessus de la normale.

Le mois de janvier 2021 a offert la même dynamique, avec une domination du froid en première quinzaine, tandis que la seconde quinzaine s’est montrée plus douce. Au final, on a eu un mois de janvier classique et dans les normales.

Malgré plusieurs périodes froides, l’hiver 2020-2021 affiche pour l’instant des températures légèrement supérieures à la normale.

Des quantités de neige exceptionnelles ont été observées sur tous nos massifs. Ces épisodes neigeux ont apporté à ce mois de janvier une ambiance hivernale. Pourtant, le caractère froid de ce mois est assez trompeur et janvier 2021 n’a pas été véritablement froid en France. Si la première décade fut en dessous des normales, un redoux sensible est intervenu les 13 et 14 janvier, suivi par une autre période douce du 20 au 23 janvier. Les derniers jours du mois ont ensuite enregistré des températures nettement plus douces que la normale.

Ainsi, la moyenne mensuelle en France sur le mois de janvier 2021 fut de 4,93°C, soit +0,1°C en dessous de la normale. Après plusieurs hivers anormalement doux, il est logique que ce mois de janvier nous apparaisse froid, mais dans les faits, nous venons de vivre un mois de janvier parfaitement normal. De plus, si l’on ajoute l’anomalie de +1,3°C du mois de décembre 2020, l’hiver actuel est pour l’instant plus chaud que la norme.

Source : infoclimat.fr

S’agissant du réchauffement climatique, il faut l’apprécier de manière globale et non ponctuelle. Quand on parle de réchauffement de la planète, on est dans le domaine de la climatologie. En revanche, quand un épisode neigeux survient durant 2 jours, cela relève du domaine de la météorologie. Il faut bien comprendre cette différence car elle est capitale : le réchauffement climatique n’empêche absolument pas le froid et la neige, il va plutôt les rendre moins fréquents. On juge l’évolution du climat sur plusieurs années et certainement pas sur un seul et unique mois.

On se rend compte que les anomalies chaudes ont été omniprésentes durant toute l’année 2020. Seul le mois d’octobre a terminé avec un déficit thermique alors que les 11 autres mois furent plus chauds que la normale. Au final, l’année 2020 est devenue la plus chaude en France depuis le début des relevés !

Comme je l’ai indiqué précédemment, les projections climatiques d’ici la fin du siècle n’ont rien de rassurant. Météo France a simulé l’évolution des températures en France d’ici la fin du siècle selon deux scénarios. Le premier, qui prend en compte une politique climatique efficace et immédiate, montre une augmentation de +2,2°C d’ici 2100. La durée d’enneigement significatif en moyenne montagne est réduite de plusieurs dizaines de jours par saison. Les sécheresses sont  plus marquées, avec un allongement des périodes de canicule.

Le second scénario, qui prend en compte l’absence de politique climatique digne de ce nom, montre une augmentation de +3,9°C des températures en France d’ici 2100. En dessous de 1800m, la présence de neige deviendrait peu durable et insuffisante à la survie des stations. Le nombre de jours caniculaires est multiplié par 5 à 10 avec des vagues de chaleur pouvant durer un à deux mois et les périodes de sécheresse deviendraient très problématiques l’été.

Source : Météo-Paris.

Source : Météo France

Prévisions pessimistes de Météo France

Les dernières projections publiées le 1er février par Météo France pour les prochaines décennies ne sont pas bonnes. Elles confirment les messages d’alerte lancés par les autres agences météorologiques. Si rien n’est fait rapidement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre en France, les températures pourraient augmenter de 3,9 °C à la fin du siècle et jusqu’à 6 °C pendant l’été. Toutes les observations recueillies à l’échelle planétaire confirment une accélération sans précédent du changement climatique.

Météo-France estime que dans notre pays le réchauffement devrait rester limité à environ 1°C jusqu’en 2040. L’agence météorologique envisage ensuite  trois scénarios en fonction des  efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La hausse pourrait se stabiliser autour de +1°C dans un scénario d’émissions maîtrisées. Mais elle atteint +2,2°C dans le scénario intermédiaire et s’envole à +3,9° (voire +4,5°) dans le pire scénario.

Les records absolus de température enregistrés lors de la canicule de l’été 2019 dans le sud de la France  (45,9 °C à Gallargues-le-Montueux le vendredi 28 juin 2019 ) pourraient être dépassés. L’augmentation des températures estivales moyennes pourrait être de + 6 degrés.

Dans le pire scénario, les épisodes caniculaires seraient multipliés par 10. Le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait également doubler même dans l’hypothèse la plus optimiste d’une maîtrise des émissions.

L’arc méditerranéen, les vallées du Rhône et de la Garonne vivront des étés absolument torrides puisque les vagues de chaleur pourront s’étaler sur des périodes supérieures à un ou deux mois continus en été.

Dans les trois scénarios, le réchauffement est plus marqué sur les zones de montagne et pourrait atteindre jusqu’à 6 degrés sur certaines zones des Alpes et des Pyrénées. Dans tous les cas, la neige se fera de plus en plus rare en dessous de 1700 mètres d’altitude. Sale nouvelle pour les glaciers !

Météo France explique aussi que le nombre de « nuits tropicales », où la température ne redescend pas sous les 20 degrés devrait augmenter de « 90 jours sur les zones les plus exposées. »  Seules les zones de montagne et le littoral de la Manche devraient être épargnées.  .

Les épisodes de sécheresse augmentent de 30 à 50% dans les scénarios moyen et haut. Il devrait pleuvoir 40% de plus en hiver mais deux fois  moins en été dans le pire scénario, même si les précipitations sont difficiles à prévoir.

Les chercheurs alertent aussi sur la possibilité de voir augmenter l’intensité des pluies extrêmes, ou des vents forts dans le quart nord-est du pays.

La lente agonie de l’A68a // The slow death of A68a

L’iceberg A68a continue de se désintégrer et se dirige vers une mort certaine. Une nouvelle fracture vient de s’ouvrir dans l’immense bloc de glace antarctique qui mesurait à l’origine quelque 5 800 kilomètres carrés. Les images satellites montrent au moins deux nouveaux morceaux de glace à train de dériver côte à côte à environ 135 km au sud-est de la Géorgie du Sud. Ils vont probablement s’éloigner encore davantage l’un de l’autre dans les prochains jours. Un temps plus chaud et des mers plus agressives ont peu à peu eu raison de l’A68a alors qu’il s’éloignait de l’Antarctique vers le nord avant d’entrer dans l’Atlantique Sud.

Les icebergs sont nommés dans l’ordre de leur apparition. La première lettre (A dans le cas de l’A68a) désigne la portion du continent antarctique où ils sont nés. Figure ensuite le nombre enregistrant la position de l’iceberg dans la séquence d’apparition (68 pour l’A68a). Par la suite, chaque fragment qui se détache du bloc de glace d’origine reçoit un suffixe en lettres. Avant le 28 janvier 2021, ce processus de désignation était arrivé à A68f. Un nouveau petit iceberg se détachant de l’A68 aura dong l’appellation A68g.

La crainte de voir l’A68a se bloquer contre la côte de Géorgie du Sud et perturber le nourrissage des manchots et phoques semble avoir disparu.

La question qui se pose maintenant concerne l’expédition scientifique qui avait l’intention d’étudier l’A68a. Il n’est pas certain que les chercheurs auront grand-chose à observer quand ils arriveront sur place. Ils vont bientôt embarquer à bord du navire de recherche britannique James Cook dans les Îles Malouines avant de naviguer vers l’est en direction de la Géorgie du Sud. Les scientifiques espéraient disposer des véhicules autonomes autour de l’A68a pour étudier son impact sur l’environnement, mais leur sujet d’étude s’est considérablement réduit depuis l’annonce de l’expédition à la mi-décembre 2020…

Source: La BBC.

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The iceberg A68a keeps breaking into pieces and is moving toward a certain death. The block of Antarctic ice that originally measured some 5,800 square kilometres has suffered another major split. Satellite imagery shows at least two segments drifting close together about 135 km south-east of South Georgia. They are likely to move further apart in the next days. A warmer weather and more aggressive seas gradually pulled A68a apart as it moved northwards away from Antarctica into the South Atlantic.

Icebergs are named in sequence, with the prefix letter (A for A68a) denoting the quadrant of the white continent from where they calved, with the number (68 por A 68a)  recording their position in that sequence.

Each subsequent major fragment to come off the original block then gets a lettered suffix.

Before January 28th, 2021, this nomenclature process had got up to A68f. After this latest split, the larger portion will retain the name A68a with the smaller one getting the new name of A68g.

The previous concern that the presence of such a large iceberg might disrupt the foraging behaviour of South Georgia’s many penguins and seals seems to have passed.

A major question now is whether the scientific expedition that was aiming to study the iceberg will have anything left to observe by the time it arrives on site. Researchers will soon board the British Royal Research Ship James Cook in the Falkland Islands and sail east towards South Georgia. The scientists were hoping to place some autonomous vehicles around A68a to learn more about its impacts on the environment, but their study subject has got considerably smaller since the expedition was announced in mid-December 2020…

Source: The BBC.

Un temps glacial sur la France en février ? Pas si sûr !

Nous sommes au début du mois de février avec des températures douces dans la plupart des régions de France et bien au-dessus des normales pour cette époque de l’année. Les prévisions à long terme font état d’un possible refroidissement d’ici quelques jours, mais aucun froid glacial et durable  n’est vraiment annoncé.

On entend beaucoup parler du vortex polaire en ce moment, avec certains articles fantaisistes qui confondent vortex polaire et réchauffement de la stratosphère. J’ai donné des explications sur le vortex polaire dans des notes écrites le 28 novembre 2016, le 30 janvier 2019 et le 8 janvier 2021.

Il semblerait (le conditionnel est de rigueur) que des masses d’air froid, portées par un segment du vortex polaire soient en train de se déplacer vers le nord de l’Europe et de l’Amérique, mais personne ne peut affirmer qu’une vague de froid glacial va s’abattre sur la France..

Comme je l’ai expliqué précédemment, quand le nord de l’Arctique entre dans la nuit polaire, entre octobre et mars, l’atmosphère au-dessus de cette région du globe se refroidit très vite à cause de l’absence de soleil. En revanche, le reste de la Terre qui est encore éclairé ne se refroidit pas.

Ce contraste de températures est à l’origine d’une volumineuse masse d’air froid qui tourbillonne au-dessus du Pôle nord et se maintient à une trentaine de kilomètres d’altitude dans la stratosphère. C’est le vortex polaire.

Au début du mois de janvier 2021, les climatologues ont observé que le vortex polaire, au lieu de tourner sous l’influence d’un vent d’ouest, s’est mis à tourner en sens inverse. Ce phénomène a eu plusieurs conséquences. On a observé une augmentation de la température de plusieurs dizaines de degrés en quelques jours dans la stratosphère. C’est ce que l’on appelle en anglaise le Sudden Stratospheric Warming ou SSW, réchauffement soudain de la stratosphère. En Sibérie, sous l’effet de ce réchauffement, la température est passée de -69°C à -13°C en quelques jours au début du mois de janvier. Suite à cette instabilité, le vortex s’est rompu et s’est déplacé à la fois vers l’Amérique du Nord et vers l’Europe.

Personne n’est capable de dire si cela signifie qu’un froid glacial va atteindre la France. En se basant sur les modèles mathématiques, on se rend compte que dans ce genre de situation c’est la Laponie qui connaît des températures plus froides que d’habitude. En revanche, en Méditerrannée orientale, le temps est généralement plus doux que d’habitude. Il n’y a pas de signal statistique précis pour la France.

Les caprices du vortex polaire ont été à l’origine de quelques vagues de froid soudaines en France, comme en 1985 ou en 2012. Toutefois, l’hypothèse d’une vague de froid glacial et durable sur le pays reste faible. A côté de cela, les climatologues s’accordent pour dire que notre pays peut connaître un temps très perturbé sur une longue période.

Source : Météo France.

Une question se pose inévitablement : le réchauffement climatique est-il responsable des frasques du vortex polaire ?  Au cours des trois dernières décennies, l’Arctique s’est réchauffé deux fois plus vite que le reste de la planète. Cette « amplification arctique » a provoqué une très forte réduction de la glace de mer dans la région. Cette situation a pu contribuer à déstabiliser davantage le vortex polaire. En effet, la perte de glace à grande échelle a permis à la chaleur du Soleil de réchauffer les eaux arctiques. Cette chaleur est libérée dans l’atmosphère, ce qui crée des poches d’air chaud dans l’Arctique. Il se peut que ces poches provoquent des oscillations plus significatives vers le nord dans le jet-stream, ce qui perturbe le vortex polaire. Mais ce ne sont là que des hypothèses. D’autres recherches seront nécessaires pour comprendre dans quelle mesure le réchauffement climatique influence les phénomènes météorologiques en provenance de l’Arctique.

Source : National Geographic.

Source : Météo France