La fonte des petits glaciers et son impact sur notre société // Small glacier melting and its impact on our society

Yahoo News a relayé un article initialement publié par l’agence de presse Associated Press sur les conséquences de la fonte des petits glaciers sur le tourisme, l’alimentation électrique et d’autres aspects de notre société.
L’article explique que, de la frontière sud de l’Allemagne aux plus hauts sommets d’Afrique, les glaciers du monde entier ont servi d’attractions touristiques, de sources de revenus, de repères climatiques naturels pour les scientifiques et de lieux de croyances pour les populations autochtones.
La fonte rapide et la disparition de nombreux glaciers à cause du changement climatique sera une mauvaise nouvelle pour les pays et les communautés qui s’appuient sur eux depuis des générations pour produire de l’électricité, attirer des visiteurs et maintenir d’anciennes traditions spirituelles. Les masses de glace qui se sont formées au cours des millénaires fondent depuis l’époque de la Révolution Industrielle, et le processus s’est accéléré ces dernières années.

Le recul des glaciers est visible en Afrique, à la frontière de l’Ouganda et de la République Démocratique du Congo, où les pics déchiquetés des monts Rwenzori s’élancent dans le ciel au-dessus d’une jungle verdoyante. Ces montagnes hébergeaient autrefois plus de 40 glaciers; moins de la moitié d’entre eux subsistaient en 2005, et la fonte se poursuit. Les glaciologues pensent que le dernier des glaciers de ces montagnes pourrait disparaître d’ici 20 ans. La disparition sera source de problèmes pour l’Ouganda, qui tire près de la moitié de son électricité de l’hydroélectricité, avec des centrales qui dépendent du débit d’eau constant des glaciers du Rwenzori.
Le même problème se pose en Tanzanie, où les scientifiques estiment que le Kilimandjaro, la plus haute montagne d’Afrique et l’une des principales attractions touristiques du pays, a perdu environ 90 % de sa glace à cause de la fonte et de la sublimation, un processus pendant lequel la glace solide se transforme directement en vapeur sans devenir liquide. Le tourisme représentait 10,7% du PIB du pays en 2019.
En Afrique, pour beaucoup de populations locales, les glaciers sont la demeure des dieux. Ils ont une signification très spirituelle. La perte des glaciers aurait également un impact sur la vie spirituelle de ces régions.

En Europe, à la limite sud de la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche, il ne reste que 500 mètres carrés de glace sur un ensemble de cinq glaciers. C’est 88 % de moins qu’en 1850, et on estime que ces derniers glaciers auront disparu dans 10 ou 15 ans. C’est une mauvaise nouvelle pour l’industrie touristique de la région qui dépend des glaciers. À l’heure actuelle, les agences de tourisme annoncent que les touristes peuvent visiter les plus hautes montagnes d’Allemagne avec des glaciers sur lesquels ils pourront marcher, mais on imagine facilement l’impact sur l’industrie touristique si ces glaciers disparaissent.
Les couches de glace qui composent un glacier contiennent des informations sur des dizaines de milliers d’années, en particulier sur les conditions climatiques du passé, la composition de l’atmosphère, les variations de température et les types de végétation qui étaient présents. Les chercheurs retirent de longues carottes pour étudier les couches de glace.

À mesure que les glaciers disparaissent, les scientifiques avertissent que les écosystèmes locaux commenceront également à changer. Cela a déjà été étudié sur le glacier Humboldt au Venezuela en Amérique du Sud, qui pourrait disparaître dans les deux prochaines décennies.
Les glaciologues expliquent que ce qui se passe sur les petits glaciers constitue un avertissement pour les plus grands glaciers. Par exemple, alors que de nombreux petits glaciers du monde ne servent plus de principale source d’eau douce pour les pays où ils se trouvent, certains glaciers plus grands jouent toujours ce rôle, notamment au Pérou, qui a perdu près de 30 % de sa masse glaciaire entre 2000 et 2016. (NDLR:J’ai rédigé plusieurs notes sur l’impact qu’aura la fonte des glaciers dans ce pays)
Une fonte rapide des glaciers entraînera également une montée des mers et des modifications des conditions météorologiques, ce qui ne manquera pas d’affecter les sociétés sur la planète dans son ensemble. La disparition des petits glaciers est un signe avant-coureur de ce qui nous attend. Leur fonte doit être prise très au sérieux.
Source : Yahoo News.

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Yahoo News has relayed an article originally published by the Associated Press press agency about the consequences of small glacier melting on tourism, power supply and other aspects of our society.

The article explains that, from the southern border of Germany to the highest peaks in Africa, glaciers around the world have served as moneymaking tourist attractions, natural climate records for scientists and beacons of beliefs for indigenous groups.

With many glaciers rapidly melting because of climate change, their disappearance is sure to deal a blow to countries and communities that have relied on them for generations to make electricity, to draw visitors and to uphold ancient spiritual traditions. The ice masses that formed over millennia have been melting since around the time of the Industrial Revolution, a process that has accelerated in recent years.

The retreat of glaciers can be seen in Africa, on the border of Uganda and the Democratic Republic of the Congo, where the jagged peaks of the Rwenzori Mountains jut into the sky above a green jungle. The peaks once held more than 40 glaciers, but fewer than half of them remained by 2005, and the melting continues. Experts believe the last of the mountains’ glaciers could disappear within 20 years. The disappearance means trouble for Uganda, which gets nearly half of its power from hydroelectricity, including the power plants that rely on steady water flow from the Rwenzori glaciers.

The same issue faces Tanzania, where experts estimate that Mt. Kilimanjaro, the highest mountain in Africa and one of the country’s main tourism attractions, has lost about 90% of its glacial ice to melting and to sublimation, a process in which solid ice transitions directly to vapor without becoming a liquid first. Travel and tourism accounted for 10.7% of the country’s GDP in 2019.

In the history of the local populations, the ice in the mountains is the seat of god. It has a very spiritual meaning. Losing the glaciers would also impact spiritual life.

In Europe, on the southern edge of Germany’s border with Austria, only half a square kilometer of ice remains on five glaciers combined. Experts estimate that is 88% less than the amount of ice that existed around 1850, and that the remaining glaciers will melt in 10 to 15 years. This is bad news for the regional tourism industry that relies on the glaciers. At the moment, tourist agencies can still advertise that tourists can visit some kind of the highest mountains in Germany with glaciers and that they can walk on them, but there will be a strong impact if they lose these glaciers.

The layers of ice that make up a glacier can be tens of thousands of years old and contain year-by-year information about past climate conditions, including atmospheric composition, temperature variations and types of vegetation that were present. Researchers take long tube-like ice cores from glaciers to study these layers.

As glaciers vanish, experts say, local ecosystems will begin to change as well. This has already been studied at the Humboldt Glacier in South America‘s Venezuela, which could disappear within the next two decades.

Experts warn that the fate of smaller glaciers offers a warning for larger glaciers. For example, while many of the world’s smaller glaciers no longer serve as the main freshwater source for countries, some larger glaciers still do, including in Peru, which lost nearly 30% of its glacier mass between 2000 and 2016.

Increased melt will also lead to rising seas and changes in weather patterns, something that is bound to affect society on a global level.

The disappearance of these small glaciers is really a warning sign of what is coming in the future. It is something that needs to be taken seriously into account.

Source: Yahoo News.

Photo : C. Grandpey

L’avenir sombre des ours polaires // The dark future of polar bears

La glace de mer fond dans l’Arctique et les ours polaires sont les grandes victimes du réchauffement climatique. Ils sont répertoriés comme « menacés » sur la liste des espèces en danger. Les responsables politiques réunis à Glasgow pour la COP 26 ont-ils évoqué l’avenir des ours polaires ? Rien n’est moins sûr.
Le destin des ours polaires et celui de la glace de mer arctique sont étroitement liés. La glace de mer – autrement dit l’eau de mer gelée – rétrécit pendant l’été à mesure qu’elle se réchauffe, puis se forme à nouveau pendant les longs mois d’hiver. C’est lorsqu’on se rend compte à quel point elle rétrécit que le réchauffement climatique entre en jeu. Plus la glace de mer rétrécit en été, plus elle s’amincit aussi. Cela fait longtemps que les chercheurs tirent la sonnette d’alarme et avertissent que les étés sans glace de mer sont inévitables. La Terre connaîtra très bientôt un été avec moins d’un million de kilomètres carrés de glace de mer dispersée en minuscules morceaux à travers l’Arctique. Les derniers chiffres du NSIDC n’incitent guère à l’optimisme. La réduction linéaire de l’étendue de glace de mer sur les données satellitaires montrait une tendance de 82 100 kilomètres carrés par an en octobre 2021, soit 9,8 % par décennie par rapport à la moyenne de 1981 à 2010. Globalement, depuis 1979, le mois d’octobre a perdu 3,45 millions de kilomètres carrés de glace, ce qui équivaut à deux fois la taille de l’État d’Alaska.
La grande question est de savoir quand l’Arctique ressemblera à « un océan bleu » totalement dépourvu de glace. Peut-être dès les années 2030, très probablement dans les années 2040 et presque assurément dans les années 2050. L’Arctique s’est réchauffé deux fois plus vite que le reste du monde. Au cours de certaines saisons, il s’est réchauffé trois fois plus vite que le reste du globe. La cause est «l’amplification arctique». Le mécanisme est facile à comprendre : la surface blanche de la glace arctique réfléchit la chaleur. Lorsque la glace fond, la mer de couleur sombre absorbe beaucoup plus de chaleur, ce qui réchauffe l’eau encore plus rapidement.

S’agissant des ours polaires, il existe 19 sous-populations différentes dans l’Arctique. Certaines sont vraiment en difficulté, en particulier les plus au sud, tandis que d’autres montrent une certaine stabilité. Leur survie d’un endroit à l’autre est fortement liée à la présence de la glace de mer. En été, les ours polaires sortent sur la glace pour chasser et se nourrir. C’est la période où ils prennent du poids pour survivre à l’hiver. Ils préfèrent les zones recouvertes à plus de moitié de glace car ce sont les terrains de chasse les plus productifs. Plus il y a de glace, plus ils peuvent se déplacer et plus ils peuvent manger.
Il y a à peine 30 ou 40 ans, les ours faisaient un festin de phoques et de morses sur la glace. Dans les années 1980, les mâles étaient énormes, les femelles se reproduisaient régulièrement et les oursons survivaient bien. Bref, la population avait l’air en bonne forme. Avec la perte de glace, les ours ne se portent plus aussi bien. Un signe ne trompe pas; c’est la proportion plus élevée d’oursons qui meurent avant leur premier anniversaire.
Les ours polaires sont des mammifères terrestres qui se sont adaptés à la mer. Les animaux qu’ils mangent – phoques et morses pour la plupart – sont aquatiques. Les ours s’en sortent mieux lorsqu’ils peuvent chasser dans des eaux peu profondes, généralement proches de la terre ferme. Mais ces dernières années, la glace de mer s’est retirée vers le large pendant la plupart des étés. Cela a forcé les ours à dériver sur la glace et atteindre des eaux profondes – parfois de 1 000 mètres de profondeur – dépourvues de leurs proies habituelles. Les ours sont alors obligés de nager longtemps et finissent épuisés. Ils maigrissent et se mettent en danger.
Au large de l’Alaska, les ours polaires de la mer de Beaufort et de la mer des Tchouktches offrent un contraste saisissant. Si on va à 40 ou 60 kilomètres au large de Prudhoe Bay dans la mer de Beaufort, on est sûr de trouver des eaux très pauvres en nourriture pour les ours. Plus au sud dans la mer des Tchoukches, l’eau est moins profonde, ce qui permet aux morses de prospérer. Ils fournissent de la nourriture aux ours polaires. En conséquence; les ours des Tchouktches semblent se porter plutôt bien grâce à cette nourriture abondante. En revanche, les ours de Beaufort donnent un aperçu de ce qui attend l’espèce dans les prochaines années.
Les dirigeants mondiaux qui se sont réunis en Écosse étaient censés prendre des mesures pour tenter de freiner le réchauffement climatique, mais il est probablement déjà trop tard pour les ours polaires. Si la COP 26 avait abouti à des mesures positives, notre planète aurait pu retrouver un Arctique avec une importante surface de glace de mer à la fin de ce siècle et au 22ème siècle. Mais ce rêve a peu de chances de se réaliser et l’espoir est en train de fondre avec la glace de mer.
Source : Yahoo News.

Vous aurez accès à une présentation interactive de la situation dans l’Arctique en cliquant sur ce lien :
https://projects.apnews.com/features/2021/polar-bears-sea-ice/index.html

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In the Arctic, sea ice is melting and polar bears are the victims of global warming. They are marked as “threatened” on the endangered species list, Did the world leaders who met in Glasgow for COP 26 thought about the future of polar bears? Not so sure.

The fates of polar bears and Arctic sea ice are closely connected. Arctic sea ice – frozen ocean water – shrinks during the summer as it gets warmer, then forms again in the long winter. How much it shrinks is where global warming kicks in. The more the sea ice shrinks in the summer, the thinner the ice is overall. Researchers warn that summers without sea ice are inevitable. The Earth will soon see a summer with less than 1 million square kilometers of sea ice scattered in tiny bits across the Arctic. The latest NSIDC fifures do not incite to be optimistic. The downward linear trend in October 2021 sea ice extent over the satellite record is 82,100 square kilometers per year, or 9.8 percent per decade relative to the 1981 to 2010 average. Overall, since 1979, October has lost 3.45 million square kilometers of ice, based on the linear trend. This is equivalent to twice the size of the state of Alaska.

The big question is when the Arctic will look like « a blue ocean. » Maybe as early as the 2030s, most likely in the 2040s and almost assuredly by the 2050s. The Arctic has been warming twice as fast as the rest of the world. In some seasons, it has warmed three times faster than the rest of the globe. The cause is “Arctic amplification.” The mechanism is easy to understand: white ice in the Arctic reflects heat. When it melts, the dark sea absorbs much more heat, which warms the oceans even more quickly.

As far as polar bears are concerned, there are 19 different subpopulations in the Arctic. Some are really in trouble, especially the southernmost ones, while others are pretty close to stable. But their survival from place to place is linked heavily to sea ice.

In the summertime, polar bears go out on the ice to hunt and eat. This is the period when they put on weight to sustain them through the winter. They prefer areas that are more than half covered with ice because they are the most productive hunting and feeding grounds. The more ice, the more they can move around and the more they can eat.

Just 30 or 40 years ago, the bears feasted on a buffet of seals and walrus on the ice. In the 1980s, the males were huge, females were reproducing regularly and cubs were surviving well. In short, the population looked good. With ice loss, the bears have not been doing as well. One sign is that av higher proportion of cubs are dying before their first birthdays.

Polar bears are land mammals that have adapted to the sea. The animals they eat – seals and walruses mostly – are aquatic. The bears fare best when they can hunt in shallow water, which is typically close to land. But in recent years the sea ice has retreated far offshore in most summers. That has forced the bears to drift on the ice into deep waters – sometimes 1,000 metres deep – that are devoid of their prey. The bears are forced to swim a long time and are exhausted in the end. ,

Off Alaska, the Beaufort Sea and Chukchi Sea polar bears provide a telling contrast. If you go 40 to 60 kilometers offshore from Prudhoe Bay in the Beaufort Sea and you are sure to find very unproductive waters. Further south in the Chukchi, the water is shallower, which allows bottom-feeding walruses to thrive. That provides food for polar bears. The bears in the Chukchi seem to be faring pretty well because of that additional productivity. But the bears of the Beaufort give us a real good early warning of where this is all coming to

The world leaders who met in Scotland were supposed to take measures to try to curb climate change, but it is probably too late for the polar bears. If COP 26 had produced something positive, the world might have seen once again an Arctic with significant sea ice in the summer late this century and in the 22nd century. But this dream is unlikely to come true and hope is melting with the sea ice.

Source: Yahoo News.

You will have accessto an interactive presentation of the situation in the Arctic by clicking on this link:

https://projects.apnews.com/features/2021/polar-bears-sea-ice/index.html

Photos: C. Grandpey

La fonte des glaciers islandais (suite) // The melting of Icelandic glaciers (continued)

Des glaciologues de l’Université de Dundee (Écosse) ont publié une vidéo en accéléré montrant la fonte rapide du glacier Breiðamerkurjökull dans le sud-est de l’Islande. J’ai déjà écrit plusieurs notes sur ce blog dans lesquelles la fonte de ce glacier est mentionnée (le 8 décembre 2019, par exemple). Au cours de l’été 2021, les scientifiques ont installé deux caméras en bordure du Breiðamerkurjökull, une langue du Vatnajökull. Les caméras ont filmé pendant six semaines.
Les glaciologues indiquent que la vitesse rapide de fonte des glaciers pendant l’été a un impact significatif sur leur récupération pendant les mois d’hiver. Lorsqu’un glacier est en équilibre, l’accumulation hivernale équivaut à la fonte estivale, mais cela ne se produit plus sur le Breiðamerkurjökull. L’ablation s’est accélérée et au cours des dernières décennies, l’accumulation de neige hivernale n’a pas suffi à alimenter le glacier. Il s’en est suivi un recul atteignant 250 m par an..
Source : Sky News.
Vous pouvez regarder la vidéo en accéléré en cliquant sur ce lien :
https://news.sky.com/story/climate-change-icelandic-glacier-melting-faster-than-it-can-recover-experts-warn-12464649

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Glaciologists from the University of Dundee (Scotland) have released a time-lapse video showing the rapid melting of Breiðamerkurjökull glacier in Southeast Iceland. I have already written several posts in which this glacier is mentioned (December 8th, 2019, for instance).

In the summer 2021, the scientists insta lled two time-lapse cameras at Breiðamerkurjökull which is an outlet glacier of Vatnajökull. The cameras kept filming over a period of six weeks.

Experts have highlighted that the rapid rate of melting glaciers during the summertime has now significantly impacted recovery during the winter months.When a glacier is in balance the winter accumulation would equal the summer melt, but this does not happen at Breiðamerkurjökull .The ablation has accelerated beyond recovery and in recent decades a retreat of up to 250m per year has been recorded.

Source: Sky News.

You can watch the time-lapse video by clicking in this link:

https://news.sky.com/story/climate-change-icelandic-glacier-melting-faster-than-it-can-recover-experts-warn-12464649

Quelques vues du Vatnajökull en juillet 2021 (Photos: C. Grandpey)

Surges glaciaires sur le Denali (Alaska) // Glacial surges at Denali (Alaska)

Les surges glaciaires sont des événements de courte durée au cours desquels un glacier accélère sa progression et peut atteindre des vitesses 100 fois supérieures à la normale. Le phénomène ne se produit que dans quelques régions du monde comme le Svalbard, les îles de l’Arctique canadien et l’Alaska. Les surges glaciaires peuvent avoir lieu à intervalles réguliers et périodiques. Sur certains glaciers, elles peuvent se produire selon des cycles assez réguliers avec entre 15 et 100 événements ou plus par an. Sur d’autres glaciers, les surges sont imprévisibles.
Les glaciers couvrent un sixième du Parc national du Denali (anciennement Mc Kinley) en Alaska. Pour la première fois en 64 ans, le glacier Muldrow, qui prend sa source sur le versant nord-est du Denali et se dirige vers le nord pour donner naissance à la rivière McKinley, connaît en 2021 une surge spectaculaire.
Comme je l’ai indiqué plus haut, les surges glaciaires comme celle de Muldrow sont généralement des événements de courte durée au cours desquels la glace à l’intérieur d’un glacier peut avancer soudainement et à une vitesse impressionnante, parfois10 à 100 fois supérieure à la normale. Cette progression soudaine a rapidement et considérablement modifié l’apparence du glacier Muldrow qui se déplaçait auparavant lentement. Ainsi, suite à la surge, de profondes crevasses sont apparues à sa surface.
A cause de l’avancée soudaine du glacier, les alpinistes qui avaient prévu d’escalader le Denali par son versant nord doivent revoir leurs plans. Trouver un itinéraire devient quasiment impossible en raison des conditions de glace instables et de l’augmentation du risque de crevasses. De plus, il existe un risque de crues soudaines le long de la rivière McKinley en aval du terminus du glacier Muldrow. Ces crues soudaines peuvent se produire sans prévenir. En conséquence, pour des raisons de sécurité, la randonnée dans ces zones du parc a été fortement déconseillée.
Lors d’une précédente surge au cours de l’hiver 1956-57, le glacier a avancé d’un peu plus de 6,5 kilomètres en quelques mois. Aujourd’hui, une analyse des images satellitaires du glacier Muldrow par des chercheurs de l’Université d’Alaska à Fairbanks montre qu’il avance actuellement à une vitesse de 10 à 20 mètres par jour, ce qui est environ 100 fois plus rapide que la normale. La surge semble avoir commencé en janvier et devrait se poursuivre pendant plusieurs mois.
Les scientifiques anticipaient le phénomène depuis un certain temps, car le glacier montre des preuves d’un cycle de surges de 50 ans, mais personne ne savait exactement quand le processus se déclencherait.
La surge actuelle du glacier Muldrow n’est probablement pas due au changement climatique, mais plutôt à la géomorphologie du glacier, à la nature unique de sa structure, à la composition de la glace, celle des roches environnantes et à la topographie de la zone à travers laquelle il se déplace.
Les surges peuvent aussi être causées par l’interaction entre l’accumulation de glace à haute altitude au fil du temps et l’apport d’eau de fonte à la base d’un glacier. En raison de la morphologie de nombreux glaciers exposés à ce phénomène, la glace s’accumule et s’épaissit dans la partie supérieure du glacier pendant plusieurs décennies avec un écoulement lent ou un transfert de glace vers la partie inférieure du glacier. A un moment donné pendant la phase calme de l’accumulation, la masse de glace atteint un seuil où l’hydrologie interne du glacier est perturbée. Au lieu de s’écouler au terminus, l’eau de fonte est retenue à la base du glacier.

Le processus d’une surge glaciaire montre que le phénomène affectera surtout les glaciers longs et massifs. Il est moins susceptible d’être observé sur les glaciers de petite taille comme nos glaciers alpins. On estime que seulement 1% de tous les glaciers du monde connaissent des surges et la Denali est un peu unique à cet égard. Un nombre relativement important de glaciers du Denali connaît des surges en raison du relief de ce massif.
Les scientifiques du Parc continueront de surveiller et de cartographier cette situation dynamique pendant et après la surge, afin de mieux comprendre l’évolution des glaciers de l’Alaska. Le National Park Service surveille également le bilan de masse d’un certain nombre de glaciers de plus petite taille dans plusieurs parcs nationaux. La dynamique des glaciers qui ne sont pas soumis à des surges est un indicateur à long terme du réchauffement climatique. Dans la partie sud du massif du Denali, en face du Muldrow, le glacier Kahiltna recule lentement.

Dans son ensemble, la couverture de glace du massif du Denali a diminué de 8 % depuis 1952.
Source : National Park Service.

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Glacial surges are short-lived events where a glacier can move up to velocities 100 times faster than normal, and advance substantially. Surging glaciers are found in only a few areas like Svalbard, Canadian Arctic islands, and Alaska. Glacial surges can take place at regular, periodic intervals. In some glaciers, surges can occur in fairly regular cycles with 15 to 100 or more surge events per year. In other glaciers, surging is unpredictable.

Glaciers cover one-sixth of Denali National Park in Alaska. For the first time in 64 years, the Muldrow Glacier, which originates high on the northeastern slope of Denali and flows north to form the McKinley River, is dramatically surging.
Glacial surges like Muldrow’s are typically short-lived events where ice within a glacier can advance suddenly and substantially, sometimes moving at speeds10-100 times faster than normal. This sudden surge has quickly and dramatically altered the appearance of the previously slow moving Muldrow Glacier, with heavy crevassing occurring throughout most of the length of the glacier.
As a result of the surge, mountaineers planning to use the north approach to Denali are impacted. Route finding may be nearly impossible due to unstable ice conditions and the dramatic increase in crevasse hazards. Additionally, there is a heightened risk of outburst flooding along the McKinley River beyond the terminus of the Muldrow Glacier. Outburst flooding can occur with no warning, and for safety reasons backpacking in these areas of the park has been restricted.
In a prior surge event during the winter of 1956-57, the glacier advanced just over 6.5 kilimeters in a few months’ time. Today, preliminary satellite radar image analysis of the Muldrow Glacier completed by University of Alaska Fairbanks researchers suggests it is currently flowing at a rate of 10-20 meters per day, which is about 100 times faster than normal. This surge is believed to have begun sometime in January and was expected to continue for several months.
Scientists had been anticipating this surge for a while, as the glacier displays evidence of a 50-year surge cycle, but no one knew exactly when it would occur.
The current surge of the Muldrow Glacier is likely not driven by impacts of climate change, but rather by the glacier’s geomorphology, the unique nature of the structure and composition of the glacier’s ice, its surrounding rocks, and the topography it is moving through.
Surges like this may be caused by the interplay of ice buildup at higher elevations over time, and supply of meltwater to the base of a glacier. Due to the geometry of many surge type glaciers, ice accumulates and thickens on the upper glacier over many decades with only a slow flow or transfer of ice to the lower glacier. At some point during the quiet accumulation phase, the mass reaches a threshold where the internal hydrology of the glacier is disrupted. Rather than running out at the terminus, meltwater is retained at the base of the glacier.

The process of a glacier surge shows that the phenomenon will affect long and massive glaciers. Surges are less likely to be observed on short glaciers. It is estimated that only one percent of all the world’s glaciers ever surge and Denali is a bit unique in this respect. A relatively large portion of Denali glaciers are surge type due to the dramatic relief of the mountain.
Park scientists will continue to monitor and map this dynamic situation both during and after the surge event, with the hope of increasing their understanding of how glaciers in Alaska are changing. The National Park Service also monitors the mass balance of a small set of glaciers in several national parks. Non surge type glacier dynamics are a long-term indicator of climate change. On the south side of Denali, opposite from the Muldrow, the Kahiltna glacier is a long-term index glacier which is slowly retreating. Overall, ice cover in Denali has declined by 8% since 1952.
Source: National Park Service.

Photos : C. Grandpey