Manque de neige dans les Andes // Lack of snow in the Andes

Dans la note sur le bas niveau du Rio Paraná, j’ai expliqué que la cause du problème était la sécheresse au Brésil où le fleuve prend sa source. Beaucoup d’autres rivières d’Amérique du Sud rencontrent le même problème à cause du manque de neige dans les Andes. Certaines zones de la chaîne de montagnes se retrouvent sans ou avec très peu de couverture neigeuse à un moment où les chutes de neige devraient être les plus intenses.
Les images satellites montrent que de nombreux sommets de la célèbre chaîne, qui longe la bordure occidentale du continent, ont soit une neige éparse, soit un sol totalement nu. Les niveaux de précipitations actuels pour l’ensemble de la Cordillère des Andes confirment qu’il n’a pas neigé du tout ou très peu.
Comme c’est en ce moment l’hiver dans l’hémisphère sud, les Andes devraient connaître des chutes de neige maximales. Les scientifiques attribuent la sécheresse des dix dernières années au changement climatique causé par l’homme. Une étude publiée en juin a prédit que les sécheresses et autres événements météorologiques extrêmes s’aggraveraient dans toute l’Amérique du Sud si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivaient sans contrôle.
Selon un chercheur de l’Institut national de recherche spatiale au Brésil, « l’Amérique du Sud et le Brésil en particulier montrent déjà des signes du changement climatique, notamment une augmentation des températures de surface, une modification des précipitations, la fonte des glaciers dans les Andes, ainsi que des phénomènes météorologiques plus fréquents et plus intenses. Ces variations climatiques annoncent d’ores et déjà ce qui se passera dans les décennies à venir si l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre se poursuit. »
Voici deux images satellites de l’agence COPERNICUS montrant le déficit de neige dans les Andes en juillet 2021 par rapport à l’année précédente.
Source : HuffPost.

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In the post about the low level of the Paraná River, I explained that the cause of the problem was the drought in Brazil where the river takes its source. Many other rivers in South America are facing the same problem because of the lack of snow in the Andes. Areas of the mountain range are seeing little to no snow cover at a time when snowfall should be at its highest.

Satellite images show that many peaks in the famed range, which runs along the continent’s western edge, have either sparse snow or totally bare ground. The current precipitation levels for the entire Cordillera Andes range show that it has either not snowed at all or has snowed very little.

Because it’s winter in the Southern Hemisphere, the mountain range should be seeing peak snowfall. Scientists attribute the decade-long drought to human-caused climate change. A study published in June predicted that droughts and other extreme weather events would become even worse throughout South America if greenhouse gas emissions continue unchecked.

According to a researcher at Brazil’s National Space Research Institute,“South America and Brazil in particular are already showing signs of climate change, including a rise in surface temperatures, changing rainfall patterns, melting of glaciers in the Andes, and more frequent and intense extreme weather events. These variations in the characteristics of the climate are forerunners of what will happen in the decades ahead if the unprecedented rise in greenhouse gas emissions continues.”

Here are two COPERNICUS satellite images showing the snow deficit in the Andes in July 2021 compared with the previous year.

Source : HuffPost.

Sévère sécheresse en Amérique du Sud // Severe drought in South America

Quand on voit les conditions météorologiques en France cet été, on a du mal à croire que certaines régions de la planète souffrent de chaleur et de sécheresse. C’est pourtant ce qui se passe en Amérique du Sud, où le Rio Paraná, l’une des principales voies navigables, a atteint son niveau le plus bas depuis près de 80 ans en raison d’une sécheresse prolongée au Brésil. Les scientifiques s’accordent à dire que le changement climatique est responsable de cette situation.
En péril se trouve un vaste écosystème qui distribue de l’eau potable à 40 millions de personnes, des moyens de subsistance à des communautés de pêcheurs et des agriculteurs, et permet de faire vivre un important centre d’exportation de céréales.
En Argentine, l’Institut National de l’Eau explique que le niveau du Rio Paraná, qui traverse le Brésil, le Paraguay et l’Argentine, est « le pire depuis 1944 ».
Le bas niveau de l’eau est dû à une sécheresse record au Brésil, où le fleuve prend sa source. Les régions du centre-ouest et du sud du Brésil connaissent une grave crise de l’eau. Les réservoirs sont à leur plus bas niveau depuis 91 ans et les autorités brésiliennes ont décrété l’état d’urgence pour cinq États.
Le bas niveau de l’eau fait certes partie d’un cycle naturel, mais les spécialistes expliquent que le scénario est très inquiétant en raison du changement climatique. Les écologistes ajoutent que la déforestation contribue au problème.
Le Rio Paraná et les nappes phréatiques fournissent de l’eau douce à quelque 40 millions de personnes dans des pays comme le Brésil et l’Argentine. La sécheresse du fleuve impacte le transport des marchandises. Les navires ont dû réduire leur tonnage d’environ 20 % pour pouvoir continuer à se déplacer. Les frais de transport augmentent. En 2019, 79 millions de tonnes de céréales, de farine et d’huile ont été exportées à partir de Rosario, ce qui en fait l’un des plus grands pôles d’exportation agricole au monde.
Source : Yahoo Actualités.

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When we see the poor weather conditions in France this summer, it seems strange to hear that some regions of the planet are suffering from heat and drought. This is happening in South America where the Paraná River, one of the main commercial waterways, has reached its lowest level in nearly 80 years due to a prolonged drought in Brazil. Scientist agree to say that climate change is responsible for this situation.

At peril is a vast ecosystem that includes potable water for 40 million people, the livelihood of fishing communities and farmers, and the navigability of a major grain export hub.

The National Water Institute of Argentina has defined the low water level of the Paraná River, which goes through Brazil, Paraguay, and Argentina, as “the worst since 1944.”

The low water level is due to a record drought in Brazil, where the river begins. The midwestern and southern regions of Brazil are in a big water crisis. Water reservoirs are at their lowest levels in 91 years and Brazilian authorities have issued an emergency alert for five states.

Reduced water levels are part of a natural cycle, but specialists warn that the scenario is more extreme because of climate change. Environmentalists say deforestation is contributing to the problem.

The Paraná waterway and its aquifers supply fresh water to some 40 million people in countries including Brazil and Argentina. The drought of the river is impacting the transport of goods. Vessels had to reduce their tonnage by approximately 20% to continue moving. Transport costs are increasing. In 2019, 79 million tons of grain, flour and oil were exported from Rosario, making it one of the biggest agricultural export hubs in the world.

Source : Yahoo News.

Image satellite du Rio Paraná. Le fleuve naît sur le plateau du centre-sud du Brésil par la confluence du Rio Grande et du Rio Paranaíba. Avec 4880 km, c’est le deuxième plus long fleuve d’Amérique du Sud, juste derrière l’Amazone, et le 13ème plus long du monde. (Source : Instrument MERIS (Medium Resolution Imaging Spectrometer) à bord du satellite Envisat de l’ESA)

L’agonie de la Mer de Glace (France)

Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence, mais au moment où le GIEC publiait son inquiétant rapport sur le réchauffement climatique, la chaîne LCI diffusait un reportage tout aussi inquiétant sur la Mer de Glace. Il ne fait que confirmer mes dernières visites. Il ne faut pas se voiler la face : la Mer de Glace est morte. Elle ressemble aujourd’hui davantage à un désert de pierre qu’à un glacier, et d’ici quelques années elle aura totalement disparu.

Les glaciologues locaux expliquent que la Mer de Glace perd quatre à cinq mètres d’épaisseur chaque année. Les repères affichés le long de l’escalier qui descend vers la grotte permettent aux touristes de se rendre compte de la vitesse de fonte de la glace et donc de sa perte d’épaisseur. Depuis 1986, le plus grand glacier des Alpes françaises a perdu 146 mètres d’épaisseur !

La baisse de niveau de la Mer de Glace provoque des effondrements de son encaissant et les matériaux sombres qui jonchent la surface de la glace accélèrent sa fonte en supprimant l’albédo, autrement dit son pouvoir réfléchissant.

Dans les Alpes, comme dans tout l’Arctique – les glaciers d’Alaska sont dans la même galère – la fonte s’accélère à cause du réchauffement climatique ; elle est deux à trois fois plus rapide dans ces régions que dans le reste de la planète.

Le glaciologue Luc Moreau – que je salue ici – explique que la fonte s’observe même sur un temps très court, ce qui est confirmé par les ouvriers en charge de la grotte de glace qui est recouverte d’une bâche blanche pour tenter de ralentir la fonte de la voûte. La même technique est utilisée en Suisse pour essayer de freiner l’agonie de la grotte percée dans le Glacier du Rhône. On estime que ces bâches permettent de réduire la fonte d’environ 75%. Il est toutefois impossible d’étendre le dispositif à toute la Mer de glace car le coût serait trop important.

Le réchauffement climatique dans les Alpes ne se limite pas aux glaciers. Comme je l’ai écrit précédemment, c’est tout le massif qui transpire, à commencer par le permafrost de roche qui assure la solidité et la stabilité des parois rocheuses. Ludovic Ravanel, autre glaciologue alpin, explique que les mesures à l’Aiguille du Midi révèlent une hausse de température de 0,15°C tous les ans. Je me pose beaucoup de questions quand je regarde les pylônes ancrés dans la roche qui supportent le téléphérique de l’Aiguille du Midi.

Dans leur conclusion, les glaciologues sont aussi pessimistes que les rédacteurs du rapport du GIEC. D’ici à la fin du siècle et dans le pire scénario, ils prévoient la fonte de 95% du volume des glaciers alpins.

Une fonte vertigineuse!

Mer de Glace et Glacier du Rhône, on bâche!

Photos: C. Grandpey

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En Italie, inquiétude pour le glacier de Planpincieux…

Le 25 septembre 2019 et le 6 août 2020, j’attirais l’attention sur le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux, dans le Val d’Aoste, sur le versant italien du Mont Blanc, sous la face sud des Grandes Jorasses..
Avec les fortes températures de ces derniers jours, le glacier perché à 2700 mètres d’altitude, avance dangereusement, parfois à une vitesse de 1,50 m par jour. La raison de cette accélération est facile à comprendre : l’eau de fonte glisse sous le glacier et joue un rôle de lubrifiant, ce qui accélère la progression de la masse de glace. Le danger serait que quelque 800 000 mètres cubes de glace se détachent et tombent sur le village de Planpincieux. Pour éviter une telle catastrophe, des radars et capteurs surveillent le comportement du glacier.

 Glacier de Planpincieux (Crédit photo: Wikipedia)

 

La Terre en déséquilibre // Earth’s imbalance

La stabilité du climat sur Terre dépend d’un équilibre fragile entre la quantité d’énergie que la planète absorbe du soleil et la quantité d’énergie qu’elle renvoie dans l’espace. Cet équilibre a été rompu au cours des dernières années, et le déséquilibre s’accentue. C’est la conclusion d’un article publié dans la revue Nature Communications.le 28 août 2021 par des chercheurs de l’Université de Princeton.
Les changements dans la répartition de l’énergie sur Terre auront des ramifications majeures sur le climat futur de la planète et sur la compréhension du changement climatique par l’Homme. L’étude met à mal les arguments utilisés par ceux qui ne croient pas que les activités humaines sont responsables du changement climatique. Elle démontre que le déséquilibre énergétique de la planète ne peut pas être expliqué uniquement par les variations naturelles. Les chercheurs proposent des informations importantes sur la façon dont les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique perturbent l’équilibre de la planète et entraînent le réchauffement climatique, l’élévation du niveau de la mer et les phénomènes météorologiques extrêmes.
Les émissions de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre provenant des activités humaines piègent la chaleur dans l’atmosphère, ce qui signifie que la planète absorbe le rayonnement infrarouge qui serait normalement libéré dans l’espace. La fonte de la glace de mer, les modifications de la couverture nuageuse et les différences de concentration d’aérosols – phénomènes qui sont tous affectés par le changement climatique – signifient également que la Terre réfléchit moins de rayonnement solaire dans le cosmos.
Les chercheurs ont utilisé des observations satellitaires de 2001 à 2020 pour démontrer que le déséquilibre énergétique de la Terre augmente. Ils ont ensuite utilisé une série de modèles climatiques pour simuler les effets sur le système énergétique de la Terre si le changement climatique causé par l’homme était retiré de l’équation. Les scientifiques ont alors découvert que les fluctuations naturelles ne pouvaient pas à elles seules expliquer la tendance observée sur la période de 20 ans.
Les océans absorbent environ 90 pour cent de l’excès de chaleur de la planète, ce qui provoque la montée des mers et peut déclencher la formation d’ouragans et d’autres événements météorologiques extrêmes. La chaleur restante est absorbée par l’atmosphère et par la terre émergée, ce qui augmente la température de surface globale et contribue à la fonte de la neige et de la glace.
Si le déséquilibre énergétique de la Terre continue, les conséquences qui se font déjà sentir aujourd’hui seront probablement exacerbées. Nous allons assister à une hausse des températures, une élévation du niveau de la mer, une fonte plus importante de la neige et de la glace, et tout va empirer si nous envoyons encore plus de chaleur dans l’atmosphère. Une étude de la NASA et de la NOAA a révélé que le déséquilibre énergétique de la Terre avait pratiquement doublé de 2005 à 2019.
L’étude de Princeton confirme celle de la NASA de la NOAA qui a utilisé 14 années d’observations fournies par des capteurs satellites et un ensemble d’instruments dans l’océan. Les auteurs expliquent que les activités humaines, ce que l’on appelle le forçage anthropique, jouent indéniablement un rôle important, même si une certaine variation naturelle entre probablement également en jeu. Par exemple, certaines oscillations planétaires peuvent s’étaler sur des cycles qui durent plusieurs décennies, ce qui peut rendre difficile l’identification des empreintes numériques du changement climatique.
Source : NBC news, Yahoo News.

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The stability of the Earth’s climate depends on a delicate balance between the amount of energy the planet absorbs from the sun and the amount of energy it emits back into space. But that equilibrium has been thrown off in recent years, and the imbalance is growing. This is the conclusion of a paper published on August 28th, 2021by Princeton University researchers in the journal Nature Communications.

The changes to Earth’s energy system have major ramifications for the planet’s future climate and humanity’s understanding of climate change. The study undercuts a key argument used by people who do not believe human activity is responsible for climate change. It demonstrates that the planet’s energy imbalance cannot be explained just by Earth’s own natural variations.The research offers important insights into how greenhouse gas emissions of human origin are upsetting the planet’s equilibrium and driving global warming, sea-level rise and extreme weather events.

Emissions of carbon dioxide, methane and other greenhouse gases from human activities trap heat in the atmosphere, meaning the planet absorbs infrared radiation that would normally be released into space. Melting sea ice, changing cloud cover and differences in the concentration of aerosols – all of which are affected by climate change – also mean Earth is reflecting less of the sun’s radiation back into the cosmos.

The researchers used satellite observations from 2001 to 2020 to determine that Earth’s energy imbalance is growing. They then used a series of climate models to simulate the effects on Earth’s energy system if human-caused climate change was taken out of the equation. The scientists found that natural fluctuations alone could not explain the trend observed over the 20-year period.

Oceans store approximately 90 percent of the planet’s excess heat, which causes rising seas and can trigger hurricane formation and other extreme weather events. The remaining heat is taken up by the atmosphere and land, which increases global surface temperatures and contributes to melting snow and ice.

If Earth’s energy imbalance continues to grow, consequences that are already being felt today will likely be exacerbated,. We are going to see temperatures rise, sea levels rise, more snow and ice melting, and everything will get worse if we add more heat. A study by NASA and NOAA has found Earth’s energy imbalance approximately doubled from 2005 to 2019.

The Princeton research confirms this study which used 14 years of observations from satellite sensors and an array of instruments in the ocean. The authors explain that human activities, or what’s known as anthropogenic forcing, are undeniably having an effect, although some natural variation is likely also at play. For instance, some planetary oscillations can operate on cycles that last multiple decades, which can make it tricky to tease out the fingerprints of climate change.

Source : NBC News, Yahoo News.

Le déséquilibre énergétique de la Terre est dû à la réduction du rayonnement infrarouge émis suite à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre. Plus de 90 % de ce déséquilibre contribue au réchauffement de l’océan, tandis que des quantités plus faibles entraînent la fonte des glaces et le réchauffement de la terre et de l’atmosphère. [Source : Schuckmann & al. (2016)]

Earth’s energy imbalance arises due to reduction in the emitted infrared radiation in response to increases in greenhouse gas concentrations. More than 90% of this imbalance goes into heating the ocean, with much smaller amounts going into melting of ice and heating of the land and atmosphere. [Source : Schuckmann & al. (2016)]