Deux éruptions jumelles au 15ème siècle ont déclenché des décennies de froid autour de la Terre // Twin 15th-century eruptions triggered decades of cold around Earth

Une nouvelle analyse de carottes de glace prélevées en Antarctique révèle qu’il y a près de 600 ans, vers 1458-1459, deux volcans sont entrés en éruption presque simultanément, enveloppant la planète d’un voile de cendres et de soufre. Ce phénomène a déclenché l’une des décennies les plus froides du dernier millénaire et modifié le climat dans les deux hémisphères.
De nouvelles preuves qui se dissimulaient dans la glace de l’Antarctique montrent aujourd’hui que l’événement, longtemps attribué à un seul volcan du Pacifique, était en réalité le résultat d’une double éruption. L’une provenait du Kuwae, un volcan sous-marin situé entre les îles Epi et Tongoa au Vanuatu, l’autre d’un volcan non identifié quelque part dans l’hémisphère sud.

 

Source : Oregon State University

L’étude, publiée dans Communications Earth & Environment en 2025, est le fruit d’une collaboration entre des scientifiques coréens et russes qui ont analysé du verre volcanique microscopique emprisonné au cœur de la glace antarctique. Ces fragments contiennent des indices chimiques qui révèlent à la fois la chronologie et l’origine des éruptions anciennes.
Les années 1450 comptaient déjà parmi les décennies les plus froides de notre ère. Les archives historiques décrivent de très mauvaises récoltes, l’avancée des glaciers et des gelées soudaines de l’Europe à l’Asie.

Pendant des décennies, ces anomalies ont été imputées à l’éruption du Kuwae dont l’éruption remonterait à 1452. Cependant, les carottes de glace de l’Antarctique et du Groenland révèlent deux pics de soufre bien distincts : l’un en 1452 et l’autre en 1458. Le signal le plus fort de 1458 laisse supposer que le refroidissement principal a commencé plusieurs années plus tard qu’on ne le pensait. Les scientifiques ont alors émis l’hypothèse qu’un autre volcan en était responsable.
La dernière étude confirme ces soupçons. Ses auteurs ont découvert que les éclats de verre présents dans la glace antarctique de 1458-1459 présentaient deux compositions chimiques distinctes : l’une dacitique, correspondant à Kuwae, et l’autre rhyolitique, donc d’origine différente. Cela signifie que deux grandes éruptions ont eu lieu sur la planète à quelques mois d’intervalle. Elles ont épaissi le voile d’aérosols qui recouvrait la Terre et amplifié le refroidissement qui a suivi.
Ensemble, ces deux panaches ont réduit les températures mondiales d’environ 0,4 °C pendant plusieurs années. Les cernes des arbres d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord confirment une période de croissance raccourcie et des étés exceptionnellement froids qui a duré jusqu’à la fin des années 1460.
Les preuves de cette double éruption proviennent d’une carotte de 30,18 m prélevée près de la station Vostok, en Antarctique oriental, en 2021.

 Vue de la station Vostok (Crédit photo : Arctic and Antarctic Research Institute)

La glace à cette profondeur s’est formée il y a environ six siècles tout en capturant les empreintes chimiques de l’événement de 1458-1459. Les scientifiques ont extrait 14 éclats de verre volcanique de cette glace. Chaque particule étant trop petite pour être analysée avec les techniques de laboratoire conventionnelles, les chercheurs ont eu recours à la microscopie électronique avec spectrométrie de rayons X à dispersion d’énergie. Ils ont mesuré la composition chimique de chaque éclat de verre volcanique. La moitié des éclats présentait une composition dacitique typique de Kuwae, tandis que les autres étaient rhyolitiques, ce qui ne correspondait pas, non plus, aux échantillons du Reclus, un volcan chilien autrefois soupçonné d’être la deuxième source éruptive. Cela signifiait que les éclats rhyolitiques provenaient d’un volcan non répertorié, situé dans l’extrême sud. Les candidats probables se trouvent dans le sud de l’Amérique du Sud, dans les îles subantarctiques, voire dans la péninsule Antarctique proprement dite.
L’analyse des cendres et du dioxyde de soufre (SO2) émis dans l’atmosphère a révélé un schéma compatible avec deux éruptions distinctes. Au final, les preuves plaident en faveur d’un scénario d’éruptions quasi simultanées, où la charge atmosphérique combinée a intensifié le refroidissement au-delà de ce que chacune des éruptions aurait pu produire individuellement.

Concernant l’effet sur le climat, ces éruptions jumelles ont prolongé le refroidissement en bloquant simultanément la lumière du soleil dans les deux hémisphères. Cela explique pourquoi le refroidissement des années 1450 a été plus fort et plus durable. L’intégration du comportement du double panache dans les modèles climatiques pourrait améliorer les prévisions des variations de température et des délais de récupération de l’atmosphère après une éruption. L’étude montre également qu’il est important de combiner les données des deux régions polaires.
Source : The Watchers.

Références scientifiques :

1 Antarctic ice reveals two volcanoes erupting simultaneously may have caused 15th-century cooling – Phys.org – October 22, 2025

2 Origin of the 1458/59 CE volcanic eruption revealed through analysis of glass shards in the firn core from Antarctic Vostok station – Seokhyun Ro et al. – Nature – October 20, 2025 – https://doi.org/10.1038/s43247-025-02797-x – OPEN ACCESS.

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A new analysis of Antarctic ice cores reveals that nearly 600 years ago, around 1458–1459 CE, two massive volcanoes erupted almost simultaneously, shrouding the planet in a veil of ash and sulfur that triggered one of the coldest decades of the last millennium and altered weather across both hemispheres.

New evidence preserved in Antarctic ice now shows that the event long attributed to a single volcano in the Pacific was in fact a dual eruption, one from Kuwae in Vanuatu and another from an unidentified volcano somewhere in the Southern Hemisphere.

The study, published in Communications Earth & Environment in 2025, was the result of a collaboration between Korean and Russian scientists who analyzed microscopic volcanic glass trapped deep inside Antarctic ice. These fragments hold chemical clues that reveal both the timing and origin of ancient eruptions.

The 1450s were already one of the coldest decades in the Common Era. Historical records describe failed harvests, advancing glaciers, and sudden frosts stretching from Europe to Asia. For decades, these anomalies were blamed on the eruption of Kuwae, a massive submarine volcano in the Pacific, believed to have erupted in 1452

However, Antarctic and Greenland ice cores reveal two distinct sulfur spikes: one in 1452 and another in 1458. The stronger signal in 1458 suggestd the main cooling began several years later than previously thought. Scientists began to believe that another volcano, was responsible.

The new study confirms that suspicion. It found that glass shards in the 1458–1459 layer of Antarctic ice have two distinct chemical compositions: one dacitic, matching Kuwae, and another rhyolitic, belonging to a different source.This means two large eruptions struck the planet within months of each other, thickening the global aerosol haze and amplifying the cooling that followed.

Together, the twin plumes reduced global temperatures by roughly 0.4°C for several years. Tree rings from Asia, Europe, and North America confirm a period of shortened growing seasons and unusually cold summers that lasted well into the late 1460s.

The evidence comes from a 30.18 m firn core drilled near Vostok Station in East Antarctica in 2021. The ice at that depth formed roughly six centuries ago, capturing the chemical fingerprints of the 1458/59 event. Scientists in their labs later extracted 14 volcanic glass shards from that layer. As each particle was too small to analyze using conventional laboratory techniques, the researchers resorted to electron microscopy with energy-dispersive X-ray spectrometry. They measured the chemical composition of each shard. Half of the shards showed a dacitic composition typical of Kuwae, while the rest were rhyolitic, inconsistent with samples from Reclus, a Chilean volcano once suspected of being the second source. This meant the rhyolitic shards came from an undocumented volcano somewhere in the far south. The likely candidates lie in southern South America, the sub-Antarctic islands, or even the Antarctic Peninsula itself.

The analysis of the ash and sulfur dioxide (SO2) sent into the atmosphere revealed a pattern consistent with two separate eruptions. In the end, the evidence strongly supports a near-simultaneous eruption scenario, where the combined atmospheric load intensified cooling beyond what either eruption could have achieved alone.

As far as the effect on the climate is concerned, such dual eruptions prolong cooling by keeping sunlight blocked from both hemispheres simultaneously. This helps explain why the 1450s cooling was stronger and longer-lasting than expected from Kuwae alone. Including dual-plume behavior in climate models could improve predictions of post-eruption temperature changes and recovery times. The research also shows the importance of combining data from both polar regions.

Source : The Watchers.

Scientific references:

1 Antarctic ice reveals two volcanoes erupting simultaneously may have caused 15th-century cooling – Phys.org – October 22, 2025

2 Origin of the 1458/59 CE volcanic eruption revealed through analysis of glass shards in the firn core from Antarctic Vostok station – Seokhyun Ro et al. – Nature – October 20, 2025 – https://doi.org/10.1038/s43247-025-02797-x – OPEN ACCESS.

Câbles à fibre optique et vêlage des glaciers // Fiber optic cables and glacier calving

Pour le grand public, les câbles à fibre optique représentent avant tout la technologie qui achemine Internet au domicile. En réalité, ces câbles ont bien d’autres applications. Ils sont notamment capables de détecter les signaux du milieu environnant. Une technologie, la détection acoustique distribuée (DAS), est si sensible qu’elle pourrait même, dans les années à venir, avertir de l’imminence d’un séisme. La DAS permet de détecter des signaux de contrainte de fréquence acoustique, tout au long d’un tronçon de fibre (d’où le qualificatif de « distribuée »), par opposition à un sismomètre classique qui donne une mesure ponctuelle.
Des chercheurs ont récemment posé un câble à fibre optique sur le plancher océanique près d’un glacier du Groenland. La technique a révélé avec une précision inédite ce qui se passe lors d’un vêlage, lorsque des blocs de glace s’effondrent dans l’océan. Cela pourrait permettre de mieux comprendre les processus à l’origine de la détérioration rapide de la calotte glaciaire du Groenland.
Avant même que l’homme ne commence à modifier le climat, les glaciers du Groenland vêlaient naturellement. Lorsque les températures étaient plus basses, la calotte glaciaire se régénérait rapidement grâce aux chutes de neige.

Photo : C. Grandpey

Aujourd’hui, avec la hausse des températures, la fonte des glaces augmente la quantité d’eau de fonte qui s’écoule sous les glaciers, les lubrifie et accélère leur vitesse de progression. En conséquence, le Groenland perd désormais beaucoup plus de glace qu’il n’en régénère.
Le problème est que la plupart des modèles scientifiques sous-estiment la quantité de glace qui fond à l’endroit où les glaciers groenlandais sont en contact avec les fonds marins. Cela n’est pas dû à un manque d’efforts de la part des glaciologues ; il est surtout trop dangereux de s’approcher d’un vêlage pour recueillir des données.
C’est pour cela que les chercheurs ont tendu 10 kilomètres de câble à fibre optique parallèlement au front de vêlage d’un glacier dans un fjord du sud du Groenland . Chaque fois que le glacier se fracture et laisse tomber de la glace dans l’eau, il « pince » le câble, un peu comme un guitariste qui pince une corde. Ces vibrations diffusent la lumière à l’intérieur de la fibre optique vers deux « récepteurs » sur terre, alimentés par des panneaux solaires et des batteries. L’un d’eux traite les données DAS, là où l’acoustique se propage dans l’eau, tandis que l’autre détermine les variations de température dans le fjord.
Lors d’un vêlage, un mur d’eau s’éloigne du front du glacier, mais le système DAS est également en mesure de détecter le mouvement de l’eau sous la surface. Des vagues, parfois gigantesques, s’agitent le long du câble sous-marin, soulevant et abaissant l’interface entre les eaux froides de surface et les eaux chaudes profondes.

Vêlage du glacier Sawyer en Alaska (Vidéo : C. Grandpey) :

https://www.youtube.com/watch?v=jZtvNMxoxdY

En général, l’eau plus chaude et plus salée plonge vers le fond car elle est plus dense, tandis que l’eau plus froide et plus douce issue de la fonte du glacier reste à la surface. Cette eau froide forme également une sorte de couche isolante au bord du glacier, empêchant la fonte de se poursuivre. Or, le câble à fibre optique montre que lorsqu’un pan de glace tombe dans le fjord, il fait remonter les eaux plus chaudes à la surface et perturbe la couche isolante, ce qui favorise la fonte du glacier. De plus, à mesure que l’iceberg s’éloigne du glacier, il brasse encore plus d’eau, un peu comme un bateau qui crée son propre sillage, phénomène invisible sous la surface.
Contrairement aux scientifiques qui naviguent autour d’un front de vêlage, les câbles à fibre optique collectent de nombreuses données, sans danger pour l’homme. Les chercheurs n’ont pu exploiter leur câble que pendant trois semaines, mais ils prévoient de mener d’autres études en utilisant des relevés à des échelles de temps beaucoup plus longues, afin de surveiller l’évolution du vêlage tout au long de l’année. S’ils parviennent à déployer davantage de câbles près des zones habitées le long des côtes du Groenland, ils pourraient même concevoir un système d’alerte précoce pour les tsunamis provoqués par le vêlage des glaciers.
Source : Grist via Yahoo News.

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For the general public, fiber optic cables are above all known as the technology that brings the Internet to their homes. Actually, the cables have many more applications. In particular, they are able to detect signals from the surrounding environment: Known as distributed acoustic sensing, or DAS, the technology is so sensitive that it may one day in the coming years even warn you of an impending earthquake.

Today, researchers have laid a fiber optic cable on the seafloor near a glacier in Greenland, revealing in unprecedented detail what happens during a calving event, when chunks of ice drop into the ocean. That, in turn, could help better understand the hidden processes driving the rapid deterioration of the island’s ice sheet.

Even before humans started changing the climate, Greenland’s glaciers were calving naturally. When temperatures were lower, the ice sheet was also readily regenerating as snow fell.

As temperatures have climbed, more melting is creating more meltwater, which flows underneath glaciers, lubricating them and accelerating their speed. Accordingly, Greenland now sheds much more ice than it regenerates.

The challenge is that most models underestimate the amount of ice melting where Greenland’s glaciers touch the sea. This is not due to a lack of effort from glaciologists ; it’s just extremely dangerous to get up close to massive chunks of falling ice to collect data.

Taking a different aproach in a fjord in south Greenland, researchers strung 10 kilometers of cable parallel to a glacier’s “calving front.” Whenever the glacier fractured, or dropped ice into the water, it “plucked” the cable, like a guitarist plucking a string. These vibrations scattered light in the fiber optics back to two “interrogator” devices, powered by solar panels and batteries, on land. One of these handled the DAS data, or the acoustics propagating through the water, while the other determined temperature changes in the fjord.

During a calving event, a wall of water rushes away from the ice. But the DAS system also picked up a hidden movement of water beneath the surface, as the waves, which can be huge, pulsed across the seafloor cable, raising and lowering the interface between cold surface waters and warm deep waters.

Typically, warmer, saltier water sinks to the bottom because it is denser, while colder, fresher water from glacial melt sits at the surface. The latter also forms a sort of insulating layer at the edge of the glacier, preventing more melting. But the fiber optic cable shows that as an iceberg drop into the fjord, it stirs those warmer waters to the surface and disturbs the insulating layer, thus encouraging more melting of the glacier. And as the iceberg drift away from the glacier, it stirs still more water, like a boat creating its own wake, but invisible under the surface.

In contrast to scientists boating around a calving front, fiber optic cables cheaply, safely, and passively collect a lot of of data. The researchers were only able to operate their cable for three weeks, but they plan to do further studies that use readings from much longer timescales, monitoring how calving changes throughout the year. If they’re able to deploy more cables near Greenland’s coastal cities, they might even be able to design an early-warning system for ice-induced tsunamis.

Source : Grist via Yahoo News.

Camp Century (Groenland) : une bombe à retardement // Camp Century (Greenland ) : a time bomb

Dans une note rédigée le 9 août 2016 sur ce blog, je faisais référence à une étude de l’Université York à Toronto (Canada), menée en collaboration avec l’Université de Zurich, à propos d’une base militaire ultra secrète installée sous la glace du Groenland par les Américains durant la Guerre Froide.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/08/09/groenland-les-secrets-de-la-banquise-greenland-the-secrets-of-the-ice/

Les chercheurs expliquent que la base militaire a été abandonnée dans les années 1960, mais aujourd’hui le réchauffement climatique pourrait faire remonter à la surface des déchets toxiques qui étaient censés être enterrés à jamais sous la calotte glaciaire.
La base militaire ultra secrète de « Camp Century, » construite à l’intérieur de la calotte glaciaire du Groenland en 1959, a servi de site pour tester la faisabilité de bases de lancement de missiles nucléaires dans l’Arctique pendant la Guerre Froide. Quand la base a été désaffectée en 1967, son infrastructure et les déchets qui s’y trouvaient ont été abandonnés avec l’idée qu’ils seraient enfouis à jamais dans la neige et la glace de cette région du monde. Malheureusement, le réchauffement climatique est passé par là…

Aujourd’hui, l’ancienne base et sa radioactivité pourraient devenir un sacré casse-tête pour Donald Trump si le président américain s’obstine à vouloir prendre le contrôle du Groenland. En 1967, les Américains ont laissé derrière eux des milliers de tonnes de déchets et de débris, dont des résidus radioactifs, qu’ils pensaient enfouis à jamais sous la calotte glaciaire. Avec le réchauffement climatique, ce qui devait rester top secret pourrait sortir au grand jour plus tôt que prévu.
Alors que la planète se réchauffe, Camp Century, situé à environ 1 500 kilomètres au nord de Nuuk, la capitale du Groenland, est un sujet d »inquiétude, car personne ne sait combien de temps la base restera enfouie. L’étude de 2016 à laquelle j’ai fait référence indiquait que les vestiges de la base abandonnée pourraient être mis au jour par la fonte de la glace et de la neige vers la fin du 21ème siècle.
Cette révélation a provoqué une tempête politique au Groenland, où le ministre des Affaires étrangères a exigé que le Danemark prenne en charge le nettoyage des installations militaires américaines abandonnées au Groenland. Le pays, ancienne colonie danoise, n’a jamais consenti à les accueillir. Nuuk et Copenhague ont signé un accord en 2017 prévoyant environ 30 millions de dollars pour le nettoyage des déchets, mais Camp Century n’était pas inclus dans l’accord.

Camp Century était une véritable ville souterraine, avec une chapelle, un salon de coiffure et des dortoirs qui abritaient des centaines de personnes. Tout cela était, jusqu’à présent, enfoui sous une épaisse couche de glace. Aujourd’hui, Camp Century pourrait contaminer l’environnement de différentes manières. D’une part, la fonte de la glace et de la neige pourrait entraîner des déchets toxiques – comme les 200 000 litres de diesel – dans l’océan. D’autre part, on peut craindre que la glace dans laquelle est construite la base se détache et forme un iceberg. Cependant, les scientifiques estiment que ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne se produira avant la fin de ce siècle.

L’avenir de Camp Century dépendra du réchauffement climatique au cours des prochaines décennies. Bien que les projections diffèrent, un rapport des Nations Unies publié en octobre 2024 indique que la planète se réchauffera de 2,6 °C à 3,1 °C au cours de ce siècle, et que l’objectif symbolique de 1,5 °C convenu à Paris en 2015 ne sera jamais atteint. Cette forte hausse des températures pourrait porter un coup fatal à Camp Century, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement..

Aujourd’hui, Camp Century joue un rôle important pour les scientifiques qui étudient et tentent de comprendre le réchauffement climatique. Dans les années 1960, ils ont extrait une carotte de glace, toujours étudiée aujourd’hui, afin de mieux comprendre les schémas climatiques d’il y a des centaines de milliers d’années. De ce fait, la base demeure un « supersite » scientifique.

Si Donald Trump continue de vouloir acquérir le Groenland, il héritera des séquelles des activités polluantes de son propre pays à l’époque de la Guerre Froide. Un cadeau empoisonné !

Voici une vidéo qui explique en anglais sous-titré l’histoire de Camp Century :

https://www.youtube.com/watch?v=C2aNAxXMkq0

Cette photo de l’armée américaine montre les tunnels de l’entrée NE de Camp Century au moment de sa construction en 1959.

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On August 9th, 2026, I wrote on the blog a post referring to a study performed at York University in Canada. Conducted in collaboration with the University of Zurich, it reveals that a military camp situated beneath the ice in Greenland was abandoned in the 1960s and that climate change could remobilize the abandoned hazardous waste believed to be buried forever beneath the Greenland Ice Sheet.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/08/09/groenland-les-secrets-de-la-banquise-greenland-the-secrets-of-the-ice/

The U.S. military base “Camp Century,” built in the Greenland Ice Sheet in 1959, served as a top-secret site for testing the feasibility of nuclear missile launch sites in the Arctic during the Cold War. When the camp was decommissioned in 1967, its infrastructure and waste were abandoned under the assumption they would be entombed forever by perpetual snow and ice.

Unfortunately,the Arctic has unexpectedly warmed…

Today, the radioactive secret could become a headache for Donald Trump if he keeps his desire to take control of the Arctic island.

Although the Americans dismantled the reactor and took its nuclear reaction chamber with them when they departed in 1967, they left behind thousands of tonnes of waste and debris, including radioactive residue, to be buried under the icecap forever.But because of global warming, forever might come sooner than planned.

As the world warms, Camp Century, which is located about 1,500 kilometers north of Nuuk, Greenland’s capital city, is becming the focus of anxiety as noboby knows how long it will remain entombed. The study I referred to in 2016 said the remains of the abandoned base could be exposed by melting ice and snow toward the end of the 21st century.

The revelation caused a political storm in Greenland whose Foreign Minister demanded Denmark take responsibility for cleaning up the debris from abandoned U.S. military installations in Greenland. The country formerly a colony of Denmark, never consented to hosting them. Nuuk and Copenhagen signed a deal in 2017 earmarking about $30 million to clean up the debris and waste, but Camp Century was not included in the agreement.

Camp Century has been described as a subterranean city, complete with a chapel, a barbershop and dormitories that once housed hundreds of people. All that is now buried under thick layers of ice. There are different ways Camp Century could contaminate the environment. One is if melting ice and snow carry toxic waste – such as the 200,000 liters of diesel fuel beneath the ice – out into the ocean. Another is if the ice containing the base breaks off and forms an iceberg. However, scientists think neither are likely anytime this century.

The future of the base will depend on how much the world warms in the coming decades. While there are different projections, a United Nations report published in October 2024 found the planet will heat up by 2.6°C to 3.1°C this century, with no chance of limiting the temperature increase to the totemic 1.5° C target agreed in Paris in 2015. The sharp increase in temperature might deal a deadly blow to Camp Century, with disastrous consequences for the environment.

Today, Camp Century plays an important part to scientists to study and try to understand global warming. In the 1960s, they extracted an ice core that is still studied to this day for insights into climate patterns hundreds of thousands of years ago. As such, the base remains a scientific “supersite.”

If Donald Trump were to lay claim to Greenland, it would also inherit the legacy of its own Cold War-era polluting activities. A poisoned chalice !

Here is a video in English (with subtitles) that clearly explains the history of Camp Century :

https://www.youtube.com/watch?v=C2aNAxXMkq0

Multiplication des crues glaciaires // More and more glacial outburst floods

Avec l’accélération actuelle du réchauffement climatique, les glaciers fondent de plus en plus vite, entraînant une multiplication des inondations ou coulées de boues glaciaires, parfois dévastatrices. Tout le monde se souvient de la lave torrentielle qui a détruit La Bérarde, dans les Alpes françaises, les 20 et 21 juin 2024.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/07/10/les-alpes-durement-touchees-par-les-consequences-du-rechauffement-climatique/

Dans un article publié le 9 août 2025, j’expliquais que les habitants et les autorités de Juneau, capitale de l’Alaska, se préparaient à l’éventualité d’une inondation glaciaire qui, ces dernières années, avait emporté des maisons, inondé plusieurs centaines de foyers et érodé la rivière alimentée par le célèbre glacier Mendenhall. De nombreux habitants de Juneau ont été invités à évacuer leur domicile, car l’inondation glaciaire estivale, provoquée par le réchauffement climatique, menaçait d’inonder la région.
L’alerte déclenchée par l’inondation glaciaire à Juneau a finalement été levée. Le 14 août 2025, les habitants ont été autorisés à regagner leurs domiciles. Les infrastructures construites le long de la rivière ont bien fonctionné et ont permis d’éviter une catastrophe naturelle.
Source : AVO.

L’Office météorologique islandais (IMO) a signalé une inondation glaciaire de l’Hafrafellslón, dans la partie ouest du glacier Langjökull, le 22 août 2025, avec une montée des eaux observée dans la rivière Hvítá en amont de Húsafell. Des images satellite prises le 20 août ont indiqué que l’Hafrafellslón avait commencé à se vider. Le 21 août, les habitants proches du glacier ont signalé un écoulement d’eau par-dessus la bordure frontale du glacier dans la rivière Svartá.
L’IMO indique que cette crue pourrait être plus importante que celle d’août 2020, lorsqu’un pont sur Hálsasveitarvegur a été inondé et que les prairies de Brúarás ont été inondées. Les autorités ont conseillé aux riverains de la rivière Hvítá d’envisager des conséquences possibles sur les biens et le bétail près des berges.
Source : Icelandic Met Office.

Le 22 août 2025, une crue due au débordement d’un lac glaciaire a détruit plus de 330 maisons et touché au moins six villages au Pakistan, dans la vallée de Gupis, dans le district de Ghizer, au Gilgit-Baltistan. La rupture du glacier a provoqué une importante coulée de débris et un important blocage de la rivière, entraînant la formation rapide d’un lac artificiel de plus de 7 km de long. Les équipes d’urgence et l’armée pakistanaise ont évacué plus de 200 habitants des zones touchées. Une quarantaine de personnes bloquées dans des zones isolées ont été secourues par hélicoptère.
Les premières évaluations indiquent que plusieurs villages, avec des dizaines de commerces et de structures communautaires, ont été endommagés ou emportés par la crue glaciaire. Environ 80 % du village de Raushan aurait été détruit.
Si certains rapports sur les réseaux sociaux font état de 10 morts, les autorités ne font état d’aucun décès.

Crue du glacier Hubbard (Alaska) en août 2002 (Crédit photo : Wikipedia)

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With the current acceleration of global warming, glaciers are melting faster and faster with an increasing number of glacial outburst floods or mudslides that can be devastating. Everybody remembers the mudslide that destroyed La Bérarde in the French Alps on 20 and 21 June 2024.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/07/10/les-alpes-durement-touchees-par-les-consequences-du-rechauffement-climatique/

In a post released on 9 August 2025, I explained that residents and officials in Juneau, Alaska’s capital city, were preparing for the possibility of glacial flooding that in past years had swept away houses, swamped several hundred homes and eroded the river fed by the popular Mendenhall Glacier. Many Juneau residents were urged to evacuate as summer glacial flooding driven by global warming threatened to inundate the area.

The alert triggered by the glacial outburst flood in Juneau was later cancelled On August 14th, 2025, residents were allowed to return to their homes. The infrastructure built along the river worked well and allowed to avoid a natural disaster.

Source : AVO.

The Icelandic Meteorological Office reported a glacial outburst flood (GLOF) in Hafrafellslón, west of Langjökull glacier, on August 22, 2025, with rising water levels measured in Hvítá River above Húsafell. Satellite images taken on August 20 indicated that Hafrafellslón had begun to empty. On August 21, residents near the glacier reported visible water flow over the glacier margin into the Svartá River.

IMO indicates that this flood could exceed the outburst that occurred in August 2020, when a bridge on Hálsasveitarvegur was inundated and meadows at Brúarás were flooded. Authorities advised residents along Hvítá River to consider possible effects on property and livestock near the riverbanks.

Source : Icelandic Met Office.

A glacial lake outburst flood (GLOF) destroyed over 330 houses and impacted at least six villages in Pakistan’s Gupis Valley of Ghizer District in Gilgit-Baltistan on August 22 2025.The glacier burst triggered heavy debris flow and a major river blockage leading to the rapid formation of an artificial lake extending over 7 km in length. Emergency teams and the Pakistan Army evacuated over 200 residents from affected areas. Around 40 individuals stranded in isolated pockets were rescued by helicopter.

Initial assessments indicate that several villages including at least 330 houses, along with dozens of shops and community structures, were either damaged or swept away by the GLOF. Approximately 80 % of Raushan village was reported destroyed.

While some reports on social media mention a total of 10 fatalities, official statements report no confirmed deaths.

Source : Pakistani news media.