La super éruption ignimbritique de Campanie // The Campanian Ignimbrite super-eruption

drapeau-francaisUne nouvelle étude sur la super éruption ignimbritique* de Campanie il y a quelque 39 000 ans met en relief de manière détaillée le déroulement de cet événement. Pour la première fois, les chercheurs ont reconstitué les deux phases de cette éruption qui a déposé une énorme quantité de matériaux entre le sud de l’Italie et les plaines de Sibérie. L’étude, intitulée “Reconstructing the plinian and co-ignimbrite 1 sources of large volcanic eruptions: A novel approach for the Campanian Ignimbrite”, est publié par Nature Scientific Reports. Vous pourrez la lire dans son intégralité à cette adresse: www.nature.com/articles/srep21220

Des chercheurs du Supercomputing Center de Barcelone (Espagne) et de l’Istituto Nazionale de Geofísica e Vulcanologia (Italie) ont reconstitué l’éruption en utilisant des centaines de simulations effectuées sur le super ordinateur MareNostrum.
Ces simulations ont permis d’établir que, dans la première phase (de type plinien), cette énorme éruption a généré une colonne de 44 kilomètres de hauteur et répandu 54 km3 de dépôts sur ce qui est aujourd’hui le sud de l’Italie.
Au cours de la deuxième phase (co-ignimbritique), un volume estimé à 154 km3 de particules fines a été émis.
L’ensemble des dépôts accumulés au cours des deux phases représente à peu près huit fois la partie visible de l’Everest.
Au total, la super éruption ignimbritique de Campanie a recouvert de cendre une superficie de plus de trois millions de kilomètres carrés, entre la Méditerranée et ce qui est aujourd’hui la Sibérie. Les plus grandes accumulations se sont produites dans ce qui est de nos jours la Macédoine, la Bulgarie et la Roumanie, tandis que la couche de matériaux en Méditerranée orientale atteignait jusqu’à 10 centimètres d’épaisseur.
Une autre caractéristique de l’éruption campanienne a été l’ « hiver volcanique » provoqué par la quantité importante de cendre et d’aérosols dans la stratosphère. Diverses études ont montré que ce phénomène a entraîné une chute de deux degrés de la température à l’échelle de la planète au cours de l’année qui a suivi l’éruption, alors que la température en Europe occidentale perdait jusqu’à cinq degrés.
En plus des effets sur l’environnement naturel, la grande éruption ignimbritique de Campanie a eu un impact significatif sur l’évolution de l’espèce humaine en Europe. En effet, elle s’est produite au moment où l’Homme moderne commençait à avancer sur le continent en provenance du Moyen-Orient, tout en déplaçant les Néandertaliens. L’éruption de Campanie, venant s’ajouter aux événements de la dernière période glaciaire, a considérablement réduit la surface habitable en Europe. Elle a peut-être contribué à ralentir le passage du Paléolithique moyen au Paléolithique supérieur, ce qui a probablement aussi ralenti l’entrée de l’Homme moderne et réduit la population qui s’était installée dans la zone dévastée par les dépôts de cendre. Des années plus tard, cependant, cette même zone allait devenir remarquablement fertile pour les nouveaux arrivants.
Source: Scientific Computing: http://www.scientificcomputing.com/

*Ignimbrite : Les ignimbrites sont issues de dépôts majoritairement ponceux que l’on rencontre dans les coulées pyroclastiques. Elles se forment en général par refroidissement des matériaux pyroclastiques lors d’une éruption explosive. Les matériaux pyroclastiques forment des couches épaisses et, si la température est suffisamment élevée (supérieure à 535°C), ils peuvent se souder entre eux et former une roche solide.

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drapeau anglaisA new study on the Campanian Ignimbrite* super-eruption which took place some 39,000 years ago provides a detailed reconstruction of this natural phenomenon. For the first time, researchers have reconstructed the two phases of the super-eruption which deposited an enormous amount of ash between southern Italy and the Siberian plains. The study entitled “Reconstructing the plinian and co-ignimbrite 1 sources of large volcanic eruptions: A novel approach for the Campanian Ignimbrite,” is being published by Nature Scientific Reports. It can be fully read at this address: www.nature.com/articles/srep21220

Researchers at the Barcelona Supercomputing Center and at the Istituto Nazionale de Geofísica e Vulcanología (INGV) have reconstructed the phenomenon using hundreds of simulations carried out on the MareNostrum supercomputer.
These simulations have allowed them to establish that in the first (Plinian) phase, the super-eruption generated a 44-kilometre high column and dispersed 54 km3 of deposits in what is now southern Italy.
During the second (co-ignimbrite) phase, 154 km3 of finer particles were dispersed.
The total deposits that accumulated over the two phases is approximately equivalent to eight times the visible part of Mount Everest.
In total, the super-eruption of the Campanian Ignimbrite covered with ash an area of more than three million square kilometres, from the Mediterranean to what is now Siberia. The largest accumulations were in modern Macedonia, Bulgaria and Romania, while in areas of the eastern Mediterranean layers up to 10 centimetres thick accumulated.
Another impact of the Campanian Ignimbrite eruption was that the release of ash and aerosols into the stratosphere caused a ‘volcanic winter.’ Various studies have shown that this phenomenon caused global temperatures to drop by two degrees the following year, while the temperature in Western Europe dropped up by up to five degrees.
In addition to the effects on the natural environment, the Campanian Ignimbrite eruption has been identified as having a significant impact on the evolution of the human species in Europe, as it took place when Modern Humans had begun to advance on the continent from the Middle East, displacing the Neanderthals. The super-eruption, together with the events of the last ice age, significantly reduced the habitable area in Europe and would have contributed to slowing the transition from the Middle Paleolithic to the Upper Paleolithic, delaying the entry of Modern Humans and reducing the population which had settled in the area devastated by its ash deposits. Years later, however, this same area would become a remarkably fertile area for new settlers.
Source : Scientific Computing : http://www.scientificcomputing.com/

*Ignimbrite : Ignimbrite is a pumice-dominated pyroclastic flow deposit formed from the cooling of pyroclastic material ejected from an explosive volcanic eruption. As the pyroclastic material settles it can build up thick layers, and if the temperature is sufficiently high (above 535°C) it can weld into rock.

Tephra
drapeau-francaisLes retombées de téphra (avec leur épaisseur révélée par les nuances de rouge), venant s’ajouter à l’épisode calotte glaciaire fenno-scandienne et à l’avancée de la toundra (marquée par la ligne en pointillés) ont entraîné une réduction de la surface habitable en Europe.

drapeau anglaisTephra fallout (with various shades of red), together with the attendant episode of Fenno-Scandinavian ice cap and peripheral tundra advance on land (top dashed line), suggests a reduction of the area available for human settlement in Europe of up to 30%

Ça bouillonne au large de Naples (Italie) // Subaquatic activity off the coast of Naples (Italy)

drapeau francaisOn sait depuis longtemps que la Campanie est une région volcanique active. Le Vésuve et les Champs Phlégréens sont là pour le prouver. La note que j’ai rédigée récemment sur le bradyséisme qui anime la région montre que ce serait une erreur de ne pas surveiller cette partie de notre planète.

Ces derniers temps, une vidéo amateur tournée par des plongeurs au large de Naples fait apparaître une agitation à la surface de la mer. D’un diamètre d’une trentaine de mètres, les bouillonnements sont probablement dus à des remontées de gaz provoquées par l’activité volcanique. Ce n’est pas la première fois que des remontées de gaz sont observées au large de Naples.

Vous pourrez voir la vidéo en cliquant sur ce lien :

http://www.youreporter.it/video_Attivita_Vulcanica_subacquea

Source: Youreporter.it.

Un blogonaute vient de me transmettre un lien qui donne les conclusions de l’INGV concernant ces bouillonnements au large de la côte napolitaine.

http://www.ov.ingv.it/ov/

Voilà ce qu’écrivent en substance les scientifiques qui se sont rendus sur le site au large de San Giovanni a Teduccio :

« Les paramètres chimiques et physiques n’ont pas montré de valeurs très différentes d’une eau de mer typique, avec un pH moyen d’environ 8 et une température d’environ 14,2 ° C. La teneur en sel était légèrement inférieure à la surface (environ 5%) indiquant, probablement, l’arrivée d’un fluide de faible salinité. Les relevés effectués à l’aide de caméras thermiques infrarouges n’ont pas montré d’anomalie de température à la surface. En conclusion, les observations ne révèlent pas la présence de fluides liés à une activité volcanique ».

Le quotidien Il Mattino précise que cette remontée d’eau douce est dure à la rupture d’une conduite qui transporte l’eau d’un épurateur. Donc, pas d’inquiétude!

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drapeau anglaisIt has long been known that Campania is an active volcanic region. Vesuvius and the Phlegrean Fields are there to prove it. The note I have recently written on the bradyseism that drives the region shows that it would be wrong not to monitor this part of our planet.
Recently, an amateur video shot by scuba divers off the coast of Naples showed some boiling at the surface of the sea. With a diameter of about thirty meters, it is probably due to ascent of gas caused by volcanic activity. This is not the first time that gas bubbling has been observed off Naples.
You can have a look at the video by clicking on this link:

http://www.youreporter.it/video_Attivita_Vulcanica_subacquea

Source: Youreporter.it.

A visitor of my blog has just sent me a link that reveals the findings of INGV on these bubblings off the coast of Naples.
http://www.ov.ingv.it/ov/

Here is the text written by the scientists who visited the site off the coast of San Giovanni a Teduccio:
« The chemical and physical parameters did not show values ​​very different from typical seawater, with an average pH of about 8 and a temperature of about 14.2 ° C. The salt content was slightly lower at the surface (about 5%) probably indicating the arrival of a low salinity fluid. The measurements performed with infrared thermal cameras showed no temperature anomaly at the surface. In conclusion, the observations do not reveal the presence of fluids associated with volcanic activity. »

The daily Il Mattino indicates that the ascent of fresh water was caused by the breaking of the pipe of a water purifier. Nothing to worry about!

Montserrat, Jamy, etc.

Comme on a pu s’en rendre compte mercredi dernier au cours de l’émission « Des volcans et des hommes » avec Jamy Gourmaud, le volcan Soufriere Hills à Montserrat est calme en ce moment, ce qui est confirmé par les derniers rapports de l’Observatoire. Ces dernières semaines, on observait en moyenne un éboulement et un événement sismique volcano-tectonique par semaine, ce qui est vraiment peu. Les derniers relevés d’émissions de SO2 révélent une moyenne de 554 tonnes par jour avec un écart de 274 – 1198 tonnes.

Pour le reste, beaucoup on été déçus par ce premier épisode du Monde de Jamy consacré aux volcans d’Hawaii, des Antilles, de Campanie et d’Ethiopie.  Il est vrai que la qualité pédagogique était bien moins évidente que pendant la défunte émission « C’est pas soucier ». On reste certes dans le domaine de la vulgarisation, mais les pizzas napolitaines semblent superflues ! Il aurait été plus judicieux de montrer les colonnes du temple de Serapis à Pouzzoles (entrevu l’espace de quelques secondes) pour illustrer le bradyséisme mentionné par le scientifique de service.

S’agissant d’Hawaii, puisque de superbes images étaient annoncées par la presse, j’aurais aimé admirer une séquence consacrée au lac de lave de l’Halema’uma’u. Peut-être la météo était-elle trop pourrie pour réaliser de bonnes prises de vues ? Jamy n’a vraiment pas été gâté par le ciel! N’aurait-il pas pu différer de quelques heures le survol du Pu’uO’o ? A côté de cela, les images des coulées étaient très belles, de même que les vues de Dallol en Ethiopie.

Je m’attendais à une fin d’émission en apothéose avec le lac de lave de l’Erta Ale. Quelle déception ! Les vues de nuit étaient indignes d’une émission diffusée en première partie de soirée. Pourquoi avoir utilisé un caméscope amateur dont on sait que petit capteur est incapable de restituer les belles couleurs de la lave pendant la nuit ? Le blanc et le rouge framboise n’ont rien à voir avec la réalité !! On est loin des images de Ushuaia Nature (émission abandonnée elle aussi, car trop coûteuse) qui restent pour moi une référence dans ce domaine.

L’émission a le mérite d’exister mais je pense que le style doit être modifié si Le Monde de Jamy ne veut pas se retrouver aux oubliettes…

Temple-Serapis-2

Coquillages sur une colonne du Temple de Serapis à Pouzzoles, bel exemple de bradyséisme.

(Photo:  C.  Grandpey)