La cendre de l’Etna, le cauchemar des Siciliens // Mt Etna’s ash, a Sicilian nightmare

Après la énième crise éruptive de l’Etna le 21 février 2022, les localités autour du volcan ont à nouveau été confrontées au cauchemar de la cendre. Au cours de ce que certains appellent un « paroxysme », le panache de cendre est monté à une altitude estimée à une douzaine de kilomètres et a ensuite « arrosé » les zones sous le vent. C’est ainsi que les habitants de Viagrande, Trecastagni et Zafferana Etnea, ou encore San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo ont vu une nouvelle couche de couleur grise recouvrir les routes, les balcons, les toits et les voitures. Il s’ensuit inévitablement la corvée de balayage et de nettoyage des rues, des places et les gouttières. Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, la cendre volcanique a un impact désastreux sur les cultures telles que les agrumes, les fruits et légumes et la viticulture, qui occupent une place importante dans l’économie sicilienne. L’aéroport de Catane est régulièrement affecté par la cendre et il été contraint de fermer pendant plusieurs heures au cours de la crise éruptive du 21 février.
Les autorités locales reprochent à la région Sicile de ne rien faire pour leur venir en aide. Des utilisations possibles ont été proposées pour une utilisation de la cendre dans l’agriculture, la construction, comme matière première pour des créations artistiques ou comme substrat pour les plantes dans les stations d’épuration des eaux usées.

En 2020, le projet REUCET – Récupération et utilisation des cendres volcaniques de l’Etna – a été mené par une équipe de chercheurs de l’Université de Catane et financé par le ministère de l’Environnement. Les chercheurs ont abordé pour la première fois le problème de la récupération systématique des cendres volcaniques de l’Etna. Diverses solutions ont été imaginées : de l’utilisation dans le béton, dans les mortiers, dans les enduits, à la réalisation de produits traditionnels en briques, de substrats routiers, d’ouvrages géotechniques.

Les auteurs du projet REUCET ont également évalué la création de matériaux innovants pour le confinement de la pollution. Une autre alternative est la valorisation environnementale des zones affectées qui permettrait de mettre en oeuvre les milliers de tonnes de cendres rejetées par le volcan. Par exemple, l’utilisation de cette cendre dans la construction et la rénovation du réseau routier sicilien permettrait d’évacuer de grands volumes avec des coûts de transport limités.
Des chercheurs de l’Université de Catane ont également souligné la nécessité d’intervenir sur la législation actuelle. En fait, à ce jour, les différentes ordonnances émises par les autorités classent la cendre comme déchet à éliminer dans des décharges (coût d’environ 120 € par tonne) ou dans des usines de récupération d’inertes (coût d’environ 12 € par tonne). Ces coûts s’ajoutent à ceux du ramassage des cendres dans la rue (plusieurs centaines de milliers d’euros). Par conséquent, d’énormes ressources publiques sont nécessaires pour soutenir les administrations locales. Il faudrait aussi sensibiliser la population à collaborer à la collecte des cendres volcaniques afin de faciliter leur récupération et de réduire les coûts de gestion.

On se retrouve un peu dans la même situation que la gestion des déchets domestiques dans la région de l’Etna, avec les décharges sauvages que j’évoquais dans une précédente note. Avec une campagne de sensibilisation agressive et une volonté politique mettant en oeuvre des moyens dignes de ce nom, la situation ne manquerait pas de s’améliorer.

Source: médias d’information siciliens.

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After another eruptive crisis of M Etna on February 21st, 2022, the municipalities around the volcano were again faced with the nightmare of the ash. During what some call a « paroxysm », the ash plume rose to an altitude of about twelve kilometers and then fell on the downwind areas. As a consequence, the residents of Viagrande, Trecastagni and Zafferana Etnea, or San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo saw a new grey layer cover the roads, balconies, roofs and cars, with the inevitable drudgery of sweeping and cleaning the streets, squares and gutters. As I have indicated in previous notes, volcanic ash has a disastrous impact on crops such as citrus fruits, vegetables and viticulture, which occupy an important place in the Sicilian economy Catania airport is regularly affected by the ash and was forced to close for several hours during the February 21st eruption crisis.
Local authorities criticize the Sicily region for doing nothing to help them. Possible uses have been suggested for use of the ash in agriculture, construction, as a raw material for artistic creations or as a substrate for plants in sewage treatment infrastructure.
In 2020, the REUCET project – Recovery and use of volcanic ash from Mt Etna was carried out by a team of researchers from the University of Catania and funded by the Ministry of the Environment, Researchers addressed for the first time the problem of the systematic recovery of volcanic ash from Mt Etna. Various solutions have been devised: from use in concrete, in mortars, in coatings, to the production of traditional brick products, road substrates, geotechnical structures.
The authors of the REUCET project also evaluated the creation of innovative materials for the containment of pollution. Another alternative is the environmental recovery of the affected areas which would make it possible to use the thousands of tons of ash released by the volcano. For example, the use of this ash in the construction and renovation of the Sicilian road network would make it possible to use large volumes with limited transport costs.
Researchers from the University of Catania have also highlighted the need to intervene on current legislation. In fact, to date, the various ordinances issued by the authorities classify the ash as waste to be disposed of in landfills (cost of around €120 per ton) or in inert recovery plants (cost of around €12 per ton). These costs are added to those of collecting the ash in the streets (several hundred thousand euros). Therefore, huge public resources are needed to support local governments. The public should also be made aware of the need to collaborate in the collection of volcanic ash in order to facilitate its recovery and reduce management costs.
The management of volcanic ash has common points with the management of domestic waste in the Mt Etna region, with the fly dumps that I mentioned in a previous post. With an aggressive awareness campaign and a political will implementing means worthy of the name, the situation would inevitably improve.
Source: Sicilian news media.

Photo : C. Grandpey

Etna (Sicile) : nouvelle crise éruptive // Mt Etna (Sicily) : new eruptive crisis

L’Etna a connu une nouvelle crise éruptive ce 21 février 2022. Vers 9 heures ce matin (heure locale), l’INGV a détecté une anomalie thermique au niveau du Cratère Sud-Est (CSE).

Vers 10h, une activité strombolienne a débuté dans ce même cratère.

Vers midi, l’activité strombolienne a évolué en fontaines de lave, avec un panache éruptif qui atteignait une douzaine de km de hauteur. Le tremor montrait un niveau élevé.

Vers 13h, l’INGV signalait un débordement de lave du cratère, avec une coulée qui se dirigeait vers le SO.

Vers 14 heures, les fontaines de lave avait cessé, mais le panache éruptif entraînait des retombées de cendres dans les secteurs de Viagrande, Trecastagni et Zafferana. La population de San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo a, elle aussi, dû sortir les balais. La coulée de lave restait alimentée, mais le tremor entamait sa décroissance.

A 16 heures, la crise éruptive était terminée, mais la coulée de lave restait un peu alimentée en se dirigeant vers l’Est.

L’aéroport de Catane a été momentanément fermé au trafic aérien.

Source: INGV.

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Mt Etna went through a new eruptive crisis on February 21st, 2022. Around 9 a.m. this morning (local time), INGV detected a thermal anomaly at the Southeast Crater (SEC).
Around 10 a.m., Strombolian activity began in this crater.
Around noon, Strombolian activity evolved into lava fountains, with an eruptive plume that reached a dozen km in height. The tremor showed a high level.
Around 1 p.m., INGV reported a lava overflow from the crater, with a flow heading SW.
Around 2 p.m., the lava fountains had ceased, but the eruptive plume was causing ashfall in the Viagrande, Trecastagni and Zafferana areas. The population of San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo also had to take out the brooms. The lava flow remained fed, but the tremor began to decrease.
At 4 p.m., the eruptive crisis was over, but the lava flow remained a little fed as it headed east.
Catania airport was temporarily closed to air traffic.
Source: INGV.

Le tremor avec la crise éruptive du 21 février 2022 (Source : INGV)

Les risques liés aux intrusions magmatiques sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) // The hazards of magma intrusions on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

Dans une interview accordée aux médias locaux, le géologue islandais Páll Einarson a expliqué que les intrusions magmatiques sous forme de dykes sur la Péninsule de Reykjanes sont susceptibles d’endommager d’importantes infrastructures, tant sur la péninsule que dans la région de Reykjavik, la capitale. Le scientifique a ajouté que ces intrusions, qu’elles débouchent ou non sur une éruption volcanique, pourraient avoir un impact sur les systèmes géothermiques qui alimentent les réseaux d’eau et de chauffage, ainsi que sur les centrales géothermiques. L’une de ces intrusions a été observée en décembre 2021 et on craignait qu’une nouvelle éruption se produise sur la Péninsule de Reykjanes. Cependant, un tel événement ne s’est jamais produit. La sismicité qui a accompagné l’intrusion a considérablement diminué, et on pense que le magma s’est solidifié sous terre.

Selon la définition la plus répandue, un dyke – aussi orthographié dike – est une forme d’intrusion magmatique, « un filon de roche ignée vertical ou à fort pendage » qui se forme « lorsque le magma se fraye un chemin vers la surface en utilisant des fractures dans la roche ».
Páll Einarson a expliqué aux journalistes qui l’interviewaient qu’il y a eu des intrusions magmatiques à trois ou quatre endroits dans la région de la Péninsule de Reykjanes, sans toutefois causer des problèmes sérieux. Cependant, une intrusion au mauvais endroit pourrait provoquer des dommages permanents aux infrastructures. Actuellement, rien n’indique qu’un tel événement soit imminent, mais Páll Einarson explique que la récente éruption de Fagradalsfjall fait partie d’une chaîne complexe d’événements sur la péninsule.
Divers scénarios sont possibles à l’avenir, notamment une activité volcanique sur terre ou en mer, ou l’apparition d’une d’intrusion magmatique autour des sites géothermiques de Krýsuvík et Svartsengi, de la zone de conservation de Heiðmörk à la périphérie de Reykjavík ou des montagnes de Bláfjöll.
Les éruptions sur la Péninsule de Reykjanes ont tendance à être de type fissural, de faible ou moyenne importance, mais la capitale peut connaître des séismes intenses liés à cette activité sur la péninsule. Le problème est qu’il n’y a aucun moyen de prévoir quand de tels événements peuvent se produire.
Source : Iceland Review.

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In an interview with the locan news media, Icelandic geologist Páll Einarson said that dike intrusions on the Reykjanes peninsula could potentially damage important infrastructure, both on the peninsula and in the capital area. The scientist explained that regardless of whether they lead to a volcanic eruption or not, such intrusions could impact the geothermal systems that feed water and heating utilities, as well as geothermal power plants. One of these intrusions was observed in December 2021 and there were fears that a new eruption might occur on the Reykjanes Peninsula. However, such an event never occurred. The seismicity that accompanied the intrusion decreased significantly, and it is believed that the magma solidified underground.

According to the usual definition, a dike (also spelled dyke) is a kind of magma intrusion, a “vertical or steeply-dipping sheet of igneous rock” that forms “as magma pushes up towards the surface through cracks in the rock.”

Páll Einarson told interviewers that there have been magma intrusions in three or four places in the area of the Reykjanes Peninsula that have not caused any serious problems. However, one intrusion in the wrong place could do permanent infrastructural damage. Currently, there is no sign that such an event is imminent but Páll explains the recent eruption of Fagradalsfjall is part of a complex chain of events on the Peninsula.

A variety of scenarios are possible in the future, including volcanic activity on land or at sea, or intrusion activity around the Krýsuvík and Svartsengi geothermal areas, the Heiðmörk conservation area on the outskirts of Reykjavík, or the Bláfjöll mountains.

Eruptions on the Reykjanes Peninsula tend to be small to medium fissure eruptions, and the capital may yet experience intense earthquakes as part of this ongoing activity on the Peninsula. The problem is that there is no way to say when these might occur.

Source: Iceland Review.

 

Différents types d’intrusion magmatique (Source : USGS)

 

Exemple de dyke à Tenerife (Iles Canaries)

Les ondes sonores de l’éruption aux Tonga // The sonic waves of the Tonga eruption

L’explosion du volcan sous-marin Hunga Tonga-Hunga-Ha’apai le 15 janvier 2022 dans l’archipel des Tonga a été « entendue » dans le monde entier. Selon un communiqué de presse de l’Université d’Hawaï, l’éruption a déclenché une onde sonore qui s’est répercutée dans l’atmosphère terrestre et a été enregistrée dans le monde entier par des stations de surveillance… et des smartphones.
L’éruption dévastatrice a produit l’onde de choc la plus puissante depuis l’éruption du Krakatau (Indonésie) en 1883. Les systèmes de surveillance de l’Université d’Hawaii qui épient en permanence les infrasons – sons inaudibles produits par des événements naturels extrêmes, tels que des éruptions volcaniques, des impacts d’astéroïdes et des explosions intenses – ont enregistré l’éruption des Tonga sur des capteurs d’infrasons et de pression conventionnels, ainsi qu’avec un réseau de capteurs de smartphones, ce qui montre que les smartphones peuvent enregistrer de puissantes explosions à des milliers de kilomètres.
Jusqu’à l’éruption aux Tonga, l’explosion du météore de Tcheliabinsk en 2013 au-dessus de la Russie était la plus puissante explosion atmosphérique enregistrée depuis le début de l’ère numérique. On compare généralement l’intensité des impacts de météores et des éruptions volcaniques à l’énergie équivalente d’une explosion de TNT. Avec une énergie estimée à 500 kilotonnes de TNT, l’onde de choc du météore russe avait été enregistrée par des systèmes de surveillance géophysique conventionnels sur toute la Terre.
En 2014, le département d’État américain a encouragé le développement de l’application RedVox Recorder pour smartphones dont le but était de détecter les infrasons des explosions atmosphériques. Plus récemment, dans le cadre des objectifs de non-prolifération nucléaire, le financement des recherches par la National Nuclear Security Administration, sous l’égide du Département de l’Énergie, a permis de développer une technologie adaptée aux smartphones et d’augmenter les capacités de mesure de diverses signatures sonores et vibratoires près de la surface de la Terre, ainsi que dans la haute atmosphère et l’océan.
Des équipes d’ingénieurs et de programmeurs ont contribué à faire mûrir la technologie et à la rendre accessible au public. L’application gratuite RedVox Infrasound Recorder est disponible pour les appareils Apple et Android et fonctionne sur la plupart des smartphones modernes.
À partir de calculs basés sur les données de pression collectées via l’application et les capteurs conventionnels, on peut estimer que l’explosion des Tonga était plus importante que celle de Tsar Bomba, qui, avec 50 mégatonnes, était l’arme nucléaire la plus puissante jamais testée. L’explosion des Tonga est probablement proche de l’explosion du Krakatau en 1883, estimée à 200 mégatonnes.
Source : médias d’information hawaïens.

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The explosion of the Hunga Tonga-Hunga-Haʻapai submarine volcano on January 15th, 2022 in theTonga archipelago was “heard” around the globe. According to a University of Hawaiʻi press release, the eruption released a blast “sound” wave that reverberated through Earth’s atmosphere and was recorded around the world by monitoring stations…and smartphones.

The devastating eruption produced the most powerful air blast since the 1883 eruption of Krakatoa in Indonesia. Monitoring systems at UH-Mānoa that continuously listen for infrasound – deep, inaudible atmospheric sound produced by extreme natural events, such as volcanoes, asteroid impacts and intense explosions – recorded the Tonga eruption on traditional infrasound and pressure sensors, as well as with a network of smartphone sensors, showing that smartphones can record large blasts from thousands of kilometers away.

Until the event in Tonga, the 2013 Chelyabinsk meteor over Russia was the largest atmospheric blast recorded in the digital era. The blast intensity of meteor impacts and volcanic eruptions is commonly reported relative to the energy from an equivalent TNT explosion. At an estimated yield of 500 kilotons of TNT, the Russian meteor blast wave was recorded by conventional geophysical monitoring systems all over Earth.

In 2014, the U.S. State Department supported the development of the RedVox Recorder smartphone application to detect infrasound from atmospheric blasts. More recently, in support of the nation’s nuclear nonproliferation goals, research funding from the U.S. Department of Energy’s National Nuclear Security Administration allowed the expansion of the smartphone technology and the increase of capabilities to measure diverse sound and vibration signatures near Earth’s surface, as well as in the upper atmosphere and the ocean.

Teams of engineers and programmers have contributed to mature the technology and make it available to the public. The free RedVox Infrasound Recorder app is available for Apple and Android devices and runs on most modern smartphones.

From calculations based on pressure data collected via the app and traditional sensors, one can estimate the Tonga blast was larger than Tsar Bomba’s, which at 50 megatons was the most powerful nuclear weapon ever tested. It is likely to be closer to the 1883 Krakatoa blast, which weighed in at 200 megatons.

Source: Hawaiian news media.

L’Infrasound Laboratory de l’Université d’Hawaii a réalisé une capture du signal de l’éruption des Tonga sur les smartphones via l’application RedVox. (Source: Université d’Hawaii).