L’Islande, c’est comme l’île de la Réunion, mais à l’envers!

C’est bien connu, dès qu’une éruption du Piton de la Fournaise se déclenche à la Réunion, le préfet a un réflexe quasi conditionné : il décrète la fermeture de l’Enclos Fouqué de sorte que personne ne peut s’approcher et assister au spectacle. Seuls les scientifiques de l’OVPF sont officiellement autorisés à se rendre sur site.. Avec un peu de chance, selon le lieu où l’éruption se produit, il est possible de l’apercevoir de loin, depuis le Pas de Bellecombe. On comprend la frustration des Réunionnais et des touristes qui ont la chance de se trouver sur place au moment de l’événement.

En Islande, les autorités adoptent une politique bien différente. On a pu s’en rendre compte en 2021 lors de l’éruption du Fagradalsfjall, et à l’heure actuelle dans la Meradalir où c’est ‘Eruption portes ouvertes’. Nous sommes très loin de la fermeture du portail de l’Enclos.

Grâce à cette approche de l’événement, des foules de visiteurs peuvent se rendre en ce moment dans la Meradalir. Ainsi, au cours du week-end du 13-14 août 2022, ce sont quelque 13 000 personnes qui ont déambulé pendant 14 km aller-retour pour pouvoir assister au show volcanique.

Contrairement à ce qui se passe à la Réunion, les Islandais font tout leur possible pour faire en sorte que tout se passe bien. Ils regrettent même de ne pas être plus nombreux sur le terrain pour venir en aide aux personnes qui auraient des difficultés. Comme je l’ai indiqué précédemment, nombre de visiteurs sont mal préparés, voire mal équipés pour la longue marche d’approche. 35 équipes de secouristes , soit 150 personnes, bénévoles pour la plupart, sont actuellement sur place. Le gouvernement islandais a promis de fournir du personnel supplémentaire, mais devant un tel afflux de visiteurs, cela risque d’être insuffisant, « une goutte d’eau dans l’océan », selon la Protection Civile! L’éruption est aussi l’occasion de demander un financement plus conséquent de la part du gouvernement.

Des équipes de secouristes sont sur place au cas où. Il leur arrive de donner un peu de nourriture à ceux qui se retrouvent en hypoglycémie et de soigner les bobos occasionnés par des chutes. Des exemples à suivre.

On sait déjà ce qui va se passer à la Réunion lorsque le Piton de la Fournaise va se réveiller. Le nouveau préfet va adopter la même stratégie que ses prédécesseurs: fermeture immédiate de l’Enclos. Il y a quelques années une proposition a été faite de conduire auprès d’une éruption des petits groupes de touristes sous la houlette d’accompagnateurs de montagne formés comme il se doit, mais le projet est resté lettre morte. …  Pour qu’un tel projet voit le jour, il faudrait qu’un préfet accepte de prendre ses responsabilités, mais là, je viens d’écrire un gros mot. Ici c’est la France!

Public pendant l’éruption de Fagradalsfjall en 2021 (Crédit photo: Iceland Review)

A la Réunion, on vous ferme la porte au nez! (Photo: C. Grandpey)

Islande : l’éruption le 14 août 2022 // Iceland : the eruption on August 14th, 2022

Spectacle étonnant sur le site de l’éruption le 14 août 2022 sur le coup de midi: des voitures (4X4 probablement) garées et l’arrivée d’un hélicoptère. Difficile de dire ce que tous ces gens sont venus faire en véhicule motorisés, pendant que de milliers d’autres n’avaient pas d’autre choix que d’emprunter le sentier de 7 km conduisant au spectacle.

Comme je l’ai indiqué précédemment, l’éruption semble en perte de vitesse. La hauteur des gerbes de lave dépasse de moins en moins souvent la lèvre du cratère (il est vrai que les parois sot plus hautes) qui s’est formé dans la Meradalir, et on n’observe plus les rideaux de lave des jours derniers.

La lave continue à s’écouler par l’échancrure ouverte dans la bouche active, mais le débit semble, lui aussi, moins impressionnant. D’ailleurs, plus personne ne parle d’un possible débordement dans une vallée adjacente et d’une éventuelle menace de la lave pour la route côtière.

Il n’est donc pas certain que l’éruption dure encore très longtemps, à moins que le magma trouve une autre porte de sortie, mais cette hypothèse me semble peu probable au vu de la faible sismicité sur la péninsule de Reykjanes. Dans le même temps, le tremor éruptif se maintient à un niveau relativement stable.

Personnellement – mais je peux avoir tout faux – je reste persuadé que cette éruption a lieu dans la continuité e celle de 2021 au Fagradalsfjall. Il serait vraiment intéressant d’avoir une comparaison chimique des laves émises sur les deux sites qui ne sont pas très éloignés l’un de l’autre.

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Amazing pictures on the site of the eruption on August 14th, 2022 around noon: cars (probably 4-wheel drive) parked on the site and the arrival of a helicopter. Hard to say what all these people came to do in motorized vehicles, while thousands of others had no choice but to take the 7 km path leading to the show.
As I put it before, the eruption seems to be losing momentum. The height of the lava projections exceeds less and less often the rim of the crater (whose walls are higher) which formed in Meradalir, and we no longer observe the lava fountains of the last days.
Lava continues to flow through an opening into the active vent, but the flow also seems less impressive. Moreover, no one is talking about a possible overflow in an adjacent valley and a possible threat of lava to the coastal road.
It is therefore not certain that the eruption will last very long, unless magma finds another way out, but this hypothesis seems unlikely to me given the low seismicity on the Reykjanes peninsula. At the same time, the eruptive tremor remains at a relatively stable level.
Personally – but I may be completely wrong – I remain convinced that this eruption takes place in the continuity of that of 2021 at Fagradalsfjall. It would be really interesting to have a chemical comparison of the lavas amitted on the two sites which are not very far from each other.

 Le site éruptif cet après-midi

Gros plan sur le cratère en fin d’après-midi le 14 août 2022 (Images webcam)

Eruption dans la Meradalir (Islande)

Un visiteur de mon blog actuellement en Islande m’a envoyé quelques photos de l’éruption. Il recommande de partir très tôt (à 5h ou 6h) vers le site pour bien profiter du spectacle. Il n’y a presque personne de bon matin. Par contre à partir de 10h et pire après c’est Disneyland avec un flux non stop de visiteurs et des hélicos sans arrêt dans le ciel. Il est vrai que l’éruption a eu la mauvaise idée (ou la bonne pour les intérêts commerciaux) de se déclencher au mois d’août…

Après une baisse d’activité en début de journée le 13 août, l’éruption semble avoir retrouvé une certaine vitesse de croisière. La lave continue à s’évacuer abondamment par le chenal qui s’est ouvert dans le cratère en formation.

Crédit photo: Alexandre Dauzeres que je remercie chaudement

Le lac de lave au sommet du Kilauea (Hawaii) // Kilauea’s summit lava lake (Hawaii)

L’éruption du Kilauea se poursuit. La lave continue d’être émise par une bouche dans la partie ouest du cratère de l’Halema’uma’u. Les émissions de SO2 restent importantes, à environ 1 900 tonnes par jour. La sismicité est élevée mais stable, avec peu de séismes et la présence du tremor volcanique.
L’éruption n’a pas fait la Une des journaux récemment, mais cela ne signifie pas que l’activité n’est pas intéressante. Elle se poursuit sans fluctuations importantes.
Le modèle d’activité qui a caractérisé le comportement du sommet du Kilauea pendant des siècles, se résume à un cycle d’effondrement et de remplissage. Le plancher de la caldeira s’effondre et/ou s’affaisse – souvent en raison d’une éruption sur la zone de rift – et les éruptions qui surviennent par la suite au sommet remplissent d’une nouvelle lave la dépression ainsi formée. Destruction et reconstruction se succèdent de manière répétitive.
De nombreux cycles d’effondrement et de remplissage du cratère sommital se sont produits au cours des années 1800 et au début des années 1900. Dans chaque cas, la lave a fini par revenir au sommet et a rempli une grande partie ou la totalité de la dépression.
L’effondrement du fond du cratère en 2018 a été l’un des plus grands événements de ce type au cours des 200 dernières années. Au cours des 18 derniers mois, la lave a fait sa réapparition dans le cratère de l’Halemaʻumaʻu et a lentement rempli la nouvelle dépression. Depuis son retour en décembre 2020, la lave a rempli environ 17% du volume de la dépression creusée par l’éruption de de 2018.
Ce qui est intéressant dans l’activité actuelle, c’est la manière dont la lave remplit le cratère. Dans le scénario le plus simple, on pourrait imaginer que la lave se déverse simplement dans l’Halema’ma’u et recouvre les coulées précédentes, pour finalement remplir le cratère. Si une partie du remplissage se fait de cette manière, une grande partie est «endogène». En d’autres termes, la lave émise par la bouche éruptive arrive sous la croûte de surface, de manière invisible, et elle soulève le fond du cratère. C’est un peu comme si on gonflait un matelas pneumatique géant
Cette évolution de l’éruption peut être suivie à l’aide d’outils modernes. Un télémètre laser mesure en continu la surface de la lave toutes les secondes, avec une précision centimétrique. Les webcams installées sur la lèvre de l’Halemaʻumaʻu montrent parfaitement comment se produit le soulèvement du fond du cratère. Le processus de croissance endogène est bien illustré par la webcam postée sur la lèvre est de l’Halemaʻumaʻu. Les images en accéléré fournies par cette webcam montrent que la partie centrale du fond du cratère est soulevée comme un piston, sans pratiquement se fracturer.
Le lac de lave actif qui occupe une partie relativement réduite du fond du cratère, se soulève progressivement avec le reste du fond du cratère. Le télémètre laser montre des fluctuations du niveau de la lave active dans le lac, qui vient se superposer à une tendance à la hausse progressive du fond du cratère sous l’effet de ce soulèvement lent.
De grandes fissures se sont développées autour de cette partie centrale du fond du cratère. Au-delà des fissures, le long des parois, le comportement de la lave est plus complexe. Cette région externe est souvent déformée par la croissance endogène en dessous.
Ce type de croissance endogène du fond du cratère a déjà été observé dans les années 1800 et au début des années 1900, mais on ne l’a pas vraiment observé au cours du dernier siècle sur le Kilauea.
On peut observer le comportement du sommet du Kilauea grâce aux webcams accessibles sur le site Web du HVO (www.usgs.gov/hvo).
Source : USGS, HVO

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The eruption of Kilauea continues. Lava keeps erupting from the western vent within Halemaʻumaʻu crater. SO2 emission rates remain elevated at about 1,900 tonnes per day. Seismicity is elevated but stable, with few earthquakes and ongoing volcanic tremor.

The eruption has not made the news recently, but that does not mean activity is not noteworthy. It is continuing with no significant fluctuations.

The pattern of activity has typified Kilauea’s summit behaviour for centuries, with a cycle of collapse and refilling. The caldera floor collapses and/or subsides – often due to an eruption on the rift zone – and subsequent summit eruptions fill the depression with new lava. Destruction and reconstruction follow each other in a retetitive way.

Numerous cycles of collapse and refilling occurred during the 1800s and early 1900s. In each instance, lava eventually returned to the summit and filled much or all of the depression.

The collapse of the crater floor in 2018 was one of the largest such events in the past 200 years. Over the past year and a half, lava has been erupting in Halemaʻumaʻu crater and slowly refilling the new depression. Since its return to Halemaʻumaʻu in December 2020, lava has refilled about 17% of the volume of the 2018 collapse.

What is also interesting about the current activity is the manner in which the lava is refilling the crater. In the simplest scenario, we might imagine the lava in Halemaʻumaʻu simply pouring in over earlier flows, stacking up and filling the crater. While a portion of the refilling is being done in this manner, a major amount of the refilling is “endogenous.” In other words, lava from the eruptive vent is supplied beneath the solidified surface crust, out of view, lifting the crater floor. It’sa bit like inflating a giant air mattress

This growth can be tracked using modern tools. A continuous laser rangefinder measures the lava surface every second, with centimeter precision. Webcams operating on the rim of Halemaʻumaʻu show the nature of uplift clearly. The process of endogenous growth is well illustrated with the webcam on the east rim of Halemaʻumaʻu. Timelapse images from this webcam show the central portion of the crater floor is being lifted like a piston, largely without fracturing.

The active lava lake which forms a relatively small portion of the crater floor, has essentially been lifted up gradually with the remainder of the crater floor. The laser rangefinder shows short-term fluctuations in the level of the active lava in the lake, superimposed on a gradual upward trend of the crater floor due to this slow uplift.

Around the perimeter of this central portion of the crater floor, a series of large cracks have developed. Beyond the cracks, along the margins of the crater floor, the behaviour is more complex. This outer region is often tilted and deformed from the endogenous growth below.

This type of endogenous growth was already observed in the 1800s and early 1900s. But it has not been observed so much in the past hundred years on Kilauea.

The behaviour of the Kilauea summit can be observed through the webcams on the HVO website (www.usgs.gov/hvo).

Source: USGS, HVO.

 

Cette photo est prise depuis la lèvre Ouest. On peut voir que la surface du lac est composée de grandes plaques crustales séparées par des zones d’accrétion incandescentes. On aperçoit aussi des projections de lave le long de la bordure Est. Le lac et le fond du cratère tout autour, formés de lave solidifiée, sont progressivement soulevés par l’apport endogène de lave sous la surface. (Crédit photo : USGS)