Sacrés réseaux sociaux ! // Bloody social networks !

Les réseaux sociaux son terribles et ils ont le don de raconter tout et n’importe quoi. Beaucoup d’articles nous apprennent qu’une éruption serait « imminente » en Islande alors que personne ne sait si la lave percera la surface. Il y a effectivement les signes avant-coureurs d’une éruption (sismicité et déformation du sol) qui ont entraîné, par précaution, l’évacuation de Grindavik, mais la prévision éruptive s’arrête là. On ne sait pas ce que nous réserve la Nature pour les prochains jours. C’est elle, et pas les réseaux sociaux, qui commande l’actualité volcanique !

A côté de cela, la situation en Islande est une aubaine pour certains climato-sceptiques qui s’enfoncent dans la brèche pour affirmer que les volcans sont de plus grands pollueurs que les hommes et que les quantités de CO2 qu’ils libèrent sont bien supérieures aux émissions anthropiques.

Une telle affirmation est totalement fausse ! Si éruption il y a en Islande, elle n’émettra pas «plus de dioxyde de carbone que l’ensemble des émissions mondiales pendant plusieurs années, » comme on a pu le lire sur le réseau X. Un volcan n’émet pas « en deux semaines plus de Co2 que l’homme en un siècle, » comme on a pu le lire sur ce même réseau.

La vérité réside dans une étude américaine récente, publiée dans les Actes (Proceedings) de l’Académie nationale des Sciences. Elle explique que l’activité humaine émet chaque année environ 100 fois plus de CO2 que l’ensemble des volcans de la planète. En effet, les volcans rejettent chaque année autour de 280 à 360 millions de tonnes de CO2, ce qui est bien en-deça des émissions liées à l’activité humaine qui sont estimées, rien que pour l’année 2022, à plus de 40 milliards de tonnes.

Il faut tout de même noter que lors des éruptions majeures, les volcans peuvent avoir un impact sur le climat. Les aérosols émis en très grandes quantités peuvent faire chuter la température globales de quelques dixièmes de degré pendant des périodes relativement courtes. Là encore, cet effet sur la température globale n’a rien à voir avec l’impact des activités humaines qui contribue largement au réchauffement climatique que nous connaissons aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce que confirment les rapports du GIEC qui estiment que les causes naturelles, comme l’activité volcanique, ont très peu contribué au réchauffement climatique : moins de 0,1°C depuis plus de cent ans, alors que le réchauffement d’origine anthropique entraîne une hausse des températures de 0,2 °C par décennie.

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Social networks are terrible and they have the gift of talking about anything and everything. Many posts tell us that an eruption is “imminent” in Iceland while no one knows if lava will break through the surface. It’s true there are warning signs of an eruption (seismicity and ground deformation) which led, as a precaution, to the evacuation of Grindavik, but eruptive prediction does not go any further. We don’t know what Nature has in store for us in the coming days. It is Nature, and not social networks, that controls the news about volcanoes!
The situation in Iceland is also a godsend for certain climate skeptics who are asserting that volcanoes are greater polluters than humans and that the quantities of CO2 they release are much greater. to anthropogenic emissions.
Such a statement is completely false! If an eruption occurs in Iceland, it will not emit « more carbon dioxide than the total global emissions for several years, » as we can read on the X network. A volcano does not emit « in two weeks more CO2 than man in a century,” as we can read on this same network.
The truth lies in a recent American study, published in the Proceedings of the National Academy of Sciences. It explains that human activity emits around 100 times more CO2 each year than all the planet’s volcanoes. In fact, volcanoes release around 280 to 360 million tonnes of CO2 each year, which is well below the emissions linked to human activity which are estimated, for the year 2022 alone, at more than 40 billion tonnes.
ItHowever, it should be noted that during major eruptions, volcanoes can have an impact on the climate. Aerosols emitted in very large quantities can cause global temperatures to drop by a few tenths of a degree for relatively short periods. Here again, this effect on global temperature has nothing to do with the impact of human activities which largely contribute to the global warming that we experience today. This is also confirmed by the IPCC reports which estimate that natural causes, such as volcanic activity, have contributed very little to global warming: less than 0.1°C for more than a hundred years, while anthropogenic warming causes temperatures to rise by 0.2°C per decade.

En dépit des énormes quantités de gaz qu’ils libèrent, surtout lors des éruptions, les volcans émettent moins de CO2 que les activités humaines (Photo: C. Grandpey)

Les volcans sur la Lune

Le Hors Série d’octobre-novembre du National Geographic consacré à la Lune nous apporte des informations intéressantes sur notre voisine. Tous les cratères visibles à la surface de la Lune attestent de son passé volcanique. Les images rapportées par les astronautes et celles fournies par les sondes lunaires nous montrent des coulées lave baptisées « mers », des dômes et des chenaux de lave longs de plusieurs kilomètres.

 

Mers et cratères sur la face visible de la Lune (Source : Peter Freiman / Wikipedia)

Il y a également des IMP – Irregular Mare Patches (Taches irrégulières de mers) – qui font référence à des dépôts de lave. On pense que ces IMP pourraient être la preuve d’un volcanisme plus récent qu’on ne le pensait. Il se pourrait qu’il remonte à une centaine de millions d’années, ce qui est peu à l’échelle astronomique. Si c’était vrai, cela bouleverserait nos connaissances de la Lune que l’on considère comme un astre froid et volcaniquement inactif depuis un milliard d’années.

 

IMP à la surface de la Lune (Source : NASA)

C’est au moment de sa naissance, lorsque notre satellite s’est refroidi, que la lave aurait émergé de fissures à sa surface. La lave aurait ensuite rempli des bassins d’impact formés par des collisions lorsque la surface de la Lune a été bombardée de météorites. La lave s’est ensuite solidifiée, formant les ‘mers’ que nous connaissons aujourd’hui. Ces volcans n’étaient pas gigantesques mais la faible gravité lunaire a permis à la lave de couvrir de longues distances. Les échantillons de basalte rapportés par les astronautes confirment cette période volcanique sur la Lune. Ils montrent des variations dans leur âge ; la plupart datent de 3-3,9 milliards d’années, ce qui laisse supposer que c’est à cette époque que le volcanisme a été le plus actif.

 

Coulée de lave refroidie dans la Mer des Pluies (Mare Imbrium) [Source : NASA]

A la surface de la Lune, les scientifiques ont également découvert des cavités dont la taille varie de 5 mètres à un kilomètre. Elles correspondraient à l’effondrement de la voûte de tunnels de lave, comme on en rencontre sur le Kilauea à Hawaii ou le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion). Ces cavités pourraient servir d’abris à de futures missions lunaires ; elles protégeraient les astronautes des radiations spatiales nocives et des micrométéorites.

Tunnel de lave à la Réunion (Photo: C. Grandpey)

Ces cavités me font inévitablement penser à la visite de la Lune par Tintin, Milou et leurs amis, et à l’épisode où Tintin et son chien pénètrent dans l’une de ces grottes et font une longue chute après avoir glissé sur une étendue de glace. Hergé n’était peut-être pas loin de la vérité….

 

Extrait de l’album « On a marché sur la Lune »

Dernières nouvelles d’Islande // Latest news from Iceland

20 novembre 2023 – 18 heures. La carte ci-dessous montre parfaitement la ligne de cratères de Sundhnúkar et l’Hagafell qui se trouvent à l’aplomb de l’intrusion magmatique qui se poursuit sous la bourgade de Grindavik.

La situation est restée stable aujourd’hui, avec une sismicité toujours soutenue (700 séismes depuis minuit),avec une magnitude maximale de M 2,7.

Le dernier interférogramme de l’intrusion magmatique pour les 18 et 19 novembre montre un soulèvement crustal important à proximité de Svartsengi. Ce soulèvement est plus rapide qu’auparavant. Toutefois, tant qu’il n’y aura pas de sismicité significative dans la région du Svartsengi,la probabilité d’éruption à cet endroit restera faible. Pour qu’une éruption se produise, il faudrait qu’il y ait un afflux soudain et important de magma dans l’intrusion.

Source : Met Office.

Interférogramme du 18-19 novembre. On voit clairement en orange-rouge le soulèvement dans le secteur de Svartsengi. L’inflation a sa source en profondeur, à plus de 5 km. (Source: Met Office)

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En ce qui concerne l’évacuation de Grindavik, il n’y aura pas de scolarité obligatoire pour les enfants, mais ils auront la possibilité d’aller à l’école. Des dispositions sont actuellement prises avec l’aide des localités voisines.
Les enfants de Grindavík se verront proposer deux options : fréquenter l’école dans la localité où réside actuellement leur famille, ou fréquenter l’une des nombreuses « écoles de groupe » de Reykjavík.
Source  : Iceland Review.

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November 20th, 2023 – 6 p.m. The map below perfectly shows the line of craters of Sundhnúkar and Hagafell which are located directly above the magma intrusion which continues under the town of Grindavik.
The situation remained stable today, with seismicity still sustained (700 earthquakes since midnight), with a maximum magnitude of M 2.7.
The latest interferogram about the magma intrusion for November 18th-19th shows significant crustal uplift near Svartsengi. This uplift is faster than before. However, as long as there is no significant seismicity in the Svartsengi area, the probability of an eruption will remain low. For an eruption to occur, there should be a sudden and significant influx of magma into the intrusion.
Source: Met Office.

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As far as the evacuation of Grindavik is concerned, there is to be no compulsory schooling for the children, though they will be provided with the opportunity to attend school. Arrangements are currently being made with the assistance of neighbouring communities.

The children of Grindavík will be presented with two main options: attending school in the community where their family currently resides or attending one of several “group schools” throughout Reykjavík.

Source : Iceland Review.

Islande : rien de vraiment nouveau et toute prévision reste impossible // Iceland : nothing really new and predictions are still impossible

À écouter les volcanologues islandais, il est clair que personne ne sait comment la situation va évoluer sur la péninsule de Reykjanes. Un scientifique islandais déclarait il y a quelques jours qu’« aucun pronostic ne peut être fait ». La sismicité est assez faible en intensité (la plupart des événements sont inférieurs à M 1,5) et stable (1 500 à 2 000 événements par jour) depuis le 12 novembre 2023.
Un autre volcanologue islandais a indiqué le 19 novembre que le sol autour de la centrale électrique de Svartsengi s’élevait environ 5,5 fois plus vite qu’avant l’essaim sismique qui a commencé le 10 novembre. « L’afflux de magma est également environ dix fois plus rapide. Il était d’environ 5 à 7 mètres cubes par seconde ; il est maintenant d’environ 50 mètres cubes par seconde. » Selon le scientifique, la chambre de stockage se trouve à une profondeur de 4,5 kilomètres [NDLR  : cela correspond aux hypocentres des séismes actuels], « ce qui est 8 à 10 fois plus haut qu’avant le 10 novembre. . » Le volcanologue ajoute que « ce qui se passera ensuite est difficile à dire. Nous pourrions avoir une éruption, une reprise d’activité semblable à celle du 10 novembre ou quelque chose de complètement nouveau. […] Je pense que la probabilité d’une éruption dans la partie nord de la ligne de cratères de Sundhnúkar augmente chaque jour. La probabilité d’une éruption dans ce secteur augmente en raison du soulèvement du sol dans cette zone. » Autrement dit, aucune prévision fiable ne peut être faite et les 3500 habitants de Grindavik ne savent pas de quoi demain sera fait…
Source : Iceland Monitor.

Cela fait près d’un mois que nous entendons parler d’une éruption « imminente »… et aucune éruption ne s’est encore produite !! La situation actuelle montre bien les limites de la prévision volcanique. Cette dernière est très simple (et toutes sortes de prévisions sont possibles) pour peu que l’activité se situe dans une zone désertique. Mais lorsqu’il s’agit de zones habitées comme Grindavik ou lorsque l’activité est proche d’une infrastructure comme la centrale électrique de Svartsengi, la prévision prend une autre dimension et nous sommes aux abois.

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Listening to Icelandic volcanologists, it is clear that nobody knows how the situation will evolve on the Reykjanes Peninsula. An Icelandic volcanologist said a few days ago that « no prognosis can be made ». Seismicity has been quite low in intensity (most events below M 1.5 ) and stable (1,500-2,000 events each day) since November 12th, 2023.

Another Icelandic volcanologist indicated on November 19th that the land around the Svartsengi power plant was rising about 5.5 times faster than it did before the earthquake swarm that started on November 10th. « The magma inflow is also about ten times faster. It was about 5 to 7 cubic metres per second, but now it is about 50 cubic metres per second. » According to the scientist, the storage chamber, is at a depth of 4.5 kilometres [NDLR : this is the depth of the hypocenters of the current earthquakes], « which is 8 to 10 times higher than what people were talking about before November 10th. » The volcanologist says that « what happens then, it’s hard to tell. We might get an eruption, we might have a re-run of the activitites that happened on November 10th or just something completely new. […] I think the likelihood of an eruption in the northern part of the Sundhnúkar crater row is increasing every day. I think the likelihood of an eruption there is increasing because of the land rise in that area. » In other words, no prediction can be made and the 3,500 residents of Grindavik do not know what tomorrow will bring…

Source : Iceland Monitor.

We’ve been hearing about an « imminent » or « impending » eruption for nearly a month now…and no eruption has occurred yet!! The current situation does show the limits of volcanic prediction. Prediction is very easy (and all sorts of predictions are possible) as long as activity is located in a desert area. But when it comes to populated areas like Grindavik or when activity is close to infrastructure like the Svartsengi power plant, prediction takes another dimension, and we are at a loss.

La sismicité reste stable et de moindre intensité sur la péninsule de Reykjanes (Source: Met Office).