Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

On s’oriente vers un retour au calme sur la péninsule de Reykjanes (Islande). Sismicité et déformation du sol sont en déclin. Il faut tout de même rester vigilant car une réalimentation de l’intrusion magmatique reste possible. La ville de Grindavik reste évacuée et le sera probablement pendant encore plusieurs mois.

Bien que le risque d’éruption semble s ‘éloigner, l’édification de remparts longs d’environ 5,7 km et hauts de 3 mètres contre une éventuelle lave se poursuit autour de la centrale de Svartsengi et du Blue Lagoon.

 

Source: IMO

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L’Anak Krakatau (Indonésie) est entré dans une période d’activité éruptive intense le 26 novembre 2023. Le volcan a depuis été secoué par de nombreuses explosions, avec des colonnes de cendres atteignant jusqu’à 2,1 km au-dessus du niveau de la mer. Les habitants de l’île de Sebesi, située à environ 16,5 km de là, ont connu des moments de panique à cause des forts grondements qui accompagnaient les éruptions. Les visiteurs et les pêcheurs sont priés de se tenir à au moins 5 km du volcan.
L’Anak Krakatau est actuellement en niveau d’alerte III ou Siaga, indiquant une activité éruptive intense.
Source : Magma Indonesia.

Capture écran webcam Magma Indonesia

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Le 1er novembre 2023, une nouvelle île est née à environ 1 km au large de la côte sud de l’île d’Iwoto, au Japon, suite à une intense activité volcanique.
Le matin du 1er novembre 2023, le personnel militaire de la base Maritime Self-Defense Force (MSDF) sur l’île d’Iwoto (historiquement connue sous le nom d’Iwo Jima) a entendu des détonations et a vu des matériaux projetés par des explosions. Ces phénomènes marquaient la formation d’une nouvelle île qui fait désormais partie de la chaîne d’îles japonaises d’Ogasawara.
L’île nouvellement formée  – baptisée Niijima (nouvelle île – avait l’aspect une masse de couleur noire entourée de pierre ponce à la surface de la mer. C’était son aspect quand elle a été photographiée par le satellite Sentinel-2 le 2 novembre. A cette époque, l’île mesurait environ 230 m de long et 200 m de large. Depuis lors, elle a connu une croissance significative, à tel point qu’elle a presque rejoint Iwo Jima, sa voisine.
Une image fournie par le satellite Sentinel-2 le 27 novembre montre que la pointe nord de l’île nouvellement formée se trouve à seulement 220 m de la côte d’Iwo Jima.
L’Agence météorologique japonaise a publié une vidéo montrant l’île lors d’un récent survol :
https://youtu.be/hh1Hb-SsDA0

Source: JMA

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Selon l’Institut national de météorologie et de géophysique du Cap-Vert, la sismicité a montré une hausse sur l’île Brava le 30 octobre 2023. Un séisme de M 3,6 a été enregistré le 30 octobre et a été suivi de huit autres événements de magnitude similaire ressentis par la population. Un événement de M 4.8 a été suivi d’un essaim sismique de 48 heures. Le niveau d’alerte a été porté à 2, sur une échelle de cinq niveaux, le 30 octobre.
La sismicité a montré une intensité variable jusqu’au 1er novembre. La plupart des événements se trouvaient à des profondeurs de 3 à 4 km. Au début, les hypocentres étaient situés dans la zone de Praia de Águada, mais ils ont ensuite migré vers le centre de l’île. Un tremor harmonique continu est apparu le 9 novembre, probablement provoqué par le mouvement des gaz magmatiques.
Le 15 novembre, la sismicité a augmenté et s’est caractérisée par des périodes de tremor volcanique plus intenses, avec des événements longue période. Les habitants ont commencé à ressentir plus souvent les secousses. Le niveau d’alerte a été porté à 3. Trois séismes, tous d’une magnitude supérieure à M 3,0, se sont produits les 18 et 19 novembre, et le tremor harmonique s’est à nouveau intensifié le 19 novembre.
Brava (en portugais « sauvage » ou « courageux ») est une île du Cap-Vert. C’est la plus petite île habitée de l’archipel. Installée pour la première fois au début du 16ème siècle, sa population a augmenté après l’éruption du Fogo, sur l’île voisine, en 1680. Pendant plus d’un siècle, la principale ressource a été la chasse à la baleine, mais l’économie de l’île est désormais principalement agricole.

 

Source: Wikipedia

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L’Observatoire Volcanologique de Rabaul (RVO) indique que des panaches de vapeur et de cendres s’élèvent toujours du cratère sommital de l’Ulawun (Papouasie-Nouvelle-Guinée). La lave continue de s’écouler à partir d’une bouche sur une fracture qui s’est ouverte sur le flanc sud-ouest, près de la bouche apparue en 2019. L’intensité de l’incandescence produite par la coulée a diminué les 23 et 24 novembre, laissant supposer que l’émission de lave avait ralenti. Le niveau d’alerte reste à 2 sur l’échelle à quatre niveaux.

Source: Wikipedia

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En Sicile, une activité strombolienne est observée avec une périodicité bien établie à partir de deux bouches dans le Cratère SE de l’Etna. La fréquence de l’activité éruptive est de l’ordre de quelques heures et les explosions ont été plus intenses du 25 au 26 novembre. Elle projettent des matériaux qui retombent à l’intérieur du cratère ou à proximité. La lave a débordé du cratère le 24 novembre et a produit une coulée qui est descendue lentement le long du flanc S jusqu’à la base du cône. Elle n’était plus alimentée le 25 novembre. Selon Boris Behncke (INGV Catane), l‘activité actuelle semble très stable pour l’instant, avec aucun signe d’éruption majeure imminente.
Source : INGV.

Vue de l’Etna le 26 novembre 2023 (capture écran webcam)

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans.

Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

We are moving towards a quieter situation on the Reykjanes peninsula (Iceland). Seismicity and ground deformation are decreasing. However, one should remain vigilant because a new afflux of magma in the intrusion remains possible. The town of Grindavik remains evacuated and will likely be for several more months.

Although the risk of an eruption appears to be receding, the construction of barriers approximately 5.7 km long and 3 meters high against possible lava continues around the Svartsengi power plant and the Blue Lagoon.

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Anak Krakatau (Indonesia) entered a period of intense eruptive activity on November 26th, 2023. The volcano has since produced numerous explosions, with ash columns reaching heights of up to 2.1 km above sea level. Residents of Sebesi Island, located about 16.5 km away, reported panic due to the loud rumbling sounds accompanying the eruptions. Visitiors and fishermen are asked to stay away at least 5 km from the volcano.

Anak Krakatau is currently at Alert Level III or Siaga, indicating a heightened state of activity..

Source : Magma Indonesia.

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On November 1st, 2023, a new island was born approximately 1 km off the southern coast of Iwoto Island, Japan, following intense volcanic activity.

On the morning of November 1, 2023, military personnel at the Maritime Self-Defense Force’s (MSDF) base on Iwoto Island (historically known as Iwo Jima), could hear loud noises and see material erupting into the sky. These phenomena marked the formation of a new island, part of Japan’s Ogasawara island chain.

The newly formed island – named Niijima (new island) – initially observed as a black-colored landmass surrounded by floating pumice, was recorded by the Sentinel-2 satellite on November 2nd. At that time, it was about 230 m long and 200 m wide. Since then, the island has shown significant growth, approaching a size that nearly merges it with the nearby Iwo Jima.

A Sentinel-2 satellite image acquired on November 27th shows the newly-formed island’s northern tip just 220 m from the nearest coast of Iwo Jima.

The Japan Meeteorological Agency has released a video showing the island during a recent overflight :

https://youtu.be/hh1Hb-SsDA0

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According to the Cape Verde National Institute of Meteorology and Geophysics (INMG), seismicity at Brava increased on October 30th, 2023 and remained elevated. An M 3.6 earthquake was recorded on 30 October and was followed by eight more events of similar magnitudes that were felt by residents. An M 4.8 event was later followed by a 48-hour-long seismic swarm. The Alert Level was raised to 2, on a five-level scale) on October 30th.
The rate of seismicity was variable until November 1st. Most of the events were located at depths of 3-4 km. The hypocenters were initially located in the Praia de Águada area but then they migrated towards the center of the island. Continuous harmonic tremor emerged on November 9thand was interpreted as indicating the movement of magmatic gases.

On November 15th, seismicity increased and was characterized by more intense periods of volcanic tremor, long-period events. In addition, residents began to feel earthquakes more often. The Alert Level was raised to 3. Three earthquakes all with magnitudes greater than M 3.0 occurred during 18-19 November, and harmonic tremor again intensified on November 19th.

Brava (Portuguese for « wild » or « brave ») is an island in Cape Verde. It is the smallest inhabited island of the archipelago. First settled in the early 16th century, its population grew after Mount Fogo on neighbouring Fogo erupted in 1680. For more than a century, its main industry was whaling, but the island economy is now primarily agricultural.

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The Rabaul Volcano Observatory (RVO) indicates that steam and ash plumes are still rising from Ulawun’s summit crater (Papua New Guinea). Lava continues to flow from a new fissure vent that had opened on the SW flank, near the vent that had formed in 2019. The intensity of the incandescence from the flow decreased during 23-24 November, suggesting that effusion may have slowed. The Alert Level remains at 2 on the four-level scale.

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In Sicily, Strombolian activity is periodically observed from two vents at Mt Etna’s SE Crater (SEC). The frequency of the eruptive activity is on the scale of hours, and explosions were most intense during 25-26 November. They eject material that fall within the crater or nearby on the flanks. Lava overflowed the crater on 24 November and produced a slow-moving lava flow that descended the S flank to the base of the cone. It was no longer being fed on 25 November. According to Boris Behncke (INGV Catania), the current activity is very stable and there are no signs of an impending eruption.

Source : INGV.

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Activity remains globally stable on other volcanoes.

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Islande : pourquoi je ne crois pas à une éruption // Iceland : why I don’t believe an eruption will occur

Comme je l’ai indiqué précédemment, je pense – mais je peux me tromper – qu’il n’y aura pas d’éruption sur la péninsule de Reykjanes. Selon moi, on est face à une éruption avortée. Que s’est-il passé ?

L’intrusion magmatique ne fait aucun doute. Tous les instruments ont démontré sa présence. Elle est même considérable, couvrant un distance d’une quinzaine de kilomètres du nord au sud, sur une bonne largeur.

L’intrusion a probablement débuté vers le 24 – 27 octobre 2023 quand les sismographes se sont agités et quand les inclimomètres au sol et les satellites ont détecté un gonflement du sol.

Avec sa source probable dans le secteur de Svarstsengi, le magma en provenance des profondeurs a emprunté les fractures qui déchirent l’Islande du nord-est au sud-ouest. Elles sont le fruit de l’accrétion que connaît l’Islande depuis des lustres. L’une de ces fractures,, légèrement orientée NE – SO, a conduit l’intrusion magmatique vers la bourgade de Grindavik où la pression du magma a fait se soulever et se fracturer le sol, avec la sismicité qui va de pair.

En s’étalent dans les fractures, cette intrusion à grande échelle n’a pas eu une pression suffisante pour que la lave perce la surface. Deux paramètres (sismicité et inflation) semblaient annoncer une éruption, mais les émissions de gaz et leur température étaient absentes. Certes, on a détecté la présence de SO2 en profondeur dans un puits de forage, mais ce n’est pas suffisant pour annoncer un éruption en surface.

Aujourd’hui, si la sismicité persiste, de même que le soulèvement du sol dans le secteur de Svartsengi, ces phénomènes n’ont plus rien à voir avec leur ampleur initiale. De plus, le tremor  montre des valeurs basses.

Source: IMO

On peut raisonnablement penser, comme l’indique le Met Office, qu’il subsiste une alimentation du dike magmatique en profondeur, sous le magma en cours de solidification de l’intrusion, ce qui justifie la sismicité et la déformation enregistrées actuellement. Toutefois, cette arrivée de magma n’a plus la force d’atteindre le surface. D’ailleurs les hypocentres des séismes restent, pour la plupart, à 3 – 5 km de profondeur.

Il faut néanmoins rester vigilant. Comme je l’écrivais le 27 novembre, un nouvel afflux de magma pourrait changer la donne, mais les instruments le signaleront.

En attendant, le Blue Lagoon reste fermé au moins jusqu’au 7 décembre.

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As I put it previously, I think – but I could be wrong – that there will be no eruption on the Reykjanes Peninsula. In my opinion, we are facing an aborted eruption. What happened ?
The magma intrusion is beyond doubt. All instruments demonstrated its presence. It is even considerable, covering a distance of about fifteen kilometers from north to south, over a significant width.
The intrusion probably began around October 24 – 27, 2023, as shown by the seismographs and ground inclimometers, as weel as by satellites which detected an uplift of the ground.
With its likely source in the Svarstsengi area, the magma coming from the depths travelled along the fractures which tear Iceland from the northeast to the southwest. They are the fruit of the accretion that Iceland has been experiencing for ages. One of these fractures, slightly oriented NE – SW, led the magma intrusion towards the town of Grindavik where the pressure of magma caused the ground to rise and fracture, with the seismicity that goes parallel.
While spreading out in the fractures, this large-scale intrusion did not have sufficient pressure for lava to break through the surface. Two parameters seemed to indicate an eruption, but gas emissions and their temperature were absent. Sure, SO2 has been detected at depth in a borehole, but this is not sufficient to herald a surface eruption.
Today, seismicity persists, as well as ground uplift in the Svartsengi area, but these phenomena no longer have anything to do with their initial magnitude. What’s more, the tremor is showing low values.
We can reasonably think, as indicated by the Met Office, that there remains a supply of the magma dike at depth, beneath the now solidified magma of the intrusion, which accounts for the seismicity and deformation currently recorded. However, this influx of magma no longer has the strength to reach the surface. Moreover, the hypocenters of the earthquakes remain, for the most part, at 3 – 5 km depth.
However, one should remain vigilant. As I wrote on November 27th, a new influx of magma could change the situation, but the instruments will react and signal it.

Meantime, the Blue Lagoon will remain closed at least until December 7th.

Islande : le Met Office croit toujours à une éruption // Iceland : the Met Office still believes an eruption might occur

Dans sa mise à jour du 27 novembre 2023, le Met Office islandais estime toujours qu’une éruption pourrait se produire le long de l’intrusion magmatique sur la péninsule de Reykjanes.

L’activité sismique a diminué ces derniers jours et est désormais relativement stable. La plupart des événements ont lieu près de Sýlingarfell et Hagafell.

Les données des stations GPS et les images satellite montrent que le soulèvement du sol se poursuit dans la région de Svartsengi et que la déformation est toujours en cours le long et autour du dyke magmatique
Selon le Met Office, les données sismiques et de déformation montrent que le magma continue de s’accumuler sous le secteur de Svartsengi et de s’écouler dans la partie médiane du dyke détecté le 10 novembre. En conséquence, une éruption le long de l’intrusion magmatique est toujours considérée comme probable tant que l’afflux de magma se poursuit. La zone où le risque d’une éruption est le plus élevé se situe au milieu du dyke entre Hagafell et Sýlingarfell.
[NDLR : Il est à noter que le tremor continue de montrer des valeurs basses. Pour l’instant, il ne semble pas que l’afflux de magma mentionné par le Met Office soit suffisamment fort pour que la lave puisse percer la surface.]

Le tremor le 28 novembre 2023 (Source: IMO)

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In its update of November 27th, 2023, the Icelandic Met Office still believes that an eruption might occur somewhere along the magma intrusion on the Reykjanes Peninsula.

Seismic activity has declned in the past days and is now relatively stable. Most of the events are located near Sýlingarfell and Hagafell.

Data from GPS stations and satellite images show that uplift continues in the area of Svartsengi and deformation is still ongoing along and around the dike.

According to the Met Office, both seismic and deformation data suggest that magma continues to accumulate beneath Svartsengi and to flow into the middle portion of the dike which formed on November 10th. As a consequence, an eruption along the dike is still considered likely as long as the magma inflow continues. The area with the highest likelihood for an eruption is in the middle part of the dike between Hagafell and Sýlingarfell.

[Editor’s note : It should be noted that the tremor is keeping low values. For the time being, it does not look as if the magma influx mentioned by the Met Office is strong enought for lava to pierce the surface].

Prévision éruptive en Islande : peut mieux faire ! // Eruption prediction in Iceland : could be better!

Le regretté Maurice Krafft disait qu’un volcan en passe d’entrer en éruption présente un peu les mêmes symptômes qu’un malade ou un blessé. Il a de la fièvre, des frissons et une mauvaise haleine. La blessure enfle. C’est un peut la même chose quand un volcan va se réveiller. Les sismographes s’agitent ; les inclinomètres montrent des déformations du sol, la composition des gaz se modifie et leur température augmente.

Source: Wikipedia

Ces derniers temps, trois de ces paramètres semblaient réunis sur la péninsule islandaise de Reykjanes pour que l’on assiste à une belle éruption. Un essaim sismique avait démarré le 24 octobre 2023. Une déformation significative du sol avait fait de même trois jours plus tard. Le 16 novembre, des émissions de SO2 étaient détectées dans un trou de forage à proximité de la centrale géothermique de Svargentsi. Aucune mesure de température n’était indiquée par le Met Office. Il semble que les satellites n’aient détecté aucune anomalie thermique.

Source: IMO

Toujours est-il que les signes habituels d’une éruption imminente étaient présents et il était évident que l’on avait affaire à une intrusion magmatique de grande ampleur, d’une quinzaine de kilomètres de longueur du nord au sud, selon les scientifiques islandais.

C’est pourquoi une alerte éruptive a été déclenchée. Le sacro-saint principe de précaution a été mis en œuvre. La sismicité et la déformation les plus intenses étant dans le secteur de Grindavik (3500 habitants), il a été décidé dans l’urgence d’évacuer la ville le 11 novembre. Les habitants n’avaient que quelques minutes pour récupérer leurs biens essentiels car une éruption dans le secteur semblait IMMINENTE, un mot répété à foison par les médias internationaux.

Source: Iceland Review

Les heures et les jours ont passé et point d’éruption à l’horizon. L’imminence d’un tel événement ne semble plus à l’ordre du jour. Sismicité et déformation du sol ont bien décliné et le magma ne semble plus décidé à percer la surface. Le bulletin du Met Office du 23 novembre 2023 n’écarte pas l’éventualité d’une éruption, mais « éruption imminente » et « éruption soudaine » ne sont plus d’actualité.

Les scientifiques islandais ont des idées divergentes sur la question. Il y a quelques jours, un volcanologue islandais m’a écrit que, selon lui, ce serait une affaire de mois. Avec une telle déclaration, on n’est plus dans le domaine de la prévision. C’est comme dire qu’il y aura un risque de vague de froid au mois de février ! En revanche, une scientifique du Met Office expliquait le 18 novembre que la diminution de l’activité sismique et de la déformation du sol indiquait que le magma avait pénétré très haut dans la croûte. Cette dernière étant déjà très fracturée, le magma n’avait pas besoin de beaucoup de force pour atteindre la surface. Ce n’est pas dans mes habitudes de critiquer des scientifiques, mais un telle explication m’a beaucoup surpris, c’est le moins que je puisse dire !

De mon côté, en observant les différents paramètres pré-éruptifs sans que se produise une éruption, j’ai gardé à l’esprit l’expérience que j’avais vécue dans les années 1990 dans le secteur du volcan Krafla, dans le nord-est de l’Islande. Je campais à Reykjalid alors que la sismicité était intense. Allongé sous ma tente, je ressentais clairement des ondes de choc pendant la nuit. Le sol s’était soulevé d’environ un mètre sous la centrale géothermique locale. Je suis resté une journée supplémentaire dans le secteur du lac Myvatn avec l’espoir d’assister à une belle éruption, mais je suis reparti bredouille. Quelques semaines après mon retour en France, j’ai eu l’occasion de rencontrer le regretté Maurice Krafft à l’issue d’une séance de Connaissances du Monde. Il m’a dit, avec son exubérance habituelle : « Ne t’inquiète pas, l’éruption a avorté. » Cela signifiait que le magma avait réussi a se frayer un chemin dans les fractures du sous-sol islandais. Il s’est ensuite solidifié, sans jamais percer la surface. C’est probablement ce qui s’est passé ces derniers temps sur la péninsule de Reykjanes et c’est pour cela que j’ai été pratiquement le seul à évoquer l’hypothèse d’une éruption avortée. Quarante années d’observation sur le terrain sont parfois utiles…

Photo: C. Grandpey

Cela n’exclut pas une nouvelle éruption dans la région comme en 2021 et en 2022. De toute façon, il faut rester vigilant car un nouvel afflux de magma sur le site de l’intrusion changerait la donne.

La question est maintenant de savoir s’il faut autoriser les habitants de Grindavik a rentrer chez eux. Une épée de Damoclès va rester présente, au moins un certain temps, au-dessus de leurs têtes, avec la crainte d’une sortie soudaine de la lave au cœur ou à proximité immédiate de leur bourgade. C’est quand le risque éruptif se trouve à proximité de zones habitées ou de structures essentielles (comme la centrale de Svartsengi) que la prévision éruptive prend toute son importance, pas quand la lave menace de sortir dans une zone désertique.

S’agissant de l’édification des digues de terre, ce n’est ps un souci. Même si elles ne servent à rien cette fois-ci, rien ne dit que ces protections n’auront pas un rôle à jouer un jour ou l’autre. Il semble que depuis 2020 le magma trouve agréable le séjour sur la péninsule de Reykjanes.

Ces derniers jours, une journaliste du journal Le Point m’a contacté, ainsi que Jacques-Marie Bardintzeff, à propos des différents moyens utilisés pour essayer de détourner une coulée de lave. Vous trouverez l’article à cette adresse:

https://www.lepoint.fr/environnement/en-islande-de-la-terre-et-de-l-eau-envisagees-comme-remparts-contre-la-lave-24-11-2023-2544441_1927.php

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The late Maurice Krafft used to say that a volcano about to erupt presents somewhat the same symptoms as a sick or injured person. He has a fever, chills and bad breath. The wound swells. It’s a bit the same thing when a volcano is about to erupt. Seismicity increases; the ground inflates , the composition of the gases changes and their temperature increases.
Recently, three of these parameters seemed to come together on the Icelandic Reykjanes peninsula to lead to a nice eruption. A seismic swarm started on October 24th, 2023. A significant deformation of the ground did the same three days later. On November 16th, SO2 emissions were detected in a borehole near the Svargentsi geothermal power plant. No temperature measurements were given by the Met Office. However, it appears that the satellites did not detect any thermal anomalies.
Still, the usual signs of an imminent eruption were present and it was obvious that there was a large-scale magma intrusion, around fifteen kilometers long from north to south, according to Icelandic scientists. .
This is why an eruptive alert was triggered. The sacrosanct precautionary principle was implemented. As the most intense seismicity and deformation were in the Grindavik area (pop. 3,500), it was urgently decided to evacuate the town on November 11th. Residents had only minutes to collect their essential goods as an eruption in the area appeared IMMINENT, a word repeated profusely by international media.
Hours and days have passed and there is no eruption on the horizon. The imminence of such an event no longer seems to be on the agenda. Seismicity and ground deformation have declined significantly and magma no longer seems determined to break through the surface. The Met Office bulletin of November 23rd, 2023 does not rule out the possibility of an eruption, but “imminent eruption” and “sudden eruption” are no longer relevant.
Icelandic scientists have divergent ideas on the issue. A few days ago, an Icelandic volcanologist wrote to me that, according to him, it would be a matter of months. With such a statement, we are no longer in the realm of prediction. That’s like saying there will be a risk of a cold snap in February! On the other hand, a Met Office scientist explained on November 18th that the reduction in seismic activity and ground deformation indicated that magma had penetrated very high into the crust. The latter being already very fractured, magma did not need much energy to reach the surface. It’s not my habit to criticize scientists, but such an explanation surprised me a lot !
For my part, while observing the different pre-eruptive parameters without an eruption occurring, I kept in mind the experience I had in the 1990s in the area of the Krafla volcano, in the north- east of Iceland. I was camping in Reykjalid when seismicity was intense. Lying in my tent, I clearly felt shock waves during the night. The ground had risen about one meter under the local geothermal power plant. I stayed an extra day in the Lake Myvatn area with the hope of witnessing a nice eruption, but nothing happened. A few weeks after my return to France, I had the opportunity to meet the late Maurice Krafft after a Connaissances du Monde session. He said to me, with his usual exuberance, “Don’t worry, the eruption has aborted. » This meant that magma had managed to find its way into the fractures in the Icelandic subsoil. It then solidified, without ever breaking through the surface. This is probably what happened recently on the Reykjanes peninsula and that is why I was practically the only one to raise the hypothesis of an aborted eruption.
This does not exclude a new eruption in the region as in 2021 and 2022. In any case, one should remain vigilant because a new influx of magma at the site of the intrusion would change the situation.
The question now is whether to allow the residents of Grindavik to return home. A sword of Damocles will remain present, at least for a certain time, above their heads, with the fear of a sudden lava emission in the heart or in the immediate vicinity of their town. It is when the eruptive risk is near populated areas or essential structures (such as the Svartsengi power plant) that eruptive prediction becomes important, not when lava pierces the surface in a desert area.
Regarding the construction of earth dikes, this is not a concern. Even if they are of no use this time, these protections may have a role to play one day or another. It seems that since 2020 magma has enjoyed staying on the Reykjanes peninsula.