Les pierres de curling d’Ailsa Craig (Ecosse) // The curling stones of Ailsa Craig (Scotland)

Les Jeux Olympiques d’hiver ont débuté en Corée du Sud, avec leurs compétitions de ski, de patinage, etc. Un sport est beaucoup moins connu, du moins en France: le curling. Il consiste à faire glisser de grosses pierres circulaires sur la glace vers une cible baptisée la maison. Il y a deux équipes de quatre joueurs. Chaque équipe doit faire glisser huit pierres. Les pierres avancent en tournant, d’où le nom du sport. Deux joueurs de l’équipe balaient la glace devant la pierre afin d’essayer de la faire s’arrêter au bon endroit.
Très peu de gens savent que les pierres utilisées dans le curling proviennent d’un seul endroit au monde: Ailsa Craig, une petite île dans le Firth of Clyde, au large de la côte ouest de l’Écosse. Ailsa Craig a une histoire agitée. Revendiquée par les Écossais, envahie par l’Empire espagnol, l’île était autrefois un repaire de contrebandiers. Elle est inhabitée depuis le 19ème siècle. Les photos et vidéos montrent de très jolies colonnes de basalte dont les seuls habitants sont les oiseaux marins. L’île pourrait ne présente guère d’intérêt de nos jours, sauf en raison de sa géologie particulière …. et du curling !
D’un point de vue géologique, l’île est le reste d’un volcan qui est entré en éruption il y a 60 millions d’années. L’éruption a été si violente que le Groenland s’est séparé de l’Écosse et que s’est formé l’Océan Atlantique. Repoussé loin du panache mantellique, le volcan a été coupé de sa source magmatique. Après la fin de l’éruption, des millions d’années d’érosion ont fait disparaître les roches sédimentaires qui entouraient les roches magmatiques plus dures, exposant ainsi l’ancienne chambre magmatique du volcan. Ce phénomène de déchaussement s’observe sur de nombreux volcans du même type. Le Strombolicchio est en un bon exemple en Sicile.
Ailsa Craig comprend trois variétés de granit qui se différencient par leur teneur en minéraux : Ailsa Craig Common Green, Ailsa Craig Red Hone et Ailsa Craig Blue Hone. La coloration distinctive de cette dernière roche, un gris-blanc tacheté de points bleutés, résulte de la présence de riebeckite et d’arfvedsonite, deux amphiboles riches en sodium et en fer. Le granit riche en riebeckite  est une variété extrêmement rare et Ailsa Craig est le seul endroit de la planète où on le trouve. Avec les autres variétés de granit d’Ailsa Craig, Ailsa Craig Blue Hone est nécessaire pour la production des meilleures pierres de curling.
La texture uniforme et fine du granit riche en riebeckite lui confère une grande élasticité. Les pierres de curling fabriquées à partir d’Ailsa Craig Blue Hone et Common Green présentent donc une grande résistance aux impacts qui se produisent au cours de la pratique du sport. Les minéraux composant la roche, principalement le quartz et le feldspath, ont une faible conductivité thermique, une autre propriété appréciée dans une bonne pierre de curling. Une pierre trop froide ou trop chaude affecterait négativement le mince film d’eau sur lequel la pierre de curling glisse. Enfin, le tissu imperméable rend la roche hydrofuge et résistante à l’eau et à l’usure, des facteurs qui diminueraient les performances d’une pierre de curling.
En cliquant sur le lien suivant, vous obtiendrez plus de détails sur Ailsa Craig et ses pierres, des origines à nos jours. Vous verrez comment les pierres de curling sont fabriquées. Vous apprécierez sans aucun doute l’accent écossais des personnes interviewées!

 https://youtu.be/Mc7Nq63wGTQ

Source: Forbes.

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The Winter Olympics have opened in South Korea, with their competitions of skiing, skating and so on. One sport is far less popular, at least in France: curling. Players slide curling stones on the ice towards a target, called the house. There are two teams with four players on each team. Each team slides eight stone. The player sliding the stone can make it turn or curl slowly, hence the name of the sport. Two other players on the team sweep the ice in front of the stone with brooms. This is to make the stone stop in the right place.

Very few people know that the stones used in curling come from one single place in the world: Ailsa Craig, a small island in the Firth of Clyde, along the west coast of Scotland. Ailsa Craig has a troubled history. Claimed by the Scots, invaded by the Spanish Empire, it was once a hiding place for smugglers. The island became uninhabited in the 19th century. The photos and videos of the island show very nice volcanic columns whose only residents are the sea birds. The island might be of little interest nowadays, if not for its peculiar geology…. and curling.

Geologically, the island is the remains of a long extinct volcano. 60 million years ago, this volcano erupted so violently that Greenland became separated from Scotland and the primordial Atlantic Ocean formed. Pushed away from the mantle plume, the volcano was cut off from its magma source. After the eruption ended, millions of years of erosion removed the softer sedimentary rocks around the harder magmatic rocks, exposing the former magma chamber of the volcano.

Ailsa Craig comprises three granite varieties, characterized by their mineral content. The Ailsa Craig Common Green, the Ailsa Craig Red Hone, and the Ailsa Craig Blue Hone. The distinctive coloration of the latter rock, a grey-white spotted with bluish dots, results from the presence of riebeckite and arfvedsonite, two amphiboles rich in sodium and iron. Riebeckite-granite is an extremely rare granite variety and Ailsa Craig is the only spot worldwide where it can be found. Together with the other granite varieties from Ailsa Craig, Ailsa Craig Blue Hone is needed for the production of the best curling stones in the world.

The uniform, fine-grained texture of the riebeckite microgranite lends the rock a high elasticity. Curling stones made from Ailsa Craig Blue Hone and Common Green display therefore a high resistance to impacts, as experienced during a curling game. The minerals composing the rock, mostly quartz and feldspar, have a low thermal conductivity, another valued property for a good curling stone. A too cold or too hot stone would negatively affect the thin water film on which the curling stone slips. Finally, the impermeable fabric makes the rock water repellent and resistant towards water and weathering, further factors lowering the performance of a good curling stone.

If you click on the following link, you will get more details on Ailsa Craig and its stones, from the origins to today. You will see how curling stones are manufactured. You will no doubt appreciate the Scottish accent of the interviewees…

Video Scottish accent) + fabrication industrielle

https://youtu.be/Mc7Nq63wGTQ

Source: Forbes.

Colonnes basaltiques à Ailsa Craig (Crédit photo : Mary and Angus Hogg)

Pierres de curling

 

 

 

 

Agung (Bali / Indonésie): Baisse du niveau d’alerte // The alert level has been lowered

Comme cela était prévisible, le niveau d’alerte du Mt Agung a été abaissé de 4 (AWAS) à 3 (SIAGA) le 10 février 2018. En conséquence, les 20 000 personnes hébergées dans 180 centres provisoires à travers l’île ont été autorisées à rentrer chez elles. Comme on pouvait le voir sur le sismographe en ligne, l’activité volcanique a considérablement diminué au cours des dernières semaines. Les instruments montrent également une déflation de l’édifice, ce qui traduit une diminution de la pression des gaz et du magma.
Avec le nouveau niveau d’alerte, la zone interdite d’accès a été réduite à quatre kilomètres du sommet de l’Agung.

L’activité de l’Agung s’est intensifiée en septembre 2017. Elle a ensuite ralenti à la fin d’octobre, avant de reprendre de plus belle en novembre, ce qui a entraîné des problèmes dans le trafic aérien et perturbé l’industrie touristique à Bali.
Source: Journaux indonésiens.

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As could be predicted, the alert level for Mt Agung was lowered from 4 (AWAS) to 3 (SIAGA) on February 10th 2018. As a consequence, the 20,000 evacuees sheltering in 180 locations across the island have been allowed to return home. As could be seen on the online seismograph, volcanic activity had declined significantly during the past weeks. Instruments also show a deflation of the edifice, which translates a decrease in gas and magma pressure.

Under the new alert level, the no-entry zone has been reduced to four kilometres from Agung’s peak. .

Mt Agung rumbled back to life last September. Volcanic activity slowed down in late October, before increasing again in November, sparking travel chaos and affecting Bali’s tourism industry.

Source: Indonesian newspapers.

Eruption du Mayon (Philippines) [suite] // Mt Mayon’s eruption (Philippines) [continued]

Dans sa mise à jour d’hier, le PHILVOCS indique que l’activité du Mayon reste très intense. Par exemple, le volcan avait émis des fontaines de lave au moins à 35 reprises depuis le 7 février à midi ; elles atteignaient jusqu’à 150 mètres de hauteur. Les épisodes ont duré de neuf à 233 minutes et ont été accompagnés de grondements audibles jusqu’à une dizaine de kilomètres.
Des coulées de lave, ainsi que des effondrements des fronts et des bordures de coulées, continuent à être observés dans les ravines Miisi et Bonga-Buyuan. Les coulées de lave ont avancé de 3,3 kilomètres, 4,5 kilomètres et 400 mètres le long de ces ravines. Des coulées pyroclastiques se sont propagées sur 4,6, 4,4 et 4,2 km le long des ravines de Miisi, Bonga et Basud.
Jusqu’à présent, le volcan a émis 70 millions de mètres cubes de lave depuis le début de l’éruption le 13 janvier 2018.
Le PHILVOCS continue à suggérer deux scénarios possibles pour les semaines à venir: ou bien le volcan continue à émettre des fontaine de lave, des panaches de cendre, des coulées de lave et des coulées pyroclastiques; ou bien il se peut qu’un bouchon se forme, ce qui augmenterait la pression des gaz et une accumulation du magma et pourrait provoquer une explosion majeure. Jusqu’à présent, c’est le premier scénario qui prévaut au vu du comportement éruptif du Mayon.
Le niveau d’alerte est maintenu à 4.
Source: PHILVOCS.

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In yesterday’s update, PHILVOCS indicates that Mt Mayon’s activity is still very intense. For instance, the volcano has ejected lava fountains at least 35 times since February 7th noon, up to 150 metres high. The episodes lasted nine to 233 minutes and were accompanied by rumbling sounds audible beyond 10 kilometres away.

Lava flows and consequent incandescent rockfalls are still observed in the Miisi and Bonga-Buyuan river channels. The lava flows have advanced to 3.3 kilometers, 4.5 kilometers and 400 meters down the Miisi, Bonga and Basud gullies, respectively. Pyroclastic flows were deposited 4.6, 4.4 and 4.2 kilometres down the Miisi, Bonga and Basud gullies, respectively.

So far, the volcano has emitted 70 million cubic metres of lava since it erupted on January 13th 2018.

PHILVOCS is still suggesting two scenarios: first, the volcano continues to exhibit lava fountaining events, ash plumes, lava flow, pyroclastic flows; or there could be a blockade over the volcano or gas pressure and magma buildup that could trigger a big explosion. So far the first scenario is prevailing in Mayon’s eruptive state.

The alert level is kept at 4.

Source : PHILVOCS.

Crédit photo: Wikipedia

La source magmatique de l’Etna // Mount Etna’s magma source

Il se pourrait que la source d’alimentation magmatique de l’Etna ne se trouve pas à la verticale du volcan sicilien, mais beaucoup plus à l’est, dans une zone baptisée Escarpement de Malte. Par le passé, elle aurait donné naissance aux volcans des Monts Iblei, aujourd’hui éteints. C’est du moins ce que révèle une étude intitulée Etnean and Hyblean volcanism shifted away from the Masta Escarpment by crustal stresses, conduite par une équipe de chercheurs de l’INGV, du Centre allemand de géosciences (GFZ) de Potsdam, l’Université d’Etudes de Roma Tre et de Catane. Les résultats ont été publiés dans la revue Earth & Planetary Science Letters, Elsevier B.V.
Marco Neri, de l’Observatoire Etneo-INGV, rappelle que séismes et éruptions se produisent essentiellement en bordure des plaques tectoniques qui occupent à la surface de la Terre. Cependant, il y a des volcans qui ne suivent pas cette règle, car ils se développent à l’intérieur des plaques tectoniques et non sur les bords. C’est ce qu’on appelle le volcanisme «intraplaque.» C’est le cas des volcans qui entrent en éruption depuis des millions d’années le long de la Sicile orientale.
L’Etna est actif depuis cinq cent mille ans, mais bien avant lui, pendant des millions d’années, les Monts Iblei ont dominé la scène avec de nombreux volcans actifs entre Capo Passero et la Plaine de Catane et entre Syracuse et Grammichele.
Afin de déterminer la source magmatique qui a alimenté les Monts Iblei et donne aujourd’hui vie à l’Etna, les chercheurs ont simulé le parcours emprunté par le magma en dessous des Iblei et de l’Etna jusqu’à la limite entre la croûte et le manteau, à environ 30 km de profondeur. Ils ont intégré dans leurs calculs les différents régimes tectoniques qui se sont succédé dans l’est de la Sicile au cours des dix derniers millions d’années. Dans cette zone, la croûte terrestre a été comprimée ou s’est dilatée en différentes directions, ce qui a favorisé ou entravé l’ascension du magma en provenance du manteau. Le modèle a également mis en lumière l’évolution progressive des failles de l’Escarpement de Malte qui, au fil du temps, se sont approfondies, augmentant la pression lithostatique induite par les masses rocheuses en déformation.

Les scientifiques ont ainsi découvert que les trajectoires empruntées par le magma entre le manteau terrestre et la surface ne sont pas verticales. Elles convergent vers le bas, aussi bien pour l’Etna que pour les volcans des Monts Iblei, dans une même zone, au-dessous de l’Escarpement de Malte. Il s’agit d’une structure tectonique qui ouvre la croûte terrestre en Sicile orientale et permet l’ascension du magma à partir du manteau. L’Escarpement de Malte est aussi un important système de failles situé juste à côté des côtes orientales de la Sicile, sous la mer Ionienne, et capable de générer des séismes. Ces failles s’étendent sur plus de trois cents kilomètres en produisant, au fond de la mer, un escarpement pouvant atteindre trois mille mètres de profondeur.
Il se pourrait bien que ce soit l’Escarpement de Malte qui a généré, le 11 Janvier 1693, dans le Val di Noto, le séisme le plus violent observé au cours des mille dernières années en Italie avec une magnitude de M 7,4, cinquante-quatre mille morts et un tsunami dévastateur.
L’étude montre que, même en Sicile orientale, les volcans et les failles sismogéniques sont l’expression d’un seul contexte volcano-tectonique actif depuis des millions d’années et qui évolue au fil du temps, ce qui explique pourquoi les volcans des Monts Iblei sont éteints aujourd’hui, alors que l’Etna est encore très actif.

Source: Conoscere Geologia.

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Mount Etna’s magma source might not be located vertically beneath the Sicilian volcano, but much further east, in an area known as the Malta Escarpment. In the past, it probably gave birth to the volcanoes of the now extince Iblei Mountains. This is what is revealed by a study entitled Etnean and Hyblean volcanism shifted away from the Masta escarpment by crustal stresses, conducted by a team of researchers from INGV, the German Geosciences Center (GFZ) in Potsdam, the University Roma Tre and Catania. The results were published in Earth & Planetary Science Letters, Elsevier B.V.
Marco Neri, of the Etneo-INGV Observatory, reminds us that earthquakes and eruptions occur essentially along the edge of the tectonic plates that occupy the surface of the Earth. However, there are volcanoes that do not follow this rule because they grow inside the tectonic plates and not on the edges. This is called « intraplate » volcanism. This is the case of volcanoes that have been erupting for millions of years in eastern Sicily.
Etna has been active for five hundred thousand years, but long before, for millions of years, the Iblei Mountains dominated the scene with many active volcanoes between Capo Passero and the Plain of Catania and between Syracuse and Grammichele.
In order to determine the magmatic source that fed the Iblei Mountains and gives life to Mt Etna today, the researchers simulated the path taken by magma below the Iblei and Etna to the limit between the crust and the mantle, about 30 km deep. They integrated in their calculations the different tectonic regimes in the eastern part of Sicily during the last ten million years. In this zone, the Earth’s crust has been compressed or expanded in different directions, which has favoured or hindered the rise of magma from the mantle. The model also highlighted the gradual evolution of the Malta Escarpment faults which, over time, have deepened, increasing the lithostatic pressure induced by the deformed rock masses.
Scientists have discovered that the routes taken by magma between the Earth’s mantle and the surface are not vertical. They converge downwards, as well for Etna as for the volcanoes of the Iblei Mountains, in the same zone, below the Malta Escarpment. It is a tectonic structure that opens the earth’s crust in eastern Sicily and allows the rise of magma from the mantle. The Malta Escarpment is also an important fault system located just off the eastern coast of Sicily, under the Ionian Sea, and capable of generating earthquakes. These faults extend for more than three hundred kilometres and produce, at the bottom of the sea, an escarpment up to three thousand metres deep.
The Malta Escarpment may have triggered, on January 11th, 1693, in the Val di Noto, the most violent earthquake observed over the last thousand years in Italy, with a magnitude of M 7.4, fifty-four thousand dead and a devastating tsunami.
The study shows that, even in eastern Sicily, volcanoes and seismogenic faults are the expression of a single volcano-tectonic context that has been active for millions of years and has evolved over time, which explains why the volcanoes of the Iblei Mountains are extinct today, while Etna is still very active.
Source: Conoscere Geologia.

Photo: C. Grandpey