Le Mont Fuji (Japon) dans un « état critique »? // Mount Fuji (Japan) in a « critical state »?

drapeau francaisLe Mont Fuji serait-il le Michael Shumacher des volcans ? C’est la conclusion que l’on pourrait tirer en lisant une étude franco-japonaise relayée par le journal Le Monde. Selon les chercheurs, les entrailles du Mont Fuji, situé au sud-ouest de Tokyo, ont été largement mises sous pression lors du tremblement de terre au large des côtes japonaises, le 11 mars 2011. Cette pression serait telle qu’il existe un potentiel d’éruption important et que le volcan se trouverait dans un « état critique ».

En fait, cette étude franco-japonaise n’est pas un sccop et le sujet n’est pas nouveau. Le lien entre le Mont Fuji et le séisme de Fukushima, c’est un peu comme le monstre du Loch Ness ; ça ressort de temps en temps dans la presse. Vous pourrez lire les notes que j’ai rédigées à ce sujet sur mon blog le 9 septembre 2012, le 4 février et le 5 août 2013 (voir les liens ci-dessous). Cela va faire 2 ans que ma première note est parue et il n’y a toujours pas d’éruption du Mont Fuji en vue! Il s’agit donc d’un « état critique » de longue durée, comme pour le pilote de Formule 1!

Le séisme de Fukushima a probablement fragilisé le volcan japonais mais jusqu’à quel point ? C’est la véritable question. Il se peut qu’on soit proche d’un point de déclenchement d’une éruption, mais ce n’est pas prouvé, de la même façon que le lien entre séismes et éruptions n’a jamais été réellement démontré. Nos connaissances en matière de prévision éruptive sont à l’heure actuelle trop limitées pour que l’on se permette de crier sur les toits qu’une éruption est sur le point d’avoir lieu. Il faut d’ailleurs remarquer que les auteurs de l’étude ne se mouillent pas puisque l’un d’eux a déclaré : « Nos travaux ne disent pas que le volcan va entrer en éruption ». La messe est dite !

Dans le même ordre d’idée, il y a 2 ou 3 mois, certains annonçaient à qui voulaient l’entendre que l’Hekla allait entrer incessamment en éruption en Islande. On attend toujours l’événement!!

Voici les liens vers les articles de mon blog:

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2012/09/09/mont-fuji-japon-5/

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2013/02/04/mont-fuji-japon-mount-fuji-japan/

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2013/08/05/et-si-le-mont-fuji-entrait-en-eruption-what-if-mount-fuji-erupted/

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drapeau anglaisIs Mount Fuji the Michael Schumacher of the volcanoes? This is the conclusion that could be drawn by reading a French-Japanese study relayed by the newspaper Le Monde. According to researchers, the inside of Mount Fuji, located south-west of Tokyo, was largely set under pressure by the earthquake off the coast of Japan on March 11th, 2011. This pressure is said to be so great that there is a real potential eruptive risk and the volcano might be in a « critical condition ».
In fact, this study is not a sccop and the topic is not new. The link between Mount Fuji and the Fukushima earthquake is a bit like the Loch Ness monster; it appears from time to time in the press. You can read the notes I wrote about it in my blog on September 9th, 2012, February 4th and August 5th2013 (see links below). My first note wass published 2 years ago and there is still no eruption of Mount Fuji in sight!
The Fukushima earthquake probably weakened the Japanese volcano but to what extent? That is the real question. It may be close to an eruption, but it cannot be proved in the same way that the relationship between earthquakes and eruptions has never been adequately demonstrated. Our knowledge of eruptive prevision is currently too limited toshout from the rooftops that an eruption is about to occur. By the way, one can notice that the authors of the study remained cautious as one of them said: « Our work does not say that the volcano will erupt. »
In the same way, 2 or 3 months ago, some scientists announced that Hekla was about to erupt in Iceland. We are still waiting for the event!

Here are links to articles in my blog:
http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2012/09/09/mont-fuji-japon-5/

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2013/02/04/mont-fuji-japon-mount-fuji-japan/

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2013/08/05/et-si-le-mont-fuji-entrait-en-eruption-what-if-mount-fuji-erupted/

Mont-Fuji-blog

Crédit photo:  Wikipedia

Une réflexion au sujet de « Le Mont Fuji (Japon) dans un « état critique »? // Mount Fuji (Japan) in a « critical state »? »

  1. Bonjour Claude. J’ai réagi de la même manière. C’est un marronnier de l’été 🙂
    C’est fou le remplissage que peuvent faire les médias, parfois. Quitte à déformer la réalité. Un dossier avec des explications sur l’histoire de l’Ukraine, ou sur la Palestine serait surement plus à propos mais les journalistes ont abandonné depuis longtemps l’idée d’informer et d’éduquer les gens…

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  2. Bonjour Claude,
    Merci du commentaire.
    Ah si Haroun revenait, il serait fou de rage.
    Je pense qu’il serait bon que tous ces devins de labo qui modélisent à qui mieux mieux pour nous prédire la fin des haricots et ameuter le commun des mortels sur sa disparition prochaine, prennent des leçons de volcanologie. On-t-il même déjà mit les pieds là hauts sur le Fuji, pour l’ausculter en vrai, sans internet, avec les mains, le nez et les neurones. J’ai des doutes, et le dégout me gagne quand je parcours les commentaires débiles qui tournent autour de ces déclarations branquignolesques.
    Désolé, Claude, je n’ai pas pu m’empêcher, depuis le coup des bisons de Yellowstone, j’ai des bouffées de révolte, voyant venir la volcanologie dans un « état Critique ».
    Volcaniquement vôtre.
    Bien cordialement
    Pierre Chabat

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    1. Bonjour Pierre. De temps en temps, ça fait du bien de pousser un coup de gueule et de dire ce que l’on a sur le coeur. Comme vous pouvez le constater à travers ce blog, ça m’arrive de temps en temps. Il est vrai que certains articles comme ceux que j’ai indiqués poussent le bouchon un peu loin!

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  3. Qui est tu Pierre Chabat pour critiquer et insulter gratuitement les auteurs de l’études? Je connais personellement Florent Bringuer, le premier auteur de l’étude, et il n’a rien d’un « devin de laboratoire ». C’est un chercheur de très haut niveau un des tous meilleurs volcanosismologues du monde, sympathique et modeste. Son étude, que ni toi ni Claude n’ont probablement lu, s’appuie sur une analyse minutieuse et originale d’énormes quantités de données sismiques du réseau japonais, qui est un des plus denses et performant du monde.
    La méthode utilisée est relativement nouvelle (quelques années) mais a déjà fait ses preuves au Piton de la Fournaise. Elle se base sur des changement infimes de la propagation du « bruit » sismique dans l’écorce terrestre, sous l’effet de changements de densités de celle-ci.
    Les auteurs ne s’avanccent pas a prédire une éruption, c’est plutot une preuve de rigueur scientifique. Il ne faut pas confondre prévision à court terme et à long terme. La seconde se base sur des signaux bien plus ténus et est forcément moins précise, mais les deux ont leur utilité. Dans le cas de l’étude du Fuji, on est clairement dans de la prévision à long terme et je pense personnellement qu’Haroun Tazieff auraitapplaudi des deux mains. C’est une avancée modeste, mais la science avance lentement, et de plus en plus lentement à mesure qu’elle progresse et qu’elle se complexifie.

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    1. Il est toujours facile de faire une prévision « à long terme » que la brièveté de la vie humaine ne permettra peut-être pas d’observer! Avant de faire ce genre de prévisions, concentrons nous d’abord sur celles qui risquent de se produire dans le futur proche. Dans ce domaine, nous sommes encore très loin du compte comme vient de le montrer le Piton de la Fournaise: L’Observatoire n’avait absolument pas vu venir l’émission de lave de ces dernières semaines! De la même façon, l’INGV n’avait pas annoncé la sortie actuelle de la lave à la base du Cratère NE de l’Etna! Avant de se lancer dans des prévisions plus ou moins hasardeuses sur le Mont Fuji, Yellowstone ou ailleurs, restons les pieds sur terre et concentrons nous sur le présent! Il ne faut surtout pas oublier que la volcanologie est avant tout une leçon de modestie. Je n’ai pas la jeunesse et l’enthousiasme de Robin; cela fait une quarantaine d’année que je fréquente le monde des volcans et j’ai vite compris que leurs humeurs sont difficilement contrôlables par les pauvres humains que nous sommes!

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    2. Du point de vue d’un volcanologue qui travaille sur un volcano très actif et très densement peuplé – l’Etna – et dans un pays ou il y a quelques-uns des volcans plus dangéreux sur cette planète, il faut peut-etre parler un peu de la question des prévisions et de ce qu’on peut dériver des données instrumentaux. D’abord, j’ai une bonne confiance dans ce genre de données et son élaboration et interprétation. Je n’ai pas de doute de la qualité de l’article en question, mais il me reste de doute sur les implications. Je crois qu’un volcano peut etre décrit come dans un « état critique », quand on a des signaux clairs de magma en mouvement, comme les déformations du sol et l’activité sismique, qui dans cet instant au Fuji sont plutot absents. On ne sait pas si sous le Fuji il existe du magma « eruptable », donc capable d’atteindre la surface de la terre et faire éruption, et s’il y en a pas, meme le plus grand tremblement de terre ne peut provoquer une éruption.

      On fait référence à la dernière éruption, de 1707-1708 du Fuji, qui pourrait avoir été provoquée par un grand tremblement de terre, six semaines précédent. Bon, je vois une différence entre six semaines et plus que trois ans, qui se sont écoulés depuis le trand tremblement de terre de Fukushima. Cela me fait penser encore une fois qu’il n’y a pas de magma « éruptable » dans cet instant sous le Fuji.

      On oublie aussi facilement que la plupart des éruptions du Fuji dans les derniers quelques mille ans ont été basaltiques, et donc d’une intensité explosive modeste, pas comme celle de 1707-1708, qui a été un évènement inhabituel dans l’histoire récente de ce volcano.

      Enfin, un mot sur Haroun Tazieff, qui était mon grand héros d’infance quand j’ai commencé de m’intéresser des volcans. Il n’y a aucun doute qu’il était dans plusieurs sens, un pionier, et surtout dans le secteur de la vulgarisation et communication, dont le monde volcanologique reconnait l’importance seulement depuis peu de temps. Il ne faut quand meme pas tomber dans le piège d’ignorer que Haroun Tazieff lui aussi s’est trompé parfois, par example dans le cas du Mount St-Helens, qu’il avait appellé « une autre petite Soufrière », avant que ce volcano ait fait sa grande explosion du 18 mai 1980. Moins connu, mais je me souviens bien car c’était juste la première éruption volcanique que j’ai suivi (à travers les médias, bien sur), le cas de Heimaey en Islande: là, Haroun Tazieff après un survol de l’ile, avait déclaré qu’il n’y avait pas d’espoir, que l’ile était destinée à disparaitre sous lave et cendres ou à exploser, et qu’il était mieux laisser tomber. Tout le monde sait que les choses se sont passées bien différement à Heimaey. Le cas plus fameux, au contraire, de la Soufrière de la Guadeloupe, est, lui aussi, plus complexe de ce qu’on en pense habituellement (soit, Tazieff qui avait exclu une éruption violente avait raison car il n’y a pas eu éruption violente): tout ce qu’on sait maintenant, c’est que la Soufrière n’était pas très loin de faire une grande éruption, il se traite d’un cas classique d’une « failed eruption », une éruption « ratée », mais avec les moyens utilisés à l’époque il était impossible de le comprendre. Les « failed eruptions » sont devenu le sujet de beaucoup de recherches maintenant, elles représentent un des plus grands défis pour la volcanologie moderne. Dans le cas de la Soufrière de la Guadeloupe, qui dans les années 1970 était encore très peu étudiée, personne aura jamais plus le courage de dire « il n’y aura pas d’éruption » quand on verra les memes signes qu’en 1976 (surtout après l’histoire de Montserrat).

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  4. Mais non, dans le cas du Piton dela Fournaise, l’observatoire avait enregistré une activité sismique depuis deux semaines et avait emis plusieurs bulletin de préalerte. C’est déjà pas mal. C’est cependant en dessous des performances habituelles de l’observatoire, qui d’habitude arrive a estimer la localisation approximative de l’eruption. Mais il faut tenir compte du fait que c’était une trés trés petite éruption, probablement alimentée par une poche de magma residuelle. Pour l’INGV et le récent épisode à l’Etna, je n’ai pas d’infos, mais je sais que l’INGV sait plus que ce qu’il dit, mais a comme habitude de communiquer assez peu avant les éruptions qu’ils anticipent (et d’une certaine manière on les comprend, vu les suites du procès de L’Aquila).

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    1. Salut Robin. S’agissant du Piton de la Fournaise, les scientifiques en poste à l’Observatoire de s’attendaient pas vraiment à une éruption au vu de la sismicité qui affectait le Piton avant la dernière éruption. Voici ce que j’écrivais sur mon blog et qui ne faisait que transcrire un de leurs bulletins: « Après une pause de la sismicité annoncée dans le bulletin émis par l’Observatoire le 14 juin, une nouvelle crise sismique a été enregistrée le 17 juin entre 5 h 15 et 11 h 30 (heure locale). Au cours de cette même journée, 170 séismes volcano-tectoniques et plus de 380 effondrements ont été enregistrés. Toutefois, aucun autre signe d’activité n’a été détecté : aucune déformation associée et aucune émission significative de gaz. Les scientifiques pensent qu’il s’agit d’un tassement de la colonne de roche qui s’est effondrée en avril 2007 lors de l’ouverture du gouffre du Dolomieu. La question est de savoir pourquoi ce phénomène se produit à l’heure actuelle ». Pas très convaincant tout cela!

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    2. Juste en parlant de l’INGV, il faut éclaircir que ce n’est pas le tache de cet institut de donner des avis au public en cas d’évènement imminent, mais de la Protection Civile. Cette distinction est importante pour décharger l’institut d’une responsabilité qui ne doit pas rester sur les épaules des scientifiques: celle de décider quoi faire, si faire partir des évacuations ou non, etcétéra. Effectivement, l’activité en cours sur l’Etna depuis le 5 juillet n’était pas prévue (aucun signe prémonitoire, qui est assez typique des éruptions sommitales de ce volcan), on savait seulement qu’il y aurait eu, dans le futur pas éloigné, une nouvelle activité dans la zone sommitale de l’Etna. Il est toutefois vrai que on ne donne pas toutes les infos à l’INGV, qui est partiellement du à une question ne pas encore résolue, sur la « policy » du traitement des données scientifiques, ou une partie est la propriété intellectuelle des chercheurs qui les produisent. On espère de s’en sortire dans un futur proche …

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