Islande: une ou deux éruptions?

Alors que l’éruption de l’Eyjafjöll a perdu une grande partie de sa vigueur et ne perturbe plus le trafic aérien et l’activité économique européenne, j’aimerais essayer de donner une ébauche de réponse à une question fort intéressante qui m’a été posée à plusieurs reprises ces derniers temps. Y a-t-il eu une ou plusieurs éruptions en Islande en mars-avril 2010 ?

En effet, si l’on reprend le fil des événements, on se rend compte que l’on a assisté à deux  séquences éruptives :

  • – la première s’est déroulée en deux temps: première fracture éruptive active entre le 20 mars et le 31 mars d’une part et deuxième fracture active entre le 31 mars et le 12 avril d’autre part au col de Fimmvörduhals. Dans les deux cas, de petites fontaines de lave ont donné naissance à des coulées de taille moyenne.
  • – La deuxième phase, beaucoup plus explosive, a commencé le 14 avril sous la calotte de glace de l’Eyjafjallajökull et se poursuit encore aujourd’hui.

 

Lorsque l’on examine les analyses de lave effectuées par les laboratoires scientifiques, on se rend compte que durant la première phase (20 mars-12 avril), le magma était de composition basaltique, dite de type primitif. Cette composition laisse supposer qu’il s’agissait d’une arrivée de magma profond, déjà annoncée par des séismes profonds enregistrés dans la région en 2009.  

 

Les premières cendres issues du magma pulvérisé par l’éruption de la deuxième phase (14 avril à aujourd’hui) ont une composition intermédiaire entre celle de la dacite (lave moins riche en magnésium et calcium que le basalte) de l’éruption de 1821 et les basaltes du Katla.

Dès le 15 avril, on note que cette composition se déplace vers le pôle des basaltes du Katla.

 

Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, on peut conclure de ces observations que le magma primitif émis en début d’éruption a, d’une part, évolué par cristallisation et, d’autre part, en migrant sous le volcan Eyjafjöll, a remobilisé des intrusions dacitiques qui stagnaient depuis l’éruption de 1821. Le 14 avril, les deux magmas étaient mélangés en proposition égale, puis le magma primitif est devenu majoritaire.

La forte explosivité actuelle – avec naissance d’un volumineux nuage de cendre – est due à la fois à la présence de la composante dacitique (plus forte teneur en gaz, donc plus forte explosivité) et au contact thermique entre le magma et le glacier. La diminution de la composante dacitique et la disparition du glacier au-dessus des cratères devraient conduire à diminution, voire une disparition du panache. C’est ce qui se produit à l’heure actuelle et qui a permis la reprise du trafic aérien.

 

Pour résumer brièvement ce qui précède, on se rend compte qu’il n’y a eu en fait qu’une seule éruption, avec migration du magma du col de Fimmvörduhals vers l’Eyjafjöll.   

 

Source : Institute of Earth Sciences, Laboratoire Magmas et Volcans.

 

Une réflexion au sujet de « Islande: une ou deux éruptions? »

  1. Très intéressante, cette situation de mélange de magmas de composition différente.
    Quand on parle de cette explication aux non-initiés, il est toujours étonnant de voir leur réaction à l’idée que de la lave stockée en 1821 puisse encore être « liquide » (même si la dacite est particulièrement visqueuse).
    Les volumes mis en jeu sont tellement colossaux !

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