11 mars 1669 : début d’une grande éruption de l’Etna (Sicile) // March 11th, 1669 : start of a major eruption on Mt Etna (Sicily)

Ce 11 mars marque l’anniversaire du début de l’éruption de 1669 sur l’Etna. Il s’agit d’une éruption majeure qui a menacé la ville de Catane. Une bouche s’est ouverte à 800 mètres d’altitude près de la bourgade de Nicolosi et a donné naissance aux Monti Rossi. La lave a atteint Catane le 16 avril et a détruit une grande partie de la ville avant de se jeter dans la mer.

Fresque montrant l’éruption de 1669. On peut l’admirer dans la cathédrale de Catane (Photo: C. Grandpey)

Cette éruption a été rendue célèbre par la première tentative de détournement d’une coulée de lave. Malgré le peu de moyens dont disposait la population au 17ème siècle, elle eut un certain succès. Une cinquantaine d’hommes, dirigés par Diego Pappalardo et protégés de la chaleur par des peaux de vache mouillées, creusèrent une brèche dans le mur de lave brûlante bordant un côté de la coulée. Une partie du flot de lave s’échappa par la brèche et s’engagea dans une direction légèrement différente, ce qui réduisit le volume de lave en direction de Catane.

Le problème, c’est qu’en prenant cette nouvelle direction, la lave menaçait la bourgade de Paterno, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Catane. Les habitants estimèrent que le nouveau cours emprunté par la lave les menaçait et quelque 500 personnes prirent des armes et mirent en fuite les hommes qui avaient ouvert la brèche. Cette dernière, n’étant plus entretenue fut bientôt colmatée par de la lave solidifiée et la coulée reprit la direction de Catane. L’éruption, commencée le 11 mars, ne s’arrêta qu’en juillet.

Haroun Tazieff m’a expliqué un jour les problèmes juridiques provoqués par le détournement d’une coulée de lava. Des territoires autrement épargnés peuvent être recouverts et rendus inutilisables par la lave. La dernière tentative de détournement de la lave sur l’Etna a eu lieu en 1983. A noter l’ « opération thrombose » tentée au cours de l’éruption de 1991-1993 dont le but était d’obstruer les tunnels de lave avec des blocs de béton.

Photo: C. Grandpey

J’ai écrit une note sur les différentes tentatives de détournement d’une coulée de lave :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

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Today March 11th, 2024 marks the anniversary of the start of the 1669 eruption on Mt Etna. This was a major eruption that threatened the city of Catania. A vent opened at 800 meters above sea level near the town of Nicolosi and built the Monti Rossi. Lava reached Catania on April 16th and destroyed much of the city before flowing into the sea.
This eruption was made famous by the first attempt to divert a lava flow. Despite the limited means available to the population in the 17th century, it had a certain success. About fifty men, led by Diego Pappalardo and protected from the heat by wet cowhides, dug a breach in the wall of burning lava bordering one side of the flow. Some of the lava flow escaped through the gap and went in a slightly different direction, which reduced the volume of lava heading towards Catania.
The problem was that while taking this new direction, the lava threatened the town of Paterno, about fifteen kilometers northwest of Catania. The inhabitants thought that the new course taken by the lava might threaten their town and some 500 people took up weapons and chased the men who had opened the breach which was soon blocked by solidified lava and the flow returned to Catania. The eruption, which began on March 11th, did not stop until July.
Haroun Tazieff once explained to me the legal problems caused by the diversion of a lava flow. Otherwise untouched territories can be covered and rendered unusable by lava. The last attempt to divert lava on Mt Etna took place in 1983. Note the « thrombosis attempt » during the 1991-1993 eruption, the aim of which was to block the lava tunnels with concrete blocks.

Iwrote a post on the different attempts to divert a lava flow:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

Réchauffement climatique : prophéties de 1977 et 1979

J’ai expliqué à plusieurs reprises sur ce blog que, selon moi, la rupture climatique et la transition vers le réchauffement de notre planète se sont produites autour de l’année 1975. C’est ce que j’ai conclu en observant des photos de glaciers alpins prises par mon père à partir des années 1950 et les miennes prises un peu plus tard au cours du 20ème siècle.

Un document appartenant aux archives de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et réalisé en 1977 confirme mes conclusions. Vous le trouverez en cliquant sur ce lien :

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/le-rechauffement-climatique-explique-en-1977?fbclid=IwAR3ZVaOGALbnMwBeNesGbqLujHTki_aUkGOmmboxw8VaNEYYHmZpEXeRl7c

En 1977 des calculs ont montré que la quantité de gaz carbonique (CO2) augmentait de façon sensible à cause des charbons et des hydrocarbures brûlés dans le monde. Ces derniers libéraient à l’époque quelque 20 milliards de tonnes de CO2 par an, une quantité que les océans et la végétation ne pouvaient absorber dans sa totalité. La teneur de l’air en CO2, qui était de 290 parties par million (ppm) à la fin du 19ème siècle, atteignait 330 ppm en 1977. Le document de l’INA ajoute qu’elle pourrait atteindre 400 ppm vers l’an 2010 si la consommation de gaz et de charbon gardait le même rythme. Rappelons que le 31 décembre 2022, les concentrations atteignaient 419,25 ppm !

Le document de l’INA explique clairement le processus de l’effet de serre auquel s’ajoute la chaleur libérée par les activités humaines dont une bonne partie se répand dans l’air ou dans l’eau. Il ne faut pas négliger, non plus, l’effet produit par la mise en valeur des terres incultes, le défrichement et l’urbanisation qui modifient le pouvoir réfléchissant de grandes étendues de terrain.

Patrick Brochet, chef du Service météorologie de la Météo nationale en 1977, estimait que le réchauffement du climat envisageable serait de l’ordre de 1 degré avec des conséquences à peine perceptibles.

Répondant au journaliste qui lui demandait quelles seraient les conséquences d’un réchauffement de l’ordre de 3 à 5 degrés, le météorologue n’entrevoyait pas cette possibilité, mais déclarait tout de même : «Il y aurait alors fusion de la calotte glaciaire, peut-être disparition des glaces au Pôle Nord, augmentation du niveau des océans avec une inondation des terres basses».

D’après les données de la NASA, par rapport à la période 1950-1980, la hausse des températures au niveau mondial atteint déjà plus de 1°C, un chiffre qu’il faut prendre avec prudence car cette moyenne cache des disparités, notamment au niveau des pôles. On sait, par exemple, que l’Arctique se réchauffe plus vite que le reste de la planète.

Ce document me rappelle l’émission de télévision du 4 septembre 1979 pendant laquelle Haroun Tazieff expliquait que le réchauffement climatique était dû à la pollution industrielle qui créait un effet de serre. Ce dernier, à terme, ferait monter le niveau des océans. Jacques-Yves Cousteau pensait, lui, que la végétation et les océans corrigeraient cet effet naturellement. L’avenir lui donnera tort. A noter que le glaciologue Claude Lorius qui participait au débat, confirmait les 20 milliards de tonnes de CO2 émis chaque année par les activité industrielles dans les années 1970.

Vous accéderez à l’émission en cliquant sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=tPjHLRYZiHM

Ces images de la Mer de Glace montrent l’accélération du réchauffement climatique au cours des dernières décennies :

La Mer de Glace en 1955 (Photo: G. Grandpey)

La Mer de glace dans les années 1980 (Photo: C. Grandpey)

La Mer de Glace au cours de l’été 2022 (Image webcam)

Tazieff avait raison !

C’est souvent une bonne chose de rafraîchir la mémoire. En 1979, donc quelques années après le début officiel du réchauffement climatique, Haroun Tazieff se trouvait sur un plateau de télévision en compagnie de l’explorateur océanographique Jacques-Yves Cousteau et du glaciologue Claude Lorius.

https://youtu.be/tPjHLRYZiHM

En réécoutant ce document, on se rend compte que Tazieff était un visionnaire et ses propos cadrent parfaitement avec l’actualité d’aujourd’hui. Alors que Cousteau qualifiait le réchauffement climatique de « baratin », Tazieff tentait déjà d’alerter la population sur les conséquences du phénomène à l’échelle de la planète. Selon lui, « on ne protège pas nos forêts pour faire des profits colossaux. Si au lieu de détruire les forêts françaises, on les protégeait et on en augmentait la surface, il n’y aurait pas de danger avec le gaz carbonique et au contraire il y aurait de plus en plus d’oxygène.” Aujourd’hui, son discours semble plus que jamais d’actualité. “La pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature, dont une énorme quantité de gaz carbonique. […] Il pourrait y avoir un effet de serre général, un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l’atmosphère d’où fusion d’une énorme quantité de glace polaire, aussi bien au sud qu’au nord et de glace de montagne. Et il pourrait y avoir une montée des eaux qui pourrait amener à la noyade de toutes les côtes. »

En 1979, le glaciologue Claude Lorius critiquait les propos de Tazieff sur l’Antarctique en affirmant qu’une hausse de température de 2 ou 3°C n’aurait pas une incidence catastrophique sur la glace de ce continent car elle existe depuis une dizaine de millions d’années. On se rend compte aujourd’hui que le glaciologue avait parlé un peu vite…

1970 : quand Pouzzoles faisait rire l’Italie…!

Il y a quelques jours, au cours d’un séjour en Campanie, j’ai fait étape à Pouzzoles, localité bien connue pour les épisodes bradysismiques qui s’y produisent, avec des soulèvements et abaissements du sol. Les incrustations de coquillages sur les colonnes du temple dit de Sérapis indiquent la hauteur à laquelle le bâtiment a été autrefois immergé. J’ai écrit « dit de Sérapis » car le site est en fait un ancien marché où une statue du dieu égyptien était censée protéger les commerçants.

Photos : C. Grandpey

Tout près, la Solfatara est l’un des points chauds de la Campanie et, avec le Vésuve, celui pour lequel les scientifiques sont le plus inquiets. Si une éruption devait s’y produire, il faudrait évacuer la zone qui est densément peuplée. Un sacré casse-tête en vue, tout comme l’évacuation des abords du Vésuve. Il ne faudra pas se rater. Comme me le faisait remarquer un jour Franco Barberi, alors à la tête de la Protection Civile italienne, « si j’évacue et qu’il ne se passe rien, je passe pour un imbécile; si je n’évacue pas et qu’une catastrophe se produit, je vais en prison. »

L’évocation de la ville de Pouzzoles me rappelle l’histoire racontée par Haroun Tazieff dans son livre « Volcans » paru aux Editions Bordas en 1996. L’anecdote a eu lieu en 1970, année où Le Professeur Giuseppe Imbo, à la tête de l’Osservatorio Vesuviano, avait fait appel à des scientifiques étrangers car il craignait une éruption imminente du Vésuve. Par précaution, il avait fait évacuer les habitants du Rione Terra, un quartier de Pouzzoles, où le sol se soulevait.

Il pensait que le magma qui provoquait le soulèvement finirait par percer la surface. La prévision s’appuyait également sur la présence de « sources marines bouillonnantes » dans le golfe de Pouzzoles. Cerise sur le gâteau, on enregistrait une hausse de la sismicité, avec des événements à faible profondeur.

 

Le problème, c’est que la sismicité n’avait pas été mesurée dans les règles de l’art par les scientifiques italiens qui n’avaient mis en place qu’un sismomètre, alors qu’au moins trois appareils sont nécessaires pour effectuer des mesures fiables. Malgré des tentatives d’interdiction d’accès aux Champs Phlégréens, Tazieff et son équipe installèrent trois sismos sur la zone soi-disant sensible. Les scientifiques français furent surpris de constater qu’un seul appareil réagissait, avec des courbes qui n’avaient pas le profil des secousses telluriques, et avec des événements d’une étonnante régularité. Et pour cause: les sismos réagissaient au moment du passage des trains sur la voie à proximité !! En fait, aucune sismicité inquiétante n’affectait la région. Suite à cette découverte, Tazieff convoqua une conférence de presse et dès le lendemain le scandale s’étalait à la Une des journaux.

« Macché vulcano : sono solo i treni…. » « Perchè allora, si è permesso l’esodo affannoso di 35 mila persone? » Pourquoi évacuer les quartiers de Pouzzoles? Selon Tazieff, « pour les racheter à vil prix, les raser et les remplacer par des villas somptueuses et des hôtels de grand luxe, en réalisant au passage des plus-values vertigineuses »!

Il faut espérer que la surveillance des Champs Phlégréens est plus sérieuse aujourd’hui. Comme indiqué précédemment, un site web dédié publie les résultats des mesures. Vous pourrez y accéder en cliquant sur ce lien :

https://www.ov.ingv.it/index.php/flegrei-stato-attuale

Malgré tous les paramètres présentés et toute la littérature écrite à propos de cette région volcaniquement très sensible, je me demande si des mesures d’évacuation pourront être mises en place au bon moment et empêcher un drame humain. Comme on vient de le voir à São Jorge aux Açores, notre aptitude à prévoir les séismes et les éruptions volcaniques demeure à un niveau très bas, et encore plus quand les événements ont pour cadre des zones habitées. Autour des Champs Phlégréens, la densité de population est très forte. Il ne nous reste qu’à croiser les doigts…

A l’attention des personnes qui désireraient visiter la Solfatara, je rappelle que le site reste fermé au public depuis le tragique accident qui avait coûté la vie à un enfant et à son père au mois de septembre 2017.

La Solfatara dans les années 1990, alors que le vieil observatoire Friedlander était encore debout (Photo: C. Grandpey)