Sommes-nous devenus fous ? (1) // Are we getting mad ? (1)

Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, plusieurs pays tentent de trouver des solutions artificielles pour résoudre le changement climatique et ses conséquences. Ce qui semblait être un produit de l’imagination de certains chercheurs est en train de devenir réalité en Chine. Le pays a l’intention de mettre en œuvre un projet de modification du climat à grande échelle pour assurer un approvisionnement régulier en pluie du Plateau tibétain, une zone trois fois plus grande que l’Espagne. Le système fonctionne à partir d’un réseau de chambres de combustibles solides qui produisent de l’iodure d’argent dont la structure ressemble beaucoup à la glace et qui peut être utilisée dans l’ensemencement des nuages. Des dizaines de milliers de petites chambres de combustion seront installées sur tout le Plateau tibétain dans le but d’augmenter de 10 milliards de mètres cubes par an les précipitations dans la région, soit environ 7% de la consommation totale d’eau de la Chine.
C’est le plus grand projet de géo-ingénierie jamais imaginé sur Terre. Comme je l’ai expliqué plus haut, le système repose sur un ensemble de petites chambres de combustion qui produisent de l’iodure d’argent. Lorsque le vent balaie la montagne, les particules d’iodure d’argent s’élèvent dans le ciel où elles forment des nuages chargés ​​de pluie. Le système a été développé par l’entreprise chinoise Aerospace Science and Technology Corporation. La conception des chambres de combustion est si précise qu’elles peuvent fonctionner pendant des mois sans aucune maintenance et n’émettent que de la vapeur et du dioxyde de carbone ; cela leur permettra d’être utilisées même dans des zones écologiquement sensibles. Jusqu’à présent, plus de 500 brûleurs de ce type ont été installés à des fins expérimentales sur les pentes des montagnes au Tibet, au Xinjiang et dans d’autres régions de la Chine.

Le système de modification du climat a été initialement développé dans le cadre du programme de défense chinois. La Chine, les États-Unis et la Russie ont tous mis au point des technologies permettant de modifier le climat pour contrer l’ennemi en période de conflit. Ainsi, ces pays ont étudié les moyens de provoquer des sécheresses, les inondations ou d’autres catastrophes naturelles.
La Chine a déjà mis en pratique la technologie permettant de modifier les conditions météorologiques, en particulier lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 pour qu’elle ne soit pas perturbée par la pluie. Des fusées chargées d’iodure d’argent ont été tirées vers les nuages ​​afin de déclencher les précipitations avant qu’elles atteignent la capitale.
Le fonctionnement des chambres de combustion sera contrôlé par des données précises en temps réel,  à partir d’un réseau de 30 petits satellites météorologiques qui surveillent le déroulement de la mousson au-dessus de l’Océan Indien. Le réseau au sol utilisera également d’autres méthodes d’ensemencement des nuages, ​​avec des avions, des drones afin d’obtenir un effet maximal de modification des conditions climatiques. .
Le Plateau tibétain possède d’énormes glaciers et d’importants réservoirs souterrains. La région est souvent appelée le château d’eau de l’Asie, et elle alimente directement la plupart des plus grands fleuves du continent comme le Fleuve Jaune, le Yangtsé, le Mékong, le Salouen et le Brahmapoutre. Ces cours d’eau sont d’une extrême importance pour près de la moitié de la population mondiale. Malgré les courants d’air riches en eau qui traversent le Plateau tous les jours, c’est l’un des endroits les plus secs de la planète. La plupart des régions reçoivent moins de 100 mm de pluie par an. Selon l’USGS, une zone qui voit moins de 250 mm de pluie par an est un désert.
Le gouvernement de l’Etat de l’Assam, au nord-est de l’Inde, a fait part de ses préoccupations sur le système de modification climatique chinois. Il fait craindre des inondations encore plus dévastatrices dans les zones en aval du Plateau tibétain. Chaque année dans l’Assam, les inondations provoquées par le Brahmapoutre et ses affluents tuent des centaines de personnes, détruisent des maisons et des terres agricoles. Il est à craindre que des pluies plus abondantes à la source du Brahmapoutre provoquent encore plus de dégâts..
Source: The Watchers.

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As I put it in previous posts, several countries are trying to find artificial solutions to solve climate change and its consequences. What looked like a product of some researchers’ imagination is now becoming reality in China. The country aims to implement a large-scale weather changing project to ensure a consistent rain supply in the Tibetan Plateau, an area three times as big as Spain. The system is created from a network of solid fuel burning chambers that produce silver iodide, a compound with a structure much like ice that can be used in cloud seeding. Tens of thousands of small burning chambers will be installed across the Tibetan Plateau in an attempt to increase rainfall in the region by up to 10 billion cubic metres a year, which amounts about 7% of China’s total water consumption.

It is the world’s biggest single weather changing project ever attempted. As I put it above, the system relies on small solid fuel burning chambers that produce silver iodide. As wind sweeps up the mountain, the particles are swept up into the air where they form rain clouds. The system has been developed by China’s state-owned Aerospace Science and Technology Corporation. The current design of the chambers is so precise that it can reportedly burn for months without maintenance and emits only vapours and carbon dioxide, which allows them to be used even in environmentally sensitive areas. So far, more than 500 burners have been deployed on the slopes of the mountains in Tibet, Xinjiang and other areas for experimental use.

The weather modification system was originally developed as part of China’s defense program. China, the United States, and Russia have all developed weather changing technology to possibly impede opposition in times of conflict. Countries have researched ways to increase the chances of drought, flood or other natural disasters.

China has used weather altering technology before, most famously to keep the opening ceremony of the 2008 Olympics Games free from rainfall. In that case, rockets loaded with silver iodine were fired at clouds to ensure they dropped precipitation before they reached the capital.

The burning chambers’ operations will be guided by precise real-time data collected from a network of 30 small weather satellites monitoring monsoon activities over the Indian Ocean. The ground-based network will also employ other cloud-seeding methods using planes, drones, and artillery to maximize the effect of the weather modification system.

The Tibetan plateau has huge glaciers and massive underground reservoirs. The area is often referred as Asia’s water tower, and it affects directly to most of the continent’s biggest rivers, including the Yellow River, Yangtze, Mekong, Salween, and Brahmaputra. The rivers are of extreme importance to almost half of the world’s population. Despite the water-rich air currents travelling through plateau every day, it is one of the driest places on Earth. Most areas receive less than 100 mm of rain a year. An area that sees less than 250 mm of rain annually is defined as a desert by the US Geological Survey.

The government of Assam, northeast India, has raised concerns over the reports of the weather modification system. The system has triggered fears of more devastating floods in the downstream areas of Tibetan plateau area. Every year, flooding of Brahmaputra river and its tributaries in Assam kill hundreds of people, destroy houses and farmlands. It is now feared, that more rain at the source of the Brahmaputra would mean even greater degree of devastation.

Source: The Watchers.

Vue du Plateau tibétain (Source: Wikipedia)

Manque de glace de mer en Alaska // Lack of sea ice in Alaska

Selon le National Weather Service, la surface occupée par la glace de mer au large des côtes occidentales de l’Alaska au cours du printemps 2018 est la plus faible jamais observée depuis plus de 150 ans. Cette affirmation s’appuie sur la base de données Sea Ice Atlas créée en 2014 par l’Université d’Alaska à Fairbanks. Cette base de données fournit des indications sur la glace de mer côtière sur le long terme à partir de sources telles que des données satellitaires récentes et des documents historiques tels que des journaux de bord de baleiniers et des registres de navires danois et norvégiens.  .
Il n’y a aucun exemple d’un mois de février ou de mars montrant des villages côtiers de l’ouest de l’Alaska avec peu ou pas de glace de mer, comme c’est le cas en 2018. Il n’est jamais fait état d’eau libre au large de l’île Little Diomede, dans le détroit de Béring, au mois de février. Le manque de glace de mer a permis aux vagues de venir marteler le village de Diomède dans une tempête qui a fait la une des journaux. D’autres villages côtiers ont également reçu des vagues alors qu’il aurait dû y avoir de la glace de mer le long de la côte. Le problème est que le manque de glace de mer conjugué à l’assaut des vagues favorise l’érosion côtière et menace les villages construits le long du rivage. Voici une vidéo tournée à Diomède en 2011 qui illustre le phénomène.
https://youtu.be/BHhLzoGHX-k

Les climatologues du National Weather Service affirment qu’il n’y a jamais eu de mois de février comme celui de 2018 depuis 1850. De plus, au mois de mars, la glace de mer n’a jamais atteint l’île St. Matthew, située à environ 500 kilomètres à l’ouest de Bethel dans la mer de Béring. Les archives montrent que cela n’est jamais arrivé.

Source: Anchorage Daily News.

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According to the National Weather Service, the amount of sea ice off Western Alaska coasts this spring is the lowest in more than 150 years of record-keeping. The statement is based on the online Sea Ice Atlas created in 2014 by the University of Alaska Fairbanks. The database provides a long-term look at coastal sea ice from sources such as recent satellite data and historical records that include whaler’s logs and Danish and Norwegian ship records.

There is no record of a February or March like Western Alaska coastal villages just witnessed, with limited to no sea ice. Having open water instead of sea ice outside Little Diomede Island in the Bering Strait is unheard of for February. The lack of sea ice allowed waves to pummel the village of Diomede in one storm that made headlines. Other coastal villages also had waves where there should have been coastal sea ice. The problem is that the lack of sea ice favours coastal erosion and threatens the villages built along the shores. Here is a video shot in Diomede in 2011 that illustrates the phenomenon.

https://youtu.be/BHhLzoGHX-k

Climatologists at the National Weather Service have very high confidence there has never been a February like this, back to 1850. Moreover, the sea ice in March never extended to St. Matthew Island, about 500 kilometres west of Bethel in the Bering Sea. There is no record that has ever happened.

Source: Anchorage Daily News.

Photo: C. Grandpey

La rétraction de la banquise antarctique s’accélère // The retraction of Antarctica’s ice sheet is accelerating

Selon une étude réalisée par des scientifiques de l’Université de Leeds et publiée en avril 2018 dans la revue Nature Geoscience, les contours de l’Antarctique sont en recul. L’eau chaude qui circule au fond de l’océan vient ronger l’assise glaciaire sous-marine du continent. Les dernières observations révèlent que l’Océan Austral a ainsi fait fondre une surface de 1463 kilomètres carrés de glace entre 2010 et 2016.
Les glaciers de l’Antarctique ont reculé à un rythme moyen de 24 mètres par an. Toutefois, la vitesse de recul du front de huit des 65 plus grands glaciers de la calotte glaciaire est cinq fois plus importante et atteint environ 120 mètres par an. Sans surprise, les vitesses de recul  les plus spectaculaires ont été mesurées le long de la côte ouest de l’Antarctique.
L’étude fournit des preuves évidentes que la rétraction de la calotte glaciaire antarctique est provoquée par l’action de l’océan qui la fait fondre globalement à sa base, et pas seulement dans les quelques endroits qui ont été cartographiés jusqu’à présent. Ce recul a un impact énorme sur les glaciers de l’intérieur car leur perte de contact avec les fonds marins élimine tout frottement, les fait accélérer et contribue in fine à l’élévation globale du niveau des océans.
Les scientifiques britanniques se sont appuyés sur les données fournies par le satellite CryoSat-2 de l’Agence Spatiale Européenne pour mener leur étude. Le satellite mesure les variations de niveau de la calotte glaciaire. En prenant en compte la géométrie des glaciers et des fonds marins, les scientifiques peuvent utiliser ces données pour estimer les variations horizontales des contours de la calotte glaciaire. Le satellite a été très utile pour effectuer ce travail en Antarctique car ces endroits sont inaccessibles et généralement invisibles au sol. C’est une illustration parfaite de l’importance des mesures satellitaires pour identifier et comprendre les changements environnementaux.
A côté de la vitesse de rétraction impressionnante des contours de l’Antarctique occidental, les scientifiques ont découvert que le Pine Island Glacier avait cessé de perdre sa glace. Jusqu’à récemment, le glacier était l’un de ceux qui avançaient le plus vite. Ce recul est préoccupant car si l’un de ces glaciers commence à accélérer son glissement dans l’océan, tous les autres glaciers de la péninsule antarctique occidentale feront probablement de même car ils sont interconnectés.

Source : Université de Leeds.

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According to a study by scientists at the University of Leeds published in April 2018 in the journal Nature Geoscience, the grounding lines of Antarctica are on the retreat. The ocean floor warm ocean water is shrinking Antarctica’s underwater footprint. According to the new data, the Southern Ocean melted 1463 square kilometres of underwater ice between 2010 and 2016.

Antarctica’s glaciers have been retreating at an average rate of 24 metres per year. But the rate retreat of the grounding lines of eight of the ice sheet’s 65 largest glaciers is five times greater, roughly 120 metres per year. The most dramatic rates of grounding line retreat were measured along the coast of West Antarctica.

The study provides clear evidence that retreat is happening across the ice sheet due to ocean melting at its base, and not just at the few spots that have been mapped before now. This retreat has had a huge impact on inland glaciers, because releasing them from the sea bed removes friction, causing them to speed up and contribute to global sea level rise.

The British scientists relied on data collected by the European Space Agency’s CryoSat-2 to conduct their study. The satellite measures changes in ice sheet elevation. With knowledge of glacier and sea floor geometry, scientists can use the data to estimate the horizontal motion of the ice sheet’s grounding line. The satellite was very useful to detect the motion of Antarctica’s grounding lines as they are impossible places to access from below, and usually invisible on the ground. It is a fantastic illustration of the value of satellite measurements for identifying and understanding environmental changes.

Despite the alarming rates of grounding line retreat in West Antarctica, scientists found evidence that Pine Island Glacier’s groundling line has halted its losses. Until recently, the Pine Island Glacier was one of the ice sheet’s fastest retreating glaciers. This retreat is preoccupying because if one of these glaciers starts sliding into the ocean, all the other glaciers of the West Antarctic Peninsula are likely to do so as they are interconnected.

Source: University of Leeds.

Les flèches indiquent les secteurs où la rétraction de la banquise antarctique est la plus marquée (Source: Université de Leeds)

Le dégel du permafrost cause des dégâts en Alaska // Permafrost thawing causes damage to Alaska

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, la hausse des températures et la fonte du permafrost qu’elle entraîne causent de graves dégâts  aux routes et aux infrastructures dans l’Arctique.

En Alaska, les ingénieurs des Ponts et Chaussées sont confrontés à une longue liste de projets de plus en plus urgents et de plus en plus coûteux tels que des pistes d’aéroports dégradées, des routes déformées et même une masse de matériaux de près de deux kilomètres de longueur qui glisse le long d’une pente et menace une route.
Une étude publiée par les Proceedings de l’Académie Nationale des Sciences en 2016 a estimé que les impacts climatiques sur les infrastructures publiques en Alaska s’élèveront à environ 5 milliards de dollars d’ici la fin du siècle.
Parmi les projets les plus urgents, il y a une piste d’aéroport en très mauvais état à Point Hope, dans le nord-ouest de l’Alaska. Au cours des cinq dernières années, l’Océan Arctique a rogné une quinzaine de mètres de la zone de sécurité – nécessaire en cas d’urgence – à l’extrémité de la piste. Les travaux de réparation devraient coûter 17 millions de dollars et se terminer d’ici 2020.
Un autre exemple d’érosion concerne la rivière Noatak qui menace la piste de la bourgade du même nom. L’érosion, due à la fonte du pergélisol, commence à ronger la route qui conduit à l’aéroport. Il est prévu de déplacer cet aéroport à environ 2,5 kilomètres d’ici 2020, pour un coût estimé à environ 25 millions de dollars.
Les températures plus chaudes ont accéléré le glissement d’une énorme masse de glace, d’eau, de rochers et d’arbres vers la Dalton Highway, une route de 666 kilomètres qui traverse le nord de l’Alaska. Elle a été construite pour servir de route d’approvisionnement pour l’oléoduc trans-Alaska en 1974 et est parallèle à ce dernier. La masse de matériaux de près de deux kilomètres de long glisse vers la route comme le ferait un glacier à raison d’environ 4,50 mètres par an. En 2017, cette masse se trouvait à moins de 30 mètres de la route. L’État a alors commencé à dévier une partie de la route et à la construire près de deux kilomètres de plus loin. Pendant la construction, les ouvriers ont installé une couche de matériau isolant, puis établi la route sur l’isolant afin de prévenir les impacts sur le permafrost et le garder à une température suffisamment basse pour qu’il ne fonde pas..
Source: Anchorage Daily News.

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As I put it many times before, the increase in temperatures and the ensuing melting of permafrost are causing heavy damage to roads and infrastructures in the Arctic, and more particularly in Alaska.

Alaska transportation engineers are facing a long list of increasingly urgent and costly public projects such as imperilled runways, warped roads and even a nearly two-kilometre-long mass of frozen debris sliding toward a highway.

A study published by the Proceedings of the National Academy of Sciences in 2016 estimated that climate impacts to public infrastructure in Alaska will total about $5 billion by century’s end.

Among the projects is an eroding runway in Point Hope in Northwest Alaska. The Arctic Ocean over the last five years has chewed off about 15 metres of safety area at one end, needed by planes for emergencies. The repair work is expected to cost $17 million and be done by 2020.

Another example of erosion is the Noatak River which is threatening the runway in Noatak. Erosion there, due to the thawing permafrost, is starting to eat away the road to the airport. The plan is to move that airport about 2.5 kilometres away, by 2020, at an estimated cost of about $25 million.

Warmer temperatures have accelerated the sliding of a giant mass of ice, water, rocks and trees toward the Dalton Highway. The nearly two-kilometre-long frozen debris lobe has been sliding toward the highway like a glacier at about 4.5 metres annually. In 2017, it was within 30 metres of the road. The State last year began moving a nearly 2-kilometre-long section of highway farther away from the debris lobe. During construction, workers put insulation down, then built the road on top of the insulation in order to prevent impacts to the permafrost, to help keep it colder.

Source: Anchorage Daily News.

Recherches sur l’impact du dégel du permafrost sur le réseau routier en Alaska (Photos: C. Grandpey)