Réchauffement climatique : Vers une disparition rapide des glaciers

Je ne serai plus là pour le voir, mais mes petits-enfants auront probablement un bien triste spectacle devant les yeux s’ils se rendent à Chamonix à la fin de ce 21ème siècle. Selon une nouvelle étude parue dans le journal Nature Climate Change, si les émissions de gaz à effet de serre continuent à suivre la même trajectoire – au vu de la situation actuelle, je ne vois pas comment elles ne le feraient pas – nous allons perdre de 2 000 à 4 000 glaciers autour de 2050.

Si l’on se fie aux dernières mesures satellites, il reste 211 490 glaciers sur Terre. Or, chaque année, nous en perdons environ un millier. Cela paraît déjà énorme, mais ce chiffre va doubler, si ce n’est quadrupler, d’ici le milieu du siècle, selon des scientifiques suisses, anglais et américains qui ont publié la nouvelle étude.

Photo: C. Grandpey

Selon les chercheurs, c’est entre 2041 et 2055 que le rythme de disparition des glaciers va connaître son apogée. Si notre monde stabilise son niveau de réchauffement climatique à +1,5 °C, nous perdrons environ 2 000 glaciers par an à la fin du siècle. Or, nous savons pertinemment – c’est un secret de polichinelle – que ce seuil de 1,5°C est déjà dépassé et qu’un retour en arrière est inenvisageable. Nous nous dirigeons donc vers un réchauffement à plus de 2 °C d’ici le milieu du siècle, ce qui entraînerait la perte d’environ 3 000 glaciers par an.

La nouvelle étude prévient que si nous continuons d’augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, ou que nos prévisions climatiques s’avèrent sous-estimées, un niveau de réchauffement à +4 °C entrainera la disparition de 4 000 glaciers chaque année d’ici le milieu du siècle.

Photo: C. Grandpey

Dans ces conditions, combien de glaciers restera-t-il dans le monde d’ici la fin du siècle ? Voici ce que l’on peut lire dans l’étude :

  • si notre niveau de réchauffement se limite à +1,5 °C (scénario peu probable au vu de la situation actuelle) : il devrait rester 95 957 glaciers ;
  • si notre niveau de réchauffement atteint +2,7 °C (la trajectoire actuelle) : il devrait rester 43 852 glaciers ;
  • si notre niveau de réchauffement atteint +4 °C (la trajectoire pessimiste) : il devrait rester 18 288 glaciers.

Ainsi, il ne subsisterait aucun glacier dans les Alpes d’ici la fin du siècle.

J’aimerais rappeler ici un discours de Michel Barnier, alors Premier Ministre, le 25 octobre 2024 dans le Rhône. Monsieur Barnier a déclaré que « la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. Le précédent plan d’adaptation (2018-2022) prévoyait un réchauffement de 1,5°C à +2°C d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Toutefois, au vu de l’accélération de la hausse des températures, les prévisions ont dû être corrigées. La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100. »

L’étude publiée dans Nature Climate Change explique que certaines régions du monde vont perdre leurs glaciers plus rapidement que d’autres. C’est le cas des zones où subsistent encore des « petits glaciers. » Les Alpes figurent parmi ces régions les plus défavorisées. Leurs glaciers sont ceux qui disparaissent actuellement le plus vite dans le monde, suivis par les glaciers des Andes tropicales entre la forêt amazonienne et la cordillère des Andes.

Photo: C. Grandpey

Si les glaciers des Alpes sont menacés de disparition, il existe des zones où leur immensité leur permettra de résister plus longtemps, et ce seront probablement les derniers de notre planète. Il s’agit des glaciers du Groenland et des glaciers d’Antarctique, qui ne devraient pas disparaître avant la fin du siècle.

Photo: C. Grandpey

Comme je l’ai déjà souligné à plusieurs reprises, la disparition des glaciers aura deux conséquences principales :

  • 70 % de l’eau douce disponible sur Terre provient des glaciers. Plus de deux milliards de personnes dépendent actuellement de leur eau. La civilisation humaine, en pleine expansion démographique, va donc devoir vivre avec moins de la moitié des réserves d’eau douce. Je n’ai de cesse de rappeler que les glaciers himalayens représentent un château d’eau pour l’Asie. Leur disparition serait une catastrophe à l’échelle mondiale.
  • La stabilité des terrains va être affectée. La fonte du pergélisol provoque déjà un affaissement, voire un effondrement des villes et des routes dans les zones concernées, en Alaska et en Sibérie, en particulier. Des éboulements en montagne seront inévitables et affecteront les habitations, les entreprises et les transports.

Si la totalité des glaciers du monde fondait dans le futur, y compris ceux du Groenland et de l’Antarctique, la face de la Terre changerait alors complètement. La hausse du niveau des océans engloutirait de nombreuses terres. Une partie de l’humanité parviendrait à survivre, mais au prix d’un futur chaotique.

Il faut garder en permanence à l’esprit que l’eau douce est à la base de la vie terrestre, et celle-ci dépend en grande partie des glaciers.

Source: Nature Climate Change, Futura Sciences.

 

Photo: C. Grandpey

Milan-Cortina, des Jeux écologiques ? Tu parles !

Tous les quatre ans, c’est la même musique : on nous promet des Jeux d’hiver écologiques et durables, mais au final ils ne le sont jamais ! Les trois dernières éditions avaient été critiquées pour avoir été organisées sur des sites non adaptés au ski : Sotchi en Russie (2014), Pyeongchang en Corée du Sud (2018), et Pékin en Chine (2022).

Cette fois-ci, les Jeux reviennent dans les Alpes, sur des sites à 1200 ou à 1800 mètres d’altitude. C’était oublier que le réchauffement climatique fait disparaître la neige à basse et moyenne altitude. Le recours à la neige artificielle est donc obligatoire pour garantir des conditions de glisse stables et optimales.

Recouvrir une piste de ski de neige de culture coûte une petite fortune. Il faut compter entre 30 000 et 40 000 euros pour un kilomètre. Pour rappel, cette neige est fabriquée à partir d’eau, d’électricité et d’air comprimé, puis pulvérisée à grand renfort de canons. En Italie, près de 90 % des stations de ski dépendent aujourd’hui de cet enneigement artificiel. Près de 2,5 millions de mètres cubes de neige artificielle devraient être nécessaires rien que pour les compétitions à venir.

Soixante-dix ans après l’édition de 1956 à Cortina, les compétitions seront réparties entre cette station et Milan, mais aussi Bormio, Livigno, Anterselva, Predazzo, Lago di Tesero. On nous avait promis que ces Jeux 2026 seraient les premiers Jeux d’hiver véritablement “durables”, en cohérence avec l’Agenda olympique 2020 du CIO. De belles paroles, car sur le terrain, ce n’est pas vraiment le cas !

Dans les Alpes, le réchauffement climatique est bel et bien une réalité et une expérience quotidienne. Les hivers raccourcissent, les épisodes de redoux se multiplient, la limite pluie-neige remonte inexorablement. À basse et moyenne altitude, la neige naturelle devient incertaine, parfois absente. À Cortina, il a commencé à vraiment neiger une dizaine de jours avant le début des Jeux. Les organisateurs commençaient à se gratter sérieusement la tête.

D’un point de vue environnemental, le choix de la neige de culture n’est pas neutre. Produire de la neige artificielle exige d’importants volumes d’eau, souvent stockés à l’automne dans des retenues collinaires, et une consommation électrique croissante à mesure que les températures augmentent. Plus il fait chaud, plus il faut d’énergie pour produire une neige conforme aux exigences sportives.

À Cortina, cette dépendance de la neige de culture est renforcée par la nature des disciplines accueillies. Certaines épreuves exigent une qualité de neige constante, une stabilité du manteau neigeux et des conditions de sécurité strictes. Là où la montagne ne les fournit plus, la technologie prend le relais, et ceci à n’importe quel coût, y compris dans un contexte de stress hydrique croissant et de tensions sur l’accès à l’eau.

Par ailleurs, le CIO promettait pour les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 un nouveau modèle plus sobre, plus respectueux des territoires. En réalité, il n’en est rien : la dispersion géographique des sites a nécessité la création ou la modernisation de routes, de lignes ferroviaires et d’équipements sportifs. Ces Jeux, répartis sur 22 000 km², multiplient les flux, les routes, les réseaux d’eau…

S’agissant du coût de ces Jeux d’hiver, les investissements publics se chiffrent en milliards d’euros, dont une part importante pour des infrastructures qui ne seront pleinement utilisées que durant quelques semaines. Le budget initialement affiché en 2019 a été triplé pour atteindre 5,2 milliards d’euros à ce jour.

Source : presse française et transalpine.

En 2030, ce sera au tour des Alpes françaises d’accueillir les Jeux d’hiver. Il y a de fortes chances pour que l’on parle à nouveau de neige et de budget…

Le climat est devenu fou…

Avec le réchauffement climatique, on marche un peu sur la tête. Depuis quelques jours, l’hémisphère nord semble fonctionner à l’envers. Il a fait plus froid en Floride qu’en Alaska et qu’en Islande, alors même que la Floride est censée avoir un climat tropical.

Le 28 janvier 2026, il a fait 0 °C à Orlando en Floride et +0,5 °C à Juneau en Alaska où les températures se situent à environ 3°C au-dessus des moyennes saisonnières. Le 2 février dernier, il a fait – 3 °C à Okeechobee en Floride et +7 °C à Reykjavik en Islande qui a connu un mois de janvier sans la moindre chute de neige, du jamais vu depuis 1929 et 1940. Dans la capitale islandaise, les températures se situent 9 °C au-dessus des moyennes de saison. Plus globalement, l’Islande a connu de la douceur extrême de manière répétitive ces dernières semaines ; on a relevé jusqu’à +19 °C fin décembre.

Depuis la mi-janvier 2026, l’est de l’Amérique du nord subit des descentes d’air polaire dues à un affaissement du vortex polaire qui se maintient habituellement au-dessus de l’Arctique. J’ai expliqué dans des notes précédentes pourquoi se produisent de temps en temps des descentes d’air extrêmement froid vers des latitudes plus basses.

Les ondulations du jet stream vers le sud de l’Amérique du nord ont permis à l’air glacial du vortex polaire de descendre jusqu’en Floride. Au même moment, une autre ondulation du jet stream remontait très haut en latitude, ce qui a permis à de l’air relativement doux de gagner tout l’ouest américain, jusqu’en Alaska. Cette situation semble de moins en moins rare puisqu’elle s’est déjà produite plusieurs fois en 2025. Ces ondulations du jet stream sont nettement plus marquées depuis les années 1990, en rapport avec le réchauffement climatique qui affaiblit une partie de ce courant de haute altitude avec des événements de réchauffement stratosphériques soudain (SSW). En conséquence, le jet stream circule de manière moins linéaire, et s’écroule de plus en plus d’un côté (vers le nord) ou de l’autre (vers le sud).

Le coup de froid dans le sud des États-Unis est remarquable. La température a chuté si bas et si brusquement que des milliers d’iguanes ont été retrouvés congelés au sol en Floride, après être tombés des arbres.. Cela ne veut pas dire qu’ils sont morts. Leur métabolisme se met en pause le temps du coup de froid, avant de se réveiller dès le redoux. Les lamantins se sont également regroupés dans les eaux les plus chaudes, notamment près des usines, pour survivre à la baisse des températures.

Il est prévu que le froid s’atténue en Floride dans les prochains jours. Dans l’Arctique, l’Islande et le sud de l’Alaska devraient continuer à connaître de la douceur. En revanche, une nouvelle descente de froid arctique significative devrait faire chuter les températures dans les paries Nord-Est et Mid-Atlantic de l’Amérique du Nord. Des températures inférieures à la normale et des records de froid sont attendus dans certaines régions, et le Weather Service précise que ce froid devrait persister jusqu’au 11 février 2026.

Source : presse américaine et islandaise, services météo..

 

Anomalies de températures dans le monde début février 2026 : en bleu les zones plus froides que la normale, et en rouge les zones plus chaudes. Source : Climate Reanalyzer.

Érosion littorale en France (suite)

Avec le réchauffement climatique et la hausse de niveau des océans, de plus en plus de littoraux dans le monde subissent des effondrements et le trait de côte recule année après année. J’ai déjà publié plusieurs notes signalant des effondrements en France métropolitaine, en particulier sur la côte atlantique, ou en outre-mer. Voici l’une de ces notes :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/04/06/erosion-littorale-en-france-500-communes-menacees/

Photo: C. Grandpey

Bien sûr, ce n’est pas au cœur de l’été, quand la mer est parfaitement étale, que l’on se rend compte le mieux des dégâts occasionnés par la montée des eaux. C’est au moment des marées à fort coefficient, lorsque sévit une tempête et que la houle est puissante que se produit l’érosion littorale. C’est ce qui vient de se passer à Biscarosse (16 000 habitants), station balnéaire des Landes, pendant la nuit du 31 janvier au 1er février 2026. Suite aux intempéries de cet hiver, symptômes du réchauffement climatique, une partie de la promenade de Biscarrosse Plage n’a pas résisté. Les vagues ont causé de gros dégâts et ont fait reculer la dune qui borde la plage. Tout un pan du rivage s’est effondré et la dune a reculé de 20 mètres. Les autorités expliquent que la houle puissante et le vent ont eu raison d’une partie de la promenade en béton, emportant avec elle quelques bancs publics. Fort heureusement, aucune victime n’est à déplorer. Certains accès à la plage et à la dune avaient été interdits depuis décembre 2025. La région connaît ces derniers mois de gros épisodes tempétueux et pluvieux qui accélèrent l’érosion du trait de côte.

Le Groupement d’intérêt public Littoral, qui regroupe les collectivités locales touchées par l’érosion depuis la Charente-Maritime jusqu’aux Pyrénées-Atlantiques, indique que Biscarrosse est l’une des stations des Landes les plus concernées par l’érosion. Le recul moyen se situe entre 1,70 m et 2 m par an. Lors d’hivers tempétueux, il peut atteindre 15, 20 ou 25 mètres. Selon le Groupement, plusieurs milliers de logements et commerces sont menacés par ce recul d’ici 2050, si rien n’est fait.

Depuis plusieurs années, Biscarosse s’est dotée d’un plan de lutte contre l’érosion. Au cœur de cette stratégie, il y a un nouvel ensablement de la dune, mais la tâche ressemble souvent au tonneau des Danaïdes et doit être recommencée régulièrement. Durant l’hiver 2023-2024, l’impact érosif avait nécessité un rechargement avoisinant 122 000 m³ de sable.

Vue de la dune effondrée. Les bulldozers semblent bien petits devant la tâche de ré-ensablement à effectuer (Crédit photo: presse régionale)

Pour prévenir tout accident lié au risque érosif et aux intempéries inhérentes, la ville de Biscarrosse avait prolongé certaines mesures de sécurité le 30 janvier, alors que le département avait été placé en vigilance Orange pluie inondations.

L’érosion littorale s’accélère sur tout le littoral aquitain. Le 30 janvier 2026, un peu plus au nord, à Lège-Cap-Ferret (Gironde), un immense blockhaus de béton de plusieurs tonnes a glissé une vingtaine de mètres plus bas. Initialement édifié au sommet de la dune, il se retrouve désormais les pieds dans l’eau.

Sur tout le littoral aquitain, les blockhaus qui trônaient autrefois en haut des dunes sont désormais soumis aux assauts des vagues (Photo: C. Grandpey)

Plus au nord, sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime), la communauté de communes a choisi d’édifier un rempart « innovant » pour lutter contre l’érosion du littoral. Une lagune est menacée d’infiltration des eaux traitées par une station d’épuration de l’île. Un recul significatif du trait de côte était attendu pour 2030 mais les effets conjugués des tempêtes récentes et de la montée des eaux ont déjà rogné l’endroit sur 25 mètres, devançant les prévisions.

Oléron n’est pas seule à subir l’érosion du littoral atlantique. En 2023, à Soulac-sur-Mer (Gironde), le recul du trait de côte a nécessité la démolition de l’immeuble ‘Le Signal’, emblématique du phénomène.

Photo: C. Grandpey

Plus au sud, l’ancien institut hélio-marin de Labenne (Landes), construit en 1930 à 65 mètres de l’océan, est, lui aussi, en cours de démolition depuis octobre 2025.

Suite au recul du trait de côte, la démolition du phare de la Coubre, à une vingtaine de kilomètres de Royan (Charente-Maritime), a été actée en 2025.

Photo: C. Grandpey

Source : presse nationale et régionale.