Un bon début ?

Le gouvernement français vient d’annoncer les premières mesures « réglementaires » inspirées des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, à l’issue du Conseil de défense écologique présidé par Emmanuel Macron.

Plusieurs ont attiré mon attention et me semblent un bon début, à condition, bien sûr, que leur mise en place soit confirmée :

Lutte contre les passoires thermiques en introduisant, par décret, la notion de performance énergétique dans ce qu’on appelle un logement décent » à compter du 1er janvier 2023. Ma question est : pourquoi pas plus tôt ?

Ceci permettra aux locataires de passoires thermiques consommant plus de 500 kilowatt heure par mètre carré de chauffage par an, soit 120.000 logements locatifs, « d’exiger du propriétaire de faire des travaux, voire de soumettre le dossier au juge qui pourra décider de geler le loyer ou d’interdire la location du logement ».

Dès 2022, il sera interdit d’installer des chaudières au fuel et au charbon dans des logements neufs ou de remplacer une chaudière existante par de telles chaudières polluantes.

– La France s’est engagée à avoir 30% de sa surface terrestre protégée afin de lutter contre le bétonnage à outrance. Pour atteindre ce pourcentage, elle créera deux nouveaux parcs naturels régionaux (Mont Ventoux et Baie de Somme), ainsi q’une réserve naturelle nationale en Alsace.

Dans le même ordre d’idée, le gouvernement veut ralentir l’implantation de nouvelles zones commerciales autour des villes.

– Le gouvernement va interdire les terrasses chauffées après l’hiver prochain, délai visant à prendre en compte la crise traversée par les restaurateurs à cause du Covid-19, et obliger la fermeture des portes des bâtiments chauffés ou climatisés.

D’autres décisions sont en projet, mais c’est déjà un bon début, même si je regrette que la priorité n’ait pas été donnée au développement du ferroutage par exemple. Bon nombre de camions qui transitent actuellement entre l’Espagne et l’Europe du Nord, pourraient être mis à bord des trains, de la même façon que le font nos amis Suisses.

Ces décisions ne concernent que la France. Inutile de dire que si elles se limitent à un seul état, elles ne serviront à rien. Je rêve de voir un jour les Conferences of the Parties – les célèbres COP – jouer enfin le rôle qui leur est dévolu et imposer – pas proposer ! – de telles mesures à l’échelle de la planète.

Source : Presse nationale.

35 nouveaux lacs alpins !

Un nouveau livre intitulé « Les lacs de Savoie : du Bourget aux lacs nouveau-nés », écrit par le naturaliste Jean-Pierre Martinot, le glaciologue Hugo Mansoux et illustré avec les photos de Philippe Béranger, nous apprend que 35 nouveaux lacs sont apparus en Savoie ces quarante dernières années. L’ouvrage met ainsi en lumière un aspect du réchauffement climatique resté relativement discret en France, mais bien connu dans d’autres contrées de la planète, et souvent à une plus grande échelle.

La naissance de ces nouveaux lacs alpins est directement liée à la hausse des températures et elle est facile à comprendre. Ces plans d’eau se trouvent tous en altitude, la majorité en Haute-Maurienne, à proximité de glaciers qui fondent et reculent inéluctablement chaque année. L’un des exemples les plus marquants est celui du lac de l’Arpont, dans le magnifique parc national de la Vanoise. Au début des années 1980, le glacier empiétait encore sur la moitié du lac, à 2670 mètres d’altitude. A présent il a  reculé de plusieurs centaines de mètres et le lac est totalement libéré des glaces

Les auteurs de l’ouvrage nous expliquent que ces jeunes lacs de montagne se forment de deux manières : soit en remplissant une cavité formée dans la roche par l’abrasion du glacier : soit par un effet barrage, c’est-à-dire que des pierres charriées sur le front du glacier s’accumulent et donnent naissance à une retenue d’eau naturelle une fois que la glace a fondu. Ce phénomène n’est pas nouveau puisque nombre de lacs de montagne existants se sont formés ainsi il y a des milliers d’années. Ce qui est préoccupant, c’est l’accélération de l’apparition de nouveaux lacs depuis le milieu du 20ème siècle. Ils se formaient autrefois sur des siècles, mais apparaissent désormais en quelques dizaines d’années.

Source : Presse régionale et nationale.

Comme je l’ai écrit plus haut, de tels lacs se forment ailleurs dans le monde suite à la fonte des glaciers. C’est ce qui se passe dans l’Himalaya et plus particulièrement au Népal où l’on observe de plus en plus de « lacs tueurs. » L’eau de fonte s’accumule souvent devant la partie frontale des glaciers où elle est retenue par de fragiles moraines. Avec le temps, la pression exercée par l’eau risque d’éventrer ces barrages naturels et d’envoyer des torrents d’eau dans les vallées, avec un très gros risque pour les villages qui s’y trouvent. On a recensé des menaces identiques dans la Cordillère des Andes péruvienne. Certains de ces lacs instables sont équipés de capteurs censés alerter les autorités en cas de rupture de la digue morainique.

En France, le glacier de Tête Rousse (Haute-Savoie) recèle en son sein une énorme poche d’eau, à 3200 mètres d’altitude. En 2010, les autorités ont décidé de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes. Vous trouverez la description de cet événement sur cette page de mon blog : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/04/23/saint-gervais-haute-savoie-toujours-sous-la-menace-du-glacier-de-tete-rousse/

Au Pérou, le lac Palcacocha menace la ville d’Huaraz [Crédit photo : Wikipedia]

Alerte sécheresse pour 53 départements français

Alors que le mois de juillet touche à sa fin, la sécheresse envahit la France. En ce moment, 53 départements sont en alerte « renforcée » sécheresse. 103 arrêtés limitant les usages et l’accès à l’eau sont en cours sur le territoire.

13 départements sont en vigilance ROUGE, le stade de « crise » : l’Allier, le Cher, la Côte-d’Or, les Deux-Sèvres, la Dordogne, l’Eure-et-Loir, la Loire-Atlantique, le Lot, le Loiret, la Saône-et-Loire, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et la Vendée.

15 autres départements sont en alerte ORANGE, l’alerte « renforcée » : l’Ardèche, les Bouches-du-Rhône, la Charente, la Charente-Maritime, l’Eure, la Haute-Garonne, la Loire, le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire, la Nièvre, le Nord, les Pyrénées-Atlantiques, la Vienne, la Haute-Vienne et le Val-d’Oise.

25 départements sont en alerte Jaune : l’Ain, les Ardennes, l’Aube, le Cantal, la Corrèze, la Creuse, le Doubs, la Drôme, la Gironde, les Hautes-Alpes, la Haute-Marne, la Haute-Saône, l’Indre, l’Isère, les Landes, la Mayenne, la Meurthe-et-Moselle, la Moselle, le Bas-Rhin, le Rhône, la Savoie, la Haute-Savoie, la Seine-et-Marne, l’Yonne et le Val-de-Marne.

La couleur de la vigilance définit d’abord la gravité de la situation, puis la nature des restrictions qui seront imposées en matière d’usage de l’eau :

Niveau d’alerte (jaune) : réduction des prélèvements à des fins agricoles inférieure à 50% (ou interdiction jusqu’à trois jours par semaine), mesures d’interdiction de manœuvre de vanne, d’activité nautique, interdiction à certaines heures d’arroser les jardins, espaces verts, golfs, de laver sa voiture.

Niveau d’alerte renforcée (orange) : réduction des prélèvements à des fins agricoles supérieure ou égale à 50% (ou interdiction supérieure ou égale à trois jours et demi par semaine), limitation plus forte des prélèvements pour l’arrosage des jardins, espaces verts, golfs, lavage des voitures, jusqu’à l’interdiction de certains prélèvements.

Niveau de crise (rouge) : arrêt des prélèvements non prioritaires y compris des prélèvements à des fins agricoles. Seuls les prélèvements permettant d’assurer l’exercice des usages prioritaires sont autorisés (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité).

Source : Ministère de la Transition Ecologique.

Source : Propluvia

Ours polaires en danger // Polar bears in danger

Conséquence logique de la fonte et de la disparition à court terme de la glace de mer, la vie dans l’Arctique est menacée, et plus particulièrement celle des ours polaires. Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change, la majorité des ours polaires disparaîtra probablement d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Cette dernière étude est la première à identifier quand et où les ours disparaîtront.
Les ours polaires dépendent de la glace de mer pour chasser les phoques, mais avec la hausse des températures et l’accélération de la fonte de la glace de mer, leuss opportunités de chasse sont sur le déclin. L’étude a révélé que la fonte de la glace de mer a déjà poussé certaines populations d’ours polaires à leur limite de survie. Les chercheurs préviennent que si les émissions de gaz à effet de serre restent sur leur trajectoire actuelle, seuls les ours polaires vivant dans les îles Reine-Élizabeth, dans l’archipel arctique canadien, subsisteront d’ici la fin du siècle. Le problème est que même si ces émissions sont réduites, la glace de mer continuera de fondre dans les années à venir en raison des concentrations actuelles de CO2 dans l’atmosphère, avec une réduction des populations d’ours polaires, en particulier dans les régions du sud de l’Arctique.
L’étude, qui a examiné 13 des 19 populations d’ours polaires dans monde, ce qui représente 80% de la population totale, a modélisé la consommation d’énergie des ours polaires. Les chercheurs ont calculé le nombre de jours pendant lesquels les ours peuvent jeûner avant que leurs capacités de reproduction ne commencent à être affectées ; ils ont mis ces calculs en relation avec le nombre de jours sans glace de mer prévus dans les décennies à venir. Ils ont découvert que le laps de temps pendant lequel les ours devront  jeûner dépasse leur capacité à jeûner. Le résultat est que d’ici 2040, certaines populations d’ours blancs vivant dans le sud de la baie d’Hudson et du détroit de Davis au Canada commenceront à connaître des problèmes de reproduction et d’ici 2080, la majorité des populations d’ours blancs sera probablement affectée. Les ours polaires sont une espèce essentielle dans l’Arctique et leur disparition se répercuterait dans tout l’écosystème.
Ce n’est pas la première fois que des ours polaires sont menacés d’extinction. En 1965, des scientifiques ont averti que la chasse commerciale de l’ours polaire poussait l’espèce à l’extinction. C’est pour cela que ce type de chasse a été interdit en 1973. L’interdiction a conduit à une hausse des populations d’ours, mais c’est aujourd’hui la fonte de la glace de mer qui menace la vie des quelque 26 000 ours polaires qui subsistent sur la planète.
Source: Presse internationale.

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As a logical consequence of sea ice melting and short-term disappearance, life in the Arctic is under threat, and more particularly polar bears. According to a new study published in Nature Climate Change, the majority of polar bears will likely disappear by the end of the century if greenhouse gas emissions are not curbed. This latest study is the first to identify when and where the bears will disappear.

Polar bears rely on sea ice to hunt for seals, but as temperatures rise and sea ice disappears, so do hunting opportunities for polar bears. The study found that declining sea ice has already pushed some polar bear populations to their survival limit. The researchers warn that if greenhouse gas emissions stay on their current track, only polar bears living in the Queen Elizabeth Islands in Canada’s Arctic Archipelago will remain by the end of the century. The problem is that even if emissions are curbed, sea ice will continue to melt in the coming years as a result of the current concentrations of CO2 in the atmosphere, leading to a decline of polar bears, particularly in southern Arctic regions.

The study, which examined 13 of the world’s 19 polar bear subpopulations that account for 80% of the total population, modelled the energy use of polar bears. The researchers estimated the number of days the bears can fast before their reproductive abilities begin to be impacted and mapped this onto the number of projected ice-free days in the coming decades. They determined that the amount of time bears would have to fast surpassed the amount of time polar bears are capable of fasting. The result is that by 2040, some polar bear populations living in southern Hudson Bay and Davis Strait in Canada will begin to experience reproductive failure and by 2080, the majority of polar bear populations will be likely be afflicted. Polar bears are a keystone species in the Arctic and their loss would reverberate throughout the ecosystem.

This is not the first time polar bears have faced extinction. In 1965, specialists warned that commercial polar bear hunting was pushing the species to extinction, leading to a worldwide restriction on this type of hunting in 1973. And though the ban led to a resurgence in bear population numbers, melting sea ice now threatens the lives of the estimated 26, 000 polar bears that remain today.

Source : International press.

Photo : C. Grandpey