Piton de la Fournaise : Pétera, ou pétera pas? // An eruption, or no eruption?

Dans son bulletin du 3 octobre 2020, l’OVPF indique qu’une activité sismique est toujours enregistrée sous le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), en particulier sous la zone sommitale et le flanc Est (voir les détails de cette sismicité sur le site web de l’Observatoire).

A côté de cette sismicité, des déformations sont toujours observées. Elles ont diminué sur le flanc Est du volcan mais ont repris sous la zone sommitale. S’agissant du flanc Est, la station GPS « GPNG » de l’OVPF localisée dans la partie haute des Grandes Pentes, à 1414 m d’altitude, a glissé d’environ environ 73 cm depuis le début de la crise et s’est soulevée d’environ 26 cm au cours de la même période.

Les concentrations en CO2 dans le sol sont en augmentation en champ lointain, paramètre souvent associé à une remontée de magma depuis le manteau.

La sismicité et les déformations sous le flanc Est montrent que l’intrusion magmatique est encore active et peut déboucher sur une éruption. Certains Réunionnais expliquent que la crise sismique exceptionnellement longue qui s’est produite lundi et mardi derniers rappelle celle de 2007 qui avait précédée « l’éruption du siècle ». En attendant, l’Enclos reste fermé au public.

Source : OVPF et presse locale.

La prévision éruptive montre ses limites, mais il faut reconnaître que le Piton de la Fournaise a un comportement particulièrement désarçonnant…

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In its update of October 3rd, 2020, OVPF indicates that seismic activity is still recorded under Piton de la Fournaise (Reunion Island), in particular under the summit area and the eastern flank (see the details of this seismicity on the Observatory’s website).

Alongside this seismicity, deformations are still observed. They have declined on the eastern flank of the volcano, but have started again in the summit area. As far as the eastern flank is concerned, the Observatory’s « GPNG » GPS station located in the upper part of the Grandes Pentes, at an altitude of 1,414 m, has slid by about 73 cm since the start of the crisis and risen by about 10 inches during the same period.

CO2 concentrations in the soil are increasing in the far field, a parameter often associated with  the ascent of magma from the mantle.

Seismicity and deformations beneath the eastern flank show that the magmatic intrusion is still active and may lead to an eruption. Some people on the island explain that the last seismic crisis reminds them of the 2007 crisis which preceded the “eruption of the century”. In the meantime, the Enclos remains closed to the public.

Source : OVPF and local newspapers.

Eruptive prediction is showing its limits, but one should admit that the Piton de la Fournaise behaves particularly puzzling way…

Photo : C. Grandpey

Amélioration de la prévision volcanique en Nouvelle Zélande // Improving volcanic prediction in New Zealand

En passant au peigne fin 350 000 années de volcanisme, des scientifiques de l’université Massey ont trouvé des preuves de centaines d’éruptions dans l’Ile du Nord en Nouvelle Zélande. De tels événements causeraient d’importants dégâts s’ils se produisaient à l’heure actuelle. Dans le champ volcanique d’Auckland – sur lequel repose une partie de la ville aujourd’hui – ils ont détecté quelque 54 volcans ayant montré des signes d’activité sur un laps de temps de  250 000 ans. Si de telles éruptions devaient se produire aujourd’hui, elles perturberaient fortement la vie des Kiwis.

Dans le même temps, des chercheurs de l’Université d’Auckland affirment avoir inventé un système d’alerte capable d’annoncer les éruptions volcaniques. Il permettrait d’empêcher que se produisent des tragédies comme celle qui a tué 21 personnes sur White Island en 2019. Leur étude a été publiée dans Nature Communications.
Les scientifiques expliquent que leurs recherches «montrent des schémas d’activité sismique permettant de donner une alerte avant une éruption». Ils pensent que leur nouveau système aurait déclenché un signal d’alerte 16 heures avant l’éruption meurtrière de White Island.
Le réseau sismique géré par GeoNet répertorie chaque année les données générées par des milliers de séismes et des événements volcaniques en Nouvelle Zélande, mais ces données ne sont pas prédictives. Dans le cadre de leur étude, les scientifiques ont appliqué les données d’éruptions antérieures à des «algorithmes d’interprétation automatique» permettant de mettre au point des modèles de phase pré-éruptive. Ils ont ainsi remarqué que l’éruption de 2019 à White Island avait été précédée de 17 heures d’alerte sismique. Il y a d’abord eu une phase intense d’activité sismique de quatre heures qui, selon eux, correspondait à l’ascension de nouveaux fluides magmatiques qui ont accru la pression des gaz et de l’eau déjà emprisonnés dans la roche au-dessus. Ce processus a conduit à l’éruption, comme si le couvercle d’une cocotte-minute avait sauté. Un signal semblable avait été enregistré 30 heures avant une éruption en août 2013, et il était présent dans deux autres éruptions en 2012.
Les géologues espèrent adapter ces données à d’autres volcans, tels que le Tongariro et le Ruapehu, mais ils reconnaissent que leur système n’est pas infaillible. Ainsi, il n’aurait déclenché un signal d’alerte que dans quatre des cinq dernières éruptions majeures à White Island. Ils pensent, malgré tout, qu’il y a de bonnes chances pour que leur système permette de détecter des éruptions comme celle de 2019, ou d’autres.

Source: Médias d’information néo-zélandais.

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Scientists from the Massey University have revealed evidence of hundreds of ancient eruptions in New Zealand after reconstructing 350 000 years of volcanism across the North Island. These explosions would cause widespread havoc if they occurred in the present time. In the Auckland Volcanic Field, they have detected about 54 volcanoes over 250 000 years of course. Should such eruptions occur today, they would be big enough to cause significant disruption.

Meantime, New Zealand scientists at the University of Auckland say they have invented a warning system to predict volcanic eruptions that may prevent future tragedies such as the one that killed 21 people on White Island in 2019. Their study has been published in Nature Communications.

The researchers explain that their research “shows patterns of seismic activity before an eruption that make advance warning possible”. They think their new system would have raised the alert 16 hours before the volcano’s deadly eruption.

The GeoNet system reports back data from the country’s thousands of earthquakes, and less frequent volcanic events, each year as they happen, but they are not predictive. To perform their study, the scientists have applied past eruption data to “machine learning algorithms”, allowing them to look for patterns in the build-up to eruptions. In this way, they have noticed that last year’s eruption at White Island was preceded by 17 hours of seismic warning. It began with a strong four-hour burst of seismic activity, which they think was fresh magmatic fluid rising up to add pressure to the gas and water trapped in the rock above. This led to its eventual bursting, like a pressure cooker lid being blasted off. A similar signal was recorded 30 hours before an eruption in August 2013, and it was present in two other eruptions in 2012.

The geologists hope to adapt the data to apply to other volcanoes, such as Mt Tongariro and Mt Ruapehu, but admit it is not fool-proof. They say the system would only have raised an alert in four of the last five major eruptions at White Island, but they think there is a good chance eruptions like the 2019 event or larger will be detected.

Source : New Zealand news media.

Photo : C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunin) : on attend toujours l’éruption ! // Still waiting for the eruption !

Après la crise sismique enregistrée le 3 juillet 2020 sur le Piton de la Fournaise, avec 202 séismes volcano-tectoniques au niveau de la zone sommitale, on a enregistré un retour au calme avec aucun événement le 4 juillet et un seul le 5 juillet.

Cela ne signifie pas pour autant que le risque d’une éruption soit définitivement écarté car les GPS continuent à indiquer une inflation de l’édifice volcanique, aussi bien au niveau de la zone sommitale que dans le champ lointain, signe de la mise sous pression du volcan sous la poussée du magma.
L’éruption n’a certes pas eu lieu dans un délai de minutes ou d’heures comme le pensaient à l’origine les scientifiques de l’OVPF, mais la partie n’est probablement que remise.

Il ne faut toutefois pas s’attendre à un événement majeur car les hésitations du magma pour percer la surface montrent que la pression des gaz – moteurs de l’éruption, il ne faudrait pas l’oublier – ne semble pas très forte..

Patience. Sur l’île de la Réunion, le risque pour les populations est faible car la plupart des éruptions ont pour cadre l’Enclos Fouqué. La prévision éruptive dispose donc d’une grande marge d’erreur, contrairement à ce qui se passe pour les volcans explosifs de l’Indonésie ou des Philippines, par exemple. Et puis, les éruptions du Piton de la Fournaise sont effusives, ce qui laisse le temps de déguerpir, si nécessaire. Des éruptions pour touristes…

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After the seismic crisis recorded on July 3rd, 2020 on Piton de la Fournaise, with 202 volcano-tectonic earthquakes in the summit area, no event was detected on July 4th and only one on July 5th.
This does not mean, however, that the risk of an eruption is definitively ruled out because the GPS system continues to indicate an inflation of the volcanic edifice, both in the summit area and in the far field, a sign of the pressurization of the volcano under the push of magma.
The eruption did not occur within minutes or hours as originally predicted by OVPF scientists, but it will probably take place sooner or later.
However, we should not expect a major event because the hesitations of magma to pierce the surface show that the pressure of the gases – which drive the eruption, it should not be forgotten – does not seem very strong.
Patience. On Reunion Island, the risk for the populations is low because most of the eruptions take place in the Enclos Fouqué. Eruptive prediction therefore has a wide margin of error, unlike the explosive volcanoes of Indonesia or the Philippines, for example. What is more, the eruptions of Piton de la Fournaise are effusive, which gives time to clear off, if necessary. Eruptions for tourists…

Prochaine éruption sur le versant est, ou du côté ouest? Seul le volcan connaît la réponse! ( Photos : C. Grandpey)

Prévision et prévention volcaniques // Volcanic prediction and prevention

Prévision et prévention volcaniques sont au coeur de la conférence que je présente aujourd’hui à Orléans dans le cadre des Amis de l’UTL (voir ma note du 8 janvier). Les derniers événements montrent qu’il reste beaucoup à faire dans ces deux domaines, surtout lorsque des populations sont impliquées.

Le Piton de la Fournaise a beau être truffé d’instruments gérés par un observatoire compétent, on se rend bien compte que la prévision éruptive reste très aléatoire. Dans le cas de ce volcan, ce n’est pas très grave car les zones envahies par les coulées de lave sont la plupart du temps inhabitées et se situent à l’intérieur de l’Enclos Fouqué. Le problème d’évacuation de populations ne se pose donc pas. Lorsque la lave déborde à l’extérieur de l’Enclos, la situation devient tout de suite plus délicate à gérer, même si les zones habitées ne présentent pas une forte démographie. En 1977, une coulée a débordé de l’Enclos et est entrée dans le village de Piton Sainte-Rose en détruisant plusieurs bâtiments. A la Réunion, on a affaire à des coulées de lava basaltique, typiques des volcans de points chauds, et la mise en sécurité de la population peut se faire sans précipitation excessive.

L’éruption en cours sur le Taal aux Philippines est bien différente. Elle met parfaitement en évidence les problèmes liés à la prévision et la prévention volcaniques. L’éruption a débuté brutalement et aucune évacuation préalable de la population de Volcano Island et des abords du Taal Lake n’a été décidée. La mise en sécurité des 6000 habitants de l’île s’est faite dans l’urgence. L’aéroport international de Manille a été fermé au dernier moment à cause de la cendre. Le trafic a repris, mais personne ne sait comment la situation éruptive va évoluer. L’histoire du volcan montre qu’il a un pouvoir de destruction considérable (Voir ma dernière note à ce sujet). Les autorités mettent en application le principe de précaution, ce qui, à mes yeux, est une sage décision. Le problème est le relogement des personnes évacuées car un long séjour dans des structures provisoires pose inévitablement des problèmes d’hygiène et de promiscuité.

Pour le moment, les internautes s’esbaudissent devant les superbes images de l’éruption du Taal mises en ligne sur les réseaux sociaux. Quand l’éruption sera terminée, il y a de fortes chances pour que des scientifiques nous en expliquent le processus, mais cela se fera APRÈS l’événement, alors qu’il aurait fallu savoir ce qui se passait dans les profondeurs de la Terre AVANT le déclenchement de l’éruption !

Pour mémoire, voici les dernier bilans: 2010: Merapi: 353 morts; 2014: Ontake: 57 morts et 6 disparus; 2018: Fuego: 332 morts officiellement, mais un millier en réalité; 2018: Krakatau: 437 morts; 2019; White Island: 18 morts et 2 disparus. A noter que ces éruptions ont toutes eu lieu sur des volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique.

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Volcanic prediction and prevention are at the heart of the conference I am presenting today in Orléans as part of the Amis de l’UTL. The latest events show that much remains to be done in these two areas, especially when people are involved.

Although Piton de la Fournaise is covered with instruments managed by a competent observatory, we realize that eruptive prediction remains very uncertain. In the case of this volcano, it is not very important because the areas invaded by lava flows are mostly uninhabited and are located inside the Enclos Fouqué. The problem of evacuation of populations therefore does not arise. When the lava overflows outside the Enclos, the situation immediately becomes more difficult to manage, even if the inhabited areas do not have a high demography. In 1977, a flow travelled beyond the Enclos and entered the village of Piton Sainte-Rose, destroying several buildings. On Reunion Island, an eruption consists of basalt lava flows, typical of hot spot volcanoes, and sprotecting the population can be done with no real hurry.

The current eruption of Taal Volcano in the Philippines is very different. It highlights the problems related to volcanic prediction and prevention. The eruption started suddenly and no prior evacuation of the population of Volcano Island and the surrounding area of ​​Taal Lake was decided. The 6,000 inhabitants of the island were brought to safety in an emergency. Manila International Airport was closed due to the ash. The traffic has resumed, but nobody knows how the eruptive situation will develop. The history of the volcano shows that it has a considerable destructive power (See my last note on this topic). The authorities are applying the precautionary principle, which, in my opinion, is a wise decision. The problem is the rehousing of evacuees because a long stay in temporary structures inevitably poses problems of hygiene and promiscuity.

For the moment, Internet users are admiring the images posted online on social networks. When the eruption is over, it is highly likely that scientists will explain the process to us, but it will be AFTER the event, whereas we should have known what was going on in the depths of the Earth BEFORE the start of the eruption!

For the record, here are the latest death tolls: 2010: Merapi: 353 dead; 2014: Ontake: 57 dead and 6 missing; 2018: Fuego: 332 dead officially, but a thousand in reality; 2018: Krakatau: 437 dead; 2019; White Island: 18 dead and 2 missing. Note that these eruptions all took place on explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire.

Piton de la Fournaise (Photo: C. Grandpey)

Taal (Source: Wikipedia)