La banquise toujours au plus bas ! // Sea ice still at its lowest !

Concentrations de CO2 : 429,12 ppm

Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb

Comme je l’ai mentionné précédemment, février 2026 a été le cinquième mois de février le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale, avec une température moyenne de l’air en surface de 13,26 °C, soit 0,53 °C au-dessus de la moyenne de février pour la période 1991-2020. Le mois de février le plus chaud jamais enregistré remonte à 2024.
Dans l’Arctique, l’étendue moyenne de la banquise en février était inférieure de 5 % à la moyenne, ce qui la place au troisième rang des valeurs les plus faibles jamais enregistrées pour ce mois. À l’échelle régionale, la couverture de glace de mer était inférieure à la moyenne dans la mer du Labrador, la baie de Baffin et la mer d’Okhotsk. Elle était exceptionnellement élevée dans la mer du Groenland, où l’étendue de la banquise a atteint un niveau record pour un mois de février depuis 22 ans.

Cette faiblesse de la banquise est une nouvelle manifestation du réchauffement climatique d’origine humaine. La banquise de l’Arctique est sur le point d’enregistrer l’un de ses pires hivers jamais mesurés. En effet, l’hiver 2025-2026 affiche un niveau de reconstitution de la banquise en dessous de celui enregistré l’an dernier, qui était pourtant déjà au plus bas en quatre décennies, selon les données du National Snow and Ice Data Center (NSIDC). Comme je l’ai écrit plus haut, si la tendance se poursuit jusqu’à fin mars, cet hiver figurera parmi les cinq pires jamais mesurés avec ceux de 2025, 2018, 2017 et 2016. Si la glace ne continue pas à s’étendre avant la fin de cet hiver, à la fin du mois, cela battrait même le record établi en 2025.

Selon le NSIDC, l’étendue maximale de banquise cet hiver pourrait être l’une des plus faibles, voire la plus faible jamais enregistrée. En 2025, la banquise arctique avait atteint sa taille maximale le 22 mars, avec une superficie évaluée à 14,31 millions de kilomètres carrés. Pour l’instant, son niveau maximal pour cet hiver a été de 14,22 millions de kilomètres carrés le 10 mars.

La hausse des températures mondiales affecte disproportionnellement les pôles, et l’Arctique, qui se réchauffe quatre fois plus vite qu’ailleurs. Les onze dernières années s’inscrivent toutes parmi les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète. Si la fonte de la banquise ne fait pas directement monter le niveau des océans, contrairement à la fonte de la glace qui se situe sur terre avec les calottes glaciaires et les glaciers, elle provoque de nombreuses conséquences climatiques qui menacent bien des écosystèmes. De nombreuses espèces comme l’ours polaire ou les phoques dépendent de la banquise pour se reproduire et se nourrir.

 Source: NSIDC

De son côté, l’étendue de la banquise antarctique a atteint des niveaux records de faiblesse en janvier et février 2026. Fin février, elle était de 1,83 million de kilomètres carrés, soit 93 000 kilomètres carrés de moins que le minimum saisonnier record de février 2022. Tout au long de l’année dernière, l’étendue de la banquise est restée globalement faible en Antarctique, la nouvelle glace étant plus fine et plus fragile que la normale.
Il est trop tôt pour conclure s’il s’agit de fluctuations météorologiques naturelles ou d’une nouvelle tendance à la fonte à long terme due au réchauffement climatique, ce qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l’élévation du niveau de la mer. Il ne faudrait pas oublier que la banquise et les plateformes glaciaires servent de rempart à la masse de glace terrestre.
L’étendue de la banquise antarctique a traditionnellement présenté une forte variabilité interannuelle et régionale entre l’Antarctique occidental et la péninsule antarctique d’une part, et l’Antarctique oriental d’autre part, beaucoup plus vaste. Au cours de la dernière décennie, la variabilité régionale s’est atténuée, contribuant à la réduction de l’étendue de la banquise antarctique observée depuis 2016.
S’étendant sur 14 millions de km², l’Antarctique est un continent froid, venteux et aride. La température annuelle moyenne varie d’environ -10 °C sur les côtes antarctiques à -60 °C dans les régions les plus élevées de l’intérieur des terres. Son immense calotte glaciaire atteint jusqu’à 4,8 km d’épaisseur et contient 90 % des réserves d’eau douce de la planète, une quantité suffisante pour faire monter le niveau de la mer d’environ 60 mètres si elle venait à fondre entièrement. La péninsule antarctique figure parmi les régions du globe où le réchauffement est le plus rapide, avec une hausse de près de 3 °C au cours des 50 dernières années.

Source : Copernicus, NSIDC.

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As I put it before, February 2026 was the fifth-warmest February globally, with an average surface air temperature of 13.26°C, 0.53°C above the 1991-2020 average for February. The warmest February on record was in 2024.

In the Arctic, the average sea ice extent in February was 5% below average, ranking third lowest on record for the month. Regionally, sea ice cover was below average in the Labrador Sea, Baffin Bay and the Sea of Okhotsk. It was unusually high in the Greenland Sea, where sea ice extent reached a 22-year high for February.

This weakened sea ice is yet another manifestation of human-caused global warming. Arctic sea ice is on track to experience one of its worst winters on record. Indeed, the winter of 2025-2026 is showing a lower level of sea ice replenishment than last year, which was already at its lowest point in four decades, according to data from the National Snow and Ice Data Center (NSIDC). As I wrote above, if this trend continues until the end of March, this winter will rank among the five worst ever recorded, along with those of 2025, 2018, 2017, and 2016. If the ice does not continue to expand before the end of this winter, by the end of the month, it will even surpass the record set in 2025.

According to the NSIDC, the maximum extent of sea ice this winter could be one of the lowest, or even the lowest, ever recorded. In 2025, Arctic sea ice reached its maximum extent on March 22, with an estimated area of ​​14.31 million square kilometers. So far this winter, its maximum extent was 14.22 million square kilometers on March 10.
Rising global temperatures are disproportionately affecting the poles and the Arctic, which is warming four times faster than elsewhere. The last eleven years have all been among the warmest ever recorded on the planet. While melting sea ice does not directly raise sea levels, unlike the melting of ice on land in ice sheets and glaciers, it causes numerous climatic consequences that threaten many ecosystems. Many species, such as polar bears and seals, depend on sea ice for reproduction and feeding.

 

Antarctic sea ice extent tracked at record lows in both January and February. By the end of February, extent was 1.83 million square kilometers. This is 93,000 square kilometers below the record seasonal minimum in February 2022.

Throughout last year, the extent of sea ice was generally low in Antarctica, with new ice thinner and more fragile than normal.

It is too early to conclude whether this is part of natural weather fluctuations or a new long-term melting trend as a result of climate change – which can have major knock-on implications for sea level rise (the sea ice and ice shelves act to “buttress“ the mass of ice on the land).

Antarctic sea ice extent has traditionally shown large inter-annual and regional variability between West Antarctica and the Antarctic peninsula, and the much bigger East Antarctica. However some scientists say this may be changing. Over the past decade, there is less regional variability and this has contributed to the lower Antarctic sea ice extents that have been observed since 2016.

Spanning 14 million km2 (roughly twice the size of Australia), the Antarctic is cold, windy and dry. The average annual temperature ranges from about −10°C on the Antarctic coast to −60°C at the highest parts of the interior. Its immense ice sheet is up to 4.8km thick and contains 90% of the world’s fresh water, enough to raise sea level by around 60 metres were it all to melt. The Antarctic Peninsula (the northwest tip near to South America) is among the fastest warming regions of the planet, almost 3°C over the last 50 years.

Source : Copernicus, NSIDC.

Si le Groenland pouvait parler… (2ème partie) // If Greenland could speak… (part 2)

Au final, l’étude de la carotte de glace de Camp Century montre qu’il y a 400 000 ans, le climat du Groenland ressemblait plus ou moins au nôtre, avec des alternances de périodes froides et chaudes. Par la suite, l’île s’est métamorphosée et a viré à la glace.

La vraie question est de savoir pourquoi la calotte du Groenland a fondu si vite et a été recouverte de végétation. La réponse à cette question nous aiderait à mieux comprendre le processus de fonte de l’île arctique aujourd’hui. La vitesse de fonte du Groenland détermine l’élévation du niveau de la mer et donc le futur des zones habitées sur les littoraux dans le monde.

On pourrait se demander si la fonte de la calotte glaciaire du Groenland dépend d’un cycle climatique naturel, avec alternance de périodes froides et de périodes chaudes. Les scientifiques nous rappellent qu’un cycle climatique naturel est géré par 3 paramètres : 1) la trajectoire de la Terre autour du Soleil est tantôt elliptique, tantôt circulaire ; cela se produit environ tous les 100 000 ans. 2) l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre qui varie environ tous les 40 000 ans. 3) le mouvement d’inclinaison de la Terre – autrement dit son oscillation – qui change tous les 22 000 ans.

Rotation de la Terre sur son axe et sa révolution autour du Soleil (Source: NOAA)

Ces 3 paramètres interagissent. Dans les reconstructions de températures des carottes de glace, on constate que les changements de température suivent de près l’évolution de l’exposition au soleil. En revanche, aujourd’hui, les activités humaines modifient la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et impactent la température beaucoup plus rapidement que les paramètres astronomiques que l’on vient de décrire. Par exemple, nous sommes aujourd’hui dans une phase où le climat devrait se refroidir, mais il est en train de se réchauffer, à cause des activités d’origine anthropique. Le seuil de 1,5°C défini par la COP 21 de Paris est à oublier ; on se dirige très probablement vers une hausse de 3 ou 4 degrés Celsius. La conséquence est que les calottes glaciaires et les glaciers fondent à la vitesse V, sans oublier les événements extrêmes qui impactent notre belle planète de plus en plus souvent.

Un documentaire diffusé sur la chaîne ARTE et intitulé « Groenland, la mémoire de glaces », illustre ce que je viens d ‘écrire. Vous pourrez le visionner en cliquant sur ce lien :

https://www.arte.tv/fr/videos/127023-000-A/groenland-la-memoire-des-glaces/

Une dizaine de minutes avant la fin, l’un des scientifiques explique qu’il fait des conférences et que des parents désemparés viennent le voir car ils se posent des questions sur le monde qu’ils vont laisser à leurs enfants. Je connais souvent une situation identique au terme de ma conférence « Glaciers en péril ». En général, il règne un silence de plomb dans la salle car j’énonce en permanence des vérités.

On me demande ce qu’il faudrait faire pour empêcher la catastrophe que j’annonce. Les solutions que j’avance ne sont pas celles à toute petite échelle dont parlent les médias. Pour réduire nos émissions de CO2 et autres gaz polluants, il faudrait prendre des mesures dignes de ce nom mais qui – j’en suis pleinement conscient – chambouleraient notre société. Ainsi, on pourrait développer le ferroutage qui réduirait le nombre de camions sur nos routes. On pourrait aussi supprimer les vols charter dans le transport aérien et ne conserver que les vols sur les lignes régulières. On pourrait réduire le nombre de navires de croisière. On pourrait obliger toutes les nouvelles constructions à se doter de panneaux photovoltaïques. Mais il y aura un revers à la médaille car certaines des mesures que je propose sont parfois fort coûteuses, comme les voitures électriques. De plus, elle risquent de générer du chômage ou déclencher des mouvements sociaux. Aucun homme politique n’osera s’aventurer sur ce terrain mouvant. La société moderne s’est construite sur les énergies fossiles et seule leur disparition naturelle par épuisement pourrait nous sortir de l’ornière dans laquelle nous nous sommes mis. L’ironie de la situation, c’est que la fonte de la glace arctique permet d’accéder à de nouveaux gisements de pétrole et de gaz. La disparition naturelle des énergies fossiles interviendra donc trop tard, beaucoup trop tard.

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Ultimately, the study of the Camp Century ice core shows that 400,000 years ago, Greenland’s climate was more or less similar to ours, with alternating cold and warm periods. Subsequently, the island became covered in ice.

The real question is why the Greenland ice sheet melted so quickly and became covered in vegetation. The answer to this question would help us better understand the melting process of the Arctic island today. The rate of Greenland’s melting determines sea level rise and therefore the future of populated coastal areas worldwide.
One might wonder if the melting of the Greenland ice sheet is not dependent on a natural climate cycle, with alternating cold and warm periods. Scientists remind us that a natural climate cycle is governed by three parameters: 1) the Earth’s orbit around the Sun is no longer elliptical but circular; This occurs approximately every 100,000 years. 2) The tilt of the Earth’s axis of rotation, which varies approximately every 40,000 years. 3) The Earth’s tilt—in other words, its oscillation—which changes every 22,000 years. These three parameters interact. In temperature reconstructions of ice cores, we observe that temperature changes closely follow the evolution of solar exposure. However, today, human activities are altering the amount of greenhouse gases in the atmosphere and impacting the temperature much more rapidly than the astronomical parameters just described. For example, we are currently in a phase where the climate should be cooling, but it is warming. This is due to human-caused activities. The 1.5°C threshold defined by the COP 21 in Paris is no longer relevant. We are very likely heading towards a rise of 3 or 4 degrees Celsius. The consequence is that ice caps and glaciers are melting at an alarming rate, not to mention the extreme weather events that are impacting our beautiful planet with increasing frequency.

A documentary broadcast on the ARTE channel, entitled « Greenland, the Memory of Ice, » illustrates what I have just written. You can watch it by clicking on this link:

https://www.arte.tv/fr/videos/127023-000-A/groenland-la-memoire-des-glaces/

About ten minutes before the end, one of the scientists explains that he gives lectures and that distraught parents come to see him because they have questions about the world they will leave to their children. I often encounter a similar situation at the end of my lecture « Glaciers in Peril. » Generally, there is a deathly silence in the room because I am constantly stating the facts.

People ask me what needs to be done to prevent the catastrophe I foresee. The solutions I propose are not the small-scale measures the media talks about. To reduce our CO2 emissions and other pollutants, we would need to take significant steps, but I am fully aware that these would drastically alter our society. For example, we could develop rail freight, which would reduce the number of trucks on our roads. We could also eliminate charter flights and keep only scheduled airlines. We could reduce the number of cruise ships. We could require all new buildings to be equipped with solar panels. But there will be a downside, because some of the measures I suggest are often costly, like the electric cars. Moreover, they risk generating unemployment or triggering social unrest. No politician will dare take them. Modern society was built on fossil fuels, and only their natural depletion could pull us out of the predicament we’ve created for ourselves. The irony of the situation is that the melting of Arctic ice uncovers new fossil fuel deposits. Their natural depletion will probably come too late, much too late.

Si le Groenland pouvait parler… (1ère partie) // If Greenland could speak… (part 1)

Pendant la Guerre froide, Camp Century, situé à environ 200 km de Thulé, au nord-ouest du Groenland, était un laboratoire de recherche arctique expérimental établi dans un réseau de tunnels creusés dans la glace, sous la surface de la calotte glaciaire. Près de 200 militaires, scientifiques et ingénieurs vivaient dans des bâtiments préfabriqués à l’intérieur des tunnels, alimentés par un petit réacteur nucléaire. Finalement, Camp Century fut un échec total. Ses concepteurs avaient oublié que la calotte glaciaire était en perpétuel mouvement et l’ensemble de l’infrastructure devint inhabitable.

Maquette de Camp Century et vue de l’intérieur de l’infrastructure (Source: U.S. Army)

Dans une note publiée le 7 septembre 2025, j’explique que Camp Century est devenu une véritable « bombe à retardement » environnementale :
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2025/09/07/camp-century-groenland-une-bombe-a-retardement-camp-century-greenland-a-time-bomb/

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La première mise en garde officielle contre le réchauffement climatique date de 1958. Mais il faut savoir que l’idée d’un réchauffement lié au CO2 avait été émise en 1856 par Eunice Foote, une chimiste qui avait découvert que c’est dans les cylindres remplis de CO2 que la température augmente le plus. Elle en a conclu qu’une atmosphère riche en CO2 augmenterait la température de la Terre. L’idée d’un réchauffement de notre planète par le CO2 a commencé à prendre racine et a motivé les scientifiques de Camp Century à en apprendre davantage sur le climat.

L’armée américaine a demandé aux scientifiques en poste à Camp Century d’étudier les propriétés de la neige et de la glace afin de comprendre comment la base militaire pourrait être opérationnelle dans des conditions aussi difficiles. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont entrepris un projet de carottage de glace consistant à forer à travers toute l’épaisseur de la calotte glaciaire du Groenland. Le forage de près de 1,4 km de profondeur sous Camp Century a nécessité deux foreuses et cinq ans de travail. À l’été 1966, le trépan a atteint le substratum rocheux sous la calotte glaciaire et a permis de récupérer une carotte de sédiments sous-glaciaires de 3,4 mètres de long.
Étrangement, la base de la carotte, de 17 mètres de long et contenant les sédiments sous-glaciaires, a été peu étudiée à l’époque. La carotte a été transférée au Centre pour la glace et le climat de l’Institut Niels Bohr de l’Université de Copenhague au début des années 1990, où les échantillons congelés ont finalement été oubliés dans des caisses dans un bâtiment à basse température prévu pour le stockage des échantillons de glace.

Source : Institut Niels Bohr de l’Université de Copenhague

En 2017, les échantillons ont été miraculeusement redécouverts lors d’un inventaire de milliers de caisses de carottes de glace. Une équipe scientifique a alors été invitée à appliquer des analyses modernes à ces échantillons uniques et longtemps oubliés. Les travaux expérimentaux ont débuté en 2019, lorsque deux échantillons de la carotte de Camp Century ont été prélevés à Copenhague et envoyés congelés dans l’État du Vermont aux États Unis : l’un provenait de la partie supérieure et l’autre de la partie inférieure de la carotte de sédiments de Camp Century.
En observant des lames de sédiments au microscope, les scientifiques ont immédiatement remarqué de petits points noirs flottant dans l’eau de rinçage. À leur grande surprise, les sédiments étaient remplis de fines brindilles, de fragments de feuilles et de matière ligneuse.

La présence de fossiles végétaux prouvait que ce secteur du nord-ouest du Groenland était autrefois libre de glace et couvert de végétation ! Des spécialistes de la flore arctique ont identifié diverses mousses, carex, saules, arbustes et autres plantes rencontrés dans la toundra arctique aujourd’hui.

Photo: C. Grandpey

Ces spécimens révèlent la présence passée d’une végétation que l’on retrouve aujourd’hui dans des zones libres de glace ailleurs au Groenland. Pour les scientifiques, la question cruciale était de déterminer à quelle époque les sédiments avaient été exposés à l’air libre pour la dernière fois, puis enfouis sous la calotte glaciaire. Grâce aux technologies de laboratoire les plus récentes, les chercheurs ont déterminé que la partie supérieure des sédiments de la carotte avait profité de l’absence de calotte glaciaire au cours du dernier million d’années. En revanche, les sédiments les plus profonds sont beaucoup plus anciens, probablement enfouis depuis 3 millions d’années.
Il semble qu’une grande partie de la calotte glaciaire ait fondu au moins une fois au cours du dernier million d’années, mais nous ignorons encore la chronologie et l’ampleur précises de ce retrait glaciaire du passé. Résoudre ce mystère est essentiel pour comprendre comment la calotte glaciaire réagira au réchauffement climatique d’origine anthropique dans les prochaines années et dans quelle mesure sa fonte contribuera à l’élévation du niveau de la mer.
Les sédiments sous-glaciaires de Camp Century constituent une capsule temporelle témoignant des périodes où la calotte glaciaire du Groenland était moins vaste et où la toundra a émergé sur des échelles de temps de plusieurs millions d’années. Il s’agit d’une opportunité rare, car les archives paléoclimatiques provenant d’autres carottes de glace du Groenland ne remontent qu’à 130 000 ans.

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Camp Century, located about 200 km from Thule in northwestern Greenland, was an experimental Arctic research laboratory built in a series of ice tunnels below the surface of the ice sheet during the Cold War. Nearly 200 service members, scientists, and engineers lived in prefabricated buildings in the tunnels that were powered by a small nuclear reactor. In the end, Camp Century was a total failure. Its conceptors had forgotten that the ice sheet was constantly moving and the whole infrastructure became ininhabitable. In a post published on 7 September 2025, I explanes that it has even become an enc=vironmental « time bomb. »

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2025/09/07/camp-century-groenland-une-bombe-a-retardement-camp-century-greenland-a-time-bomb/

The warning about global warming dates back to 1958. But it’s important to know that the idea of warming linked to CO2 was first put forward in 1856 by Eunice Foote, a chemist who discovered that temperatures rise most rapidly in cylinders filled with CO2. She concluded that a CO2-rich atmosphere would increase Earth’s temperature. The idea of our planet warming due to CO2 then began to take root and motivated the scientists at Camp Century to learn more about the climate. This led them to launch an ice core drilling project that would drill through the Greenland ice sheet and allow them to collect a sample of the sedimentary bedrock.

The U.S. Army asked scientists to study the properties of snow and ice at Camp Centuryto understand how it could operate in such challenging conditions. As part of this work, they set out an ice core project consisting in drilling through the entire thickness of the Greenland Ice Sheet at Camp Century. Drilling through nearly 1.4 km of ice below Camp Century took two different drills and five years. In the summer of 1966, drilling reached the bedrock beneath the ice sheet and recovered a 3.4 metre-long core of subglacial sediment.

Strangely enough, the 17-meter-long basal materials from the Camp Century ice core with the subglacial sediment was poorly studied at the time. The ice core was transfered to the Centre for Ice and Climate at the Niels Bohr Institute at the University of Copenhagen in the early 1990s, where the samples remained frozen and eventually forgotten in the ice core freezer.

In 2017, the samples were miraculously re-discovered during an inventory of thousands of ice core boxes. A team of scientists were then invited to apply modern analyses to these long-lost and unique samples. Experimental work started in 2019, when two samples from the core were cut in Copenhagen and sent frozen to Vermont: one from the upper-most and another from the lower-most sections of the Camp Century sediment.

When looking ad slides of the sediments through their ùicrodcopes, the scientists noticed little black specks floating in the rinse water. To their surprise, the sediment was filled with delicate twigs, leaf tips, and woody material. The presence of plant fossils meant that this sector of northwestern Greenland was ice-free and vegetated in the past.

Arctic plant specialists identified a variety of mosses, sedges, willow, shrubs, and other tundra plants common in the Arctic today. These suggest the past presence of vegetation that is found in ice-free areas elsewhere in Greenland today. The big question was to know whens the sediment was last exposed and then buried below the ice sheet. Using the latest lab technologies, the researchers determined that the upper sediment must have been exposed, meaning the ice sheet was absent, within the last million years. The lower-most sediment is much older, possibly buried since 3 million years ago.

It appears that much of the ice sheet has melted at least once within the last million years, but we still do not know the precise timing and extent of those past ice sheet retreats. Determining this information is vital for understanding how the ice sheet will respond to anthropogenic climate warming and its potential contribution to sea-level rise.

The Camp Century subglacial sediment provides a time capsule of periods when the Greenland Ice Sheet was smaller and tundra emerged at multi-million-year timescales, which is a rare opportunity given that continuous paleoclimate records from other Greenland ice cores only extend to 130,000 years ago.

La planète vit « au-delà de ses moyens » en eau, alerte un rapport de l’ONU // Our planet is living « beyond its means » in water, warns a UN report.

Les signes d’un effondrement durable des ressources en eau se multiplient. La planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Sous l’effet du réchauffement climatique et de décennies de surexploitation, de nombreuses régions du monde ne parviennent plus à se remettre des périodes de manque d’eau. Cette situation de « faillite hydrique », est omniprésente : elle touche des milliards de personnes avec des conséquences déjà visibles sur les sociétés, l’agriculture et les écosystèmes.

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », j’alerte sur les conséquences de la fonte des glaciers sur la ressource en eau de notre planète. Je donne l’exemple du sud-est asiatique qui dépend en grande partie des glaciers himalayens pour son alimentation en eau. La chaîne himalayenne représente un véritable château d’eau pour toute l’Asie.

Le 20 janvier 2026, un rapport coordonné par le directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé de l’Institut universitaire des Nations Unies explique que la planète est entrée dans l’ère de la « faillite mondiale de l’eau » : l’utilisation et la pollution des ressources en eau ont dépassé leur capacité de régénération naturelle et ne retrouveront jamais leurs niveaux antérieurs. Le rapport onusien appelle à une refonte radicale de l’agenda politique international dans le domaine de l’eau.
Le rapport explique que notre planète a dépassé le stade de « crise hydrique ». Une “crise” suggère quelque chose de temporaire. Or, dans de nombreux bassins, on se trouve dans un état post-crise durable, où l’usage et la pollution de l’eau ont dépassé les apports renouvelables, et où le capital naturel – nappes, zones humides, sols, rivières, glaciers – est endommagé de manière irréversible.
Le rapport révèle une vérité dérangeante : « de nombreuses régions vivent au-delà de leurs capacités hydrologiques et de nombreux systèmes hydriques essentiels sont déjà en faillite. »

L’analyse met en lumière une contraction accélérée des bassins versants et des zones humides : plus de la moitié des grands lacs du monde ont vu leur niveau d’eau baisser depuis le début des années 1990, tandis qu’environ 410 millions d’hectares de zones humides naturelles ont disparu en un demi-siècle, une superficie presque équivalente à celle de l’Union européenne. Parallèlement, environ 70 % des principales nappes phréatiques connaissent un déclin à long terme.

Source : ONU

L’impact sur la population est considérable : 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité ; 3,5 milliards n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates et près de 4 milliards sont confrontées à une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois par an.
Selon le rapport, au cœur de cette crise se trouve la production alimentaire : l’agriculture absorbe 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce et subira une pression croissante à mesure que les aquifères s’épuisent à un rythme supérieur à leur capacité de recharge.

La quantité d’eau douce utilisée pour l’agriculture, l’industrie et les besoins domestiques a augmenté avec la croissance démographique. En 1950, la population mondiale était de 2,5 milliards d’habitants. Aujourd’hui, elle dépasse les 8 milliards. Source: The Conversation

On peut également lire dans le rapport que « la gestion de la faillite exige honnêteté, courage et volonté politique. […] Nous ne pouvons pas reconstruire les glaciers disparus ni reconstituer les aquifères fortement comprimés, mais nous pouvons empêcher de nouvelles pertes de ce capital naturel restant et repenser les institutions pour les adapter aux nouvelles contraintes. »

Source : Organisation des Nations Unies.

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Warnings are mounting : signs of a lasting collapse of water resources are multiplying. The planet is currently consuming more freshwater than it can replenish. Under the effects of climate change and decades of overexploitation, many regions of the world are no longer able to recover from periods of water scarcity. This situation of « water bankruptcy » is omnipresent: it already affects billions of people, with consequences already visible on societies, agriculture, and ecosystems.

During my conference, « Glaciers at Risk: The Effects of Global Warming, » I constantly alert to the consequences of melting glaciers on our planet’s water resources. I give the example of Southeast Asia, which depends largely on Himalayan glaciers for its water supply. The Himalayan range represents a veritable water tower for all of Asia.

On January 20, 2026, a report coordinated by the director of the United Nations University Institute for Water, Environment and Health explained that the planet had entered the era of « global water bankruptcy »: the use and pollution of water resources have exceeded their natural regeneration capacity and w never return to previous levels. The UN report calls for a radical overhaul of the international political agenda on water.
The report explains that our planet has passed the stage of a « water crisis. » A « crisis » suggests something temporary. However, in many basins, we are in a persistent post-crisis state, where water use and pollution have exceeded renewable inputs, and where natural capital—groundwater, wetlands, soils, rivers, glaciers—is irreversibly damaged.
The report reveals a disturbing truth: many regions are living beyond their hydrological capacity, and many critical water systems are already failing. The analysis highlights an accelerated contraction of watersheds and wetlands: more than half of the world’s large lakes have seen their water levels decline since the early 1990s, while approximately 410 million hectares of natural wetlands have disappeared in half a century—an area almost the size of the European Union. At the same time, about 70% of major groundwater aquifers are experiencing long-term decline.
The impact on the population is considerable: 2.2 billion people still lack access to safely managed drinking water; 3.5 billion lack access to adequate sanitation; and nearly 4 billion face severe water shortages for at least one month a year.
According to the report, at the heart of this crisis lies food production: agriculture consumes 70% of global freshwater withdrawals and will come under increasing pressure as aquifers are depleted at a rate exceeding their recharge capacity.
The report also states that “managing bankruptcy requires honesty, courage, and political will. […] We cannot rebuild lost glaciers or replenish severely compressed aquifers, but we can prevent further losses of this remaining natural capital and rethink institutions to adapt them to the new constraints.”

Source: United Nations.