Lombok (Indonésie) : Une tectonique complexe// Complex tectonics

Plusieurs puissants séismes ont secoué l’île indonésienne de Lombok au cours des dernières semaines. Un premier séisme d’une magnitude de M,6,4 a été enregistré le 29 juillet 2018 ; il a tué 13 personnes et en a blessé une centaine d’autres. Le séisme suivant – M 6,9 sur l’échelle de Richter le 5 août 2018 – a fait au moins 98 morts et des centaines de blessés. Des milliers de bâtiments ont été endommagés et les opérations de secours ont été compliquées par des pannes de courant, un manque de réception téléphonique dans certaines zones et des options d’évacuation limitées.
Les séismes sont fréquents en Indonésie car le pays est situé sur la Ceinture de Feu du Pacifique, bien connue pour son activité sismique et volcanique. La majorité des grands séismes se produisent sur ou près des limites entre les plaques tectoniques qui composent la surface de la Terre, et les exemples récents ne font pas exception. Cependant, il existe des conditions tectoniques particulières autour de l’île de Lombok.
Les derniers séismes ont été observés le long d’une zone assez spéciale où la plaque tectonique australienne commence à passer par-dessus la plaque où se trouve l’île de Lombok. Elle ne glisse pas en dessous de sa voisine – processus de subduction très fréquent – comme cela se produit plus au sud de Lombok. (voir carte ci-dessous)
Certains des séismes qui secouent l’Indonésie peuvent être très violents, comme le séisme de M 9,1 sur la côte ouest de Sumatra qui a déclenché le tsunami de 2004 dans l’Océan Indien. Ce séisme s’est produit le long de la zone de subduction Java-Sumatra, là où la plaque australienne plonge sous la plaque de la Sonde.
À l’est de Java, la zone de subduction se trouve « bloquée » par la croûte continentale australienne, beaucoup plus épaisse que la croûte océanique qui glisse sous Java et Sumatra. Comme la croûte continentale australienne ne parvient pas à passer sous la plaque de la Sonde, elle lui passe par-dessus. Ce processus est connu sous le nom de poussée d’arrière-arc.
Les données des récents séismes de Lombok suggèrent qu’ils sont liés à cette zone d’arrière-arc qui s’étend au nord des îles s’étendant de l’est de Java à l’île de Wetar, juste au nord du Timor. Historiquement, de puissants séismes se sont également produits le long de cette poussée d’arrière-arc près de Lombok, en particulier au 19ème siècle, mais aussi plus récemment.
Les épicentres des derniers tremblements de terre à Lombok ont été localisés dans le nord de l’île, sous terre, et à faible profondeur. Les séismes terrestres peuvent parfois provoquer des glissements de terrain sous-marins et un tsunami. Lorsque des séismes peu profonds rompent le plancher océanique, ils peuvent déclencher des tsunamis meurtriers.
La région autour de Lombok a une histoire de tsunamis. En 1992, un séisme de magnitude 7,9 s’est produit au nord de l’île de Flores ; il a provoqué un tsunami qui a englouti plus de 2 000 villages côtiers. Les séismes du 19ème siècle dans cette région ont également causé de puissants tsunamis qui ont tué de nombreuses personnes.
Malheureusement, on ne sait pas prévoir les séismes. Une compréhension des dangers et une éducation des populations sont donc essentielles pour se préparer aux événements futurs.
Source: The Conversation, USGS.

Le bilan du dernier séisme est de 131 morts (164 selon les dernières chiffres de la presse indonésienne), 1477 blessés et 156 000 personnes déplacées.

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Several large earthquakes have struck the Indonesian island of Lombok in the past weeks. A first quake with a magnitude of M 6.4 was recorded on July 29th, 2018, killing13 people and injuring a hundred more. The largest event – M 6.9 on the Richter scale on August 5th, 2018 – killed at least 98 people and injured hundreds. Thousands of buildings were damaged and rescue efforts were hampered by power outages, a lack of phone reception in some areas and limited evacuation options.

Earthquakes are frequent in Indonesia as the country is located on the Pacific Ring of Fire, well known for its seismic and volcanic activity. The majority of large earthquakes occur on or near Earth’s tectonic plate boundaries, and the recent examples are no exception. However, there are some special tectonic conditions around Lombok.

The recent earthquakes have occurred along a specific zone where the Australian tectonic plate is starting to move over the Indonesian island plate; it does not slide underneath it, as occurs further to the south of Lombok. (see map below)

Some of the earthquakes that shake Indonesia can be very powerful, such as the M 9.1 quake off the west coast of Sumatra that generated the 2004 Indian Ocean tsunami. This earthquake occurred along the Java-Sumatra subduction zone, where the Australian tectonic plate plunges underneath Indonesia’s Sunda plate.

To the east of Java, the subduction zone has become “jammed” by the Australian continental crust, which is much thicker than the oceanic crust that moves beneath Java and Sumatra. The Australian continental crust can’t be pushed under the Sunda plate, so instead it is starting to ride over the top of it. This process is known as back-arc thrusting.

The data from the recent Lombok earthquakes suggest they are associated with this back-arc zone which extends north of islands stretching from eastern Java to the island of Wetar, just north of Timor. Historically, large earthquakes have also occurred along this back-arc thrust near Lombok, particularly in the 19th century but also more recently.

Lombok’s recent earthquakes occurred in northern Lombok under land, and were quite shallow. Earthquakes on land can sometimes cause undersea landslides and generate a tsunami wave. But when shallow earthquakes rupture the sea floor, much larger and more dangerous tsunamis can occur.

The region around Lombok has a history of tsunamis. In 1992, an M 7.9 earthquake occurred just north of the island of Flores and generated a tsunami that swept away coastal villages, killing more than 2,000. 19th century earthquakes in this region also caused large tsunamis that killed many people.

Unfortunately, earthquakes cannot be predicted, so an understanding of the hazards and an education of the populations are vital to be prepared for future events.

Source: The Conversation, USGS.

According to the latest figures, 131 persons were killed (164 according to the latest figures in the Indonesian newspapers), 1477 injured and 156,000 displaced by the last earthquake.

Source: The Conversation

Merapi (Indonésie): Hausse du niveau d’alerte // Alert level raised

Le niveau d’alerte du Merapi est passé de 1 (Normal) à 2 (Waspada = Vigilance)
après une série de quatre éruptions phréatiques – les plus récentes les 20, 21 et 22 mai – suivies de séismes d’origine tectonique. La quatrième explosion s’est produite à 01h47 le 22 mai (heure locale); elle a duré trois minutes et le panache de cendre a atteint 3 500 mètres de hauteur
Les autorités ont demandé aux habitants vivant à moins de 3 km du volcan de se préparer à évacuer la zone et ont demandé aux visiteurs, y compris aux randonneurs, de rester à l’écart des zones potentiellement menacées par l’activité du Merapi. Quelque 600 personnes vivant dans la zone d’exclusion ont quitté leurs maisons depuis le 22 mai.
Il n’y a pas eu de victimes et l’aéroport international de Yogyakarta n’a pas été affecté par l’activité du Merapi.
Sources: VSI, The Jakarta Post.

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The alert level for Mount Merapi has been raised from 1 (Normal) to 2 (Waspada = Caution)

after a string of four phreatic eruptions – the latest ones on May 20th, 21st and 22nd – followed by tectonic earthquakes. The fourth explosion occurred at 1:47 a.m. on May 22nd in the morning; it lasted three minutes and the ash plume reached 3,500 meters

Authorities called on residents living within 3 km of the volcano to prepare for evacuations and asked visitors, including hikers, to stay away from areas possibly affected by Merapi’s volcanic activities. Some 600 people living within the exclusion zone have evacuated since early Tuesday, May 22nd.

There have been no reports of casualties and operations at Yogyakarta international airport have not been affected.

Sources: VSI, The Jakarta Post.

 

Photo: C. Grandpey

 

Merapi (Indonésie)

Le Merapi a émis une colonne de cendre le 11 mai 2018, obligeant les aéroportuaires de Yogyakarta à décréter un arrêt temporaire des activités de l’aéroport international. La couleur de l’alerte aérienne est passée au Rouge. Les autres aéroports du centre de l’île de Java fonctionnent normalement.
Le VSI indique que le Merapi a commencé à émettre des panaches de cendre jusqu’à une altitude de 5500 mètres à 07h40 (heure locale L’éruption a été qualifiée de « phréatique » par plusieurs médias d’information. Tous les habitants à moins de 5 kilomètres du volcan ont dû quitter leurs maisons. 120 personnes qui randonnaient sur le Merapi n’ont pas été affectées par l’éruption et sont en sécurité.

On assiste actuellement à un retour à la normale.
Sources: VSI, journaux indonésiens.

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Mount Merapi spewed a column of ash into the sky on May 11th, 2018, forcing authorities at Yogyakarta’s International Airport to impose a temporary suspension of activities. The Aviation Colour Code was raised to Red. Other nearby airports in Central Java are operating normally.  

VSI reports that Mt. Merapi’s crater began spewing debris at a height of 5,500 metres, at 07.40 a.m. local time. The eruption was said to be “phreatic” by several news media. All residents within 5 kilometres of the volcano were forced to evacuate their homes. 120 people who had been hiking up Merapi are safe.

The situation is getting back to normal.

Sources: VSI, Indonesian newspapers.

Photo: C. Grandpey

Indonésie / Indonesia: Les gardiens des volcans // The volcanoes’ guardians

Si vous demandez au gouvernement français de nommer un «gardien» du Piton de la Fournaise à la Réunion, on vous répondra que l’Observatoire est largement suffisant pour surveiller le volcan. Les autorités italiennes vous donneront la même réponse et se tourneront vers l’INGV pour surveiller le Vésuve, l’Etna ou le Stromboli. La notion de « gardien » d’un volcan n’existe pas en Europe.
En Indonésie, les choses sont différentes et presque chaque volcan possède son propre « gardien ». Il y a sept ans, Mbah Maridjan, 83 ans, le célèbre gardien spirituel du Merapi sur l’île de Java, a été tué lorsque le volcan a envoyé des coulées pyroclastiques sur sa maison à 5 km du cratère. Lorsqu’il a été retrouvé, son corps était recouvert de cendre blanche et prostré dans la position typique de prière islamique.
Le gardien spirituel de l’Agung est Jero Mangku Darma. Cet homme de 75 ans prie régulièrement pour protéger ses semblables contre la colère des esprits qui habitent la montagne la plus haute et la plus sainte de l’île ; elle crache des cendres, provoque des lahars, et vient de chasser plus de 72 000 personnes.
M. Darma est un pemangku, ; il fait partie des centaines de gardiens de temples qui, selon la croyance locale, ont le pouvoir de communiquer avec les esprits des montagnes à Bali – le Mont Agung en particulier – et de les apaiser par des rituels sacrés tels que la montée au cratère pour y déposer des offrandes de buffles, chèvres et autres poulets. M. Darma vit dans le village de Sebudi, situé dans la «zone rouge» interdite, à seulement 5 km du volcan.
Lorsque les autorités ont élevé la niveau d’alerte du volcan à son maximum le 22 septembre 2017, suite à une augmentation de l’activité sismique, et ont ordonné aux personnes vivant dans un rayon de 10 km du sommet de se retirer vers des zones plus sûres, toutes ont obéi, à l’exception de M. Darma. Il a dit qu’il ne bougerait pas, sauf s’il recevait « l’instruction divine des chuchoteurs de rêves » à travers des indices tels que « le feu, la fumée et les rochers … Les esprits du Mont Agung sont en colère, je dois prier et demander pardon. »
L’Indonésie possède environ 130 volcans actifs. Beaucoup d’entre eux ont des gardiens spirituels qui héritent de la position de leurs ancêtres ou sont nommés par les sultans ou la communauté locale. A Java, la responsabilité repose sur les épaules d’une seule  personne, le jurukunci. A Bali, la tâche est répartie entre les pemangku des nombreux temples qui sont disséminés sur les pentes des volcans. Chacun a une mission unique: s’occuper de son propre volcan et s’assurer qu’il ne met pas en danger la vie des gens.
Tout comme le Mont Merapi sur l’île de Java en 2010, le Mont Agung à Bali a tué au moins un pemangku lors de sa dernière éruption en 1963. C’était le père de M. Darma, Jero Mangku Sabda. Lui et sa femme sont morts avec plus de 1000 autres personnes. Leur seul enfant, M. Darma, s’en est tiré avec une blessure sans gravité à la jambe.
De nos jours, les habitants ont compris l’importance des instruments modernes utilisés pour surveiller l’activité volcanique. En conséquence, ils ont appris à combiner les connaissances spirituelles et la technologie moderne pour assurer leur bien-être. Comme l’a déclaré un responsable religieux: «L’équipement permettant de détecter l’éruption d’une manière scientifique et précise doit aussi être considéré comme un don de Dieu, il ne peut exister sans la grâce de Dieu … Mais la science est également limitée. Les gardiens doivent prier pour déplacer le cours de la lave afin qu’elle ne touche pas les villages ; ils ne peuvent arrêter une éruption, mais ils peuvent prier pour que les effets soient moins dévastateurs, pour que l’éruption apporte des bienfaits tels que des terres fertiles et pas des malédictions. »
Adapté d’un article paru dans The Straits Times.

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If you ask the French government to appoint a “guardian” of the Piton de la Fournaise on Reunion Island, they will tell you that the Observatory is largely sufficient to monitor the volcano. Italian authorities will give you the same answer and refer to INGV to control Vesuvius, Mount Etna or Stromboli. The notion of a “guardian” of a volcano does not exist in Europe.

In Indonesia, things are different and nearly every volcano has its own “guardian”. Just seven years ago, the famed spiritual keeper of Java’s Mount Merapi, 83-year-old Mbah Maridjan, was killed when the volcano erupted, sending pyroclastic flows over his home, situated 5km from the crater. His body, when found, was caked in white soot and prostrate in the typical Islamic prayer position.

Mt Agung’s spiritual guardian is Jero Mangku Darma. The 75-year-old man regularly prays for protection from the wrath of the spirits living within the island’s tallest and holiest mountain, which has been spewing ash and cold lava and displaced more than 72,000 people.

Mr Darma is a pemangku, one of the hundreds of temple guardians who the local people believe have the power to communicate with mountain spirits in Bali – such as in Mount Agung – and appease them through sacred rituals such as hikes to the crater to make offerings of buffaloes, goats and chicken. He lives in the village of Sebudi, which lies in the no-go « red zone », only 5 km away from the volcano.

When the authorities raised the alert to the highest level on September 22nd 2017, following an increase in seismic activity, and ordered people living within a radius of 10km from the summit to evacuate to safer areas, all left except for Mr Darma. He said he would not budge unless he received « divine instruction from dream whisperers » through clues such as « fire, smoke and rocks… The spirits of Mount Agung are angry. I must pray and ask for forgiveness. »

Indonesia is home to around 130 active volcanoes. Many of them are guarded by spiritual keepers, who inherit the position from their forefathers or are appointed by sultans or the local community. In Java, the responsibility rests on the shoulders of one person, called the jurukunci. In Bali, the burden is shared among the pemangku of the many temples that dot the slopes of the volcanoes. Each has a single mission: to look after his own volcano and ensure it does not endanger the lives of people.

Just like Mount Merapi on the island of Java in 2010, Bali’s Mount Agung claimed the life of at least one pemangku when it last erupted in 1963. He was Mr Darma’s father, Jero Mangku Sabda. He and his wife died with more than 1,000 others. Their only child, Mr Darma, escaped with a minor leg injury.

Nowadays, local residents have understood the importance of modern instruments to monitor volcanic activity. As a consequence, they have learnt to combine spiritual knowledge and modern technology to ensure their well-being. As one religious official said: « The equipment to detect eruption in a more scientific and precise way must also be considered a gift from God. It can’t exist without the grace from God…But science is also limited; we still need the spiritual guardians to pray to shift the flow of lava so it won’t hit villages. They cannot stop an eruption, but they can pray that the effects will be less devastating, that the eruption will bring blessings such as fertile lands, and not curses such as fatalities. »

Adapted from an article in The Straits Times.

Panache de cendre du Merapi vu depuis l’espace en 2010 (Crédit photo: NASA)