Evolution des mentalités au pied du Merapi (Java / Indonésie)? // Evolution of mentalities on the slopes of Mt Merapi (Java / Indonesia)?

Rappelez-vous: En 2010, le Merapi est entré en éruption et a tué 353 personnes tandis que 350 000 autres étaient évacuées vers des endroits plus sûrs. Le volcan, comme beaucoup d’autres en Indonésie, possède sa propre mythologie. On croit, par exemple, qu’il abrite en son sein un sultanat de l’ombre du royaume des esprits.
Le Merapi, comme d’autres sites spirituels en Indonésie, a un juru kunci, ou gardien, qui est responsable de l’activité rituelle et est nommé par le sultan de Yogyakarta. En 2010, lorsque le volcan est entré en éruption, son gardien était Mbah Maridjan qui était connu pour son lien spirituel étroit avec la montagne. Il a choisi de mourir pendant l’éruption, alors que sa famille et d’autres villageois avaient quitté leurs maisons pour se mettre en sécurité. Son corps a été retrouvé prostré dans la position typique de la prière islamique.
Depuis 2011, le gardien du Merapi est Asih, le fils de Mbah Maridjan. Cependant, Asih, professeur de mathématiques à l’Université islamique de Yogyakarta pendant la semaine, n’est pas aussi engagé dans son rôle de gardien que son père charismatique. Il affirme qu’il est juste un serviteur du sultan et qu’il ne ressent aucun lien spirituel particulier avec le Merapi. Il a même refusé «Mbah», le titre honorifique de son père, qui signifie «gardien de la montagne».
Depuis la tragédie de 2010, Yogyakarta – une ville située au sud du volcan – a développé un remarquable système de gestion de la situation générée par l’activité du Merapi.  On observe une forte concentration de scientifiques et de décideurs dans cette ville universitaire qui met en relation la population et les scientifiques. Il y a une importante équipe de secouristes issue de la population et un gardien spirituel du volcan qui travaille main dans la main avec les autorités gouvernementales.
L’évolution de la fonction de gardien du volcan montre également comment tradition et modernité vont de pair aujourd’hui à Yogjakarta, après l’éruption de 2010. Asih, le gardien, indique qu’il travaille en étroite collaboration avec le Centre de Volcanologie et le Centre de Gestion des Risques Géologiques. Contrairement à la plupart des autres gardiens, il reconnaît qu’il ne lui serait pas facile de transmettre les informations aux gens de la région sans déclencher un mouvement de panique, et que le gouvernement est plus qualifié que lui pour effectuer ce travail de communication.
Une évolution significative est également apparue parmi la population vivant à proximité du Merapi. Par exemple, chaque famille possède un talkie-walkie. Le responsable du VSI a déclaré: «Après 2010, je pense que les gens ont accepté d’écouter les mises en garde des scientifiques, ce qui facilite mon travail.» Aujourd’hui, le système d’alerte volcanique à Yogyakarta associe tous les moyens disponibles, depuis les médias sociaux jusqu’au bouche à bouche pour transmettre les informations aux personnes âgées. Yogyakarta a également une communauté très engagée qui apporte sa contribution. La ville dispose d’un comité de secourisme (SAR) avec 2 000 jeunes qui peuvent venir en aide non seulement aux victimes de catastrophes, mais aussi aux personnes qui se perdent ou se blessent sur la montagne. Le SAR travaille à la fois avec le gardien du volcan et le gouvernement local.
Depuis l’éruption de 2010, les circuits en jeep sont devenus une attraction sur le volcan. Ils attirent entre 3 000 et 10 000 touristes chaque week-end. Yogyakarta montre comment une communauté peut gérer une menace continue en l’abordant de différents points de vue.
Le Merapi est toujours actif; On peut le voir par temps clair depuis certains quartiers de la ville. Il n’est plus un fardeau dans l’esprit de la population grâce aux profondes évolutions qui ont ponctué la dernière décennie.
Source: Adapté d’un article dans Voice of America.

La prochaine éruption nous dira si l’évolution des mentalités a permis d’éviter un lourd bilan.

Je sais que des Indonésiens, ainsi que des Français résidant en Indonésie, fréquentent mon blog. J’aimerais avoir leur point de vue sur cet article. Sont-ils en mesure de confirmer (dans les commentaires) l’évolution des mentalités au pied du Merapi?

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Just remember: In 2010, Mt Merapi erupted, killing 353 persons while 350,000 were evacuated to safer places. The volcano, like many others in Indonesia, has its own mythology. It is believed, for instance, that a shadow sultanate of the spirit kingdom is located inside the volcano.
Mt Merapi, like some other spiritual sites in Indonesia, has a juru kunci, or guardian, who is responsible for ritual activity and is appointed by the Sultan of Yogyakarta. In 2010, when Mt Merapi erupted, the guardian was Mbah Maridjan, who was famous for his close spiritual connection with the mountain. He chose to die in the 2010 eruption while his family and other villagers descended to safety. His body was found bent over in prayer.

Merapi’s guardian since 2011 is Asih, Mbah Maridjan’s son. However, Asih, a math professor at the Islamic University of Yogyakarta during the week, is not quite as committed to the mountain as his charismatic father was. He says he is just a servant of the sultan and that he does not feel any particular spiritual connection with Mt Merapi. He declined his father’s honorific « Mbah, » which means « mountain guard. »
Since the 2010 tragedy, Yogyakarta – a city which lies to the south of the volcano – has developed one of the most comprehensive volcano management systems in the world. There is a high concentration of scientists and policy experts in the university town. It is also unique in its combination of grassroots and high-level efforts, from a large volunteer search and rescue SAR) squad to a hereditary spiritual guardian who works hand-in-hand with government officials.
As a consequence, The guardian’s evolving role also reflects how tradition and modernity increasingly work in tandem in post-eruption Yogyakarta. Asih says he works closely with the Center for Volcanology and Geological Hazard Mitigation. Unlike most other guardians, he admits it is not easy for him to give information to people in the area without panic, and that the government can do a better job.
A significant evolution has also appeared among the population living close to Mt Merapi. For instance, every family has a walkie-talkie. Said the head of the VSI: “After 2010, I think people have wanted to listen to science-based warnings, which makes my job easier. » Today, Yogyakarta’s early warning system for volcano alerts combines everything from social media to « mouth-to-mouth knowledge transfer for older people. » Yogyakarta also has a highly engaged citizenry that compounds their efforts at the grassroots level. The city has an all-volunteer search and rescue (SAR) committee of 2,000 young people who train to help not just disaster victims, but also those who get lost or hurt on the mountain. SAR works both with the volcano’s guardian and the local government.
Since the 2010 eruption, open-air jeep tours have become a popular addition to the mountain, attracting 3,000 to 10,000 tourists each weekend. Yogyakarta is a case study in how a community can manage an ongoing threat by tackling it from many directions.

Mt Merapi is still active; you can see it on clear days from parts of the city. But it is no longer a burden on residents’ minds, in part because of their great advances in the past decade.
Source: Adapted from an article in Voice of America.

The next eruption will tell us if the evolution of mentalities has helped to avoid a heavy toll.

I know that Indonesians, as well as French people living in Indonesia, regularly visit my blog. I would like to have their point of view on this article. Can they confirm (in the comments) the evolution of mentalities at the foot of Mt Merapi?

Village sous la cendre après l’éruption de 2010 (Source: Wikipedia)

La prochaine grosse éruption de l’Agung sera en 2062 ! // Mt Agung’s next big eruption will be in 2062 !

Comme je l’ai expliqué dans une note le 28 décembre 2017, les «gardiens» des volcans sont des personnes importantes en Indonésie et leurs prédictions ont une grande influence sur le comportement des populations qui vivent à proximité des volcans.
Un prêtre balinais vient de faire part de ses prévisions sur la prochaine éruption de l’Agung qui est actif – sans éruption majeure – depuis plusieurs mois. En octobre dernier, le prêtre est monté jusqu’au cratère pour y déposer des offrandes. A mi-pente, il s’est arrêté dans un temple où il s’est reposé et a prié. C’était la 33ème fois qu’il faisait une telle ascension. Au sommet, il a vu «des groupes de singes» et un «trou géant dans le cratère.» Il a affirmé haut et fort « que ce qu’il faisait était pour protéger la montagne ; c’était un message de Dieu ». Son plus grand désir était de mettre le monde à l’abri de ce volcan. Il a ajouté: « C’est une belle âme. Je me sens béni au-delà des mots d’avoir le privilège de le rencontrer. »
Quand il est redescendu du cratère, ses déclarations sont allées à l’encontre de celles des volcanologues qui étaient persuadés qu’une éruption était imminente. Il a déclaré qu’il avait escaladé le volcan parce qu’il n’était pas sûr que le Mont Agung entrerait en éruption. Depuis, l’Agung a contraint les autorités balinaises à évacuer des milliers d’habitants. Cependant, après quatre mois d’activité, on n’a toujours pas observé d’éruption majeure. Seuls quelques volumineux nuages ​​de cendre ont perturbé le trafic aérien, ainsi que le tourisme, sur l’île de Bali.
Le prêtre balinais a également affirmé que le Mont Agung resterait encore en éruption pendant neuf mois, tout en affirmant que « ce ne serait pas une grande explosion, elle continuerait à être une éruption lente ». Selon lui, la prochaine éruption sera probablement une autre histoire: « La prochaine explosion aura lieu dans 45 ans (en 2062) .Elle sera grande comme en 1963 … Si c’est une grosse éruption, je prie pour qu’elle ne soit pas énorme et ne détruise pas le monde … Je ne suis qu’un être humain et je ne peux pas arrêter le processus parce que c’est le cycle du volcan.  »
Source: Différents médias d’information dans le monde.

Pour le moment, l’activité est assez stable sur le mont Agung, avec quelques émissions mineures de cendre et de vapeur d’eau. Aucune formation de dôme n’est actuellement observée dans le cratère.

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As I explained it in a previous post on December 28th 2017, volcano « guardians » are important persons in Indonesia and their predictions have a great influence on the behaviour of people who live close to the volcanoes.

A Balinese priest has just delivered a prediction over the next eruption of Mount Agung which has been active – without really erupting – over the past months. In last October, the priest climbed up to the crater in an attempt to make a holy offering. He stopped at a temple halfway up the mountain where he rested and prayed. It was the 33rd time he had made such a climb. At the top, he described what he saw including « gangs of apes » and a giant « hole in the crater ». He said he « was quite adamant that what he’s doing is to protect the mountain; it’s a message from God ». What he believed in his heart was to save the world from this volcano. Said he: “He’s a beautiful soul. I feel blessed beyond words to have the privilege to meet with him. »

When he returned from the crater, he discredited experts who believed an eruption was imminent and said he climbed the volcano because he was not sure that Mount Agung would erupt. Since then, Mount Agung has been a nuisance for Balinese authorities who have already evacuated thousands of residents. However, after four months of activity, the volcano is yet to produce a major eruption. Only a few voluminous ash clouds disrupted air traffic, and also tourism, on the island of Bali.

The Balinese priest also predicted Mount Agung would erupt for another nine months, yet urged « it will not be a big explosion. It will continue to be a slow eruption ». In his opinion, though, the next eruption may be a different story: « The next explosion will be in 45 years (2062). The next explosion will be big like 1963…. If it is a big explosion, I am praying that it is not huge and that it will not destroy the world…I am only a human being and I cannot stop the process because it is the cycle of the volcano. »

Source: Different news media around the world.

For the time being, activity is quite stable on Mt Agung, with occasional minor emissions of ash and water vapour. No dome formation can currently be observed in the crater.

Capture d’image de la webcam de l’Agung

Indonésie / Indonesia: Les gardiens des volcans // The volcanoes’ guardians

Si vous demandez au gouvernement français de nommer un «gardien» du Piton de la Fournaise à la Réunion, on vous répondra que l’Observatoire est largement suffisant pour surveiller le volcan. Les autorités italiennes vous donneront la même réponse et se tourneront vers l’INGV pour surveiller le Vésuve, l’Etna ou le Stromboli. La notion de « gardien » d’un volcan n’existe pas en Europe.
En Indonésie, les choses sont différentes et presque chaque volcan possède son propre « gardien ». Il y a sept ans, Mbah Maridjan, 83 ans, le célèbre gardien spirituel du Merapi sur l’île de Java, a été tué lorsque le volcan a envoyé des coulées pyroclastiques sur sa maison à 5 km du cratère. Lorsqu’il a été retrouvé, son corps était recouvert de cendre blanche et prostré dans la position typique de prière islamique.
Le gardien spirituel de l’Agung est Jero Mangku Darma. Cet homme de 75 ans prie régulièrement pour protéger ses semblables contre la colère des esprits qui habitent la montagne la plus haute et la plus sainte de l’île ; elle crache des cendres, provoque des lahars, et vient de chasser plus de 72 000 personnes.
M. Darma est un pemangku, ; il fait partie des centaines de gardiens de temples qui, selon la croyance locale, ont le pouvoir de communiquer avec les esprits des montagnes à Bali – le Mont Agung en particulier – et de les apaiser par des rituels sacrés tels que la montée au cratère pour y déposer des offrandes de buffles, chèvres et autres poulets. M. Darma vit dans le village de Sebudi, situé dans la «zone rouge» interdite, à seulement 5 km du volcan.
Lorsque les autorités ont élevé la niveau d’alerte du volcan à son maximum le 22 septembre 2017, suite à une augmentation de l’activité sismique, et ont ordonné aux personnes vivant dans un rayon de 10 km du sommet de se retirer vers des zones plus sûres, toutes ont obéi, à l’exception de M. Darma. Il a dit qu’il ne bougerait pas, sauf s’il recevait « l’instruction divine des chuchoteurs de rêves » à travers des indices tels que « le feu, la fumée et les rochers … Les esprits du Mont Agung sont en colère, je dois prier et demander pardon. »
L’Indonésie possède environ 130 volcans actifs. Beaucoup d’entre eux ont des gardiens spirituels qui héritent de la position de leurs ancêtres ou sont nommés par les sultans ou la communauté locale. A Java, la responsabilité repose sur les épaules d’une seule  personne, le jurukunci. A Bali, la tâche est répartie entre les pemangku des nombreux temples qui sont disséminés sur les pentes des volcans. Chacun a une mission unique: s’occuper de son propre volcan et s’assurer qu’il ne met pas en danger la vie des gens.
Tout comme le Mont Merapi sur l’île de Java en 2010, le Mont Agung à Bali a tué au moins un pemangku lors de sa dernière éruption en 1963. C’était le père de M. Darma, Jero Mangku Sabda. Lui et sa femme sont morts avec plus de 1000 autres personnes. Leur seul enfant, M. Darma, s’en est tiré avec une blessure sans gravité à la jambe.
De nos jours, les habitants ont compris l’importance des instruments modernes utilisés pour surveiller l’activité volcanique. En conséquence, ils ont appris à combiner les connaissances spirituelles et la technologie moderne pour assurer leur bien-être. Comme l’a déclaré un responsable religieux: «L’équipement permettant de détecter l’éruption d’une manière scientifique et précise doit aussi être considéré comme un don de Dieu, il ne peut exister sans la grâce de Dieu … Mais la science est également limitée. Les gardiens doivent prier pour déplacer le cours de la lave afin qu’elle ne touche pas les villages ; ils ne peuvent arrêter une éruption, mais ils peuvent prier pour que les effets soient moins dévastateurs, pour que l’éruption apporte des bienfaits tels que des terres fertiles et pas des malédictions. »
Adapté d’un article paru dans The Straits Times.

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If you ask the French government to appoint a “guardian” of the Piton de la Fournaise on Reunion Island, they will tell you that the Observatory is largely sufficient to monitor the volcano. Italian authorities will give you the same answer and refer to INGV to control Vesuvius, Mount Etna or Stromboli. The notion of a “guardian” of a volcano does not exist in Europe.

In Indonesia, things are different and nearly every volcano has its own “guardian”. Just seven years ago, the famed spiritual keeper of Java’s Mount Merapi, 83-year-old Mbah Maridjan, was killed when the volcano erupted, sending pyroclastic flows over his home, situated 5km from the crater. His body, when found, was caked in white soot and prostrate in the typical Islamic prayer position.

Mt Agung’s spiritual guardian is Jero Mangku Darma. The 75-year-old man regularly prays for protection from the wrath of the spirits living within the island’s tallest and holiest mountain, which has been spewing ash and cold lava and displaced more than 72,000 people.

Mr Darma is a pemangku, one of the hundreds of temple guardians who the local people believe have the power to communicate with mountain spirits in Bali – such as in Mount Agung – and appease them through sacred rituals such as hikes to the crater to make offerings of buffaloes, goats and chicken. He lives in the village of Sebudi, which lies in the no-go « red zone », only 5 km away from the volcano.

When the authorities raised the alert to the highest level on September 22nd 2017, following an increase in seismic activity, and ordered people living within a radius of 10km from the summit to evacuate to safer areas, all left except for Mr Darma. He said he would not budge unless he received « divine instruction from dream whisperers » through clues such as « fire, smoke and rocks… The spirits of Mount Agung are angry. I must pray and ask for forgiveness. »

Indonesia is home to around 130 active volcanoes. Many of them are guarded by spiritual keepers, who inherit the position from their forefathers or are appointed by sultans or the local community. In Java, the responsibility rests on the shoulders of one person, called the jurukunci. In Bali, the burden is shared among the pemangku of the many temples that dot the slopes of the volcanoes. Each has a single mission: to look after his own volcano and ensure it does not endanger the lives of people.

Just like Mount Merapi on the island of Java in 2010, Bali’s Mount Agung claimed the life of at least one pemangku when it last erupted in 1963. He was Mr Darma’s father, Jero Mangku Sabda. He and his wife died with more than 1,000 others. Their only child, Mr Darma, escaped with a minor leg injury.

Nowadays, local residents have understood the importance of modern instruments to monitor volcanic activity. As a consequence, they have learnt to combine spiritual knowledge and modern technology to ensure their well-being. As one religious official said: « The equipment to detect eruption in a more scientific and precise way must also be considered a gift from God. It can’t exist without the grace from God…But science is also limited; we still need the spiritual guardians to pray to shift the flow of lava so it won’t hit villages. They cannot stop an eruption, but they can pray that the effects will be less devastating, that the eruption will bring blessings such as fertile lands, and not curses such as fatalities. »

Adapted from an article in The Straits Times.

Panache de cendre du Merapi vu depuis l’espace en 2010 (Crédit photo: NASA)