Saint Gervais (Haute-Savoie) toujours sous la menace du glacier de Tête Rousse

Ce n’est pas le plus connu du massif alpin, mais le glacier de Tête Rousse fait partie des plus dangereux. En 2010, on a découvert une énorme poche d’eau sous la glace, à 3200 mètres d’altitude. Les autorités avaient alors décider de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand la rupture d’une poche glaciaire avait entraîné une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes qui avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes.

Depuis 2010, le glacier de Tête Rousse est placé sous haute surveillance. Avec le réchauffement climatique, on sait que la fonte de la glace s’est accélérée. Ces derniers jours, de nouvelles mesures ont révélé la présence de deux nouvelles poches d’eau, à une profondeur plus grande que prévu. L’une aurait un volume de 20 à 25 000 mètres cubes, l’autre de près de 15 000, soit un volume total d’environ 40 000 mètres cubes.. C’est moins que les 65 000 mètres cubes de 2010, mais c’est suffisant pour que la menace soit prise très au sérieux. Le maire de St Gervais estime aujourd’hui que 2300 personnes pourraient mourir en cas de nouvelle déferlante provoquée par la vidange brutale de la poche d’eau glaciaire. En 2010, grâce aux opérations de pompage,, le volume d’eau présent dans la cavité avait été ramené à 10.000 m3. Aujourd’hui, de nouvelles mesures doivent être prises pour éviter que l’eau continue de s’accumuler.

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 Le 12 juillet 1892, le glacier de Tête Rousse libère brusquement une masse d’eau et de glace estimée à 200 000 m³. Très rapidement, cette lave torrentielle, qui s’est chargée de terre, de roches et de végétaux en dévalant la pente, atteint un volume d’un million de m³. Tout est rasé sur son passage. Onze maisons du hameau de Bionnay, sont emportées faisant trois victimes. La coulée poursuit sa route plus en aval vers Saint-Gervais. Elle détruit le vieux pont romain, monte à 30 mètres de haut sous l’arche du nouveau Pont du Diable, puis s’engouffre dans la gorge des Bains. A peine dix minutes après la rupture, l’établissement thermal de Saint-Gervais est balayé par la lave, anéantissant six bâtiments sur huit, enterrant à demi les autres sous les débris et causant la mort de 130 personnes. La lave franchit le pont du Fayet à la hauteur de l’usine électrique puis s’étale dans la plaine sur 75 hectares, après avoir démoli huit maisons et tué douze personnes. Les dégâts sont considérables. Le bilan humain est catastrophique. Le nombre de morts et disparus est estimé entre 175 et 200. Selon les témoignages, la crue n’aurait pas duré plus de cinq à huit minutes. L’Arve a été fortement grossie, et un flot semblable à un mascaret est arrivé soudainement à Bonneville, vers quatre heures du matin.

Les causes de cet accident sont restées obscures pendant quelque temps. Au premier moment, on avait pensé, à tort, à une chute de l’extrémité du glacier de Bionassay. Joseph Vallot, Directeur de l’Observatoire du Mont-Blanc (il a donné son nom au célèbre refuge sur la montagne) au moment de la catastrophe a décrit dans la revue La Nature N°1003 du  20 août 1892 son approche de la source de la lave torrentielle. En voici un extrait :

« Arrivés à une altitude d’environ 3200 mètres, nous nous sommes trouvés en face d’une grande muraille de glace demi-circulaire, presque verticale, de 40 mètres de haut sur 100 mètres de diamètre. Dans cette muraille s’ouvrait une énorme cavité, mesurant 40 mètres de large sur 20 mètres de haut. Au pied, sur le sol de glace en cuvette, se trouvaient quelques blocs de glace, recouverts de neige récente, avec de petits lacs, alimentés par un ruisseau sortant de la caverne et s’écoulant sur la pente des rochers.

Un examen même superficiel suffisait pour montrer que la partie du glacier qui avait rempli le demi-cercle formé par la muraille de glace avait été enlevée récemment ; les lambeaux de névé qui subsistaient sur les côtés laissaient voir que l’extrémité du glacier avait formé une pente de 45°, par conséquent sans aucun surplomb ; ce glacier n’avait donc pas pu s’écrouler de lui-même, par l’effet de son poids, et il fallait qu’il eût été projeté par une force inconnue pour sortir de la cuvette étroite qui le contenait.

Nous pénétrâmes dans la caverne, qui se ramifiait en divers couloirs dont les parois, ainsi que celles de la voûte principale, offraient partout des surfaces polies et arrondies analogues à celles des marmites de géants, mais formées de glace transparente. Tous les caractères démontraient d’une manière certaine le contact prolongé de l’eau avec la glace. La présence d’une énorme caverne creusée dans la glace et remplie d’eau était donc démontrée, observation peut-être unique dans les annales géologiques.

Quelques pas, taillés au piolet dans la glace vive, nous amenèrent en un instant au bord du petit entonnoir au fond duquel nous avions émergé, et nous nous trouvâmes en face du spectacle le plus inattendu et le plus merveilleux qui se puisse imaginer. Nous étions au fond d’une sorte de cratère, à parois absolument verticales de glace blanche, reluisant au soleil. […]  Ce cirque d’effondrement, que personne n’avait soupçonné avant nous, mesurait 80 mètres de long, sur 40 mètres de largeur et 40 mètres de profondeur verticale. Ses parois étaient en neige et en glace blanche. Sur notre droite, il se prolongeait en une cavité de 15 à 20 mètres de haut, dont les parois en glace transparente et polie montraient que le lac avait également rempli cette caverne.

[…]

L’examen des grottes de glace prouvent d’une manière certaine qu’elles ont contenu toutes deux une grande quantité d’eau. L’hypothèse d’une avalanche de glace sèche tombe d’elle-même devant cette constatation. Il reste à rechercher le mécanisme de l’effondrement et du départ de l’avalanche.

L’eau, augmentant sans cesse par suite de l’obstruction temporaire de l’orifice d’écoulement, a dû miner peu à peu la croûte de glace qui recouvrait la cavité supérieure ; la voûte, devenant trop faible, s’est alors effondrée, exerçant sur l’eau une énorme pression qui, se propageant dans la grotte inférieure, a rompu et projeté violemment dans le couloir rocheux la partie antérieure du glacier la seule partie non encaissée par le rocher et plus faible par sa position même.

Ainsi s’explique l’énorme quantité d’eau qui s’est précipitée dans la vallée, emportant sur son passage la terre des rives, et formant ainsi la boue liquide qui s’est répandue dans les parties basses, accompagnée de blocs de glace et de rochers. La partie antérieure arrachée au glacier a roulé sur la pente avec l’eau de la caverne, tandis que le plafond du cirque d’ effondrement, n’ayant plus aucun véhicule liquide, est resté au fond de la cavité, remplaçant l’eau du lac sous-glaciaire.

D’après mon lever topographique, la quantité d’eau fournie par l’effondrement supérieur est de 80 000 mètres cubes. Il faut y ajouter 20 000 mètres cubes pour la grotte d’entrée, et 90 000 mètres cubes de glace arrachée à la partie frontale du glacier, ce qui forme un total de 100 000 mètres cubes d’eau et 90 000 mètres cubes de glace.

[…]

Il est malheureusement probable que ce lac sous-glaciaire, qui résulte de la configuration des lieux, se reformera dans un temps plus ou moins éloigné. Le remède consisterait à faire sauter à la mine le seuil rocheux, de manière à ménager, un écoulement à l’eau de fusion du glacier. Mais il faudrait se hâter, car les travaux deviendront de plus en plus dangereuse, si on laisse au lac le temps de se reformer, même en partie. »

 On appréciera la justesse de la conclusion. 127 ans plus tard, le danger demeure…

L’intégralité du texte rédigé par Joseph Vallot et illustré de plusieurs photos peut être lu en cliquant sur ce lien : http://sciences.gloubik.info/spip.php?article1017

Schéma accompagnant le texte de Joseph Vallot pour expliquer le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892.

Antarctique : Une énorme cavité sous le Glacier Thwaites // Antarctica : A huge cavity under Thwaites Glacier

Au cours de ma conférence sur la fonte des glaciers et le réchauffement climatique, je mentionne le Glacier Thwaites, le plus imposant de l’Antarctique de l’Ouest, avec une largeur de 120 km. Il a à peu près la taille de la Floride aux États-Unis. Des modèles informatiques ont montré que ce glacier a commencé à se désintégrer. Il va probablement disparaître dans prochains siècles et fera ainsi s’élever le niveau de la mer d’environ 60 centimètres. Cette désintégration vient d’être confirmée par les scientifiques de la NASA qui ont découvert une vaste cavité sous le glacier. Une étude menée par l’agence et publiée le 30 janvier 2019 dans la revue Science Advances a révélé qu’une cavité d’une superficie équivalente aux deux tiers de Manhattan et d’une hauteur d’environ 300 mètres s’était développée sous le Glacier Thwaites. La cavité est suffisamment grande pour contenir 14 milliards de tonnes de glace, dont la plus grande partie a fondu au cours des trois dernières années.
Les chercheurs ont découvert la cavité à l’aide d’un radar capable de pénétrer la glace au cours de l’opération IceBridge, une mission aéroportée lancée en 2010 par la NASA pour étudier la glace polaire. L’année dernière, la National Science Foundation et le Natural Environment Research Council de Grande-Bretagne ont lancé un programme commun baptisé «International Thwaites Glacier Collaboration» afin d’étudier le glacier instable et son rôle dans l’élévation du niveau de la mer.
Le Thwaites est l’un des six glaciers côtiers de l’Antarctique de l’Ouest. Le problème est que si l’un de ces glaciers disparaît, les autres feront de même car les systèmes glaciaires de l’Antarctique occidental sont interconnectés.
Source: USA Today.

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During my conference about glacier melting because of global warming, I mention Thwaites Glacier, the most massive in West Antarctica, with a width of 120 kilometres. It has about the size of Florida in the United States. Computer models have shown that this glacier has already started disintegrating. It will probably disappear in a few centuries and raise sea level by about 60 centimetres.  This has just been confirmed by NASA scientists who have discovered a large cavity under the glacier. A study led by the agency and published on January 30th, 2019 in the journal Science Advances, revealed that a cavity about two-thirds the area of Manhattan and roughly 300 metres tall is growing under Thwaites Glacier. The cavity is large enough to have contained 14 billion tons of ice, most of which has melted within the last three years.

Researchers discovered the cavity using ice-penetrating radar in NASA’s Operation IceBridge, an airborne survey launched in 2010 to study polar ice. Last year, the National Science Foundation and Britain’s Natural Environment Research Council launched a joint program called the “International Thwaites Glacier Collaboration” to study the unstable glacier and its role in sea levels.

Thwaites is one of the six coastal glaciers in West Antarctica. The problem is that if one of these glaciers disappears, the others will follow as the glacial systems in West Antarctica are interconnected.

Source: USA Today.

Source: NASA

Du méthane sous le Katla (Islande) // Methane beneath Katla Volcano (Iceland)

Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2). Il inquiète de plus en plus les environnementalistes car il contribue au changement climatique. Comme je l’ai expliqué dans plusieurs articles, dans les régions arctiques, le méthane est emprisonné dans le pergélisol. Avec la hausse globale des températures, le sol dégèle et libère ce gaz, ce qui contribue au réchauffement de la planète.
Une étude récente publiée dans la revue Scientific Reports a fait de nouvelles révélations inquiétantes. En effet, le Sólheimajökull, un glacier islandais connecté au volcan Katla, l’un des plus actifs du pays, rejette d’énormes quantités de méthane. Les chercheurs ont découvert que pendant les mois d’été il laisse échapper quotidiennement jusqu’à 41 tonnes de méthane par l’intermédiaire des eaux de fonte du glacier. L’étude est la première à montrer que le méthane est rejeté en aussi grande quantité par les glaciers.
L’identification et la compréhension des sources de méthane non reconnues jusqu’à maintenant, dans des secteurs comme les glaciers, sont très importantes pour la modélisation du changement climatique. Si le volcan et le glacier islandais sont représentatifs d’autres systèmes similaires, cela signifie que des volumes de méthane non encore comptabilisés s’échappent dans l’atmosphère. Il devient de plus en plus évident que de vastes zones d’activité géothermale sous les immenses calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland produisent probablement de grandes quantités de méthane.
L’équipe scientifique a prélevé des échantillons d’eau accumulée devant le front du glacier pour mesurer les concentrations de méthane. Les chercheurs ont constaté que, par rapport aux autres rivières et sédiments de la région, les niveaux de ce gaz étaient beaucoup plus élevés sur le Sólheimajökull. Les plus fortes concentrations se trouvent au point où la rivière émerge sous le glacier. Une analyse plus poussée a permis aux chercheurs de trouver la source exacte du méthane: il provient de l’activité microbiologique sur le soubassement du glaciers. Lorsque le méthane entre en contact avec l’oxygène, il se combine normalement pour former du dioxyde de carbone. Cependant, s’agissant du Sólheimajökull, lorsque l’eau de fonte atteint le soubassement du glacier, elle entre en contact avec les gaz du volcan. Ces gaz réduisent la teneur en oxygène de l’eau, permettant ainsi au méthane produit d’être dissous et transporté à l’extérieur du glacier.
Les scientifiques estiment que le volcan fournit les conditions nécessaires au développement des microbes et à la libération du méthane dans l’eau de fonte. En d’autres termes, la chaleur géothermale transforme le volcan en un incubateur géant.
Les chercheurs ont conclu, suite aux observations sur le Sólheimajökull et le Katla, que de nombreux autres volcans actifs recouverts de glace produisaient probablement du méthane de la même manière. Ils espèrent maintenant conduire des recherches semblables au Groenland ou en Antarctique. Si de grandes zones géothermales situées sous ces inlandsis produisent du méthane comme en Islande, et si le réchauffement climatique se poursuit à son rythme actuel, les conséquences pourraient être préoccupantes. Des quantités d’eau de fonte de plus en plus importantes vont atteindre le soubassement des glaciers. Cela favorisera une plus grande connectivité avec les zones volcaniques et géothermales enfouies sous la glace. Si une zone géothermale est reliée à un système hydrologique, cela signifie que le méthane peut s’échapper dans l’atmosphère au lieu d’être piégé sous la glace.
Source: Newsweek.

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Methane (CH4) is a greenhouse gas far more potent than carbon dioxide (CO2). It is becoming of increasing concern because of its potential to contribute to climate change. As I explained in several posts, in Arctic regions, methane is locked up in permafrost. As global temperatures increase, the soil thaws and methane is released, contributing to further warming.

A recent study published in Scientific Reports has made more worrying revelations. Indeed, huge amounts of methane are being released from Sólheimajökull, an Icelandic glacier connected to Katla, one of the country’s most active volcanoes. Researchers found that up to 41 tonnes of methane are released through meltwater from the glacier every day over the summer months. The study is the first to show methane is released from glaciers on such a large scale.

Identifying and understanding previously unrecognized sources of methane, like on glaciers, is very important to climate change models. If this volcano and glacier are representative of other similar systems, it could mean masses of previously unaccounted methane are being released into the atmosphere. There is increasing evidence for large zones of geothermal activity beneath the world’s biggest ice sheets in Antarctica and Greenland, so there could be a large amount of methane being produced there.

The team took water samples from the edge of the lake in front of the glacier to measure the concentrations of methane. They found that compared to other nearby rivers and sediments, the levels were far higher. The highest concentrations of methane were at the point where the river emerges from beneath the glacier. Further analysis allowed the researchers to find the exact sources of the methane: it was produced by microbiological activity on the glacier bed. When methane comes into contact with oxygen it normally combines to form carbon dioxide. However, at Sólheimajökull, when the meltwater reaches the bed of the glacier it comes into contact with gasses from the volcano. These gases lower the oxygen content in the water, allowing the methane produced to be dissolved and transported out of the glacier.

The ssientists believe that the volcano provides the conditions necessary for microbes to thrive and release methane into the meltwater. In other words, the geothermal heat turns the volcano into a giant incubator.

Researchers say that while the study only focuses on Sólheimajökull and Katla, there are many other ice-covered active volcanoes that could produce methane in a similar way. The team now hopes to carry out similar research in Greenland or Antarctica. If large geothermal areas beneath these ice sheets produce methane like in Iceland, and if global warming continues at its current rate, the consequences could be concerning. The increased amount of meltwater produced in a warming world will access the bed of the glacier. This may encourage greater connectivity with volcanic and geothermal areas buried beneath the ice. A hydrologically connected geothermal area means the methane can escape to the atmosphere rather than being trapped beneath the ice.

Source : Newsweek.

Eau de fonte du Sólheimajökull (Photo: C. Grandpey)

Le réchauffement climatique dans les Alpes: De Tignes à Annecy…

Le glacier de la Grande Motte à Tignes n’ouvrira pas comme prévu le 29 septembre. Les conditions ne sont pas réunies pour une ouverture avant au moins la mi-octobre. Il s’agit évidemment d’un nouveau signe inquiétant du réchauffement climatique. Ce retard entraîne des complications au niveau sportif car le glacier devait accueillir les skieurs des équipes de France qui organisent chaque année des stages pour terminer leur préparation pour l’ouverture de la Coupe du monde les 27 et 28 octobre à Sölden en Autriche.

Les responsables de la station de Tignes étudient attentivement les prévisions météorologiques pour établir un nouveau calendrier. Un anticyclone persiste sur les Alpes en ce moment, ce qui interdit l’arrivée de précipitations significatives.

Les équipes de France de ski ont pour habitude de venir s’entraîner chaque année à Tignes à cette époque de l’année. La situation sur le Glacier de la Grande Motte va entraîner des modifications. Le groupe technique hommes, après un stage en août et début septembre à Ushuaïa (Argentine) va terminer sa préparation à Saas Fee (Suisse). Les dames sont à Ushuaïa jusqu’au 3 octobre et profitent des conditions encore hivernales.

Au vu de l’évolution des glaciers en France et en Europe, on peut penser que les équipes de  France de ski vont décaler leur préparation dans l’hémisphère Sud et la prolonger en octobre au cours des prochaines années.

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Comme je l’ai écrit dans une note précédente rédigée à mon retour d’un voyage glaciaire dans les Alpes, le lac d’Annecy s’assèche dangereusement et son niveau d’eau n’en finit pas de baisser. Selon les dernières mesures effectuées le 24 septembre 2018, il a perdu 53 cm par rapport à sa cote légale de 80 cm. La situation devrait empirer au cours des prochains jours, faute de précipitations importantes. Une nouvelle baisse importante du niveau du lac (10 cm supplémentaires ?) est donc fortement prévisible.

Pas besoin d’être ingénieur pour comprendre la situation! Il suffit de s’approcher des berges du lac. Il faut s’éloigner de plusieurs dizaines de mètres de la plage pour avoir les chevilles mouillées, et il faut atteindre 200 à 300 mètres du rivage pour avoir de l’eau à mi-cuisse !

Comme je l’ai indiqué précédemment, les premières victimes de cet assèchement historique sont les loueurs de bateaux. Plusieurs se retrouvent au chômage technique ou quasiment, faute d’un tirant d’eau suffisant pour leurs embarcations. S’agissant des hors-bords sans permis, il faut les pousser, moteur relevé, jusqu’à 200 ou 300 mètres du rivage. Seules deux personnes sont autorisées à monter à bord, de manière à alléger le poids.

Un professionnel a été contraint d’arrêter la location des bateaux avec permis dès la fin du mois août, et il vient de prendre la même décision pour toutes les embarcations sans permis. Selon lui, la situation est pire que lors de la canicule de 2003, parce qu’en 2018 elle dure beaucoup plus longtemps.

Les navires de croisières qui conduisent des groupes de touristes français et étrangers sur le lac sont logés à la même enseigne. Selon l’une des responsables de la Compagnie des bateaux du lac d’Annecy, « le niveau du lac est vraiment critique depuis quinze jours, mais nous sommes impactés depuis trois semaines. Il a donc été décidé de réduire le nombre de croisières. La capacité des bateaux est également passée de 198 à 120 passagers, afin d’alléger un peu le poids et d’avoir un tirant d’eau suffisant. Cette situation n’a pas d’impact sur l’emploi des marins, mais l’arrière-saison est perturbée cette année. »

C’est évidemment le très beau temps – dont tout le monde se réjouit sans réfléchir – et les températures caniculaires de ces dernières semaines, avec le manque de pluie, qui sont à l’origine de l’assèchement historique du  lac d’Annecy. Les gens ont trop tendance à croire que le réchauffement climatique n’interviendra qu’en 2050, alors qu’il est là aujourd’hui. S’agissant du lac, c’est la 5ème alerte – et la plus forte – depuis 2003. Le lac est très sensible au réchauffement car il n’est alimenté que par deux petites rivières. Les jours de fortes chaleurs, on perd entre 1 et 2 cm d’eau par jour en raison de l’évaporation.

Pour tenter de prévenir ces épisodes d’assèchement du lac, appelés à se multiplier durant la saison estivale, l’idée est de faire fluctuer les niveaux de l’eau au gré des saisons, de manière à constituer des stocks en hiver et au printemps en prévision des fortes températures d’été. Le problème, c’est qu’il faudrait une autorisation de l’État car la cote stable de 80 cm toute l’année est imposée depuis la fin du 19ème siècle. Actuellement, pour parvenir à cette cote permanente, les agents du syndicat du lac d’Annecy jouent avec les vannes alimentant le canal voisin du Thiou. Cette façon de procéder est jugée archaïque et inadaptée aujourd’hui par les élus, et plus du tout en phase avec l’évolution du climat. La balle est maintenant dans le camp de l’Etat qui devra prendre une décision rapidement car le temps presse.

Source: Le Dauphiné Libéré.

Photo: C. Grandpey