Nouvelles du Taupo (Nouvelle Zélande), du Vulcano et de l’Etna (Sicile)

Le Taupo (Nouvelle-Zélande) est connu pour l’éruption cataclysmale de l’Oruanui Tephra environ 22 600 ans avant notre ère. L’éruption, qui avait un VEI 8, a laissé derrière lle une caldeira qui est maintenant remplie par le lac Taupo. L’événement a produit environ 1 170 km3 de tephra. La plus récente éruption majeure a eu lieu vers 1 800 ans avant notre ère avec des dépôts qui ont recouvert 20 000 km2 de l’île du Nord.
En mai 2022, le réseau de surveillance sismique de GeoNet a enregistré un petit essaim au niveau du lac Taupo. Les scientifiques néo-zélandais expliquent que de tels essaims sont normaux et que plusieurs sont enregistrés chaque année. Les instruments ont localisé plus de 84 événements sous le lac depuis le 28 avril 2022, dont seulement deux dépassaient M3.0.
Les séismes dans la région du lac Taupo ont généralement des hypocentres situés à moins de 15 km de profondeur, et les derniers événements avaient des profondeurs allant de 3 à 16 km.
Il se peut que les essaims soient liés aux failles actives de la zone volcanique de Taupo (TVZ) et aux processus volcaniques des volcans qui occupent la caldeira comme le Taupo et l’Okataina. Ils confirment que le Taupo est toujours un volcan actif et potentiellement dangereux. Il doit donc être surveillé étroitement.
Source : GeoNet.

Photo: C. Grandpey

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Voici quelques nouvelles de Vulcano (Iles Eoliennes) telles qu’elles ont été communiquées par l’INGV dans son dernier bulletin du 17 mai 2022.
– La température des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa reste stable autour de 380°C.
– Les mesures du CO2 dans la zone du cratère ne sont pas disponibles en raison de problèmes techniques en cours de résolution.
– Les émissions de SO2 dans la zone du cratère restent à un niveau moyen-élevé et en diminution
– La géochimie des gaz fumerolliens (CO2, He, N2) montre une légère diminution.
– Les émissions de CO2 à la base du cône de La Fossa et dans la zone de Vulcano Porto continuent de montrer une légère tendance à la baisse, mais restent sur des valeurs moyennes-élevées. Sur le site des Faraglioni, les valeurs sont proches de la normale.
– Le niveau d’activité sismique est faible.
– Aucune déformation significative n’a été enregistrée.

S’agissant des prévisions pour les semaines à venir, l’INGV n’écarte pas le risque d’une nouvelle augmentation du dégazage fumerollien, une élévation de la température des gaz, une augmentation de la sismicité et des déformations. L’Institut met également en garde contre des phénomènes explosifs soudains ainsi que les émissions de CO2 au niveau du sol, près des zones d’émission en mer, dans les zones sous le vent et surtout dans les lieux fermés, même si les accumulations de CO2 peuvent aussi s’avérer mortelles en milieu ouvert.

Il est rappelé que l’accès au cratère de la Fossa est interdit et que certains secteurs de l’île ne sont pas autorisés eux non plus.

Capture d’écran webcam de 22 mai 2022. Peu de fumerolles, signe que l’air ambiant est chaud et sec.

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L’activité éruptive de type strombolien accompagnée d’une double coulée de lave se poursuit au niveau du Cratère Sud-Est (CSE) de l’Etna (Sicile). Comme le fait remarquer un article paru dans le journal La Sicilia, il semble que, depuis quelque temps, le volcan ait changé son mode opératoire. Au lieu de paroxysmes intenses à répétition, on observe actuellement une activité plus moins explosive mais qui dure plus longtemps. Le 20 mai une nouvelle bouche s’est ouverte sur le versant nord du CSE, à une altitude d’environ 3 250 mètres. La coulée émise par cette bouche vient s’ajouter à celle émise le 12 mai. Leurs fronts se trouvent dans la Valle del Leone. Une activité strombolienne accompagnée d’émissions de cendres est observée dans le même temps au sommet du CSE.

Le 21 mai 2022, la Protection Civile a fait passer le niveau d’alerte de l’Etna du Vert (activité habituelle) au Jaune (vigilance volcanique). Cette nouvelle couleur suppose un renforcement du système de surveillance du volcan et l’activation d’un lien d’information constant entre la communauté scientifique et les autres composantes et structures opérationnelles du Service National de la Protection Civile.

Source: La Sicilia.

Capture écran webcam

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Taupo (New Zealand) is known for the voluminous eruption of the Oruanui Tephra about 22 600 years before present. The eruption, which had a VEI 8, left a caldera that is now filled by Lake Taupo. the event produced about 1 170 km3 of tephra. The most recent major eruption took place about 1 800 years BP, with deposits which covered 20 000 km2 of North Island.

In May 2022, the GeoNet earthquake monitoring network recorded a small seismic swarm at Lake Taupo. NZ scientists explain that such swarms are normal and several are recorded each year. Instruments have located more than 84 earthquakes under the lake since April 28th, 2022, with only two of these being over M3.0.

Earthquakes in the Lake Taupo area are typically shallower than 15 km, and the recent events are no different, with depths ranging from 3 to 16 km.

The swarms can be related to the active faults in the Taup? Volcanic Zone and volcanic processes at the caldera volcanoes like Taup? and Okataina. They confirm that Taupo is still an active and potentially hazardous volcano that needs to be carefully monitored.

Source: GeoNet.

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Here is some news of Vulcano (Aeolian Islands) as communicated by INGV in its last bulletin of May 17th, 2022.
– The temperatures of the fumaroles at La Fossa Crater remain stable around 380°C.
– CO2 measurements in the crater area are not available due to technical issues being resolved.
– SO2 emissions in the crater area remain at a medium-high level and decreasing
– The geochemistry of fumarolic gases (CO2, He, N2) shows a slight decrease.
– CO2 emissions at the base of the La Fossa cone and in the Vulcano Porto area continue to show a slight downward trend, but remain at medium-high values. On the site of the Faraglioni, the values ??are close to normal.
– The level of seismic activity is low.
– No significant deformation has been recorded.

Regarding predictions for the coming weeks, INGV does not rule out the risk of a further increase in fumarolic degassing, a rise in gas temperature, an increase in seismicity and deformation. The Institute also warns against sudden explosive phenomena as well as CO2 emissions at ground level, near emission zones at sea, in downwind zones and especially in closed places, even if the accumulations of CO2 can also be deadly in an open environment.
It is recalled that access to La Fossa crater is prohibited and that certain place s of the island are not authorized either.

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Strombolian activity, accompanied by two lava flows continues at Mt Etna‘s Southeast Crater (SEC). As an article in the newspaper La Sicilia points out, it seems that for some time now the volcano has changed its modus operandi. Instead of repetitive intense paroxysms, activity has become less explosive but is lasting longer. On May 20th, a new vent opened on the northern slope of the SEC, at an altitude of approximately 3,250 meters. The flow emitted by this vent is added to that emitted on May 12th. Their fronts are in the Valle del Leone. Strombolian activity accompanied by ash emissions is observed at the same time at the summit of the SEC.

On May 21st, 2022, the Civil Protection raised Mt Etna’s alert level from Green (usual activity) to Yellow (volcanic vigilance). This new colour means a strengthening of the volcano surveillance system and the activation of a constant information link between the scientific community and the other components and operational structures of the National Civil Protection Service.
Source: La Sicilia.

Etna (Sicile) : Nouvelle bouche sur le Cratère Sud-Est // New vent on the SE Crater

L’INGV indique qu’à partir de 15h30 UTC le 20 mai 2022 une nouvelle bouche effusive s’est ouverte sur le versant nord du cratère SE, à environ 3250 m d’altitude, juste au nord-ouest de la bouche qui s’est ouverte le 12 mai. Une petite coulée de lave s’échappe de la bouche et se dirige vers le nord-est. Dans le même temps,l’émission de lave continue au niveau de la bouche du 12 mai. Le front de lave se trouve dans la Valle del Leone. Dans le même temps, on continue à observer une activité strombolienne dans le Cratère SE, avec des émissions de cendres.
Source: INGV.

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INGV indicates that from 15:30 UTC on May 20th, 2022 a new effusive vent opened on the northern slope of the SE crater, at around 3250 m a.s.l., just northwest of the vent which opened on May 12th. A small lava flow is coming out of the vent and flowing northeast. At the same time, lava emission continues at the May 12th vent. The lava front is in the Valle del Leone. At the same time, Strombolian activity continues within the SE Crater, with some ash emissions.
Source: INGV.

Le Cratère SE le 21 mai au matin (capture écran webcam)

Séismes et éruptions : la Sicile s’inquiète… // Earthquakes and eruptions : Sicily is getting anxious…

Un réveil de l’Etna, un accès de colère du Stromboli, deux séismes entre Lampedusa et Linosa pour l’un et au large des Iles Eoliennes pour l’autre; il y avait de quoi mettre en émoi la presse sicilienne le 14 mai 2022!

Comme je l’ai indiqué précédemment, la lave a percé le flanc sud du Cratère Sud-Est de l’Etna et une coulées avance jusqu’à la base du cône. Le 13 mai, une violente explosion a secoué le Stromboli avec des projections de matériaux jusque sur le Pizzo.

Les séismes enregistrés le 14 mai avaient des magnitudes de M 3,6 au large de Lampedusa et de M 3;8 au large des Eoliennes. Les hypocentres ont été localisés respectivement à 10 et 11 km de profondeur. Ces événements ne semblent pas avoir causé de dégâts.

Selon l’INGV, le coupable de cette sismicité est probablement le complexe Alfeo-Etna, un immense système de failles, pouvant atteindre une centaine de kilomètres de long, situé à l’est de l’escarpement ibléo-maltais qui génère un essaim sismique avec des événements mineurs depuis novembre 2021. Les données géologiques et géophysiques acquises en mer ces dernières années indiquent que la zone de déformation, d’une orientation nord-ouest-sud-est, de la faille Alfeo-Etna modifie le fond marin au large de la côte ionienne en rejoignant, le long de la Timpa d’Acireale, les systèmes de failles actives du versant oriental de l’Etna.
S’agissant de la surveillance de la faille Alfeo-Etna, je vous renvoie à une note que j’ai publiée sur ce blog le 15 février 2021:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2021/02/15/letude-de-la-faille-au-pied-de-letna-the-study-of-the-fault-at-the-foot-of-mt-etna/

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An awakening of Mt Etna, a fit of anger at Stromboli, two earthquakes between Lampedusa and Linosa for one and off the Aeolian Islands for the other; there was enough to stir the Sicilian press on May 14th, 2022!
As I indicated before, lava has pierced the southern flank of Etna’s Southeast Crater and a flow is advancing to the base of the cone. On May 13th, a violent explosion shook Stromboli with projections of materials as far as the Pizzo.

The earthquakes recorded on May 14th had magnitudes of M 3.6 off Lampedusa and M 3.8 off the Aeolian Islands. The hypocenters were located respectively at 10 and 11 km depth. These events do not appear to have caused any damage.
According to INGV, the cause of the seismicity probably lies with the Alfeo-Etna complex, a huge fault system, up to a hundred kilometers long, located east of the Ibleo-Maltese escarpment which has been generating a seismic swarm with minor events since November 2021. Geological and geophysical data acquired at sea in recent years indicate that the deformation zone, with a northwest-southeast orientation, of the Alfeo-Etna fault modifies the seabed off the Ionian coast as it merges, along the Timpa of Acireale, with the active fault systems of the eastern slope of Mt Etna.
Regarding the monitoring of the Alfeo-Etna fault, you can have a look at a post I published on this blog on February 15, 2021:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2021/02/15/letude-de-la-faille-au-pied-de-letna-the-study-of-the-fault-at-the-foot-of-mt- etna/

La lave sur le flanc du Cratère SE de l’Etna (Capture webcam)

Un gravimètre quantique absolu (AQG) sur le Kilauea (Hawaii) // An Absolute Quantum Gravimeter on Kilauea Volcano (Hawaii)

La dernière rubrique Volcano Watch publiée par le l’Observatoire des Volcans d’Hawaii, le HVO est consacrée à l’Absolute Quantum Gravimeter AQG) – gravimètre quantique absolu – un nouvel instrument de haute technologie que vient d’acquérir l’observatoire. Il est en cours d’installation, de test et d’étalonnage avant d’être installé au sommet du Kilauea. L’AQG a la capacité de mesurer d’infimes variations de masse sous la surface du sol et peut donc aider à détecter les processus volcaniques en profondeur.
Tous les objets ont une masse et donc un champ de gravité. L’attraction gravitationnelle de la Terre est légèrement plus forte dans les zones qui ont plus de masse et légèrement plus faible dans les zones avec moins de masse. Le rôle des gravimètres est donc de mesurer l’attraction gravitationnelle. S’agissant des volcans, les gravimètres permettent aux scientifiques de détecter les changements subtils de gravité causés par les mouvements du magma. Une gravité plus forte peut indiquer la présence d’un plus importante quantité de magma sous la surface du sol.
Il existe deux principaux types de gravimètres : relatif et absolu.
Les gravimètres relatifs sont les plus courants. Ils contiennent un poids attaché à un ressort vertical sensible. La gravité étire le ressort et la quantité d’étirement est proportionnelle aux variations de g, la gravité locale. Le gravimètre relatif mesure la différence de gravité entre différents emplacements. Malheureusement, ces instruments souffrent d’un effet de « dérive », qui ajoute du bruit aux mesures effectuées sur plus de quelques semaines à quelques mois, et leur précision diminue progressivement.
Les gravimètres absolus mesurent directement l’accélération de la pesanteur. Les gravimètres absolus à chute libre, le type le plus courant, utilisent des lasers pour mesurer l’accélération en chute libre d’un réflecteur en coin de cube relâché à maintes reprises dans une chambre sous vide. Contrairement aux gravimètres relatifs, les gravimètres absolus n’ont pas d’effet de dérive et ne se dégradent pas en précision avec le temps. Cependant, ils sont de grande taille, ont des éléments mécaniques fragiles, nécessitent une alimentation électrique suffisante et ne sont pas conçus pour être utilisés dans des conditions difficiles sur le terrain, les volcans par exemple. Les gravimètres absolus portables ne peuvent pas effectuer des mesures continues sur le long terme et ne sont pas suffisamment sensibles pour détecter les petits changements nécessaires à la surveillance des volcans.
Semblable aux gravimètres absolus à chute libre, le nouvel AQG du HVO mesure l’accélération d’une petite masse d’épreuve dans le vide. Cependant, l’AQG surmonte les limites des gravimètres absolus à chute libre classiques et se caractérise par la chute d’un nuage d’atomes à très basse température. Des atomes de rubidium, piégés par des lasers, sont refroidis à une température proche du zéro absolu. Cela permet des mesures continues précises et à long terme. L’AQG est également compact et peut être déployé sur des volcans actifs et fonctionner en continu sans effet de «dérive».
Un tel modèle d’AQG a été installé sur le flanc nord du volcan de l’Etna, un volcan qui entre fréquemment en éruption. L’instrument a enregistré avec succès, et sur plusieurs mois, des données de haute qualité, malgré des vibrations parasites.
À la suite de la spectaculaire éruption du Kilauea en 2018, le HVO a commencé à reconstruire le réseau gravitaire continu. Un gravimètre a été réinstallé sur le plancher du cratère de l’Halema’uma’u en juin 2021. En avril 2022, il est prévu d’installer deux gravimètres relatifs sur d’autres sites du Kilauea.
La combinaison du nouveau gravimètre quantique absolu (AQG), de nouveaux gravimètres continus et des mesures habituelles sur le terrain devrait faire progresser l’utilisation des mesures de gravité pour surveiller le comportement des volcans hawaïens.
Source : USGS / HVO.

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The latest Volcano Watch released by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) is dedicated to the

Absolute Quantum Gravimeter AQG), a new high tech instrument acquired by the observatory. It is undergoing set up, testing and calibration before installation at the summit of Kilauea. The AQG has the ability to measure very small mass changes beneath the ground surface, which can help detect underground volcanic processes.

All objects have a mass and therefore a gravity field. Earth’s gravitational pull is slightly stronger in areas with more mass and slightly weaker in areas with less mass. Gravimeters measure gravitational attraction. As far as volcanoes are concerned, gravimeters help scientists detect subtle changes in gravity caused by magma movements. The measurement of stronger gravity can indicate more magma below the ground surface.

There are two main types of gravimeters: relative and absolute.

Relative gravimeters are the most common. They contain a weight attached to a sensitive vertical spring. Gravity stretches the spring, and the amount of stretch is proportional to the measurement of local gravity. The relative gravimeter measures the difference of gravity between various locations. Unfortunately, these instruments suffer from “drift,” which adds noise to measurements conducted over more than a few weeks-to-months, and their accuracy gradually decreases.

Absolute gravimeters directly measure the acceleration of gravity. Free-fall absolute gravimeters, the most common type, use lasers to measure the free-fall acceleration of a small reflecting prism in a vacuum. Unlike relative gravimeters, absolute gravimeters do not drift nor degrade in accuracy over time. However, they are large in size, have delicate mechanical parts, require an ample power supply, and are not designed for use in harsh field conditions such as volcanoes. Those that are field portable are not capable of long-term continuous measurements or sensitive enough to detect the small changes needed for volcano monitoring.

Similar to the free-fall absolute gravimeters, HVO’s new AQG measures the acceleration of a small test mass in a vacuum. However, the AQG overcomes the limitations of classical free-fall absolute gravimeters by dropping clouds of laser-cooled rubidium atoms instead of small prisms. This allows for accurate and long-term continuous measurements. The AQG is also compact in size and can be deployed in the field at active volcanoes and run continuously without “drift.”

The same model of AQG has been installed on the north flank of Mount Etna volcano in Italy, which frequently erupts. The instrument has successfully recorded many months of high-quality data despite high vibration noise levels.

Following the 2018 Kīlauea events, HVO started rebuilding the continuous gravity network. One gravimeter was reinstalled on Halemaʻumaʻu crater floor in June 2021. In April 2022, there are plans to install two additional continuous relative gravimeters at other locations on Kilauea.

The combination of the new Absolute Quantum Gravimeter, new continuous gravimeters, and ongoing campaign measurements makes the future of using gravity measurements to monitor hazards of Hawaiian volcanoes quite promising.

Source : USGS / HVO.

Vue du gravimètre quantique absolu (Source : HVO)