Quand les cernes des arbres se mettent à parler… // When tree rings start to speak…

Une nouvelle étude* des précipitations dans le temps, basée sur les cernes de croissance des arbres dans l’est de l’Espagne, a permis de faire remonter les données hydroclimatiques régionales jusqu’en 1505 et montre que les années de sécheresse et de fortes pluies, autrefois exceptionnellement rares, sont devenues beaucoup plus fréquentes depuis 2000 qu’au cours des 500 années précédentes.
L’étude a été réalisée à partir d’un ensemble significatif de mesures de la largeur des cernes de croissance du pin sylvestre (Pinus sylvestris) et du pin noir (Pinus nigra) dans la chaîne Ibérique. Ces forêts de montagne, situées entre 1 300 et 2 000 m d’altitude et fortement tributaires de l’humidité, constituent d’excellentes archives naturelles de la variabilité passée des précipitations.
Les relevés de précipitations par les pluviomètres dans cette partie de l’Espagne remontent pour la plupart à un peu plus d’un siècle, ce qui limite la possibilité de situer les sécheresses et les inondations récentes dans un contexte historique plus long.

En revanche, la chronologie des cernes de croissance établie pour cette étude couvre 520 ans et conserve un signal climatique fort et cohérent sur toute sa durée, permettant ainsi d’évaluer les conditions récentes par rapport à une base de référence beaucoup plus large. L’ensemble de données final comprend 173 séries de cernes d’arbres provenant de 103 arbres échantillonnés sur cinq sites dans un rayon de 100 km. La cohérence statistique entre les sites est élevée, ce qui permet d’établir une chronologie régionale fiable pour la reconstitution du climat de 1505 à 2024.
Sur l’ensemble de la période 1505-2024, l’étude effectuée avec les cernes de croissance révèle une variabilité multidécennale et multicentennale marquée. Des périodes de sécheresse et d’humidité prolongées sont observées tout au long de la période, avec notamment des regroupements d’années extrêmes aux 16ème, 18ème et début du 19ème siècles. Cependant, l’amplitude globale de la variabilité interannuelle reste relativement modérée pendant la majeure partie de la période antérieure au20ème siècle.
Le 19ème siècle apparaît comme une période particulièrement stable, avec une faible variabilité et un nombre réduit d’années en dehors de la plage centrale des précipitations reconstituées. Ceci contraste fortement avec les conditions observées depuis le début du 20ème siècle. La variabilité augmente progressivement après 1900 et s’accélère après le milieu des années 1970.
Parmi les années extrêmement sèches identifiées dans l’étude s’appuyant sur les cernes de croissance figurent 1526, 1527, 1879, 1931, 2005 et 2012, tandis que les années extrêmement humides comprennent 1534, 1546, 1575, 1645, 1716, 1940, 2010 et 2013.
L’analyse de corrélation spatiale montre que le signal de précipitations reconstitué ne se limite pas à la zone d’échantillonnage immédiate. Les corrélations les plus fortes sont centrées sur l’est et le centre de la péninsule Ibérique, avec des extensions significatives vers le sud de la France et le nord de l’Italie.
Des sources documentaires décrivant des inondations et des épisodes de fortes pluies confortent l’étude pour plusieurs des années les plus humides d’avant le 20ème siècle. Plusieurs années humides observées sur le cernes des arbres coïncident avec des inondations historiquement documentées dans le bassin de l’Èbre et les systèmes fluviaux méditerranéens, notamment durant la période automne-printemps, qui correspond à la période de précipitations propice à la croissance des arbres.
Les résultats de l’étude montrent que si les extrêmes hydroclimatiques ne sont pas sans précédent dans la région, leur fréquence et leur ampleur observées depuis la fin du 20ème siècle dépassent celles enregistrées à toute autre période au cours des 500 dernières années.

*Source : A five-century tree-ring record from Spain reveals recent intensification of western Mediterranean precipitation extremes – Marcos Marín-Martín et al. – EGU – November 13, 2025 – https://cp.copernicus.org/articles/21/2205/2025/ – OPEN ACCESS.

Les cernes enregistrent les événements environnementaux (Source : Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage)

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A new tree-ring-based precipitation study* from eastern Spain extends regional hydroclimatic records back to 1505 and shows that exceptionally rare drought and rainfall years have become far more frequent since 2000 than during the previous 500 years.

The study was developed from a dense network of tree-ring width measurements collected from Scots pine (Pinus sylvestris) and black pine (Pinus nigra) growing in the Iberian Range. These mountain forests occupy elevations between 1 300 –2 000 m and are strongly limited by moisture availability, making them suitable natural archives of past precipitation variability.

Instrumental precipitation records in this part of Spain generally extend back little more than a century, limiting the ability to place recent droughts and floods in a longer historical context. The tree-ring chronology assembled for this study spans 520 years and retains a strong, coherent climate signal across its full length, allowing recent conditions to be evaluated against a much broader baseline.

The final dataset consists of 173 individual tree-ring series from 103 trees sampled at five sites within a 100 km radius. Statistical coherence between sites is high, supporting the construction of a single regional chronology. The chronology is considered reliable for climate reconstruction from 1505 through 2024.

Across the full 1505–2024 period, the reconstruction shows pronounced multi-decadal and multi-centennial variability. Periods of prolonged dryness and wetness occur throughout the record, including clusters of extreme years during the 16th, 18th and early 19th centuries. However, the overall amplitude of year-to-year variability remains comparatively moderate during much of the pre-20th century record.

The 19th century emerges as a particularly stable interval, with low variability and a small number of years outside the central range of reconstructed precipitation. This contrasts sharply with conditions observed since the beginning of the 20th century. Variability increases gradually after 1900 and accelerates after the mid-1970s.

Extremely dry years identified in the reconstruction include 1526, 1527, 1879, 1931, 2005, and 2012, while extremely wet years include 1534, 1546, 1575, 1645, 1716, 1940, 2010, and 2013.

Spatial correlation analysis shows that the reconstructed precipitation signal is not limited to the immediate sampling area. The strongest correlations are centred over eastern and central Iberia, with significant extensions into southern France and northern Italy.

Documentary sources describing floods and prolonged rainfall further support the reconstruction for many of the wettest pre-20th century years. Several reconstructed wet years coincide with historically documented flooding in the Ebro basin and Mediterranean river systems, particularly during autumn-to-spring seasons consistent with the precipitation window captured by tree growth.

The study findings show that while hydroclimatic extremes are not unprecedented in the region, the frequency and magnitude observed since the late 20th century exceed those recorded at any other time within the last 500 years.

Source : A five-century tree-ring record from Spain reveals recent intensification of western Mediterranean precipitation extremes – Marcos Marín-Martín et al. – EGU – November 13, 2025 – https://cp.copernicus.org/articles/21/2205/2025/ – OPEN ACCESS

La planète vit « au-delà de ses moyens » en eau, alerte un rapport de l’ONU // Our planet is living « beyond its means » in water, warns a UN report.

Les signes d’un effondrement durable des ressources en eau se multiplient. La planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Sous l’effet du réchauffement climatique et de décennies de surexploitation, de nombreuses régions du monde ne parviennent plus à se remettre des périodes de manque d’eau. Cette situation de « faillite hydrique », est omniprésente : elle touche des milliards de personnes avec des conséquences déjà visibles sur les sociétés, l’agriculture et les écosystèmes.

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », j’alerte sur les conséquences de la fonte des glaciers sur la ressource en eau de notre planète. Je donne l’exemple du sud-est asiatique qui dépend en grande partie des glaciers himalayens pour son alimentation en eau. La chaîne himalayenne représente un véritable château d’eau pour toute l’Asie.

Le 20 janvier 2026, un rapport coordonné par le directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé de l’Institut universitaire des Nations Unies explique que la planète est entrée dans l’ère de la « faillite mondiale de l’eau » : l’utilisation et la pollution des ressources en eau ont dépassé leur capacité de régénération naturelle et ne retrouveront jamais leurs niveaux antérieurs. Le rapport onusien appelle à une refonte radicale de l’agenda politique international dans le domaine de l’eau.
Le rapport explique que notre planète a dépassé le stade de « crise hydrique ». Une “crise” suggère quelque chose de temporaire. Or, dans de nombreux bassins, on se trouve dans un état post-crise durable, où l’usage et la pollution de l’eau ont dépassé les apports renouvelables, et où le capital naturel – nappes, zones humides, sols, rivières, glaciers – est endommagé de manière irréversible.
Le rapport révèle une vérité dérangeante : « de nombreuses régions vivent au-delà de leurs capacités hydrologiques et de nombreux systèmes hydriques essentiels sont déjà en faillite. »

L’analyse met en lumière une contraction accélérée des bassins versants et des zones humides : plus de la moitié des grands lacs du monde ont vu leur niveau d’eau baisser depuis le début des années 1990, tandis qu’environ 410 millions d’hectares de zones humides naturelles ont disparu en un demi-siècle, une superficie presque équivalente à celle de l’Union européenne. Parallèlement, environ 70 % des principales nappes phréatiques connaissent un déclin à long terme.

Source : ONU

L’impact sur la population est considérable : 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité ; 3,5 milliards n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates et près de 4 milliards sont confrontées à une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois par an.
Selon le rapport, au cœur de cette crise se trouve la production alimentaire : l’agriculture absorbe 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce et subira une pression croissante à mesure que les aquifères s’épuisent à un rythme supérieur à leur capacité de recharge.

La quantité d’eau douce utilisée pour l’agriculture, l’industrie et les besoins domestiques a augmenté avec la croissance démographique. En 1950, la population mondiale était de 2,5 milliards d’habitants. Aujourd’hui, elle dépasse les 8 milliards. Source: The Conversation

On peut également lire dans le rapport que « la gestion de la faillite exige honnêteté, courage et volonté politique. […] Nous ne pouvons pas reconstruire les glaciers disparus ni reconstituer les aquifères fortement comprimés, mais nous pouvons empêcher de nouvelles pertes de ce capital naturel restant et repenser les institutions pour les adapter aux nouvelles contraintes. »

Source : Organisation des Nations Unies.

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Warnings are mounting : signs of a lasting collapse of water resources are multiplying. The planet is currently consuming more freshwater than it can replenish. Under the effects of climate change and decades of overexploitation, many regions of the world are no longer able to recover from periods of water scarcity. This situation of « water bankruptcy » is omnipresent: it already affects billions of people, with consequences already visible on societies, agriculture, and ecosystems.

During my conference, « Glaciers at Risk: The Effects of Global Warming, » I constantly alert to the consequences of melting glaciers on our planet’s water resources. I give the example of Southeast Asia, which depends largely on Himalayan glaciers for its water supply. The Himalayan range represents a veritable water tower for all of Asia.

On January 20, 2026, a report coordinated by the director of the United Nations University Institute for Water, Environment and Health explained that the planet had entered the era of « global water bankruptcy »: the use and pollution of water resources have exceeded their natural regeneration capacity and w never return to previous levels. The UN report calls for a radical overhaul of the international political agenda on water.
The report explains that our planet has passed the stage of a « water crisis. » A « crisis » suggests something temporary. However, in many basins, we are in a persistent post-crisis state, where water use and pollution have exceeded renewable inputs, and where natural capital—groundwater, wetlands, soils, rivers, glaciers—is irreversibly damaged.
The report reveals a disturbing truth: many regions are living beyond their hydrological capacity, and many critical water systems are already failing. The analysis highlights an accelerated contraction of watersheds and wetlands: more than half of the world’s large lakes have seen their water levels decline since the early 1990s, while approximately 410 million hectares of natural wetlands have disappeared in half a century—an area almost the size of the European Union. At the same time, about 70% of major groundwater aquifers are experiencing long-term decline.
The impact on the population is considerable: 2.2 billion people still lack access to safely managed drinking water; 3.5 billion lack access to adequate sanitation; and nearly 4 billion face severe water shortages for at least one month a year.
According to the report, at the heart of this crisis lies food production: agriculture consumes 70% of global freshwater withdrawals and will come under increasing pressure as aquifers are depleted at a rate exceeding their recharge capacity.
The report also states that “managing bankruptcy requires honesty, courage, and political will. […] We cannot rebuild lost glaciers or replenish severely compressed aquifers, but we can prevent further losses of this remaining natural capital and rethink institutions to adapt them to the new constraints.”

Source: United Nations.

Ice Memory Sanctuary (Antarctique) : la mémoire glaciaire de la Terre // Ice Memory Sanctuary (Antarctica) : Earth’s glacial memory

Tout comme certaines bibliothèques conservent précieusement des ouvrages datant de plusieurs siècles, la base de recherche franco-italienne Concordia en Antarctique va devenir le premier sanctuaire glaciaire de la planète. L’Ice Memory Sanctuary a été inauguré le 14 janvier 2026. On va pouvoir y conserver de précieux extraits des glaciers en voie de disparition sous l’effet du réchauffement climatique.

Les carottes de glace conservent la la mémoire climatique et environnementale de la Terre (Crédit photo : NISDC)

Creusée dans la glace, la grotte où seront entreposées les carottes de glace mesure 35 mètres de long et cinq de haut. Pour aménager le sanctuaire, on a creusé une tranchée jusqu’à environ une dizaine de mètres de profondeur dans la glace. On a ensuite installé un énorme ballon gonflable d’environ 5 mètres de diamètre et 30 mètres de long. Ce ballon a été gonflé et la neige a été ré-usinée de surface pour recouvrir le ballon couche par couche.Une fois que cette neige a durci, le ballon a été dégonflé et on a ainsi obtenu une cave naturelle. A une température constante de -52°C, elle accueille désormais et préserve pour les décennies à venir des carottes de glace forées dans les glaciers des montagnes ou dans les zones polaires du monde entier.

 Vue du couloir de stockage des carottes de glace (Crédit photo : Gaetano Massimo Macri _ PNRA-IPEV)

Ce projet, baptisé « Ice Memory », est mené par sept institutions scientifiques françaises, italiennes et suisses. Selon la fondation qui pilote le projet, c’est l’une des installations scientifiques de conservation les plus innovantes et les plus isolées jamais construites.

Le sanctuaire abrite déjà deux premières carottes de glace : l’une a été prélevée dans le massif du Mont-Blanc et une seconde a été forée au Grand Combin, en Suisse. Pesant 1,7 tonne, les deux cylindres sont partis mi-octobre 2025 de Trieste, en Italie, à bord d’un navire brise-glace. Ils ont ensuite traversé la Méditerranée, l’Atlantique, le Pacifique puis l’océan Austral et enfin la mer de Ross. Une fois arrivée, l’expédition a continué en avion jusqu’à Concordia, avec les carottes toujours maintenues à -20°C. Des dizaines d’autres suivront dans les prochaines années, issues de glaciers d’autres régions du monde (Andes, Caucase, Elbrouz, Spitzberg…).

Pour les membres du projet, il s’agit de préserver la « mémoire climatique et environnementale » pour « les futures générations de scientifiques ». En effet, les glaciers contiennent des informations sur notre passé. Au fil du temps, la glace a capturé des bulles d’air qui sont autant d’extraits de l’atmosphère des siècles passés.

 

Bulles d’air dans la Mer de Glace (Photo: C. Grandpey)

En les analysant, les chercheurs ont notamment pu étudier l’évolution de la température sur Terre et dater des éruptions volcaniques. Plus la glace est prélevée en profondeur, plus les scientifiques remontent dans le temps. Toutefois, sous l’effet du réchauffement climatique, les glaciers fondent de plus en plus vite. Selon une étude publiée en décembre 2025 dans la revue scientifique Nature Climate Change, au rythme du réchauffement actuel, autour de 80% des glaciers du monde auront disparu en 2100. Certains ont même déjà disparu, comme le glacier de Sarenne, dans les Alpes françaises. Depuis 1975, les glaciers ont perdu plus de 9 000 milliards de tonnes. Il est donc urgent de conserver des échantillons de ceux qui restent.

Source : presse française et italienne.

Il faut juste espérer que ce sanctuaire glaciaire résistera mieux au réchauffement climatique que la Réserve mondiale de semences au Svalbard:

claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/03/05/le-rechauffement-climatique-menace-la-reserve-mondiale-de-semences-du-svalbard-climate-change-threatens-the-svalbard-global-seed-vault/

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Just as some libraries carefully preserve books dating back centuries, the Franco-Italian Concordia research station in Antarctica is becoming the world’s first glacial sanctuary. The Ice Memory Sanctuary was inaugurated on January 14, 2026. It will house precious samples from glaciers threatened by global warming.
Carved into the ice, the cave where the ice cores will be stored is 35 meters long and five meters high. To create the sanctuary, a trench was excavated to a depth of about ten meters in the ice. A huge inflatable balloon, approximately 5 meters in diameter and 30 meters long, was then installed. This balloon was inflated, and the surface snow was re-machined to cover the balloon layer by layer. Once this snow had hardened, the balloon was deflated, creating a natural cavern. At a constant temperature of -52°C, it now houses and preserves for decades to come ice cores drilled from mountain glaciers and polar regions around the world.

This project, called « Ice Memory, » is being conducted by seven French, Italian, and Swiss scientific institutions. According to the foundation leading the project, it is one of the most innovative and isolated scientific conservation facilities ever built.
The sanctuary already houses two ice cores: one taken from the Mont Blanc massif and the other drilled from the Grand Combin in Switzerland. Weighing 1.7 tons, the two cylinders departed in mid-October 2025 from Trieste, Italy, aboard an icebreaker. They then crossed the Mediterranean, the Atlantic, the Pacific, the Southern Ocean, and finally the Ross Sea. Once they arrived, the expedition continued by plane to Concordia Airport, with the cores still maintained at -20°C. Dozens more will follow in the coming years, collected from glaciers in other regions of the world (the Andes, the Caucasus, Mount Elbrus, Svalbard, etc.).
For the project members, the goal is to preserve « climate and environmental memory » for « future generations of scientists. » Indeed, glaciers contain information about our past. Over time, the ice has trapped air bubbles, each a fragment of the atmosphere from centuries past.
By analyzing these fragments, researchers have been able to study the evolution of Earth’s temperature and date volcanic eruptions. The deeper the ice is extracted, the further back in time scientists can trace. However, due to global warming, glaciers are melting at an increasingly rapid pace. According to a study published in December 2025 in the scientific journal Nature Climate Change, at the current rate of warming, around 80% of the world’s glaciers will have disappeared by 2100. Some have already disappeared, such as the Sarenne Glacier in the French Alps. Since 1975, glaciers have lost more than 9 trillion tons. It is therefore urgent to preserve samples of those that remain.
Source: French and Italian press.

We can only hope that this glacial sanctuary will withstand global warming better than the Svalbard Global Seed Vault:

claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/03/05/le-rechauffement-climatique-menace-la-reserve-mondiale-de-semences-du-svalbard-climate-change-threatens-the-svalbard-global-seed-vault/

Exploiter le Groenland ? Pas si facile que ça ! // Exploiting Greenland? Not so easy!

Donald Trump a toujours évoqué la possibilité d’une annexion du Groenland. Il a insisté sur le fait que les États-Unis contrôleraient l’île, actuellement territoire autonome du Danemark, et que si ses propositions étaient rejetées, il pourrait s’emparer du Groenland par la force, ou, comme l’a suggéré le secrétaire d’État Marco Rubio aux membres du Congrès le 6 janvier 2026, il pourrait carrément l’acheter.
Lors d’une audition au Congrès en 2025, l’importance du Groenland pour les États-Unis a été largement débattue. Les sénateurs et les experts ont beaucoup parlé de la position stratégique de l’île et de l’importance de ses ressources naturelles : minéraux critiques, combustibles fossiles et énergie hydroélectrique. Toutefois, personne n’a mentionné les dangers, dont beaucoup sont exacerbés par le réchauffement climatique, auxquels ceux qui convoitent l’île seront inévitablement confrontés. Ils devraient se souvenir que le climat arctique évolue au Groenland plus rapidement que partout ailleurs sur Terre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de pilotes militaires américains, désorientés par un épais brouillard et à court de carburant, se sont écrasés sur la calotte glaciaire. Aujourd’hui amplifiés par le réchauffement climatique, les risques naturels rendent l’extraction des ressources et les activités militaires au Groenland incertaines, coûteuses et potentiellement mortelles.
Le littoral groenlandais est sujet aux éboulements. Ce danger provient du fait que la côte est une zone habitée où la roche n’est pas recouverte par la calotte glaciaire. Par endroits, cette roche renferme des minéraux essentiels, comme l’or, ainsi que d’autres métaux rares utilisés dans la technologie, notamment pour les circuits imprimés et les batteries de véhicules électriques. Aujourd’hui, la glace ayant fondu, les parois quasi verticales des vallées ne sont plus soutenues et s’effondrent. En 2017, un pan de montagne du nord-ouest du Groenland s’est effondré de 900 mètres dans les eaux profondes du fjord en contrebas. Quelques instants plus tard, la vague provoquée par cet éboulement a engendré un tsunami qui a submergé les villages de Nuugaatsiaq et d’Illorsuit. L’eau, chargée de blocs de glace, a arraché des maisons de leurs fondations tandis que les habitants et leurs chiens de traîneau fuyaient pour sauver leur vie. À la fin de la catastrophe, on a dénombré quatre morts et les deux villages étaient détruits.

En 2023, un autre glissement de terrain a déclenché un tsunami qui a déferlé pendant neuf jours dans un fjord du Groenland.
Il n’existe aucun réseau routier digne de ce nom au Groenland. Le seul moyen envisageable de transporter du matériel lourd, des minéraux et des combustibles fossiles sera la voie maritime. Les quais, les mines et les bâtiments situés à quelques dizaines de mètres au-dessus du niveau de la mer seront vulnérables aux tsunamis provoqués par les glissements de terrain.
Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces du Groenland. Cette fonte menace les infrastructures de l’île et le mode de vie des populations autochtones, qui, au fil des millénaires, ont adapté leurs systèmes de transport et d’alimentation à la présence de neige et de glace. Des inondations record, alimentées par la fonte de la calotte glaciaire, ont récemment emporté des ponts qui existaient depuis un demi-siècle. Les icebergs du Groenland menacent les plateformes pétrolières. Le réchauffement climatique accélère la marche en avant des glaciers groenlandais, provoquant le vêlage d’un nombre croissant d’icebergs dans l’océan. Certains dérivent vers le Canada, mettant en danger les plateformes pétrolières canadiennes. Des navires sont en faction, prêts à remorquer les icebergs menaçants.
La fonte des glaces du Groenland et l’écoulement de l’eau dans l’océan entraînent une modification du niveau de la mer, parfois contre-intuitif. Au large de l’île, le niveau de la mer s’élève d’environ 2,5 centimètres tous les six ans. Mais près de la calotte glaciaire, c’est la terre ferme qui s’élève. Libérée du poids de la glace, le substrat rocheux sous le Groenland subit un rebond isostatique, un phénomène déjà observé en Islande. Cette élévation du sol est rapide, près de 2 mètres par siècle. Bientôt, de nombreux ports du Groenland pourraient devenir trop peu profonds pour accueillir des navires.

L’histoire montre que par le passé de nombreuses entreprises militaires au Groenland ont échoué faute d’avoir tenu compte du climat rigoureux et de la dynamique de la calotte glaciaire. Les bases américaines construites à l’intérieur de la calotte glaciaire, comme Camp Century, ont rapidement été détruites par la déformation de la neige qui les enveloppait. Les exigences actuelles de Trump, qui souhaite que les États-Unis prennent le contrôle du Groenland pour exploiter ses ressources, pourraient, elles aussi, s’avérer une vision à court terme.
Source : The Conversation.

Entrée de Camp Century (Crédit photo: Wikipedia)

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Donald Trump has always talked about taking over Greenland. He has insisted that the U.S. will control the island, currently an autonomous territory of Denmark, and that if his overtures are rejected he will perhaps seize Greenland by force, or, as Secretary of State Marco Rubio reportedly suggested to members of Congress on January 6, 2026, buy the island.

During a Congress hearing in 2025, there was a lot of talk about Greenland’s importance to the U.S. Senators and experts focused on the island’s strategic value and its natural resources: critical minerals, fossil fuels and hydropower. No one mentioned the hazards, many of them exacerbated by global warming, that those longing to exploit the island will inevitably encounter. They should remember that the Arctic’s climate is changing more rapidly than anywhere on Earth. During World War II, dozens of U.S. military pilots, disoriented by thick fog and running out of fuel, crashed onto the ice sheet. Now amplified by climate change, natural hazards make resource extraction and military endeavors in Greenland uncertain, expensive and potentially deadly.

Greenland’s coastal landscape is prone to rockslides. The hazard arises because the coast is where people live and where rock isn’t hidden under the ice sheet. In some places, that rock contains critical minerals, such as gold, as well as other rare metals used for technology, including for circuit boards and electrical vehicle batteries. The unstable slopes reflect how the ice sheet eroded the deep fjords when it was larger. Now that the ice has melted, nothing buttresses the near-vertical valley walls, and so, they collapse. In 2017, a northwestern Greenland mountainside fell 900 meters into the deep waters of the fjord below. Moments later, the wave that rockfall generated a tsunami that washed over the nearby villages of Nuugaatsiaq and Illorsuit. The water, laden with icebergs and sea ice, ripped homes from their foundations as people and sled dogs ran for their lives. By the time it was over, four people were dead and both villages lay in ruin. In 2023, another rockslide triggered a tsunami that sloshed back and forth for nine days in a Greenland fjord.

There’s no network of paved roads across Greenland. The only feasible way to move heavy equipment, minerals and fossil fuels would be by sea. Docks, mines and buildings within tens of meters of sea level would be vulnerable to rockslide-induced tsunamis.

Global warming is speeding the melting of Greenland’s ice. That melting is threatening the island’s infrastructure and the lifestyles of native people, who over millennia have adapted their transportation and food systems to the presence of snow and ice. Record floods, fed by the melting of the ice sheet, have recently swept away bridges that stood for half a century.

Greenland’s icebergs can threaten oil rigs. As the warming climate speeds the flow of Greenland’s glaciers, they calve more icebergs in the ocean. The problem is worse close to Greenland, but some icebergs drift toward Canada, endangering oil rigs there. Ships stand guard, ready to tow threatening icebergs away.

As Greenland’s ice melts and water flows into the ocean, sea level changes, but in ways that might not be intuitive. Away from the island, sea level is rising about 2.5 centimeters each six years. But close to the ice sheet, it’s the land that’s rising. Gradually freed of the weight of its ice, the rock beneath Greenland , rebounds in a phenomenon called isostatic rebound, already observed in Iceland. That rise is rapid – nearly 2 meters per century. Soon, many harbors in Greenland may become too shallow for ship traffic.

History clearly shows that many past military and colonial endeavors failed in Greenland because they showed little consideration of the island’s harsh climate and dynamic ice sheet. American bases built inside the ice sheet, such as Camp Century, were quickly crushed as the encasing snow deformed. Trump’s demands today for American control of the island to exploit its resources might similarly be shortsighted.

Source : The Conversation.

https://theconversation.com