En route pour un 21ème siècle de chaleur? // On the way to a warm 21st century?

drapeau francaisCette semaine, deux titres de l’Alaska Dispatch News, le journal le plus lu en Alaska, ont attiré mon attention : « 2014 a été l’année la plus chaude de tous les temps pour une grande partie de l’Alaska » et « 2014 la deuxième année la plus chaude dans l’histoire de la Finlande ».

Beaucoup de gens me diront que cela ne paraît guère possible dans une région du monde où les températures sont capables de plonger à -40°C, voire moins.  Je leur ferai remarquer que ce ne sont pas les relevés ponctuels qu’il faut prendre en compte pour apprécier l’évolution du climat, mais les données globales telles qu’elles ont été fournies tout au long de l’année.

En Alaska, 2014 a été l’année la plus chaude de tous les temps pour un grand nombre de localités situées à l’ouest d’une ligne allant d’Anchorage à Barrow, à commencer par la capitale Anchorage. Dans l’intérieur et le sud-est de l’Etat, les stations météo ont relevé des températures parmi les plus élevées de leur histoire.

Certains climatologues font toutefois remarquer que l’Alaska couvre une superficie de 1 717 854 km² et que certaines régions ne sont pas couvertes par les stations météo ; il est donc impossible d’en connaître les variations de température. Malgré cela, il ne fait aucun doute que la température globale de l’Alaska en 2014 fait partie des plus chaudes jamais relevées et rejoint les années 1926,1940 et 1993.

De nos jours, afin de mieux couvrir l’Alaska, l’Institut Géophysique Universitaire et le National Weather Service ont divisé l’Etat en 13 régions climatiquement homogènes. Avec cette nouvelle méthode, 2014 arrive en deuxième position après 1940. De son côté, la National Oceanic and Atmospheric Administration a indiqué que 2014 était, selon ses calculs, l’année la plus chaude de tous les temps.

En Finlande, le Finnish Meteorological Institute indique que 2014 arrive en deuxième position après 1938 dans le classement des années les plus chaudes, avec 0,15°C de moins que cette dernière. Le classement complet est le suivant : 1938, 2014, 1989, 2011 et 2000. Les météorologues finlandais font remarquer que les mois les plus chauds ont été février, mars, juillet et août 2014, ainsi que début décembre. Le pays a connu une période de chaleur de 50 jours, soit 14 jours de plus que la normale, avec une pointe à 32,8°C le 4 août à Pori, dans l’ouest. La journée la plus froide a été observée dans le nord, à Kevojärvi, avec -40,7°C.

Le réchauffement climatique n’est peut-être pas lié aux volcans – même si certaines éruptions volcaniques majeures peuvent l’atténuer ponctuellement – mais il nous concerne tous. Mes déplacements à travers la planète m’ont permis d’observer des changements alarmants en particulier dans l’univers glaciaire. C’est pour cela qu’à mon modeste niveau je tire la sonnette d’alarme. Comme l’a écrit Saint Exupéry en faisant écho à un vieux proverbe amérindien: « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».

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drapeau anglaisThis week, two headlines of the Alaska Dispatch News, the most widely read newspaper in Alaska, caught my attention: « 2014 was warmest year on record for much of Alaska » and « 2014 the second hottest year in Finnish history. »
Many people will tell me that this hardly seems possible in a region where temperatures can dip to -40 ° C or less. I will answer them that one-time readings should not be taken into account to value climate change, but the overall data that were provided throughout the year.
In Alaska, 2014 was the warmest year of all time for a large number of communities to the west of a line from Anchorage to Barrow, starting with Anchorage, the capital. In the interior and the southeast of the State, the weather stations have recorded temperatures among the highest in their history.
Some climatologists, however, notice that Alaska covers an area of 1,717,854 km² and certain areas are not equipped with weather stations; so it is impossible to know their temperature changes. Despite this, there is no doubt that the global temperature of Alaska in 2014 was one of the hottest ever recorded together with the years 1926.1940 and 1993.
Nowadays, to better cover Alaska,  the Geophysics Institute and the National Weather Service have divided the State into 13 climatically homogeneous regions. With this new method, 2014 ranks second after 1940. For its part, the National Oceanic and Atmospheric Administration reports that 2014 was, according to its calculations, the warmest year of all time.

In Finland, the Finnish Meteorological Institute says that in 2014 ranked second after 1938 in the list of the warmest years, with 0.15 ° C less than its predecessor. The complete ranking is as follows: 1938, 2014, 1989, 2011 and 2000. The Finnish meteorologists point out that the warmest months were February, March, July and August 2014 and early December. The country experienced a heat of 50 days, 14 days longer than normal, with a peak of 32.8 ° C on August 4th in Pori, western Finland. The coldest day was observed in the north, at Kevojärvi, with -40.7 ° C.

Global warming may not be linked to volcanoes, even though major volcanic eruptions may sometimes alleviate the phenomenon, but we should all feel concerned. My journeys across the planet allowed me to observe dramatic changes, mostly in the universe of glaciers. This is the reason why, at my modest level, I alert people to the emergency of the situation. As Saint Exupéry put it, copying an old Indian proverb:   « We do not inherit the earth from our ancestors, we borrow it from our children. »

…et, pendant ce temps, les glaciers fondent, en Alaska…

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…ou au Canada!

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(Photos: C.  Grandpey)

Le recul du Columbia Glacier (Alaska) // The retreat of Columbia Glacier (Alaska)

drapeau francaisLe Columbia Glacier, l’un des glaciers les célèbres de l’Alaska, l’un de mes préférés, a reculé si loin qu’il se divise maintenant en deux branches distinctes, une transformation photographiée par le  satellite Earth Observatory de la NASA, avec une série d’images qui montre les changements subis par le glacier entre 1986 et maintenant.
Selon la NASA, depuis les années 1980, le glacier a perdu environ la moitié de son épaisseur. Entre hier et aujourd’hui, il y a eu des années de vêlage rapide produisant une armada d’icebergs qui flottaient à la surface de la mer.
Selon une étude de l’Université du Colorado publié en 2012, en 2007 la fonte du Columbia Glacier avait déjà atteint 87% du volume censé contribuer à l’élévation du niveau de la mer.
Après 2007, la partie terminale du glacier s’est détachée du plancher marin et s’est transformée en une langue flottante, ce qui a modifié la manière dont le glacier produisait des icebergs. Au lieu d’une production régulière de petits icebergs qui se détachaient de l’avant du glacier, ce dernier a commencé à déverser de gros morceaux qui se détachent périodiquement. (voir photo ci-dessous)
Quand le Columbia Glacier arrêtera-t-il de reculer? La modélisation informatique de 2012 réalisée par l’Université du Colorado prévoit que le front du glacier va continuer à reculer jusque vers 2020, époque où il atteindra une nouvelle position stable à environ 24 km en amont de celle où il s’était stabilisé dans les années 1980. La NASA cite une autre estimation pour 2030. Selon cette estimation, le glacier aura reculé si loin que le front se trouvera sur la côte et il ne sera donc plus en mesure de déverser sa glace dans le Prince William Sound.

Source : Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisColumbia Glacier, one of Alaska’s best-known glaciers, one of my favourites, has retreated so far back that it is now separated into two sections, a transformation captured by satellite imagery.

NASA’s Earth Observatory has compiled a series of images that shows changes to Columbia Glacier between 1986 and now.

Since the 1980s, Columbia Glacier has lost about half of its thickness, according to NASA. Between then and now, there were years with particularly rapid shedding of ice chunks, creating floating icebergs that rafted together.

By 2007, melt from Columbia Glacier had already reached 87 percent of the anticipated volume that will contribute to sea-level rise, according to a University of Colorado study published in 2012.

After 2007, the glacier’s terminus became detached from the seafloor and was transformed into a floating tongue, changing the pattern of iceberg production. Instead of shedding its ice though a steady pattern of low-volume bergs calving off the terminus, the glacier began losing mass in larger chunks falling off in episodes (see photo below).

When will Columbia Glacier’s retreat stop? The 2012 University of Colorado study used computer modeling to predict that the terminus will retreat until about 2020, when it reaches a new stable position about 24 km upstream from the previous spot of stability reached in the 1980s. NASA has cited another estimate of 2030 as the time when the glacier will have retreated so far that it is at the shoreline and no longer able to shed ice into Prince William Sound.

Source : Alaska Dispatch News.

Columbia Glacier NASA 1986 Columbia-Glacier-NASA-1986

Le Columbia Glacier vu depuis l’espace en 1986

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Le Columbia Glacier vu depuis l’espace en 2014

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Effondrement d’un pan de glace sur le front du Columbia Glacier en 2013  (Photo:  C. Grandpey)

Shishaldin (Iles Aléoutiennes / Alaska)

drapeau francaisOn observe actuellement une augmentation de la sismicité sur le Shishaldin, ce qui indique probablement une intensification de l’activité éruptive, avec des émissions de cendre. Les dernières images satellites révèlent une augmentation de la température près du sommet du volcan.

Source: AVO.

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drapeau anglaisSeismic activity has increased, suggesting that eruptive activity at Shishaldin has intensified. Ash emissions may have occurred. Satellite images show elevated surface temperatures near the volcano’s summit.

Source: AVO.

Shishaldin

Cratère du Shishaldin le 10 août 2014  (Crédit photo:  AVO)

Américains et réchauffement climatique // Americans and global warming

drapeau francaisLe journal alaskien Alaska Dispatch News a publié un article qui en dit long sur les mentalités des politiciens américains à propos du changement climatique et du réchauffement de notre planète.
Lisa Murkowski est sénatrice de l’État d’Alaska et membre du Parti Républicain. Lorsque le 114ème Congrès se réunira en janvier, elle présidera probablement la Commission Sénatoriale pour l’Energie et les Ressources Naturelles, l’une des nombreuses commissions qui abordent les sujets liés au climat et à la politique énergétique.
Contrairement à de nombreux autres sénateurs, Murkowski ne nie pas le changement climatique mais sa position n’a jamais été vraiment tranchée sur ce sujet
Le soir des élections, Murkowski a déclaré que l’Alaska connaissait des températures plus chaudes et que la glace devenait moins épaisse en ajoutant que «c’est une chose à laquelle nous devons nous attaquer. » Il est toutefois difficile de savoir ce qu’elle entend par là car elle n’est « apparemment pas si sûre de la cause, et si l’homme est responsable. » Allez savoir pourquoi, elle a évoqué un volcan en Islande [NDRL : L’éruption dans l’Holuhraun] et déclaré : «Les émissions rejetées dans l’air par ce volcan sont des milliers de fois supérieures à celles provenant  de tous les véhicules et de toutes les usines en Europe. »
La déclaration de Murkowski a déclenché de nombreuses réactions. Michael Oppenheimer, professeur à l’Université de Princeton et spécialiste du climat, l’a qualifiée de « fausse, mauvaise et très trompeuse ». « C’est tout simplement faux, je ne sais pas où elle a trouvé ces chiffres. »
Oppenheimer a déclaré que c’était l’inverse qui se produisait: les émissions annuelles de l’Europe sont 10 fois supérieures aux émissions annuelles de tous les volcans réunis. Il a ajouté que l’argumentation de Murkowski oubliait un point essentiel: Les humains ajoutent du dioxyde de carbone à ce qui était autrefois un système équilibré.

Le bureau de Murkowski n’a pas voulu commenter la déclaration de la sénatrice. Oppenheimer a expliqué que «les 35 000 tonnes de SO2 vomies quotidiennement par l’Holuhraun sont sûrement considérables – au même niveau que la production mensuelle d’une grande centrale – mais à côté de toutes les autres sources naturelles et anthropiques de SO2, ce n’est pas beaucoup. Donc, peu importe comment vous les interprétez, les commentaires de Murkowski sont un «non-sens».
Il est facile de comprendre pourquoi la position de Lisa Murkowski est si floue. Depuis son entrée en fonction en 2002, l’industrie du pétrole et du gaz – la principale ressource économique de l’Alaska – a largement contribué à sa réélection. En 2004, son comité de campagne a accepté volontiers les 204 063 dollars alloués par l’industrie pétrolière et gazière, ce qui représentait environ 3,6 pour cent de tout l’argent récolté. Depuis cette époque, l’argent du pétrole n’a fait qu’augmenter. Cette année, l’industrie a octroyé 568,581 dollars pour sa campagne. L’industrie dépendant des volcans, quant à elle, n’a rien donné !

Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisThe Alaskan newspaper Alaska Dispatch News has released an article that reveals a lot about the mentalities of U.S. politicians about climate change and global warming.

Lisa Murkowski is a senior senator from the State of Alaska and a member of the Republican Party. When the 114th Congress convenes in January, she will likely take over as a chair of the Senate Energy and Natural Resources Committee, one of several committees whose work deals directly with climate and energy policy.

Unlike many other senators, Murkowski doesn’t deny that the climate is changing but her position has never been very clear-cut on the topic

On Election Night, Murkowski declared that Alaskans are experiencing warmer temperatures and thinner ice and said that « this is something that we must address. » But it’s difficult to know what she means by that, because Murkowski is « apparently not so sure what the cause is, or whether mankind is to blame. » For some reason, she brought up a volcano (Holuhraun) in Iceland. « The emissions that are being put in the air by that volcano are a thousand years’ worth of emissions that would come from all of the vehicles, all of the manufacturing in Europe, » she said.

Murkowski’s declaration triggered several reactions. Princeton professor Michael Oppenheimer, a climate scientist, called her statement « untrue, » « wrong, » and « highly deceptive ». Said he: « It’s simply untrue. I don’t know where she gets that number from. »

Oppenheimer said it was actually the other way around: Annual emissions from Europe are 10 times bigger than the annual emissions of all volcanoes put together. And he added the argument misses a bigger point: Humans are adding carbon dioxide to what was a balanced system.

Murkowski’s office would not comment on the senator’s declaration. Oppenheimer explained that “the 35,000 tons of SO2 Holuhraun has spewed out daily may be a lot – on par with a large power plant’s monthly output – but against all the other natural and manmade sources of SO2, it’s not that much. So no matter how you slice it Murkowski’s comments were « nonsense. »

It is easy to understand why Lisa Murkowski’s position is so unclear. Since entering office in 2002, the oil and gas industry – Alaska’s main economic resources – has been the largest contributor to Murkowski’s reelection bids. In 2004, her campaign committee accepted $204,063 from oil and gas industry sources, about 3.6 percent of all the money she raised. Both the amount of oil money and its proportion of her total fundraising have steadily increased since then. This year, the industry contributed $568,581 to her campaign. The volcano industry hasn’t contributed anything.

Source: Alaska Dispatch News.

Holuhraun-gas

Exemple du nuage de SO2 en Islande  (Source: Met Office islandais)