Construction d’une route dans la lave encore incandescente // Building a new road through the still glowing lava

Comme je l’ai déjà indiqué, la lave de la dernière éruption a recouvert la Grindavíkurvegur ou Route 43, une route de 14 kilomètres qui va de Reykjanesbraut à Vogastapi, en passant par Seltjörn et Svartsengi, avec un col entre Þorbjarn et Hagafell, avant de se terminer au port de Grindavik. Cette route est l’une des plus fréquentées du réseau routier islandais, car elle dessert non seulement Grindavík mais aussi le Blue Lagoon. Selon les chiffres de l’administration routière islandaise, environ 5 000 voitures ont circulé sur cette route quotidiennement en 2023.
Les travaux de construction d’une nouvelle Grindavíkurvegur ont commencé le 27 novembre 2024. C’est la quatrième fois que ce tronçon de route est recouvert par la lave depuis le début de l’éruption en novembre 2023.
Cette fois, la Grindavíkurvegur sera légèrement déplacée et l’ancienne route sera destinée aux « touristes qui veulent s’arrêter pour former un cercle autour de la lave ».
Un tronçon de 600 mètres doit être dégagé pour relier la route. Il faudra probablement environ deux semaines pour remettre la route en état, mais on ne sait pas quand son accès sera ouvert au public. Une dizaine de kilomètres de route ont été recouverts par la lave depuis le début du cycle éruptif. Des morceaux de lave encore incandescents sont encore visibles dans les matériaux dégagés par les engins, mais un ingénieur technicien explique que les Islandais ont acquis une expérience considérable dans l’évaluation de situations comme celle-ci. Il explique aussi que « ce sont principalement les gros blocs qui sont encore très chauds. La partie la plus longue du parcours est constituée de lave meuble, facile à déplacer. « C’est seulement la partie supérieure de la coulée de lave qui est difficile à travailler ; derrière elle, la lave est beaucoup plus lisse et plus facile à traverser. Même si la Grindavíkurvegur sera opérationnelle, cela ne signifie pas qu’elle sera immédiatement ouverte à la circulation. C’est une autre discussion qui devra avoir lieu le moment venu. »
Source : Iceland Monitor.

Que ce soit en Alaska ou en Islande, j’ai toujours admiré la réactivité des populations nordiques face à des environnements souvent hostiles. Dotés d’équipements puissants, ces gens n’hésitent pas à faire face aux éléments, que ce soit sur terre ou en mer.

C’est du brutal ! (Crédit photo : Iceland Monitor)

————————————————-

As I put it before, lava from the last eruption covered the Grindavíkurvegur or Highway 43, a 14-kilometer-long highway that runs from Reykjanesbraut at Vogastapi, past Seltjörn and to Svartsengi, through a pass between Þorbjarn and Hagafell to Grindavík, where the highway ends at the harbor. The road has been among the busiest roads in the Icelandic road system, serving not only Grindavík but also the Blue Lagoon. According to figures from the Icelandic Road Administration, around 5,000 cars traveled on the road per day in 2023.

The construction of a new Grindavíkurvegur has begun. Contractors began work on it on November 27th, 2024. This is the fourth time this section of road has been laid over lava since the eruption started in November 2023.

This time, the Grindavíkurvegur will be moved slightly and the old road will be used “ for those tourists who want to stop to form a circle around the lava.”

A 600-meter section must be cleared to reconnect the road. It will probably take about two weeks to bring the road into usable condition, but it is uncertain when it will be possible to provide public access. About 10 kilometers of roads have been laid through lava since the eruption cycle began. Red-hot lava chunks can still be seen in the material being cleared, but people have gained considerable experience in assessing situations like this. A geotechnical engineer explains that “ it is primarily larger blocks that are hot. The longest part of the route is the loose lava bed. It is only this ridge that we are going through now that is high, but behind it, the lava is much smoother and easier to cross. Although the Grindavíkurvegur will be ready, it does not mean that it will immediately open to general trafic. That is another discussion that needs to be had when that time comes.”

Source : Iceland Monitor.

Whether in Alaska or Iceland, I have always admired the reactivity of Nordic populations in the face of often hostile environments. Equipped with powerful equipment, these people do not hesitate to face the elements, whether on land or at sea.

Des livres pour Noël !

Un récent sondage a révélé que le livre restait le cadeau préféré de Français pour Noël. Pourquoi ne pas faire entrer vos parents ou amis dans le monde des volcans avec le dernier livre écrit conjointement avec Dominique Decobecq « Histoires de Volcans, Chroniques d’éruptions » (Éditions Omniscience – 39 euros)?

Vous pouvez aussi les faire entrer dans monde des légendes avec « Mémoires volcaniques » (Éditions Séquoia – 15 euros), écrit conjointement avec Jacques Drouin avec lequel j’ai collaboré pour « Dans les pas de l’Ours » Éditions Séquoia – 15 euros), un ouvrage pour grands et petits qui fait voyager dans de nombreux pays fréquentés par les plantigrades.

Je peux vous faire parvenir ces livres dédicacés (frais d’envoi à ma charge) à condition de m’indiquer par mail (claude.grandpey@orange.fr) le nom de la personne qui sera gâtée, ainsi que vos coordonnées postales.

Islande : une éruption de grande ampleur // Iceland : a large-scale eruption

Quand elle a démarré le 20 novembre 2024 le long de la chaîne de cratères de Sundhnúks sur la péninsule de Reykjanes, le Met Office islandais a déclaré qu’elle était moins intense que les précédentes. Aujourd’hui, nous apprenons que, par le volume de lave émise, il s’agit de la deuxième éruption, comparée aux autres qui se sont produites depuis décembre 2023 le long de la chaîne de cratères de Sundhnúks.
Comme je l’ai écrit auparavant, bien qu’aucune activité de surface ne soit visible sur la coulée de lave la plus à l’ouest, les volcanologues locaux disent qu’il est possible que la lave continue de circuler sous la surface en direction des digues de terre qui protègent Svartsengi et la Blue Lagoon. Le cratère le plus au nord est désormais le seul à être actif et la principale coulée émise se dirige désormais vers le sud-est en direction de Fagradalsfjall.
Les émissions de SO2, mesurées le 28 novembre, variaient entre 64 et 71 kg/s, générant une pollution gazeuse nocive à proximité du site de l’éruption. Les prévisions de dispersion des gaz prévoient que les vents dirigeront la pollution vers le sud-ouest en direction de Grindavik.
Les mesures de déformation dans la région de Svartsengi ne montrent que des changements mineurs. Aucun soulèvement n’est observé. L’affaissement autour de Svartsengi a tendance à diminuer, mais montre qu’une quantité importante de magma continue à être émise sur le site éruptif.
Le débit de lave entre le 23 et le 28 novembre était en moyenne de 11 m3/s, mais a ensuite diminué à environ 5 à 10 m3/s.
Les derniers survols confirment que le champ de lave dépasse maintenant 9,1 km2 avec une épaisseur moyenne de plus de 5 mètres.
L’éruption actuelle a émis un volume de lave d’environ 47 millions de mètres cubes, dépassant le volume de l’éruption de mai-juin qui était de 45 millions de m3. C’est la deuxième plus grande éruption depuis décembre 2023. La plus grande éruption reste celle qui s’est déroulée entre le 22 août et le 5 septembre 2024, avec un volume de lave de 61 millions de mètres cubes sur 15 jours.
Source : Icelandic Met Office.

Source: Iceland Monitor

—————————————————–

From its start on November 20th, 2024 at the Sundhnúks crater row on the Reykjanes Penisula, the Icelandic Met Office said that it was less intense than the previous ones. Today, we learn that it is the second largest volume compared with the other eruptions that have occurred in the Sundhnúks crater row since December 2023.

As I put it before, although no surface activity is visible on the westernmost lava flow, local experts say that lava can still be expected to continue below the surface towards the defense walls at Svartsengi and Blue Lagoon. The northernmost crater is now the only active crater and from it the main lava flow now runs southeast towards Fagradalsfjall.

The SO2 emission rate, measured on November 28th, ranged between 64 and 71 kg/s, creating harmful gas pollution near the eruption site. Dispersal forecasts predict that wind patterns will direct pollution southwest towards Grindavik.

Deformation measurements in the Svartsengi area show minor daily changes. No uplift has been observed although subsidence around Svartsengi decreased. But is sytill showing significant magma flow to the eruption site.

The lava flow between November 23rd and 28th averaged 11 m3/s. This rate later decreased to approximately 5 to 10 m3/s.

The latest aerial surveys confirm that the lava field now exceeds 9.1 km2 with an average thickness of more than 5 meters.

The current eruption has a volume of about 47 million m3, surpassing the May-June eruption’s volume of 45 million m3 and making it the second largest since December 2023. The largest eruption remains the one between August 22nd and September 5th, 2024,with a lava volume of 61 million cubic meters over 15 days.

Source : Icelandic Met Office.

L’intelligence artificielle (IA) au service de la prévision sismique // Artificial Intelligence (AI) to help seismic prediction

La prévision sismique reste aujourd’hui l’un des maillons faibles de la science. Force est de constater que nous ne savons pas prévoir les séismes. Chaque fois que de puissantes secousses se produisent, le nombre de victimes est très élevé et les dégâts matériels sont souvent considérables.

Nous connaissons la plupart des zones où les séismes les plus puissants sont susceptibles de se produire, mais notre connaissance sismique s’arrête là. Pourtant, une zone sensible comme la Californie avec la Faille de San Andreas est truffée de sismographes qui fournissent une foule d’informations, mais nous ne savons pas suffisamment les interpréter pour éviter des catastrophes.

Il se pourrait qu’avec l’avènement de l’Intelligence Artificielle (IA) des progrès soient accomplis rapidement en matière de prévision. Le numéro de novembre 2024 du National Geographic raconte l’histoire de Zachary Ross, professeur adjoint de géophysique à l’Institut de Technologie (Caltech) de Californie.

Zachary Ross a cherché une nouvelle approche d’interprétation des signaux sismiques californiens. Il avait remarqué que la majorité des failles dans cet État génèrent de minuscules secousses et des ondes sismiques tellement faibles qu’elles sont difficilement décelables par l’Homme.

En 2017, le scientifique eut l’idée de transposer à la sismologie la technique du machine learning ou apprentiisage automatique utilisée pour l’IA, en particulier pour la gestion de grandes quantités de photos. Il s’est proposé de l’appliquer aux innombrables microséismes, parfois difficilement détectables, mais probablement révélateurs au niveau des failles, enregistrés en Californie.

Avec ses collègues, Zachary Ross a collecté tous les sismogrammes obtenus dans le sud de l’État. Il a ensuite établi des modèles d’ondes sismiques pour chacun d’entre eux et passé ces données au crible d’un algorithme pour qu’il recherche des secousses imperceptibles correspondant à ces modèles. Le résultat a révélé que près de deux millions de séismes survenus entre 2008 et 2017 – et non détectés – ont été identifiés par l’algorithme. Cela a permis de mettre en évidence un réseau complexe de failles qui n’avait pas été décelé jusqu’alors. Toutefois, l’algorithme n’a pu discerner des séismes que dans les données qu’il avait appris à reconnaître.

Zachary Ross s’est alors tourné vers des programmes de self-learning – ou auto-apprentissage – autrement dit des programmes se servant d’informations existantes pour prédire l’avenir, c’est à dire les ondes que pourrait émettre une plus grande variété de séismes. Ces outils ont effectivement repéré une foule de séismes méconnus, mais confirmés par les scientifiques.

Ces programmes d’auto-apprentissage ne se contentent pas d’identifier les séismes indétectables par l’Homme et les failles cachées. Une fois déployés à travers la Californie, ils ont révélé une nouvelle catégorie d’essaims sismiques à propagation lente.

On peut raisonnablement penser que ces programmes de machine learning, de plus en plus précis, donneront bientôt un aperçu plus précis de la croûte terrestre. Peut-être permettront ils d’améliorer la rapidité et l’exactitude des systèmes d’alerte précoce. Ils rejoindront inévitablement une gamme de plus en plus fournie d’outils reposant sur l’IA pour que les catastrophes sismiques soient moins destructrices.

Il reste toutefois un long chemin à parcourir avant que les humains et l’IA parviennent ensemble à une prévision sismique digne de ce nom.

Adapté d’un article paru dans le National Geographic France.

Région tourmentée de la Faille de San Andreas (Photos: C. Grandpey)

————————————————-

Earthquake prediction remains one of the weak points in science today. Indeed, we are not able to predict earthquakes. Every time powerful tremors occur, the number of victims is very high and the material damage is often considerable.
We know most of the areas where the most powerful earthquakes are likely to occur, but our seismic knowledge does not go any further. A sensitive area like California with the San Andreas Fault is full of seismographs that provide a wealth of information, but we do not know how to interpret them to avoid disasters.
It is possible that with the advent of Artificial Intelligence (AI), progress will be made quickly in terms of prediction. The November 2024 issue of National Geographic tells the story of Zachary Ross, an assistant professor of geophysics at the California Institute of Technology (Caltech).
Zachary Ross was looking for a new approach to interpreting Californian seismic signals. He had noticed that most of the faults in this State generate tiny tremors and seismic waves so weak that they are difficult to detect by humans.
In 2017, the scientist had the idea of ​​transposing to seismology the machine learning technique used for AI, in particular for the management of large quantities of photos. He proposed to apply it to the countless microseisms, sometimes difficult to detect, but probably revealing at the level of the faults, recorded in California.
With his colleagues, Zachary Ross collected all the seismograms recorded in the southern part of the State. He then established seismic wave patterns for each of them and ran the data through an algorithm to look for imperceptible tremors that matched those patterns. The result was that nearly two million earthquakes that had occurred between 2008 and 2017—and had not been detected—were identified by the algorithm. This revealed a complex network of faults that had previously gone undetected. However, the algorithm could only discern earthquakes in data that it had learned to recognize.
Zachary Ross then turned to self-learning programs – programs that use existing information to predict the future, that is, the waves that a wider variety of earthquakes might emit. These tools did indeed detect a host of unknown earthquakes, but that scientists confirmed.
These self-learning programs don’t just identify earthquakes that humans can’t detect and hidden faults. When deployed across California, they revealed a new class of slow-moving seismic swarms.
It’s reasonable to assume that these increasingly accurate machine learning programs will soon provide a more precise view of the Earth’s crust. Perhaps they will help improve the speed and accuracy of early warning systems. They will inevitably join a growing range of AI-powered tools to make seismic disasters less destructive.
However, there’s still a long way to go before humans and AI can work together to predict earthquakes.
Adapted from an article in National Geographic France.