Confirmation de l’éruption de l’Axial Seamount (Etats Unis)

drapeaufrancaisL’éruption du volcan sous-marin Axial Seamount en avril 2015 (voir ma note du 3 mai 2015) a été confirmée par les dernières observations effectuées par l’Université de l’Etat de Washington. L’éruption avait été prévue dès 2014 et c’est, en l’état actuel des choses, la prévision éruptive la plus précise concernant ce volcan.
Rappelons que l’Axial Seamount est un volcan sous-marin qui dresse ses 700 mètres au-dessus de la dorsale Juan de Fuca, avec son sommet à environ 1 400 mètres sous la surface de la mer. C’est le volcan sous-marin le plus actif du Pacifique Nord-Est. Les dernières éruptions documentées ont eu lieu en 1998 et 2011. La première prévision éruptive remonte à l’année 2011, mais elle a été rendue un peu compliquée par des incertitudes au niveau des données. La prévision s’est nettement améliorée depuis cette époque et la dernière prévision faite en septembre 2014 s’est vérifiée le 24 avril 2015 et a été confirmée par une récente mission sur le terrain.
Les données fournies par un sonar multifaisceaux et par un engin de plongée télécommandé ont confirmé que les coulées de lave détectées plus tôt dans l’année provenaient effectivement de l’Axial Seamount. L’équipe de recherche a mené une nouvelle expédition entre le 14 et le 29 août pour observer et échantillonner les coulées de lave du volcan sous-marin, et pour recueillir de nouvelles données sur la déformation du volcan, afin de pouvoir prévoir le prochain événement éruptif.
Deux grandes coulées de lave ont été émises par la zone de rift nord. Des coulées plus modestes ont également été observées dans la caldeira sommitale du NE et sur la lèvre NE. Les dernières données vont maintenant être analysées chimiquement afin d’étudier les variations de la composition de la lave par rapport aux éruptions précédentes.
Les recherches effectuées à l’intérieur et autour de la caldeira ont permis d’établir des cartes haute résolution qui ont révélé le parcours détaillé de la coulée de lave émise en 2015. Les dernières coulées de lave ont recouvert des zones jusque-là inconnues sur la lèvre nord-est de la caldeira.
Les nouvelles cartes bathymétriques seront utilisées pour étudier l’inflation et la déflation de l’Axial Seamount.
Source: Seattle Times.

———————————————–

drapeau anglaisThe April 2015 eruption of the Axial Seamount underwater volcano (see my note of May 3rd 2015) has been confirmed by the latest research of the University of Washington. The eruption was predicted in 2014 and is currently the most accurate eruption forecast of this volcano made so far.
Axial Seamount is a submarine volcano rising 700 metres above the Juan de Fuca Ridge crest to within about 1 400 metres of the sea surface. It is the most active underwater volcano in the North East Pacific. Previously documented eruptions from the volcano occurred in 1998 and 2011. The first forecasted eruption is dating to year 2011, but was somewhat complicated by data uncertainties. The forecast results have significantly improved since, and the latest eruption prediction, made in September 2014, realized on April 24th, 2015, has been confirmed accurate by the newest survey.
Multibeam sonar data and the data from a ROV dive confirmed that new lava flows detected earlier in the year, were indeed erupted from Axial Seamount. The research team conducted another expedition between August 14th and August 29th to explore and sample lava flows from the underwater volcano, and to collect the new data of volcano deformation to aid in predicting the next eruptive event.
Two large lava flows travelled from the N rift zone. Thinner lava flows were also identified in the NE summit caldera and on the NE rim. The most recently collected data is now being prepared for additional chemical analysis to describe the compositional variation of lava flows with previous eruptions.
The research conducted in and around the volcano caldera has resulted in high resolution maps that have revealed detailed channels of the 2015 lava flow. The most recent lava flows have covered previously unknown areas on the northeast rim of the volcano caldera.
The newest bathymetric maps will be used to study the inflation and deflation of Axial Seamount.
Source: Seattle Times.

Axial

Vue en 3D de la caldeira de l’Axial Seamount et de la coulée de lave de 2015;

(Source: NOAA)

Cotopaxi (Equateur)

drapeaufrancaisL’éruption du Cotopaxi continue. Les bulletins de l’Institut Géophysique qualifient de « modérée » l’activité interne du volcan et de « basse » l’activité superficielle. Le volcan continue à émettre des panaches de gaz et de cendre en quantité variable. Leur hauteur varie en général entre 2 et 4 km au-dessus du cratère. On observe toujours des retombées de cendre dans les localités sous le vent. Un survol du volcan le 2 septembre a permis de remarquer la présence de blocs dans plusieurs parties du cratère. Le glacier qui orne la partie supérieure interne du cratère avait considérablement perdu du volume et présentait de vastes fractures. Les glaciers sur les versants supérieurs du Cotopaxi avaient accéléré leur fonte. Les images thermiques ont révélé une hausse de la température du sol dans les parties est et sud du cratère, ainsi que des émissions qui atteignaient 200°C. Les échantillons de cendre prélevés pendant la campagne d’observations du 2 septembre ont révélé la présence majoritaire d’anciens matériaux altérés. Les populations au pied du volcan semblent s’être habituées à cette situation et n’envisagent pas de quitter leurs habitations. Cette accoutumance au risque pourrait se révéler catastrophique si l’activité volcanique venait à s’intensifier.

—————————————

drapeau anglaisThe eruption of Cotopaxi continues. The Geophysics Institute’s reports indicate that internal activity is “moderate” and superficial activity is “low”. The volcano keeps emitting gas and ash plumes that usually rise 2-4 km above the crater. There is still ashfall on the downwind communities. An overflight of the crater on September 2nd allowed to see blocks in several parts of the crater. The circular glacier at the top of the inside part of the crater had significantly decreased in size and had large fractures. Glacial melting on the upper flanks had also accelerated. Thermal images revealed temperature increases in the S and E parts of the crater and a significant increase in temperatures of emissions (200°C). Analysis of the ash collected on September 2nd showed that the greatest contribution of material was pre-existing and altered rock. The populations living close to the volcano seem to have goy used to the situation and are not ready to evacuate. This could turn into a disaster if eruptive activity happened to increase suddenly.

Vn. Cotopaxi

Crédit photo: Wikipedia

Eruption du Mont Aso (Japon)

drapeau francaisLe Mont Aso, sur l’île de Kyushu, est entré en éruption lundi matin à 9h43, avec un panache de gaz et de cendre de 2000 mètres de hauteur et l’évacuation de dizaines de touristes.
Jusqu’à maintenant, il n’est fait état d’aucun blessé.
Peu de temps après l’éruption, la compagnie aérienne All Nippon Airways a annoncé qu’elle avait annulé six vols pour éviter le panache de cendre. L’ANA pourrait annuler d’autres vols, en fonction de l’intensité et de la durée de l’éruption. Japan Airlines a également annoncé des annulations de vols.
L’Agence Météorologique Japonaise a fait passer le niveau d’alerte de 2 à 3, ce qui interdit toute approche du volcan.
Vidéo de l’éruption à cette adresse: https://youtu.be/HHw5JGhdM3s
Source: Japan Times.

—————————————-

drapeau anglaisMount Aso, on Kyushu Island, erupted on Monday morning at 9:43, sending a plume of gas and ash 2000 meters into the sky and forcing the evacuation of dozens of tourists.
So far there have been no reports of injuries from the eruption.
Shortly after the eruption, All Nippon Airways announced that they had cancelled six flights to avoid the plume of ash. The ANA might cancel additional flights depending on the intensity and longevity of the eruption. Japan Airlines announced that they had also cancelled some flights.
The Japan Meteorological Agency has upgraded the alert level from 2 to 3, which prohibits people from entering the mountain.
Video of the eruption at this address: https://youtu.be/HHw5JGhdM3s
Source: The Japan Times.

Aso

Vue de l’éruption du Mont Aso (Source: NHK)

La lave dans la mer // Lava in the sea

drapeau-francaisCela fait pas mal de temps que la lave n’est pas entrée dans l’océan à Hawaï. La dernière fois, c’était à l’automne 2013. Toutefois, il est intéressant de savoir comment se comporte la lave une fois qu’elle a pénétré dans la mer. C’est le thème d’un article récent publié par l’Observatoire Volcanologique d’Hawaii, le HVO.
L’auteur de l’article indique que la bathymétrie haute résolution au large des côtes hawaïennes permet d’observer les coulées qui ont continué à progresser sous l’eau.

L’eau peut refroidir la surface d’une coulée de lave de manière plus efficace que l’air, de sorte que les coulées dans l’eau développent une carapace qui se solidifie très rapidement. Cependant, lorsque cette croûte atteint une certaine épaisseur, elle isole l’intérieur de la coulée de lave aussi efficacement que l’air. Cela se solde par un arrêt des coulées qui cessent d’avancer après avoir parcouru de courtes distances en dessous de la zone parcourue par les vagues. Elles sont alors soumises à des pressions qui les font gonfler et avancer encore un peu en formant plusieurs lobes encore actifs.

Sous l’eau, les coulées de lave ont tendance à vouloir flotter. Elles ne le font pourtant pas car leur densité reste supérieure à la densité de l’eau de mer, mais elles coulent plus lentement. C’est parce que les forces de flottabilité qui les tirent vers le haut sont contrebalancées par les forces gravitationnelles qui les attirent vers le bas. La combinaison de la flottabilité et du refroidissement accéléré ralentit l’avancée des coulées de lave sur le plancher océanique, avec une hausse de la pression interne qui provoque leur épaississement.

La bathymétrie haute résolution a permis d’observer des coulées de lave en provenance du Hualailai dans l’océan au nord de Kailua-Kona, sur la côte ouest de Big Island. Malgré le fait que ces coulées présentent des longueurs de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur sur terre, leur longueur sous la mer est de moins de 6 km. Tout comme sur terre, la pente du terrain sur lequel se déplace la lave affecte sa vitesse, avec des coulées plus rapides sur des pentes raides.
En 1919 et 1950, les coulées de lave du Mauna Loa au sud de Kona ont dévalé les pentes du volcan sur une vingtaine de kilomètres avant d’atteindre l’océan dans lequel elles ont continué à avancer pendant plusieurs semaines. Alors que les entrées océaniques étaient actives, on a observé la vapeur à la surface de l’océan entre 800 mètres et 5 km du rivage, avec l’apparition de nombreux poissons morts. Les ichtyologistes pensent qu’ils venaient d’un millier de mètres de profondeur, ce qui laisse supposer que la lave a progressé  dans l’océan sur une distance de 2 à 4 km et a atteint une telle profondeur.
Le ralentissement des coulées quand elles entrent dans l’océan peut aider à expliquer certains aspects de la mise en place des deltas de lave et la croissance d’une île volcanique. Lorsque la lave entrera la prochaine fois dans l’océan à Hawaii, le HVO sera peut être en mesure d’utiliser ces informations pour évaluer les dangers que les deltas de lave et les coulées de lave sous-marines peuvent présenter pour les visiteurs et pour les bateaux qui naviguent à proximité de la côte.

—————————————————

drapeau anglaisLava has not entered the ocean for quite a long time at Hawaii. The last time was in autumn 2013. However, it is interesting to know how lava behaves once it has got into the sea. This was the topic of a recent article released by the Hawaiian Volcano Observatory.

The author of the article indicates that high-resolution bathymetry off the Hawaiian shores allows us to have a look at flows that have continued to advance under water. Water can cool the surface of a lava flow more efficiently than the air, so lava flowing into the water develops a solidified skin very rapidly. However, when the crust reaches moderate thickness, it insulates the lava flow interior just as well as it does in air. This results in flows stalling after advancing short distances below the surf zone, pressurizing and advancing farther through multiple breakouts.

Lava flows also become buoyant underwater. The flows don’t float because their density is still greater than the density of seawater, but they flow more slowly. This is because upward buoyancy forces partly counteract the downslope pull by gravitational forces.

The combination of buoyancy and enhanced cooling slows lava flows moving offshore along the sea bed, thereby causing them to pressurize and thicken.

High-resolution bathymetry allowed to observe lava flows from Hualailai volcano  that entered the ocean north of Kailua-Kona on the west side of Hawai‘i. Despite the fact that these flows are tens of kilometres long on land, their submarine lengths are less than 6 km.

Just like on land, the slope of the ground over which lava moves affects its speed, with lava flowing faster over steeper slopes.

In 1919 and 1950, Mauna Loa lava flows in South Kona rushed downslope about 20 km to the ocean and continued to flow into the ocean for weeks. While the ocean entries were active, steam was observed rising from the ocean surface 0.8 to 5 km offshore, with many fish killed in the vicinity. They were creatures probably coming from depths of about 1,000 metres, suggesting that the flow may have advanced 2–4 km offshore to reach those depths.

The slowing of lava flows as they enter the ocean may help explain some aspects of lava delta development and volcanic island development. When lava next enters the ocean in Hawaii, HVO may be able to use this information to better assess the extent of any hazards the lava delta and underwater lava flow pose to visitors and near-shore boat traffic.

Haw 17_modifié-1

Haw 19_modifié-1

(Photos:  C.  Grandpey)