Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) et Karthala (Comores)

On pouvait lire sur le site web Réunion la 1ère le 23 août 2022 que « les volcanologues en charge de la surveillance du Karthala, aux Comores, comme les scientifiques de l’Observatoire du Piton de la Fournaise, ont noté depuis plusieurs semaines un regain d’activité. Les deux volcans sont placés en alerte jaune. La mesure a été prise dans la nuit de dimanche à lundi à Moroni. »

S’agissant du Piton de la Fournaise, le volcan est en phase Vigilance depuis le 21 janvier 2022. Aucune évolution inquiétante n’a eu lieu depuis cette date. Dans son bulletin mensuel pour le mois de juillet, l’OVPF indique que la sismicité a été marquée par de nombreux éboulements, ce qui est habituel sur le Piton. Après la fin de la dernière éruption le 17 janvier 2022, une légère reprise de l’inflation sommitale a été enregistrée. Après une accélération à la mi-avril, elle a stoppé à la mi-mai avant de reprendre début juin à un taux relativement faible. L’Observatoire explique que cette inflation – qui indique la lente recharge du réservoir magmatique – « peut durer plusieurs jours à plusieurs semaines avant que le toit du réservoir ne se fragilise et ne se rompe, donnant ainsi lieu à une injection de magma vers la surface et à une éruption, mais peut également s’arrêter sans donner lieu à brève échéance à une éruption. » Donc, ça ne bouge pas sous le Piton de la Fournaise autant que le laisse entendre l’article du 23 août.

Photo: C. Grandpey

On peut lire ensuite qu’ « aux Comores, les dirigeants ont également déclenché l’alerte jaune le 22 août 2022 suite à une augmentation sensible du nombre de séismes. Toutefois, cette préalerte ne signifie pas qu’une éruption est imminente. » On peut lire dans la presse locale que les autorités rassurent la population sur « le contrôle et la surveillance des mouvements en cours » par les techniciens reliés à un réseau installé au CNDRS. La Sécurité civile appelle à la sérénité et surtout à la prudence dans les zones proches du cratère. Le plan d’alerte jaune consiste à informer le public sur le comportement du volcan. « Il n’y pas lieu de paniquer. »

Crédit photo: Wikipedia

L’Islande, c’est comme l’île de la Réunion, mais à l’envers!

C’est bien connu, dès qu’une éruption du Piton de la Fournaise se déclenche à la Réunion, le préfet a un réflexe quasi conditionné : il décrète la fermeture de l’Enclos Fouqué de sorte que personne ne peut s’approcher et assister au spectacle. Seuls les scientifiques de l’OVPF sont officiellement autorisés à se rendre sur site.. Avec un peu de chance, selon le lieu où l’éruption se produit, il est possible de l’apercevoir de loin, depuis le Pas de Bellecombe. On comprend la frustration des Réunionnais et des touristes qui ont la chance de se trouver sur place au moment de l’événement.

En Islande, les autorités adoptent une politique bien différente. On a pu s’en rendre compte en 2021 lors de l’éruption du Fagradalsfjall, et à l’heure actuelle dans la Meradalir où c’est ‘Eruption portes ouvertes’. Nous sommes très loin de la fermeture du portail de l’Enclos.

Grâce à cette approche de l’événement, des foules de visiteurs peuvent se rendre en ce moment dans la Meradalir. Ainsi, au cours du week-end du 13-14 août 2022, ce sont quelque 13 000 personnes qui ont déambulé pendant 14 km aller-retour pour pouvoir assister au show volcanique.

Contrairement à ce qui se passe à la Réunion, les Islandais font tout leur possible pour faire en sorte que tout se passe bien. Ils regrettent même de ne pas être plus nombreux sur le terrain pour venir en aide aux personnes qui auraient des difficultés. Comme je l’ai indiqué précédemment, nombre de visiteurs sont mal préparés, voire mal équipés pour la longue marche d’approche. 35 équipes de secouristes , soit 150 personnes, bénévoles pour la plupart, sont actuellement sur place. Le gouvernement islandais a promis de fournir du personnel supplémentaire, mais devant un tel afflux de visiteurs, cela risque d’être insuffisant, « une goutte d’eau dans l’océan », selon la Protection Civile! L’éruption est aussi l’occasion de demander un financement plus conséquent de la part du gouvernement.

Des équipes de secouristes sont sur place au cas où. Il leur arrive de donner un peu de nourriture à ceux qui se retrouvent en hypoglycémie et de soigner les bobos occasionnés par des chutes. Des exemples à suivre.

On sait déjà ce qui va se passer à la Réunion lorsque le Piton de la Fournaise va se réveiller. Le nouveau préfet va adopter la même stratégie que ses prédécesseurs: fermeture immédiate de l’Enclos. Il y a quelques années une proposition a été faite de conduire auprès d’une éruption des petits groupes de touristes sous la houlette d’accompagnateurs de montagne formés comme il se doit, mais le projet est resté lettre morte. …  Pour qu’un tel projet voit le jour, il faudrait qu’un préfet accepte de prendre ses responsabilités, mais là, je viens d’écrire un gros mot. Ici c’est la France!

Public pendant l’éruption de Fagradalsfjall en 2021 (Crédit photo: Iceland Review)

A la Réunion, on vous ferme la porte au nez! (Photo: C. Grandpey)

Glissement du flanc Est du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) // Sliding of the eastern flank of Piton de la Fournaise (Reunion Island)

Le glissement d’un flanc de volcan n’est pas chose nouvelle. Ce genre de basculement est observé sur plusieurs édifices à travers le monde. En Sicile, le versant Est de l’Etna a tendance a glisser dans la Mer Ionienne et on redoute les conséquences si le basculement venait à s’accélérer. .

On apprend aujourd’hui que le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) n’échappe pas à ce phénomène. Les images satellitaires montrent que le flanc Est du volcan glisse lui aussi vers la mer.

La revue Nature Communication a publié le 17 mai 2022 une étude relayée par l’OVPF, qui confirme le glissement qui est visible sur des images satellitaires du volcan prises pendant plus de 20 ans.

Même s’il n’y a pas panique à bord pour le moment, la déstabilisation de l’un des flancs d’un volcan peut engendrer des glissements de terrain sur terre ou en mer et déclencher séisme et tsunami. Les scientifiques font remarquer que de tels événements sont responsables de 24 % des décès liés au volcanisme. Des dépôts d’avalanche de débris au large des îles volcaniques témoignent de glissements de flancs récurrents.

Source: Réunion la 1ère.

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The sliding of a volcano’s flank is nothing new. This kind of tilting is observed on several volcanoes around the world. In Sicily, Mt Etna’s eastern flank tends to slide into the Ionian Sea and scientists fear the consequences if the tilting were to accelerate. .
We are informed today that Piton de la Fournaise (Reunion Island) is no exception to this phenomenon. Satellite images show that the eastern flank of the volcano is also sliding toward the sea.
The journal Nature Communication published on May 17th, 2022 a study relayed by OVPF, which confirms the slide which can be seen on satellite images of the volcano taken for more than 20 years.
Even if there is no need to panic for the moment, the destabilization of one of the flanks of a volcano can cause landslides on land or at sea and trigger earthquakes and tsunamis. Scientists point out that such events are responsible for 24% of volcano-related deaths. Debris avalanche deposits off the volcanic islands testify to recurrent flank slides.
Source: Réunion la 1ère.

Photo: C. Grandpey

Plage de Reynisfjara (Islande) et belvédère du Maïdo (Ile de la Réunion) : danger de mort !

On le dit et on le redit, mais apparemment cela ne sert à rien. La plage de Reynisfjara sur la côte sud de l’Islande est particulièrement dangereuse avec des déferlantes qui peuvent surprendre les touristes qui s’approchent trop près du rivage, comme on peut le voir sur cette vidéo où les rires des gens montrent qu’ils n’ont pas compris le danger du site:

https://youtu.be/L2HKFz4GkIs

On ne peut pas reprocher aux autorités islandaises de ne pas avoir prévenu les gens car de nombreux panneaux mettent en garde sur la dangerosité du site.

Malgré cela, des imbéciles continuent à mettre leur vie en péril. Le dernier de la liste est un Espagnol qui, après avoir retiré ses vêtements est entré dans l’eau qui ne titre que quelques degrés. Le risque d’une hypothermie très rapide est donc évident. L’homme a vite été confronté aux courants et autres lames de fond et il s’en est fallu de peu pour qu’il soit emporté et connaisse le même sort qu’une touriste chinoise en 2021. Certaines personnes qui se trouvaient à proximité ont essayé de l’aider, en se mettant elles aussi en danger. D’autres touristes, craignant qu’un drame se produise, avaient tenu les enfants bien à l’écart de la scène. Une fois sorti de cette situation périlleuse, l’Espagnol a été pris en charge par les services médicaux; il était saint et sauf et souffrait d’un début d’hypothermie.

Photos: C. Grandpey

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Il n’y a pas qu’en Islande que l’on déplore des comportements imbéciles. Sur l’île de la Réunion, le belvédère du Maïdo offre l’un des plus beaux panoramas de l’île. C’est le deuxième site le plus visité après le Pas de Bellecombe et la vue sur le Piton de la Fournaise.

Fragilisé depuis l’incendie de 2020, l’accès au belvédère Nord du Maïdo est interdit au public et sécurisé par des rubalises installées par les agents de l’ONF. La roche est très friable et le site est sous surveillance renforcée du BRGM qui mesure les mouvements du relief. Ces derniers jours, le dispositif de veille a enregistré une alerte, avec un écartement important des fissures sur le rempart. Le risque d’un effondrement majeur est donc bien réel. C’est pour cela que les autorités ont interdit l’accès au belvédère Nord, mais en laissant libre le reste du point de vue.

Les rubans de chantier ne semblent pas suffisants pour indiquer le danger et il va donc falloir installer des barrières métalliques. En effet, de nombreux indisciplinés franchissent le ruban pour réaliser des selfies qui pourraient être les derniers de leurs vies…

En parodiant Jean Gabin (et Michel Audiard) dans Le Pacha, on pourrait dire : Quand on mettra les cons sur orbite, ces gens-là n’ont pas fini de tourner!

Photo: C. Grandpey