Méthane (1) : des fuites au Canada // Methane (1) : leaks in Canada

Quand on parle de changement climatique et de réchauffement climatique, le dioxyde de carbone (CO2) est souvent accusé d’être le principal coupable. Cependant, on ne doit pas oublier le méthane (CH4) qui est au moins aussi dangereux. Le méthane est le principal composant du gaz naturel. Si le méthane s’échappe dans l’air avant d’être utilisé – à partir d’une fuite de tuyau, par exemple – il absorbe la chaleur du soleil et réchauffe l’atmosphère. Pour cette raison, il est considéré comme un gaz à effet de serre, au même titre que le dioxyde de carbone. Bien que le méthane ne reste pas aussi longtemps dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone, il a un rôle beaucoup plus dévastateur pour le climat en raison de son potentiel d’absorption de la chaleur. Au cours des deux premières décennies qui suivent sa libération, le méthane est 84 fois plus puissant que le dioxyde de carbone.
Le nord-est de la Colombie-Britannique est un important centre de production de pétrole et de gaz naturel depuis les années 1960. Plus récemment, le secteur du gaz de schiste a également ciblé la région. L’un des problèmes auxquels l’industrie pétrolière et gazière doit faire face aujourd’hui est la fuite de gaz, essentiellement de méthane, au niveau des puits de forage. De telles fuites de méthane sont devenues un problème car, comme je l’ai écrit précédemment, ce gaz à effet de serre est beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone.
Une étude a révélé que près de 11% de l’ensemble des puits de pétrole et de gaz du nord-est de la Colombie-Britannique présentent des fuites et laissent échapper, de ce fait, 14 000 mètres cubes de méthane par jour. C’est plus du double des 4,6% observés en Alberta. L’étude concernant le nord-est de la Colombie-Britannique fait également état de réglementations peu strictes qui ont forcément un impact sur l’environnement.
Le gaz de schiste, principalement le méthane, est exploité grâce à la double technique du forage horizontal et de la fracturation hydraulique. La fracturation hydraulique du gaz de schiste s’est répandue au fur et à mesure que les réserves de gaz ont diminué après des décennies d’exploitation. On estime que les réserves de gaz de schiste du nord-est de la Colombie-Britannique contiennent 10 000 milliards de mètres cubes de méthane, ce qui serait suffisant pour approvisionner la consommation mondiale pendant près de trois ans.
L’extraction moderne du pétrole et du gaz s’effectue selon le principe du puits de forage qui traverse généralement plusieurs couches géologiques contenant des saumures et des hydrocarbures. La fracturation implique l’injection profonde à haute pression de grands volumes d’eau, de sable et de produits chimiques dans le puits de forage. Le but est de fracturer la roche et libérer le gaz naturel, le pétrole et les saumures. Les tuyaux et les produits d’étanchéité (généralement du ciment) placés dans le puits de forage le protègent contre l’effondrement et empêchent les fluides de se déplacer entre les couches géologiques.
Le problème, c’est que ces structures ne sont pas d’une sécurité à toute épreuve. Des lacunes dans la conception ou la construction du puits de forage, ou l’usure du tuyau ou du scellant au fil du temps, peuvent mettre en contact des couches qui resteraient naturellement géologiquement isolées.
Des fuites de puits de forage peuvent se produire lorsque les puits sont encore actifs et productifs, mais aussi quand ils ont été définitivement abandonnés après épuisement de leur production. La possibilité de fuite de ces puits soulève des problèmes environnementaux, d’autant plus qu’ils sont rarement ou jamais répértoriés. Outre la libération de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique et au changement climatique, ces puits non étanches sont susceptibles de contaminer les eaux souterraines et les eaux de surface avec des hydrocarbures, des produits chimiques contenus dans les fluides de fracturation hydraulique et les saumures.
Les fuites de puits de forage ont plusieurs conséquences majeures sur la santé publique et l’environnement:
– Au total, ces fuites en Colombie Britannique libèrent des gaz à effet de serre équivalant à 75 000 tonnes de dioxyde de carbone par an. Cela équivaut à peu près aux émissions de 17 000 véhicules de tourisme.
– Les gaz qui s’échappent des puits de forage peuvent contenir aussi du sulfure d’hydrogène (H2S) qui est toxique et mortel à des concentrations élevées.
– Aucun programme de surveillance n’est en place pour l’inspection des puits déjà abandonnés. Ils peuvent fuir pendant longtemps avant que la fuite ne soit détectée et réparée.
L’exploitation du gaz de schiste peut avoir des impacts environnementaux bien après l’abandon d’un puits. L’étude conclut en demandant aux provinces canadiennes concernées de mettre absolument en œuvre des directives exigeant la surveillance des puits après leur abandon, la communication des résultats et l’application de mesures correctives pour arrêter les fuites des puits abandonnés.
Source: The National Interest, The Conversation…

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When speaking about climate change and global warming, carbon dioxide (CO2) is often mentioned as the main culprit. However, one should not forget methane (CH4) which is at least as dangerous. Methane is the primary component of natural gas. If methane leaks into the air before being used – from a leaky pipe, for instance – it absorbs the sun’s heat, warming the atmosphere. For this reason, it’s considered a greenhouse gas, like carbon dioxide. While methane doesn’t linger as long in the atmosphere as carbon dioxide, it is initially far more devastating to the climate because of how effectively it absorbs heat. In the first two decades after its release, methane is 84 times more potent than carbon dioxide.

Northeastern British Columbia has been a major centre of conventional oil and gas production since the 1960s. More recently, the shale gas sector has also targeted the region. One of the issues the oil and gas industry has to face today is the leakage of gases from wellbores. Methane leakage from wellbores has become an important issue because, as I put it before, this greenhouse gas is far more potent than carbon dioxide.

A study has found that almost 11 per cent of all oil and gas wells in northeastern British Columbia (B.C.) had a reported leak, together releasing 14,000 cubic metres of methane per day. This is more than double the leakage rate of 4.6 per cent in Alberta. The research in northeastern B.C. also found weak regulations that will represent risks for the environment.

Shale gas, principally methane, is exploited through the combined techniques of horizontal drilling and hydraulic fracking. Shale gas fracking has increased as conventional gas reserves have declined after decades of exploitation. Northeastern B.C.’s shale gas reserves are estimated to hold 10,000 billion cubic metres of methane, enough to supply worldwide consumption for almost three years.

All modern oil and gas wells are constructed in a wellbore, which typically traverses many geologic layers containing brines and hydrocarbons. Fracking involves the deep underground high-pressure injection of large volumes of water, sand and chemicals into the wellbore, to fracture the rock and release the natural gas, petroleum and brines. Pipes and sealants (usually cement) placed in the wellbore protect it against collapse and squeezing, and prevent fluids from moving between geologic layers.

But these structures are not always fail-safe. Deficiencies in the design or construction of the wellbore, or weakening of the pipe or sealant over time, can connect layers that would naturally remain geologically isolated.

Wellbore leakage can occur along actively producing wells or wells that have been permanently abandoned after their productive life is over. The possibility of leakage from these wells has raised environmental concerns, especially since leaky wells are likely under-reported. In addition to the release of greenhouse gases, which contribute to global warming and climate change, these leaking wells could contaminate groundwater and surface water with hydrocarbons, chemicals contained in fracking fluids and brines.

There are several main consequences to public health and the environment from wellbore leakage:

– Altogether, the B.C. leaking wellbores are releasing greenhouse gases equivalent to 75,000 tonnes of carbon dioxide annually. This is roughly equivalent to the emissions from 17,000 passenger vehicles.

– There is also the possibility that the venting gases will contain hydrogen sulphide (H2S) which is poisonous and deadly at high concentrations.

– There is no monitoring program in place for the inspection of wells that have already been abandoned. These abandoned wells could leak for a long time before the leakage is detected and repaired.

Shale gas exploitation can have environmental impacts long after a well has been abandoned. Provinces should implement regulations that require monitoring wells after abandonment, reporting the results and applying corrective measures to stop leaks from abandoned wells.

Source : The National Interest, The Conversation.

Puits de gaz et de pétrole en Colombie Britannique (Source: The Conversation)

Températures record au Svalbard (Norvège) // Record temperatures in Svalbard (Norway)

Après la Sibérie, c’est au tour du Svalbard de connaître des températures record. Pour la deuxième journée consécutive, l’archipel a enregistré 21,2°C dans l’après-midi du 25 juillet 2020, juste en dessous des 21,3°C enregistrés en 1979. Plus tard dans l’après-midi de ce même jour, vers 18h00 (heure locale), une température de 21,7°C a été enregistrée, établissant un nouveau record de tous les temps.
Le Svalbard se compose d’un groupe d’îles dominé par le Spitzberg, la seule île habitée de l’archipel stué au nord de la Norvège, à 1000 kilomètres du pôle Nord. La région enregistre normalement à des températures comprises entre 5°C et 8°C à cette période de l’année.
Selon un récent rapport intitulé «Le climat du Svalbard en 2100», les températures moyennes de l’archipel augmenteront de 7 à 10 degrés Celsius entre 2070 et 2100  en raison des émissions de gaz à effet de serre. Les changements sont déjà visibles. De 1971 à 2017, on a observé une hausse des températures comprise entre trois et cinq degrés Celsius. Ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est que les hausses les plus significatives ont été observées en hiver.
Source: Institut Météorologique du Svalbard.

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After Siberia, it is up to Svalbard to reach record temperatures. For the second day in a row, the archipelago registered 21.2°C in the afternoon of July 25th, 2020, just under the 21.3°C recorded in 1979. Later in the afternoon however, at around 6:00 pm local time, a temperature of  21.7°C was recorded, setting a new all-time record.

The island group, dominated by Spitzbergen the only inhabited isle in the northern Norway archipelago, sits 1,000 kilometres from the North Pole. The region would normally expect temperatures of 5-8°C at this time of year.

According to a recent report « The Svalbard climate in 2100, » the average temperatures for the archipelago between 2070 and 2100 will rise by 7-10 degrees Celsius, due to the levels of greenhouse gas emissions. Changes are already visible. From 1971 to 2017 between three and five degrees of warming have been observed, with the biggest rises in the winter.

Source : Svalbard Meteorological Institute.

Le Svalbard héberge une Réserve mondiale de semences – the Svalbard Global Seed Vault. C’est une chambre forte souterraine destinée à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète et ainsi de préserver la diversité génétique. Abritant près d’un million de variétés, la Réserve offre un filet de sécurité face aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, ou encore aux maladies. Après l’infiltration d’eau due à la fonte du pergélisol, le bâtiment a nécessité 20 millions d’euros de travaux en 2016. (Crédit photo : Wikipedia)

Un bon début ?

Le gouvernement français vient d’annoncer les premières mesures « réglementaires » inspirées des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, à l’issue du Conseil de défense écologique présidé par Emmanuel Macron.

Plusieurs ont attiré mon attention et me semblent un bon début, à condition, bien sûr, que leur mise en place soit confirmée :

– Lutte contre les passoires thermiques en introduisant, par décret, la notion de performance énergétique dans ce qu’on appelle un logement décent » à compter du 1er janvier 2023. Ma question est : pourquoi pas plus tôt ?

Ceci permettra aux locataires de passoires thermiques consommant plus de 500 kilowatt heure par mètre carré de chauffage par an, soit 120.000 logements locatifs, « d’exiger du propriétaire de faire des travaux, voire de soumettre le dossier au juge qui pourra décider de geler le loyer ou d’interdire la location du logement ».

– Dès 2022, il sera interdit d’installer des chaudières au fuel et au charbon dans des logements neufs ou de remplacer une chaudière existante par de telles chaudières polluantes.

– La France s’est engagée à avoir 30% de sa surface terrestre protégée afin de lutter contre le bétonnage à outrance. Pour atteindre ce pourcentage, elle créera deux nouveaux parcs naturels régionaux (Mont Ventoux et Baie de Somme), ainsi q’une réserve naturelle nationale en Alsace.

Dans le même ordre d’idée, le gouvernement veut ralentir l’implantation de nouvelles zones commerciales autour des villes.

– Le gouvernement va interdire les terrasses chauffées après l’hiver prochain, délai visant à prendre en compte la crise traversée par les restaurateurs à cause du Covid-19, et obliger la fermeture des portes des bâtiments chauffés ou climatisés.

D’autres décisions sont en projet, mais c’est déjà un bon début, même si je regrette que la priorité n’ait pas été donnée au développement du ferroutage par exemple. Bon nombre de camions qui transitent actuellement entre l’Espagne et l’Europe du Nord, pourraient être mis à bord des trains, de la même façon que le font nos amis Suisses.

Ces décisions ne concernent que la France. Inutile de dire que si elles se limitent à un seul état, elles ne serviront à rien. Je rêve de voir un jour les Conferences of the Parties – les célèbres COP – jouer enfin le rôle qui leur est dévolu et imposer – pas proposer ! – de telles mesures à l’échelle de la planète.

Source : Presse nationale.

35 nouveaux lacs alpins !

Un nouveau livre intitulé « Les lacs de Savoie : du Bourget aux lacs nouveau-nés », écrit par le naturaliste Jean-Pierre Martinot, le glaciologue Hugo Mansoux et illustré avec les photos de Philippe Béranger, nous apprend que 35 nouveaux lacs sont apparus en Savoie ces quarante dernières années. L’ouvrage met ainsi en lumière un aspect du réchauffement climatique resté relativement discret en France, mais bien connu dans d’autres contrées de la planète, et souvent à une plus grande échelle.

La naissance de ces nouveaux lacs alpins est directement liée à la hausse des températures et elle est facile à comprendre. Ces plans d’eau se trouvent tous en altitude, la majorité en Haute-Maurienne, à proximité de glaciers qui fondent et reculent inéluctablement chaque année. L’un des exemples les plus marquants est celui du lac de l’Arpont, dans le magnifique parc national de la Vanoise. Au début des années 1980, le glacier empiétait encore sur la moitié du lac, à 2670 mètres d’altitude. A présent il a  reculé de plusieurs centaines de mètres et le lac est totalement libéré des glaces

Les auteurs de l’ouvrage nous expliquent que ces jeunes lacs de montagne se forment de deux manières : soit en remplissant une cavité formée dans la roche par l’abrasion du glacier : soit par un effet barrage, c’est-à-dire que des pierres charriées sur le front du glacier s’accumulent et donnent naissance à une retenue d’eau naturelle une fois que la glace a fondu. Ce phénomène n’est pas nouveau puisque nombre de lacs de montagne existants se sont formés ainsi il y a des milliers d’années. Ce qui est préoccupant, c’est l’accélération de l’apparition de nouveaux lacs depuis le milieu du 20ème siècle. Ils se formaient autrefois sur des siècles, mais apparaissent désormais en quelques dizaines d’années.

Source : Presse régionale et nationale.

Comme je l’ai écrit plus haut, de tels lacs se forment ailleurs dans le monde suite à la fonte des glaciers. C’est ce qui se passe dans l’Himalaya et plus particulièrement au Népal où l’on observe de plus en plus de « lacs tueurs. » L’eau de fonte s’accumule souvent devant la partie frontale des glaciers où elle est retenue par de fragiles moraines. Avec le temps, la pression exercée par l’eau risque d’éventrer ces barrages naturels et d’envoyer des torrents d’eau dans les vallées, avec un très gros risque pour les villages qui s’y trouvent. On a recensé des menaces identiques dans la Cordillère des Andes péruvienne. Certains de ces lacs instables sont équipés de capteurs censés alerter les autorités en cas de rupture de la digue morainique.

En France, le glacier de Tête Rousse (Haute-Savoie) recèle en son sein une énorme poche d’eau, à 3200 mètres d’altitude. En 2010, les autorités ont décidé de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes. Vous trouverez la description de cet événement sur cette page de mon blog : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/04/23/saint-gervais-haute-savoie-toujours-sous-la-menace-du-glacier-de-tete-rousse/

Au Pérou, le lac Palcacocha menace la ville d’Huaraz [Crédit photo : Wikipedia]